L'art de cacher sa peine.

par Etsukazu

Naruto avait finalement surmonté, comme toujours. Ce jour là, malgré tout, une partie de lui-même était partie. Il avait perdu confiance en ses liens. Que ferait-il si d’autre l’abandonnaient comme Sakura ? Il ne savait pas. Il avait alors décidé de s’éloigner un peu. Il avait participé à des rattrapages pour devenir Chuunin, et était très rapidement devenu Jônin. Finalement, sa côte avait augmenté dans le domaine professionnel, accumulant éloge sur éloge sur sa maîtrise du ninjutsu et de ses capacités à diriger une équipe. Il enchaînait mission sur mission, la majorité seule, amenuisant très rapidement les dossiers de mission de rang A et S à taux de survie très bas. Ses missions ne duraient pas plus de deux semaines.

 

Il avait été classé parmi l’élite des Jônins très rapidement, et avait été proposé plusieurs fois à l’ANBU. Le blond avait refusé, prétextant que malgré ses capacités, il ne voulait pas donner plus qu’il donnait déjà à la Feuille.

 

Alors il flânait, lorsqu’il était seul. Toujours seul. C’était malgré tout les bons jours.

 

Il n’avait pas revu ses amis depuis longtemps, ils lui manquaient, mais il avait trop peur pour ne serait-ce que resserrer ses liens. Ce qui s’était passé avec Sakura l’avait marqué au fer, et chaque fois qu’il y repensait, une douleur étreignait son cœur. Il l’aimait toujours autant, cette jolie fleur de cerisier téméraire et impulsive, à qui il avait tant rêvé avouer sa flamme. En tailleur sur son lit, il soupira, et s’allongea sur le dos, les mains derrière la tête, essayant de trouver quelques chose d’intéressant au plafond… Il s’ennuyait…

 

- Yo Naruto !

 

Le jeune homme tourna alors la tête, et aperçu son maître.

 

- Ohayo Kakashi-sensei. Qui y a-t-il? demanda calmement l’Uzumaki, bien qu’il appréciait la visite de son mentor et ami.

 

- Ca fait un petit moment déjà qu’on n’est pas allé prendre un verre, toi et moi. Que dirais-tu de sortir manger du ramen avec un bon saké ?  

 

- Sensei… Tu sais très bien que je ne préfère pas souvent boire du saké… Mais bon, j’accepte ! répondit le blond, d’un ton plutôt amusé.

 

C’est ainsi qu’ils s’étaient retrouvés à déambuler dans les rues de Konoha, assez calmes ce jour. Une belle journée, même, en ces temps plutôt froid de fin d’année. Le jeune homme huma l’air, détendu. Sa permission prendrait fin dans deux jours, ayant commencé il y a un peu moins d’une semaine. Délaissant le ciel qu’il semblait observer avec intérêt, il reposa son champ de vision simplement devant lui. Evidemment, il ne s’étonna pas de voir qu’il était l’objet d’attention dans l’avenue, avec son maître. Après tout, il était connu, dans le village.

 

L’Eclair Ecarlate et le Croc Blanc marchaient ensemble dans les rues. C’était une scène non banale, pour les civils comme pour les militaires. Ils arrivèrent alors à l’endroit où ils se dirigeaient, soit l’échoppe favorite de Naruto durant son enfance, et encore aujourd’hui : Ichiraku’s Ramen. Poussant le rideau et pénétrant dans la petite pièce, ils prirent place devant le bar.

 

- Hey ! Ayame-chan, Teu’chi-san ! s’exclama le blond alors que deux personnes sortirent des locaux de l’échoppe.

 

- Oh, Naruto-kun ! Kakashi-san ! dit la belle Ayame en apercevant ses deux mais.

 

- Hey vous deux ! s’exclama le vieux Teu’chi. Ce sera comme d’habitude ?

 

- Parfaitement chef. Deux ramen au miso, répondit calmement Naruto.

 

« Tout de suite ! » eut-il dit, alors que le silence retombait. Ayame se teint droite derrière le bar, alors que le regard plongé vers le bas, les deux ninjas réfléchissaient. Ce silence devient rapidement désagréable, et Kakashi décida alors de le rompre.

 

- Comment tu le vis, maintenant ?

 

- Je t’en en ai déjà parlé sensei. Ca va, je me sens bien avec ça.

 

Voyant que l’épouvantail restait de marbre, toujours le regard détourné de lui, le blond releva la tête, et continua.

 

- Elle est heureuse. C’est tout ce qui compte pour moi. Maintenant, je ne lui dois plus rien, plus besoin de tenir promesse et serment… et puis… Je suis Jônin maintenant. Je suis un pilier du village. Les gens me respectent… Plus personne ne me voit comme « Le démon » ou « Le cancre ». Je suis le ninja le plus fort du village, je vais bientôt devenir Hokage, alors… Que demander de plus, hein ? dit-il dans un rire, teinté de mélancolie.

 

L’albinos releva la tête, et l’observa. Il savait très bien que Naruto n’était pas sincère, qu’il cachait son malheur derrière un masque. Qu’il n’était pas heureux, mais que ne restant jamais suffisamment à la Feuille à cause de ses longues missions,  personne voyait qu’il n’était pas heureux. Car il n’était pas heureux, loin de là, et Kakashi le voyait très bien. Le blond avait perdu toute joie, tout espoir d’être heureux, pire, il était maintenant indifférent au danger des missions qu’il prenait. De rang A, de rang S, des chances de survie très basses, même pour quelqu’un comme lui ! Il jouait avec sa vie. Et il avait même avoué que ce n’était plus que sur un champ de bataille, dans une situation d’extrême danger, qu’il se sentait encore vivant, encore utile.

 

- Pourquoi ne pas penser un peu à toi, plutôt qu’au village ? Tu es jeune encore, profite en Naruto. Tsunade a encore des années devant elle, tu sais, même si elle veut te céder le poste le plus tôt possible. Et tu as des amis, diantre, tu dispose même d’un fan club de prétendante.

 

- … Ca aussi, on en a déjà parlé, sensei…

 

- Ecoute Naruto. Cela n’a rien à voir avec Kyuubi. La vie a fait qu’elle est partie pour lui au lieu de toi. Tu dois l’accepter. Pourquoi ne pas tourner la page ? demanda doucement Kakashi.

 

- C’est difficile. Je l’aimais tellement… Non, je l’aime encore. J’ai encore cette blessure qui me perce le cœur. Rien que le fait qu’elle et Sasuke aille se fiancer… ca me donne envie de pleurer… Savoir qu’elle vivra toujours avec lui… Qu’elle portera ses enfants. Je me demande à quoi je sers.

 

L’épouvantail posa une main sur l’épaule de son élève. Il ne pouvait pas imaginer la désillusion de son protégé, il ne pouvait non plus imaginer sa peine, sa douleur. Lui-même était déçu, par cette destinée tragique, et par Sakura. Parallèlement, il se rassurait en se disant que pour l’avoir abandonné si lâchement, la future Uchiha ne mériterait pas, et ne mériterait jamais l’Eclair Ecarlate.

 

Peu de personne le méritaient : Elles se comptaient sur les doigts d’une main. Une certaine médecin civile vivant dans les banlieues nord de Hi no Kuni, qui lui avait juré fidélité et amitié à jamais. Amaru, c’était son nom il s’en souvenait. Naruto était plusieurs fois allé la voir, et Jiraiya semblait l’avoir porté en très grande estime avant sa mort. Il y avait aussi Shion, la prêtresse du pays des Démons. Kakashi en eut envie de rire quand il apprit qu’elle était enceinte. Naruto avait bien sûr respecté sa promesse, bien qu’elle fut atypique… Evidemment, Naruto affectionnait énormément la jeune femme. Pas d’amour, mais d’un lien très fort. Il était comme son chevalier.

 

Il se souvint aussi d’une femme remarquable, la belle et séduisante Daimyo du grand Pays du Printemps. Très célèbre actrice, Koyuki Kazahana se vantait d’avoir Naruto comme grand ami. Evidemment, la rumeur avait circulé partout dans le monde, que la sulfureuse actrice et princesse des neiges était liée au bel Eclair Rouge, un scoop immense de la presse, que ne manqua pas de confirmer le blond, ému que Koyuki-hime se sente si proche de lui. Toki, Daimyo du Pays des Oiseaux, était elle aussi connue comme proche de l’Eclair Rouge. Sans omettre… La très sainte et célèbre héritière du trône du Pays du Feu, la fille du grand Roi du Feu, Mikoto Shijimi, dont Naruto avait fait la rencontre peu après la guerre, soit depuis près d’un an et demi.

 

Tout ces femmes qui flattaient autant le jeune homme, et qui étaient si admiratives à son sujet, lui avait valu une réputation assez ironique, comme quoi aucune femme de haut rang ne pouvaient lui résister, autant de charme que de personnalité… Mais malgré toutes ces prétendantes de parti pourtant si respectable, des femmes amoureuses et si belles, le blond ne pouvait pas : pour la simple et bonne raison que Sakura l’en empêchait. Pourquoi ? Il n’en savait rien. Elle avait détruit si bien son cœur qu’il n’arrivait plus à aimer.

 

- Dis-moi sensei… As-tu déjà été amoureux ?

 

La question avait été posée de façon si douce que Kakashi en avait été attendri. Il connaissait le côté amoureux du jeune Senko.

 

- Non, jamais. Et honnêtement, j’espère ne pas l’être. Je me plais, avec mes livres moi, dit-il en simulant un rire.

 

Naruto arbora un léger sourire, et reporta alors son regard sur les bols qui venaient d’être posés devant eux. Il saisit ses baguettes, rapidement imité par son maître, et baissa légèrement la tête. « Itadakimasu » prononcèrent-ils. Ils se mirent alors à manger, sous l’œil bien veillant d’Ayame et de son père. Son élève était peut-être malheureux, mais au moins, il était là, avec Tsunade, Shizune et les Ichiraku, pour l’aider à doucement remonter la pente. 

 

***

 

De toute évidence, Naruto savait que cette mission là ne serait pas facile : pas aussi facile que les précédentes, en tout cas. Il était un habitué du risque. Assassiner des tirants ou des parrains des organisations du crime organisé, il connaissait. Infiltrer des bastions surprotégés pour délivrer une princesse captive, il connaissait. Se retrouver face à quelques déserteurs ou criminels de rang S pour sauver l’unité de villages voire de villes, il connaissait. Mais de toute évidence, il savait ; cette mission là, allait bouleverser quelque chose.

 

Mais quand Tsunade leur annonça le triste et désolant objectif de la mission, leurs expressions se décomposèrent entre anxiété et indignation, tandis que la Godaime leur donnait son briefing de façon marginale, rapide, et allant directement à l’essentiel. Naruto n’en crut pas ses oreilles. L’objectif était simple.

 

- Récemment, un traître du village s’est accaparé d’un précieux rouleaux et de documents d’information accessibles classée S gardé comme tel depuis le règne de Feu notre bien aimé Yondaime. Cette information est cruciale à la survie de la stabilité de Konoha, et à la paix ! Ce ninja a malheureusement délivré ce rouleau au Sandaime Tsuchikage. Croyez-moi quand je vous ai dit que cette information était véritablement une menace pour Konoha : le Tsuchikage est furieux. Votre tâche est simple. Récupérez le rouleau à tout prix, même de vos vies ; et assassiner le Tsuchikage Ônoki ! eut-elle ordonné, impartiale.

 

- Attends ! Baa-chan ! Comment Konoha peut-elle vouloir une telle chose pour une vulgaire information ! Et pourquoi nous plutôt que d’autre ! Les ANBUs pourraient très bien s’en charger ?

 

- Impossible. Les ANBUs représentent ma garde personnelle, ils sont en ordres directs avec moi. S’ils étaient retrouvés, quelque soit la situation, Konoha serait inculpée et il y aurait des conséquences désastreuses.

 

- Quelle différence de plus que nous ?

 

- C’est très simple Naruto. Vous avez été choisi par le conseil pour votre loyauté. Si vous échouez la mission, que vous laissez des traces derrières vous, vous serez considérés ici comme des traîtres et des criminels. Et il n’y aura donc aucune possibilité que Konoha y soit mêlée, vu qu’officiellement, vous faites cette mission indépendamment de Konoha.

 

Cette réplique laissa alors un froid immense dans les cœurs des quatre loyaux ninjas. Aucun ne se connaissait, mais ils savaient au premier regard que leurs ardeurs pour protéger la Feuille étaient égales. Autrement, ils ne comprenaient pas pourquoi ils devaient être sacrifiés. Naruto était livide. Autant dire qu’il avait été fortement écœuré par l’« ordre » qu’on lui avait donné. Il avait des rêves, un avenir, un bonheur à gagner. Ses yeux devinrent humides, alors que la colère transparu sur son visage.

 

- Pas moyen ! Tu te rends compte de ce que tu demande Tsunade ! Pas moyen, merde ! Comment peut-on être aussi lâche ! J’ai pas voulu devenir ninja pour assassiner des vieillards, aussi désagréable soient-ils, et surtout si en plus leurs réactions sont légitimes ! Mais merde, comment peux-tu nous faire ça !? Et moi dans tout ça, j’ai un rêve ! Je veux devenir Hokage, je veux que l’on me considère comme qui je suis vraiment, pas perdre toute l’estime que l’on a de moi en me croyant le pire traître du village !

 

Tsunade coupa court à la fureur du blond. Elle avait mal par ces mots, mais fut en colère aussitôt.

 

- La ferme, sombre idiot ! C’est toi qui ne te rends pas compte de la situation ! Tu es puéril ! Tu ne pense qu’à toi, et le village dans tout ça ?! Tu crois que je te demande ça pour mon bon plaisir !? Tu es égoïste, c’est tout ce que je vois !

 

Cette fois, Naruto fut complètement choqué. Et les couleurs qu’il avait regagné en hurlant disparurent aussitôt.

 

- … Alors… On en est là… ? Konoha veut encore faire des martyrs comme Itachi chez ses membres les plus dévoués juste pour… Un petit peu de prospérité… ?

 

- Sans doute, mais lui n’est pas un égoïste. Il a accepté la mission de bon cœur, pour que le village qu’il aimait tant puisse être au répit.

 

Naruto baissa la tête, cachant son sombre visage sous ses mèches de cheveux. La Senju était si sèche dans ses paroles qu’elle sous entendait par là que lui, n’était pas au niveau d’Itachi. Non, il n’était pas au niveau d’Itachi. Il n’aimait pas tuer, et surtout, il ne tuait pas en prétextant que c’était une « nécessité ». Il ôtait des vies pour protéger, il le faisait toujours en dernier recours. Même en mission d’assassinat : il tuait les criminels, non les innocents, même quand c’était nécessaire pour cacher les preuves. Et elle le comparait à un autre, alors que dans son genre, Naruto était en soit incomparable. Et surtout, elle osait dire qu’Itachi avait accepté de bon cœur.

 

- Qui accepterait de bon cœur d’assassiner sa mère, son père, ses amis, son clan entier, et de laisser en vie… UN FRERE !? Tu es complètement à côté ! Il n’a rien accepté du tout ! Il a été contraint de le faire ! Comment peut-on mentir dans le dos des morts ! T’es décevante !

 

Son hurlement de frustration fit sursauter les ninjas présents dans la salle. Même la Godaime, qui ne pensait pas qu’il serait au courant de plus qu’elle ne l’était, il semblait bien. Kakashi posa alors une main réconfortante sur l’épaule de Naruto, et le blond tourna sa tête vers le ninja copieur. La colère peinte sur son visage disparu aussi spontanément que la détresse transparu. Les larmes qui était emmagasinées dans ses yeux cédèrent alors, et sous la surprise de Tsunade et des trois autres ninjas, Naruto commença à pleurer, silencieusement. Kakashi alla le faire s’asseoir sur un siège, et l’étreignit, pour le consoler.

 

- Là… Là… Chut… C’est bon Naruto, je suis là.

 

- Sen… Sensei… N’aurais-je pas droit un jour au bonheur… ? Un tout petit peu… ? Mes parents n’ont jamais été là, et je ne les ai vu qu’une fois… Sasuke me hait. Sakura ne m’aime pas… et maintenant, Konoha m’abandonne… Je… ne sais plus où j’en suis…

 

Kakashi ne le serra qu’un peu plus, et le regarda dans les yeux. Derrière, Tsunade s’en voulait. Elle n’avait jamais vu Naruto si désolé, si triste. Elle avait eu vent, de cette facette, par Jiraiya, qui avait percé la coquille du garçon. Il avait vu le vrai Naruto, avait-il dit. Elle ne l’avait jamais cru, jusqu’à maintenant. Ce petit garçon, ce jeune homme, en manque d’amour depuis qu’il était né.

 

- Naruto. Tu ne feras pas cette mission. Je comprends ce que tu ressens, je vais prendre ta place… souffla Kakashi, d’un sourire triste.

 

Aussitôt, Naruto se releva, faisant tomber le Croc blanc au sol, abasourdi.

 

- Alors ça, jamais !!! hurla le blond. S’il y a bien une chose que je déteste, c’est se sacrifier pour moi ! Vous pouvez faire tout ce que vous voulez de moi, tout ! Mais pas ça. Je ne supporterais pas d’avoir un mort sur la conscience, surtout si c’est un proche…

 

Il approcha du bureau, et posa ses mains dans un fracas, regardant la Godaime plus ou moins intimidée dans les yeux. Des yeux glacials, que la Godaime ne reconnut pas : pas étonnant. Personne encore n’avait vu un tel regard dans les yeux du blond, ces yeux bleu impitoyable que son père avait lorsque l’Eclair Jaune vivait sur le champ de bataille.

 

- Je peux me battre des jours, et je peux même crever s’il le faut. Je peux même oublier mon rêve, et dire adieu au poste d’Hokage. Si c’est pour, et seulement pour Konoha et mon peuple précieux… Je peux me sacrifier, tout sacrifier. J’accepte.

 

Il en était là, il avait accepté. Sous le bureau, les mains de la Senju posées sur ses jambes tremblaient. Elles tremblaient de peur, car le blond avait parlé de cette façon… Il avait accepté, et savait que dans tout les cas, il serait condamné. Elle hocha doucement la tête, essayant d’ignorer le goût de l’amertume qui comprimait son cœur, sachant qu’elle avait envoyé mourir son petit Naruto-kun, comme elle n’avait pas empêcher Jiraiya d’aller trouver sa mort dans une des plus grandes missions suicide qui put exister.

 

« Kami-sama… Pardonne-moi. Kami-sama je t’en supplie de toute mon âme. Kami… Kami… Naruto-kun… »