L'étape zéro

par Saiyann

« La séduction est un jeu. La première étape de ce jeu est de susciter l'intérêt de la personne que vous souhaitez charmer et ce, en utilisant toutes les armes que vous avez à disposition.

-Les armes? Demande-je, incrédule en fixant mon coach avec cet air d'incompréhension que je revêt si souvent depuis que je l'ai rencontrer.

-Votre beauté, votre charisme ou encore votre intelligence.

-Mais...Je n'ai rien de tout cela...

-Ceci, comme je viens de le préciser, est l'étape une. Seulement, avant de pouvoir la débuter, il va falloir que je vous aide à reprendre confiance en vous; c'est l'étape zéro.


A l'entente de ce qu'il vient de me dire, je ne peux m'empêcher de laisser échapper un petit rire sarcastique. L'étape zéro...On aura vraiment tout entendu.


-Un problème? Me demande-t-il en arquant un sourcil devant ma réaction.

-Aucun, répond-je. »


Ma réponse est gratifiée par un de ses sourires en coin que je déteste tant. En effet, je n'aime pas la sensation qu'ils me donnent en général. J'ai toujours l'impression qu'il se paye ma tête et ça me déstabilise énormément. Parfois même, j'ai le sentiment que son métier de séducteur fait parti intégrante de lui, à tel point que c'est comme s'il essayait de draguer n'importe quelle personne se trouvant en face de lui. A moins qu'il ait toujours été ainsi...Bof! Ça ne m'étonnerait même pas étant donné sa personnalité. Décidément, il a ça dans le sang!


« J'ai d'ors et déjà établi un planning pour cet après-midi. Je vous préviens, ça risque d'être chargé, reprend-il.

-Et qu'allons-nous faire?

-Tous ce que les femmes aiment faire en général.

-Ça ne me rassure pas...

-Je m'attendais à cette réaction, me dit-il en souriant.

-Alors?

-Shopping, coiffeur, ça vous dit quelque-chose?

-Oh non...

-Oh si. Ne faîtes pas cette tête, vous verrez, tout ça va vous aider à vous sentir bien dans votre peau.

-C'est ça! Vous aller me donner l'apparence de toutes ces femmes superficielles! J'aurais dû m'en douter que ça allait finir comme ça.

-Pas de panique, dit-il en levant les bras comme pour m'apaiser. Il est évident que rien ne vous sera imposer et nous suivrons vos goûts. Le but premier est de rester vous-même, pas de faire de vous une pâle copie de tout ce qui nous entoure.

-Telle que vous me voyez, je suis moi-même.

-Non. Vous vous laissez aller, vous ne faîtes aucun effort pour vous donner votre propre style. Telle que je vous voie, vous n'avez aucune personnalité, vous êtes transparente.

-Et bien justement! Il faut regarder au-delà des apparences! Une première impression n'est jamais qu'un leurre.

-Pourtant vous êtes bien amoureuse d'un homme dont vous ne savez rien. Vous vous êtes donc laisser influencer par votre première impression.

-Non! Je sais bien plus de choses le concernant que vous ne pouvez l'imaginer!

-Certes. Mais c'est bel et bien votre première rencontre qui a suscitée en vous tout l'intérêt que vous lui avez porté par la suite.

-Je...

-Vous avouerez donc qu'elle a une importance capitale. En ce qui concerne ce que nous allons faire cette après-midi, n'ayez aucune crainte. Je veux juste que vous puissiez vous sentir belle et à l'aise. Tout ça va vous donner un peu plus de confiance et vous vous sentirez plus à même d'aborder ce jeune homme.

-Je...Très bien.

-Vous savez, Sakura. Si vous ne croyez pas en vous même, jamais vous ne pourrez faire confiance à qui que ce soit. »


Comment fait-il? En à peine deux minutes, il a réussi à me faire changer d'avis et à me convaincre de le suivre. Jamais personne n'avait été capable d'accomplir un tel exploit. Des milliers de fois, j'avais entendu mes amis et mes parents se plaindre de mon entêtement et « rester sur mes positions » avait toujours été un art dans lequel j'excellais plus que quiconque. Alors pourquoi cet homme a-t-il un tel effet sur moi? Outre ses arguments de choc, il y a quelque-chose en lui qui m'apaise, qui me rassure.

C'est ainsi que je monte dans sa voiture et que nous partons pour environ vingt minutes de route. Le silence est de mise. Tant mieux. Je n'ai pas envie de parler. Je pense que lui non plus d'ailleurs. C'est agréable d'être avec quelqu'un sans se sentir contraint de faire la discution et d'éviter absolument les blancs. C'est reposant.

Une fois arrivés à destination, je tourne mon regard vers ma droite et m'aperçois que nous nous sommes arrêtés devant un énorme bâtiment blanc à l'enseigne quelque peu tape à l'œil. Je ne la connais pas, je n'en ai jamais entendu parler et d'ailleurs c'est bien le cadet de mes soucis. Il y a également une grande vitrine ou divers produits de beauté son entreposés à la vue des passants. Ces même passant qui d'ailleurs doivent repartir déçus lorsqu'ils se rendent compte que des milliers de Yens pour quelques gouttes de shampoing leur apporteraient plus de soucis qu'autre chose.

Et dire que je vais passer des heures la dedans. Des heures à me faire coiffer, maquiller alors que je ne saurai même pas le refaire dans quelque jours. Pfff! De toute façon, je n'en ai que faire, c'est Docteur Love qui paye alors...


-Je passe vous chercher ce soir, me dit mon coach, me sortant de ma rêverie.

-Quoi? Vous ne venez pas avec moi?

-Bien sûr que non! Je ne vous serai pas d'une grande aide au milieu de tout ces trucs de filles!

-Et moi qui pensais que vous étiez le genre d'homme à aller chez l'esthéticienne une fois par semaine...

-Et bien vous avez tout faux.

-Je ne sais pas pourquoi mais...ça me rassure, lui dis-je en lui faisant un timide sourire qu'il me rend aussitôt.

-A tout à l'heure. »


Je descend de la voiture et me dirige vers mon lieu de torture en me demandant dans quel état je ressortirai. Une fois entrée, une jeune femme brune m'accueille. Elle est élégante et ce qui m'interpelle est qu'elle n'en reste pas moins simple. Elle est belle et naturelle. Ça me rassure.


« Vous êtes Sakura Haruno? Me demande-t-elle.

-Oui.

-Enchantée! Je suis mademoiselle Mimura et c'est moi qui vais m'occuper de vous aujourd'hui.

-Ha...

-Suivez-moi. »


L'après-midi passe à une vitesse étonnante. Plusieurs professionnels de la coiffure, du relooking et du maquillage s'occupe de moi. On me regarde sous toutes les coutures à tel point que j'ai l'impression d'être une bête de foire ou encore une poupée de chiffon manipulée par des enfants de cinq ans s'amusant à chercher quelle tenue, quelle coupe irait le mieux à leur jouet préféré.

Après trois heures qui m'avaient littéralement épuisées, je me retrouve montée à quatre épingles sans avoir eu l'opportunité de me regarder dans un miroir pour savoir ce qu'on avait fait de moi et je dois avouer que ça commence à vraiment me taper sur les nerfs. Je n'ai qu'une envie, c'est de rentrer chez moi me coucher et qu'on me foute la paix.


« C'est bientôt terminé? Demande-je plein d'espoir à mademoiselle Mimura.

-Oui, ne vous inquiétez pas. On vous a un peu maltraité à vous secouer dans tous les sens mais quand vous aurez vu le résultat, vous ne serez pas déçue.

-Et justement...Quand est-ce que je pourrai le voir ce résultat?

-Maintenant, me répond-t-elle en me montrant l'armoire à glace dans laquelle je l'avais vue fourrer son nez des milliers de fois cette après-midi pour me trouver des vêtements dignes de ce nom. »


Je m'approche de celle-ci et le reflet que me renvoie le miroir me coupe le souffle. En effet, une belle jeune femme aux cheveux roses relevés en une élégante queue de cheval me fixe d'un air étonnée. Elle est habillée d'une petite chemise blanche, d'une jupe en satin noir lui arrivant au genou et d'escarpins mettant en valeur ses fines jambes. Son maquillage reste discret mais il met en relief les traits de son visage. Rien de ce qu'elle porte n'est extravagant. Tout est sobre mais classe. D'ailleurs, je me surprend à trouver cette personne très belle et ce qui m'étonne davantage est que cette fameuse femme, c'est moi.

Je n'en reviens pas. Comment si peu de choses sont en mesure de changer autant quelqu'un? Comment si peu de choses sont en mesure de donner autant de prestance, de charisme? Jamais je n'aurai soupçonner avoir autant de potentiel...

Je continue à me regarder, les yeux écarquillés sous l'effet de la surprise et j'ai du mal à me reconnaître. Mais pourtant c'est bien moi. Ainsi, tous mes amis, toute ma famille et même Docteur love avaient raison...Moi aussi, je suis capable d'être séduisante, d'être belle...C'est assez étrange comme sensation, je dois dire...Mais c'est plaisant. Non. C'est plus que ça. Je jubile déjà de voir la tête que feront toutes ces greluches Lundi au bureau. Elles qui ne se sont jamais privées pour me traiter de mocheté à mon insu.


« Monsieur Uchiha vous attend à l'accueil, mademoiselle, me dit l'autre jeune femme en me sortant de ma contemplation. »


Je rejoins mon coach qui m'attend, accoudé au comptoir de l'accueil, la tête ailleurs. C'est au moment où je pose les yeux sur lui qu'une vague d'appréhension me prend. Que va-t-il me dire? Va-t-il, une fois de plus, rire en se moquant de moi? Il n'est pas très expressif et je ne sais jamais réellement quelle est le fond de sa pensée. Oh et puis après tout, je me fiche bien de ce qu'il peut dire!


« -Euh...Fais-je, pour signaler ma présence. »


Il se retourne vers moi et je vois ses yeux s'agrandir de surprise. Apparemment, ce relooking lui fait le même effet qu'à moi...

Je laisse quelques secondes passer, attendant qu'il parle.


« Vous êtes magnifique, fini-t-il par dire. »


Décidément, je ne suis qu'une imbécile. Comment ai-je pu douter de sa réaction alors qu'il a l'air de croire en moi depuis le début? Même s'il joue un jeu, devant moi il ne dit rien de blessant bien au contraire. C'est le premier homme d'ailleurs qui m'a fait un compliment et rien que pour ça, je l'en remercie.

Il me regarde de haut en bas, comme s'il ne pouvait détourner les yeux et ça commence à me gêner.


« Arrêtez de me reluquer! Crie-je.

-J'ai bien le droit de regarder ce qu'ils ont fait de vous, non? Me demande-t-il en rigolant.

-C'est à croire que vous ne pensiez pas un tel changement possible!

-Pour tout vous dire, me répond-il en levant son regard vers moi, je savais que vous seriez attirante après être passée entre les mains de tous ces experts mais je dois avouer que là vous êtes vraiment très belle.


Son compliment me fait rougir. Que je sois au goût d'un homme comme lui me paraît inimaginable.


-Venez, c'est fini pour aujourd'hui. A partir de la semaine prochaine, les choses sérieuses vont commencer.

-Très bien.

-Vous devriez être contente, vous venez de passer le moment qui, pour vous, était le plus éprouvant.

-Je le sais et croyez-moi; je cache ma joie. »


Il ri à ma remarque sarcastique. Que j'aime l'entendre s'esclaffer même si c'est plutôt discret. C'est un son mélodieux qui raisonne agréablement à mes oreilles. Peut-être que bientôt j'aurai la chance d'entendre aussi le rire de celui que j'aime...

Nous montons dans la voiture de mon coach et, contrairement à l'aller, nous ne passerons pas le retour dans un calme olympien. En effet, Docteur Love me pose une question que jamais je n'aurais soupçonnée venant de lui:


« Tout à l'heure, vous m'avez dit que vous connaissiez bien cet homme, ce...Gaara, c'est bien ça?

-Euh...oui...

-Comment est-il?

-Pourquoi me demandez-vous ça?

-Cela vous dérange?

-Non...c'est juste que c'est...inattendu...

-Je ne vois pas ce qu'il y a d'étrange à ce que j'en sache plus sur l'homme que vous voulez séduire.

-Et bien...C'est un homme calme, doux et intelligent. Il a également la main sur le cœur. Il a fondé lui même une association de lutte contre les enfants maltraités car il l'a été lui-même dans son enfance. Je sais aussi qu'il ferait tout pour les gens qu'il aime et il ne s'embarrasse pas de l'hypocrisie et du superflu. Même s'il a tendance à fréquenter ce genre de personne, je pense qu'il est beaucoup trop gentil pour les envoyés ballader.

-Est-ce que vous me permettriez de vous donner un conseil, Sakura?

-...Oui...

-Tout le monde n'est pas...aussi pure que vous. Vous devriez faire attention.

-Pourquoi me dites-vous cela?

-Je suis simplement surpris qu'une femme aussi méfiante que vous accorde autant de crédit à un homme tel que lui. Peut-être est-il comme tous les autres au fond?

-Non. C'est un homme bien. Je le sais. »