Espérer que tu t'aperçoives que j'existe

par Hind

 

Espérer que tu t’aperçoives que j’existe

 

 

 

Délaissant l’incessant bruit de la cafétéria, je me dirigeai vers le toit, là où je trouverais le calme et la sérénité. Là où je te trouverais toi. Et comme à chaque fois, je te trouvais assis, contemplant l’horizon, le regard ailleurs, ne daignant même pas me lancer un seul et unique regard de tes prunelles aussi sombres que les profondeurs d’une caverne inexplorée.

 

Et comme d’habitude, je laissai ma nourriture de côté pour te contempler toi qui hantais mes esprits jour et nuit. Je ne te connaissais pas, et pourtant, je ne pouvais me passer de te voir chaque jour à la pause. Aussi inaccessible que les étoiles, je t’observais souvent dans la cour accompagné d’une certaine jeune fille aux cheveux rouges et deux garçons, chacun aussi particulier que l’autre. Ainsi, je su que tu te nommais Sasuke Uchiha.

 

Je n’avais jamais su pourquoi tu montais toujours sur le toit alors que tes amis étaient là, et je ne m’en souciais guère à vrai dire. Aussi étrange que cela était, tu étais irrévocablement devenu la lumière qui illuminait mes journées et l’arc-en-ciel qui colorait ma vie, ainsi que mon existence toute entière. Tu étais mon échappatoire. Oui, grâce à ta présence, j’oubliais mes malheurs. Car oui, pour les trente minutes que durait cette pause, j’oubliais la tristesse de ma mère, la violence de mon père, la froideur de mon frère, mais aussi, cette solitude et cette peine dans lesquelles je vivais.

 

À chaque fois que je t’apercevais, les battements de mon cœur s’accéléraient, mes joues s’enflammaient et mes mains brusquement tremblaient. Et sans m’en rendre compte, j’étais tombée amoureuse de ton air mystérieux, de ton regard noir dont la couleur n’avait d’égal que tes cheveux. J’étais tombée simplement et purement amoureuse de toi.

 

Tu t’asseyais toujours bien loin d’où je me plaçais. Et moi, je n’osais m’approcher davantage de toi, sous peine de recevoir un de ces regards froids et glaciaux que tu réservais à la plupart des élèves du lycée. Ton charme et surtout ton assurance, me déstabilisaient chaque jour encore plus. Quant à l’aisance et l’aura respectueuse que tu dégageais, elles m’impressionnaient toujours et éternellement.

 

M’asseyant sur le toit, j’espérais aujourd’hui encore que tu daignes lever tes yeux vers ma personne. Regarde-moi. Lève tes yeux. Remarque juste que j’existe… Je t’en supplie… Et comme à chaque fois, tu ne tournas même pas la tête vers moi, et tu te levas, puis quittas les lieux, toujours de ta démarche aussi gracieuse que décontractée. Cela me brisait, me déchirait et me brûlait de l’intérieur. Pourtant je ne montais chaque jour que pour être ta spectatrice.

 

Et en ces instants précis, j’aurais payé n’importe quel prix pour avoir des cheveux blonds, noirs ou roux au lieu de cette touffe rose qui me valait toujours des surnoms tout aussi dévalorisants les uns que les autres. Pouvoir aussi avoir des yeux bleus pétillants au lieu de ce vert vitreux et si terne que je possédais. J’aurais aussi voulu des formes généreuses comme celles de ton amie à la touffe rousse, et ce, pour que tu daignes au moins lever tes yeux vers ma petite personne.

 

Étais-je si fade, si invisible ?

 

Le samedi et le dimanche passèrent lentement, me privant ainsi de te voir et de t’apercevoir songeur et solitaire, dans le calme et la tranquillité du toit. Et durant ces deux jours où je n’avais cessé de penser à toi, je m’étais décidée à me déclarer et à t’avouer les sentiments d’amour que je ressentais à ton égard. Et étrangement que tu acceptes ou que tu refuses, cela m’était égal. Je voulais simplement que tu remarques cette fille aux cheveux roses qui montait chaque jour sur le toit, t’accompagnant dans ta solitude et t’observant dans le silence.

 

Lundi arriva, et je me dirigeai aussi vite que possible vers le toit pour te retrouver. Cependant, tu n’étais pas là. J’eus beau m'user les yeux en regardant vers la porte du toit attendant impatiemment d’apercevoir des cheveux noirs relevés en pics, mais tu n’étais pas venu. Des minutes et des minutes passèrent encore, mais tu ne vins pas.

 

Après t’avoir tant attendu, j’avais descendu les escaliers pour retourner en cours et quelle fut ma surprise en t’apercevant en train d’embrasser la rousse qui était pourtant censée n’être que ton amie.

 

Mes yeux s’écarquillèrent, mes larmes coulèrent, mes mains tremblèrent et mon cœur se brisa. Mon monde s’écroula, ma peine augmenta et cette réalité me déchira. Je me rendis alors compte que tu n’étais que l’inaccessible, que le rêve qui ne se réaliserait jamais. Je te désirais, sans te posséder. Je t’aimais, sans être aimée en retour. Et pourtant, j’espérais toujours que tu me voies et que tu t’aperçoives finalement que j’existe. Moi, Sakura Haruno.