- Accablement

par lunik

  



« Et au moment où l'on pensait enfin se défère de l'épuisement, du traumatisme, de la peur même, un tout autre danger semblait imposer son ombre sur nos âmes épuisées. »





Ses joues se creusaient énormément, il respirait, à présent, comme un pauvre chien blessé, et, quand ce n'étaient pas ses grognements sales qui témoignaient de son mal, le malheureux crachait, par-ci par-là, des gouttes de sang qui lui héritaient la gorge. Ses lamentations lui avaient offert un teint pâle, bien trop semblable à celui de ces monstres combattus il y a peu.

L'amère constat, l'incrédulité montante de Sakura. Elle fermait les yeux, refusant de comprendre, refusant d'admettre ou d'obtempérer à l'indiscutable. D'un déni insurmontable, elle défiait la flagrante vérité tandis que, Naruto, lui, faisait face au drame.




Le jeune blond sursauta devant cette réplique. Le cerveau en ébullition, il tenta de se remémorer chaque instant de cette journée chaotique, espérant ainsi trouver la source de cette conclusion alarmante qui dévorait son camarade. Il fouilla tout. De la contemplation des cerisiers, de l'annonce mortelle du CPE, de leur fuite jusqu'au sommet du lycée... mais les perturbations du traumatisme semblaient compromettre sa réflexion. Quelque chose lui échappait... mais quoi ?


Et puis... il trouva...




Kiba approuva d'un hochement de tête, ils étaient arrivés à la même déduction, et Sakura ne tarda pas à les rejoindre.





« Plus personne n'osa parler. En même temps qu'est-ce qu'on était supposé dire dans une situation pareil ? »


Et pendant ces longues minutes de mutisme, le temps avançait, condamnant un peu plus la vie de l'étudiant.


« On restait immobile, parfaitement conscient du danger. Bientôt, il deviendra l'un des leurs et ensuite... c'était horrible d'y penser ! Pour l'instant, par respect pour Kiba, je me plaisais à imaginer qu'il méritait de vivre ses derniers moments tranquillement, sans polémique. Après on avisera, mais je me doutais bien de la suite. »




« Oh, mais Je sais bien ce que tu me veux, seulement... »




Il pointa lentement du doigt l'arme de Naruto.




« Mouais, c'était bien ça. Et pour m'encourager davantage, le regard désapprobateur de Sakura me transperçait de toute part. »




S'en était fini de lui, le pauvre garçon s'était déjà effondré et gisait, sans vie, aux pieds de sa bien-aimée.





Il n'y avait plus de Kiba.


« fait chier ! »





Elle se tourna pour lui faire face. La pauvre avait les joues rougies, les yeux perlés de larmes et le nez rose, en pleins chaos et accablée par le chagrin. Elle le suppliait du regard d'épargner son tendre ami, de s'abstenir, de le sauver. Autant de choses irréalisables, autant de folie, autant de regret. Bien sûr, il se reprochait de ne pas pouvoir répondre à ses muettes supplications, mais, secrètement, il se morfondait de voir l'étendue de l'attachement que sa belle vouait à son rival.


Et elle, toujours aveuglée par son amour, persévérait : « kiba, il ne peut pas mourir. », « non, il survivra ! », ses pensés étaient ainsi faites. Elle s'accrochait à un nouvel échappatoire : la folie.


De longues secondes qui semblaient à de longues heures traversèrent le temps, toujours caractérisé par un silence de plomb.Et enfin, le moment tant redouté arriva. Le corps vide de l'étudiant se releva avec cette lenteur toujours aussi déroutante et significatif. Il n'avait plus rien d'humain, son visage même paraissait ne plus être le sien, la bête féroce l'en avait dépossédé.




Elle obéit docilement et se plaça derrière son amie d'enfance ; elle attendait tremblante la fatale sentence.


« C'était terrible, inimaginable, sadiquement burlesque, tout ça et plus encore. »


Comme c'était sa seule fonction, le mort entama son attaque, ne se souciant ni de qui, ni de quoi . Seulement la faim. Et ses opposants étaient, pour lui, un bien trop précieux repas pour qu'il les laisse partir. Le regard sombre, la mine figée, Naruto s'engagea. Pour s'abstenir à tout regret, il frappa d'un coup sec sur le crâne de son adversaire qui, une fois le choc reçu, s'écroula.


« C'est à cette instant, à ce moment précis, que je sentis tout le poids du monde s'abattre sur mes épaules. »


Le lycéen se retourna, l'impact de cette « exécution » s'était révélée plus affreuse qu'il ne l'aurait voulu. Et pour cause, en cette atroce journée, jamais l'envie de vomir ne s'était autant faite ressentir.


« je me sentis tellement lourd, blasé, dégoutté... j'étais à bout. »


Il se frictionna le visage, comme pour effacer tous ses souvenirs cauchemardesques. Son uniforme empestait le sang, celui de Kiba. Il passa sa main dans ses cheveux d'or, contempla le ciel puis ses pieds, une suite de tics qui prouvaient son mal être. Seulement quand les battements de son cœur avaient daigné ralentir, il s'accorda à reporter son attention sur Sakura dont les sanglots avaient rythmé les précédents événements.

Abattue au possible, c'était étonnant que ses jambes n'aient pas encore flanché.




« Comme c'était dur de la voir dans cet état... »


Alors il s'approcha d'elle, tendis les bras, dans le but de lui offrir une étreinte, de la consoler, d'alléger ce mal que, désormais, ils partageaient.



Il comprenait tout, sa peine, son angoisse... tout. Mais quand bien même elle l'envoyait balader encore et encore, lui, tout ce qu'il désirait c'était de la sentir vivante contre son cœur. Que'elle au moins, sa douce, son tout, qu'elle puisse transpirer la vie entre ses bras. Il retenta alors et perdit patience quand elle le repoussa de nouveau.





Il craquait complètement. Plus de retenue, plus de self control, plus de Naruto. S'il n'avait pas encore atteint l'enfer, grand bien lui fasse, par les mots de son amie, il venait d'y accéder. Et il revit mille fois cette scène atroce, et le traumatisme s’amplifiât, la colère s’amplifiât, et la culpabilité aussi.





« Pourquoi me regardait-elle comme cela ? Comme ci j'étais un de ces monstres. »




Dans un élan de rage, il frappa violemment sur la porte de l'observatoire. Le coup fut tellement puissant qu'il demeura, à l'endroit même de l'impact, un large creux.

Il la terrifiait. De ses doigts rouges de sang, de son uniforme ensanglanté, de sa mine sinistre, de ses cernes, de ses cheveux en bataille... rien ne lui inspirait la confiance, il était devenu un inconnu.




« Elle savait si bien me briser... »



Le désespoir s'écoulait de sa voix, ce qui étonna Sakura. Elle se risqua alors à le regarder, et, quand elle rencontra ses yeux perlés de larmes elle se sentit vite idiote.

Au moment où il allait s'abandonner à sa tristesse, elle se glissa doucement contre son torse. D'abord surpris, il emprisonna finalement son corps de reine entre ses muscles. Ils se serrèrent jusqu'à se faire mal, afin de rendre la présence de l'autre presque étouffante. Il ne voulait pas la perdre, elle ne voulait pas qu'il disparaisse. Ils étaient complètement perdus, mais, à leur avantage, ils étaient deux, et c'était, sans doutes, suffisant.

À défaut de ses lèvres, c'est le front de son amie que Naruto tambourinait de baisers, il aspirait chacune de ses palpitations, de ses tremblements, du moindre de ses gestes.


« Cette accolade, j'en avais tellement besoin... besoin d'elle, besoin de son réconfort, de sa force, car je savais que la mienne ne suffirait pas. Si je voulais rester auprès d'elle, il me fallait être capable de la protéger... il fallait que je devienne plus fort. »



(…)





Dans les minutes qui avaient suivi les précédents événements, ils s'étaient assis contre la balustrade sans dire un mot, encore sous le choc. Les cris de potentielles victimes se faisaient rares à présent, et ils se gardaient bien de commenter ce soudain silence qui, bien que apaisant, n'était, au final, pas de bon augure.





« C'était étonnant de voir à quel point on avait changé en seulement quelques heures. Les dés des nécessités avaient été relancés, maintenant on ne rêvait plus de pouvoir ou de célébrité, on aspirait juste à rester en vie, mourir de vieillesse était devenu un culte. »





« Mais malgré tout, Sakura restait toujours désespérément têtue. »





Lui même n'était pas satisfait de sa réponse. C'était tristement raisonnable, il fallait faire un trait sur leur passé si ils voulaient préserver leur existence. Seulement, la jeune fille n'était pas sujet garante de la raison, alors, mécontente, elle toisa son ami et annonça, déterminée, le fruit de ses convictions.




Ah oui, pour cela elles sont fortes. Elles frappent là où ça fait mal, là où la satisfaction se fait, elles instaurent le doute et la confusion, parce que c'est drôle sans doutes, mais surtout parce que quand elles veulent, elles font ! Sur l'échelle de force, la femme intrépide doit bien avoir l'impact de dix gorilles.

Les débouchés de cette conversation étaient évidentes, jamais Naruto se permettrait de laisser son amie s'aventurer seule sur le terrain de ces bêtes sauvages. En réalité, elle ne lui laissait pas le choix.


« J'étais tourmenté par la peur, celle de mourir en obtempérant à son caprice, et celle de ne plus jamais revoir Sakura. Est-ce que le mot « mauviette » avait-il encore sa place ? Putain, à tout moment on risquait de se faire dévorer et elle, elle voulait de nouveau... affronter ça ? J'étais peut être apeuré, mais pour elle... »






Ils lancèrent un dernier regard en direction de leur défunt ami. Cette image sanglante risquerait, sans aucun doutes, de hanter plusieurs de leurs nuits, et cela pendant longtemps.

Sakura ravala une nouvelle envie de fondre en larme et fit signe à son ami pour quitter cet étage de malheur. Ils s'élancèrent alors dans leur quette, fouillant chaque couloir, chaque salle de classe, se confrontant souvent aux bêtes assoiffées de sang qu'étaient devenus leurs camarades. Plus d'une fois, ils frôlèrent la folie, la dangereuse route vers les abysses. Le plus dangereux n'était plus simplement de se faire tuer car, à présent, une simple morsure suffisait à les condamner. Alors il fallait puiser dans le mental, dans l'effort et la volonté et les lycéens faisaient la paire puisque quand l'un d'eux venait à oublier ces importants principes, l'autre les lui rappelait immédiatement.

Arrivé au rez-de-chaussé, il devenait bien dur de croire encore en la survie d'Ino, c'était diablement fou d'y songer même, quand on savait que, durant leur investigation, ils n'avaient pas trouvé un seul rescapé. Ce doute, ni Naruto, ni Sakura n'osaient l'exprimer. Ils reprirent les recherches de plus belle, plus méticuleusement et de façon plus obstiné. Les « peut être » rythmaient leur enquête : « peut être est-elle dans la salle de gauche. », « peut être que non. », « peut être qu'elle s'est échappée », « peut être que non. ». Mais quand la fatigue et l'agacement entachaient leurs espoirs, les étudiants réalisèrent que tous ces dénouements inutiles n'avaient rien de sage.

Un cri émergea soudain du silence, et, si le chaos n'avait pas erroné les souvenirs de Sakura, il s'agissait des hurlement d'Ino.




Ils se ruèrent en direction de cette voix apeurée. L'espoir venait de prendre une belle revanche. Quand Naruto et Sakura arrivèrent à la rencontre de la jeune fille, ils la trouvèrent recroquevillée sur elle même, complètement paniquée devant le cadavre inerte et gris de son professeur de langues. Juste à côté d'elle, Sasuke Uchiwa, un élève d'une autre classe de première, était recouvert de sang.





« Elle s'était jetée dans nos bras et avait pleuré toutes les larmes de son corps. Moi, j'étais soulagé ! Ino était vivante et apparemment en bonne santé ! »





Les cris et les pleurs de la blonde avaient alerté de nouveaux assaillants, et si le trio d'amis ne l'avait pas encore deviné, il y en avait un qui comptait bien anticiper la futur attaque.





« Le peu que je savais sur ce mec n'était pas très intéressant, il était dans la même équipe de football que moi, avait plutôt la cotte avec les filles et conservait toujours un regard froid et sans émotion. C'était un résumé court, mais suffisant. Il était de ces personnes charismatiques et mystérieuses auxquelles on obéissait sans s'en rendre compte. »  





« Il avait la carrure, la force, le caractère du parfait meneur. »





« J'aimais penser que, moi même, j'avais ces qualités. »





Le brun déposséda, soudainement, Sakura de son arme avant de briser une des vitres de l'établissement en mille morceaux. Le monde avait changé, qui se souciait de pauvres éclats de

verres quand sa propre vie était en danger ? En enfer il n'y a pas de bonnes manières.





(…)



« Dehors, je me sentais encore moins en sécurité. Je restais constamment au aguets, un de ces monstres pouvaient surgir à n'importe quel moment, j'en était conscient et ça me rendait superbement paranoïaque. Ino était dans un état plus extrême, elle scrutait, tremblante, le moindre recoin et demeurait agripper à mon bras. Sakura, elle, conservait un calme instable en embrassant le pendentif de son collier, et, Sasuke abordait un mutisme teinter de frustration. C'est vrai qu'on avait pas l'air glorieux avec nos mines déconfites, mais même dans un moment aussi critique on continuait à avancer, et ça, pour moi, ça révélait du grand courage. »



Les Lycéens se jetèrent sur la première voiture qu'ils virent, à savoir une banale Ford focus. Ils brisèrent facilement les vitres, mais, quand il fallut faire démarrer le moteur, les jeunes élèves durent se confronter aux limites de leur éducation scolaire. Peut être étaient-ils encore trop civilisé pour se confondre dans cette apocalypse .





« Qu'est ce qu'elles étaient compliquées ! Elles ne voulaient ni partir avec nous, ni rester dans le parking et nous attendre, elles nous faisaient perdre du temps et on avait besoin de ce même temps pour rester... »


Brusquement, un bus scolaire surgit, mettant fin aux disputes du petit groupe. Le véhicule s’arrêta devant les étudiants et, quand les portes s'ouvrirent, ce fut une femme blonde d'une quarantaine d'années qui, les mains sur le volant, leur hurla :