Des traces dans la neige

par Yokai-chan

Des traces dans la neige



Je rêvais d'une plage, d'une mer limpide sous un ciel azur. Je rêvais de m'allonger dans le sable chaud, de le faire glisser entre mes doigts, de sentir la caresse du soleil sur ma peau. Je rêvais qu'un homme au physique d'apollon vienne me faire un massage et m'apporte un cocktail bien frais. En résumé, je rêvais des Caraïbes.


Sauf que le truc c'est que justement, je rêvais...


Je me réveille en sursaut en entendant la voix nasillarde d'un préposé de la compagnie ferroviaire s'égosiller dans son micro:

«Nayoda, cinq minutes d'arrêt. »

Je rassemble précipitamment mes affaires en entendant ma destination et balance mon lourd sac sur mon épaule avant de me diriger vers la sortie du train et de manquer de m'étaler sur le quai de la gare de Nayoda, sous-préfecture de Kamikawa, île d'Hokkaïdo, 5000 habitants au compteur.

Mais avec tout ça j'ai presque oublié de me présenter. Sakura Haruno, vingt ans, 1m58, étudiante en lettre, paumée au beau milieu du trou du cul du monde. Enchantée.

Ok vous devez être un peu perdus là. Que je vous explique. J'habite et étudie à Osaka depuis un bon bout de temps maintenant. Je vis seule dans un petit appart' à vingt minutes à pied de ma fac'. Bon, pour l'instant on s'en contrefout, je vous l'accorde. Mais voilà, les congés d'hiver sont arrivés et comme la tradition l'exige - et le fait que je n'ai plus de chauffage dans mon appart', bref je vous passe les détails - je comptais rentrer voir ma famille. Sauf que, ma famille est... comment dire... disparate. En fait ma mère est décédée - oh ça fait longtemps, je m'en suis remise, ne vous en faites pas - et mon père, américain d'origine, s'est trouvé une nouvelle maîtresse - mannequin slave, vingt-trois ans - et est allé passer les vacances aux « Staaaates » avec elle.

Enfin j'exagère quand je dis « abandonnée », mon père m'a effectivement proposé de venir avec lui et Natacha mais je passe mon tour, merci bien.

Bref, voilà comment je me suis retrouvée abandonnée sur l'île la plus septentrionale du Japon à attendre que mes grands-parents maternels daignent récupérer leur unique et presque inconnue petite-fille.


Soudain, j'entends un bruit de klaxon qui semble venir des années 50 au bas mot. Je me retourne et effectivement, face à moi se trouve une Toyota des poubelles qui doit bien avoir quarante balais dans les pneus. Un vieil homme en sort et manque de faire s'écrouler le tas de ferrailles lorsqu'il claque la portière. Il commence à marcher vers moi mais pour lui faciliter la tâche c'est moi qui m'approche de lui.

Il me dévisage attentivement et j'en fais de même. Il est un peu plus grand que moi, même avec son dos courbé. Il a des yeux marron sombres, des cheveux blancs et un pull vert olive. Un pépé tout ce qu'il y a de plus banal quoi. Il finit par me regarder droit dans les yeux et me sourire chaleureusement.

« Ton père m'avait dit que je te reconnaîtrai facilement... Les cheveux...

- Ah...oui... »

C'est sûr qu'une tignasse rose bonbec' ça doit pas être super courant chez pecno-city. Mais pour une fois je n'ai pas eu droit aux réflexions habituelles que me sortent par exemple les greluches de papa. « Oww mais oune si jolie fille, tou devrais mettre blond dans cheveux plutôt que rose. Ça est plous attirant pour les garçons. » Ouais merci Miss Vodka 2007 j'y penserai, c'est ça.

Ahem... je m'égare.

Le papy - mon papy en fait - me dit de monter dans la Toyota préhistorique pendant qu'il met mes bagages dans le coffre. Craignant une visite impromptue à l'hosto pour un tour de rein, je lui propose de l'aide et balance mon gros sac de sport dans la voiture qui grince sous le choc. Je referme délicatement le coffre et monte dans le véhicule en me demandant si elle va vraiment tenir le coup jusqu'à la maison de mes grands-parents.

Le trajet se fait en silence, j'en profite pour regarder le paysage. Des champs, de la verdure, des poulets, des chèvres, de l'humidité. Bienvenue à la compagne...

Je retins un soupir de justesse lorsque je me rends compte qu'à tous les coups, il n'y aurait ni réseau, ni connexion wifi.

Malgré ça, je me félicite d'avoir amené mon notebook, peut-être que l'air frais et revigorant de la campagne sera une source d'inspiration pour moi et que je pourrai éventuellement boucler le chapitre deux de mon roman - futur best-seller mondial dont l'auteur sera nominée au Pulitzer.

Bon, en fait pour ça il faudrait que quelqu'un avec du talent prenne ma place et termine ce fichu bouquin... Ou alors que j'arrive à voler le manuscrit de quelqu'un à la fac. Tiens par exemple, pourquoi pas ce mec pompeux avec moi en grec ancien ? Il a fait un roman policier au résumé prétentieux et ridicule: « Analyse psycho-dramatico-sociale de notre société de consommation et critique post-apocalyptique d'un monde en pleine déchéance et les conséquences sur l'écosystème des loutres de rivières. » A peu de choses près c'était ça.


« Nous sommes arrivés. »

La voix éraillée de mon grand-père me sort de mon délire et j'ouvre la portière avant de poser un pied à terre. Un pied dans une flaque de boue même.

J'aime la campagne, j'aime la campagne, j'aime la campagne. On respire et on garde la tête froide.

Je récupère mes bagages dans le coffre et suis mon grand-père à l'extérieur du garage. J'aperçois enfin la maison qui va me servir de foyer pendant les quatre prochains jours. Elle est assez petite, typiquement japonaise avec ses murs blancs, son toit en tuiles noires plongeant sur une terrasse en bois qui faisait tout le tour de l'habitation.
Je m'approche timidement de la porte d'entrée, mon grand-père me rejoint en portant mon sac, je me dépêche de le lui reprendre malgré ses protestations.

Soudain la porte d'entrée s'ouvre laissant apparaître une vieille dame aux cheveux de neige et à la peau ridée. En rencontrant son regard je ne peux m'empêcher d'être étonnée. Elle a de grands yeux vert menthe exactement comme moi. Sauf que son regard à elle montre une sagesse due à l'âge ainsi que certaine mélancolie.

« Sakura, ma chérie, nous sommes si heureux de pouvoir passer un peu de temps avec toi.

- Moi aussi je suis contente Obaa-san.

- Viens, entre vite, il fait un froid de canard, les hivers sont rudes ici à Hokkaïdo, tu ne dois pas être habituée si tu viens d'Osaka. »

Elle me fait un sourire bienveillant auquel je réponds tout en me laissant entraîner dans la maison. Comme le laissait penser l'extérieur, l'intérieur suivait également la tradition nippone avec du parquet sombre, un kotatsu au centre de la pièce principale et j'aperçois par la fenêtre un petit bassin dans le jardin qui, l'été, devait sûrement contenir des carpes.
« Je vais te montrer ta chambre, suis-moi, me dit Obaa-san en se dirigeant vers le fond du couloir. »

Toujours plantée dans l'entrée, je me dépêche d'enlever mes chaussures boueuses, de saisir mon sac et de rejoindre ma grand-mère.


Elle me conduit dans une petite pièce lumineuse. Les murs sont blancs, il y a une commode dans un coin et un petit bureau est placé sur le mur opposé. Des baies vitrées occupent le mur en face de la porte. Aucun autre meuble n'encombre l'espace si ce n'est une fresque sous vitre au mur représentant une grue prenant son envole. Je la contemple pendant quelques secondes avec une étrange impression de déjà-vu. Cependant je détourne le regard en sursautant presque lorsque j'entendis la voix de ma grand-mère.
« J'espère que dormir sur un futon ne te dérange pas ?

- Oh non pas du tout. Merci beaucoup.

- Bon je te laisse t'installer, je vais faire du thé.

- D'accord. Merci

- Quelle jeune fille polie, fit-elle remarquer avec amusement avant de sortir de la chambre. »

Je tourne sur moi-même avant que mes yeux ne se posent une nouvelle fois sur la peinture accrochée au mur. Toujours cette sensation. Où est-ce que je l'avais déjà vu? Je penchais la tête sur le coté avant de hausser les épaules, résignée. J'ouvre mon sac et en sort la pochette dans laquelle se trouve mon ordinateur. Je m'installe au bureau et allume le PC.
« Aucun réseau détecté. »

Comme prévu, pas de wifi. Ni de réseau. Je soupire en penchant ma tête en arrière. Je vais devoir me passer des technologies durant ce séjour... Enfin comme ça on arrêtera peut-être de me traiter d'otaku. Oui parce que bon, c'est vrai, j'ai tendance à passer pas mal de temps sur mon ordi ou sur mon portable mais j'ai une vie sociale quand même ! Enfin, j'ai pas de petit ami mais j'ai pleins de potes ! Et puis en plus... à Osaka j'ai un garçon en vue et on est quasiment un couple. Il faut juste... qu'il apprenne mon existence.

Pff, je ne suis qu'une idiote qui se ment à elle-même. En réalité, ce mec s'appelle Uchiha Sasuke et je ne lui ai jamais adressé la parole. Je me contente de le dévorer des yeux à chaque fois que je le croise... Pathétique n'est-ce pas ? Oui vous pouvez être franc, je ne me vexerai pas.


J'entends mon grand-père me dire que le thé et prêt ce qui met fin à mes élucubrations intérieures. Je me lève et déambule dans la maison un moment avant d'ouvrir une porte et de me retrouver... dans la salle de bain. C'est vrai que j'ai toujours eu un sens de l'orientation vraiment exécrable.

Finalement je trouve la cuisine où m'attendent mes grands-parents. Je prends une tasse et commence à siroter le thé - en me brûlant la langue évidemment.

« Mais dis moi Sakura, est-ce que tu manges convenablement ? me lance Obaa-san en fixant mon jeans trois fois trop grand qui semblait sur le point de me tomber sur les chevilles. Parce que les étudiants de nos jours c'est un sandwich pour toute la journée.
- Oui je mange normalement ne t'en fais pas, dis-je avec un air qui se voulait rassurant.
- Hm, marmonne-t-elle visiblement peu convaincue.

- Ah mais laisse la, elle vient à peine d'arriver, intervient mon grand-père auquel je fais un sourire reconnaissant.

Ma grand-mère ne dit plus rien, se contentant de regarder mes hanches d'un air réprobateur. Je discute un peu avec Ojii-san avant de déclarer être fatiguée par le voyage et de partir me coucher.

Une fois dans ma chambre je déplie le futon, me change et m'allonge sur... tout le contraire d'un « lit moelleux ». Bon sang ! Est-ce que les japonais avaient quelque chose contre le confort ? Déjà que devoir manger à genoux c'était assez douloureux à la longue... J'ai une petite pensée pour mon appartement d'Osaka avec lit et table à l'occidentale puis je m'en vais rejoindre mon pote Morphée.


Je me réveille aux environs de huit heures le lendemain. Je m'étire comme un félin puis me lève en faisant craquer mon dos - j'aime le regard horrifié des gens lorsqu'ils entendent le crac sonore. Une fois ce petit rituel fini, je me dirige vers la fenêtre et tire les rideaux d'un seul geste. Et là, la lumière vive me force à fermer les yeux brutalement.

Dehors tout est recouvert d'une épaisse couche de neige immaculée. Le paysage est méconnaissable. Mais malgré la beauté indéniable du panorama, je soupire en grimaçant. Je n'aime pas la neige. Je n'y peux rien, pour moi, neige = hiver = froid = se casser la gueule comme un phoque sur la banquise. En même temps pour quelqu'un d'aussi maladroit que moi, éviter la neige et le verglas c'est une question de survie en quelque sorte...
Je jette un dernier coup d'œil par la fenêtre avant de m'enfouir sous un grand pull bien chaud et de chercher le chemin pour la cuisine. Cette fois je ne me trompe pas et pénètre dans la pièce où ma grand-mère fait déjà du thé.

« Ah bonjour Sakura, ça va ? Tu as bien dormi ?

- Oui comme une bûche.

Ouais enfin, j'ai dormi sur une bûche plutôt...

- Bien alors. Tu as vu toute cette neige ? Il doit bien y avoir dix centimètres !

- Ouais... J'ai vu, répondis-je sans pouvoir masquer mon manque d'enthousiasme qui heureusement échappe à ma grand-mère.

- Mais le problème c'est que ça demande beaucoup de travail. Déblayer l'allée, gratter le pare-brise de la voiture et puis il faut aller faire les courses...

- Je vais vous aider, proposais-je en souriant.

- Oh non tu es en vacances je ne vais pas te donner de corvées.

- Mais non Obaa-san, t'en fais pas !

- Bon... dans ce cas ça ne te dérange pas d'aller faire les courses à ma place ? Il y a un combini au centre-ville, vous avez dû passer devant hier.

- Oui je crois que je devrais trouver, répondis-je avec assurance.

Aucun risque de me perdre dans un petit village comme ça alors que je venais d'Osaka !


Je pris une douche rapide avant de rejoindre ma grand-mère dans l'entrée qui me donne la liste des courses, ainsi que de l'argent et un cabas en toile. Alors que je mets mes baskets, Ojii-san entre dans la maison et enlève son manteau recouvert de neige.
« Mauvaise nouvelle, la voiture ne démarre plus.

- Raa à cause du froid sans doute. Mais comment va faire Sakura pour aller en ville ?
- Il y a toujours le vélo.

- Sakura ça ne te dérange pas d'y aller en vélo ? Les routes sont déblayées normalement.
- Oh oui, pas de problème,
assurais-je en enfonçant un bonnet blanc sur ma tête ».

C'est ainsi que je me retrouve à pédaler contre le blizzard qui hurle à mes oreilles pour rejoindre ce foutu kombini. Malheureusement, j'ai encore une fois surestimé mon sens de l'orientation et je fais deux fois le tour d'un pâté de maison avant d'apercevoir enfin l'insigne verte du magasin. Je m'y dirige mais la neige a camouflé le bord du trottoir sur lequel mon vélo dérape, m'envoyant m'écraser contre le sol froid et mouillé. Je reste immobile pendant un moment, encore étonnée de l'étendue de ma maladresse chronique.
J'aime la campagne, j'aime la campagne, j'aime la camp... Raaa ! Que la méthode Couet aille se faire voir, je HAIS la campagne !

Soudain, j'entends une voix masculine ainsi que le crissement de chaussures dans la neige fraîche.
« Hé ! Toi, la fille qui vient de se crasher, ça va ?»

« La fille qui viens de se crasher » Hm j'ai connu pire comme surnom...
Je me relève lentement, faisant tomber une avalanche de neige d'un peu partout. Mes cheveux, mes épaules, mon blouson, je suis recouverte de neige en fait. Je me secoue un peu à la manière d'un chien et sens que mes cheveux sont bien détrempés. J'entends un éclat de rire derrière moi et me retourne. J'aperçois enfin celui qui m'avait parlé avant - et que j'avais déjà voulu ignorer. Il est blond, coiffé en pétard, des yeux bleu océan, une peau légèrement bronzée, d'étranges marques semblables à des moustaches de chat sur les joues et un sourire Colgate scotché au visage.

Hm, un certain charme mais pas de quoi tomber à la renverse comme avec Sasuke par exemple. Vous ais-je déjà parlé de Sasuke ? Il est tellement beau ! Des yeux noirs mystérieux, des cheveux ébène artistiquement coiffés en pics à l'arrière de la tête, une peau d'albâtre sans défaut, toujours habillé classe - ce qui n'est pas vraiment le cas de cet énergumène avec sa veste orange... Énergumène qui s'approche de moi d'ailleurs avec un air inquiet, c'est vrai que je ne lui ai toujours pas répondu.

« Euh, ouais... Ouais ça va.

- Tu t'es pas fait mal en tombant ?

- Nan, la neige a amorti la chute... »

Nouvel éclat de rire. C'était sûrement comique à voir après tout.

« Et le vélo ? Pas de bobo ? »

J'examine l'engin couché au sol. Hélas - ayant sûrement le même âge que la Toyota

préhistorique - il n'a pas survécu à la chute. La chaîne s'est brisée.

« 'Fait chié, jurais-je entre mes dents.

- Qu'il repose en paix au paradis des vélos, lança le blond en enfonçant ses mains dans les poches de son jean. Bon allez viens, t'es trempée, sans bécane et t'as sans doute été amenée de force dans ce village paumé donc... il te faut un café. »


Il commence à marcher vers le magasin et j'hésite à le suivre pendant quelques secondes. Finalement je me décide, ramasse mon sac tombé par terre et le vélo cassé puis suis ce garçon vers le kombini. Soudain, il s'arrête de marcher et se retourne pour me regarder.
« Au fait, je m'appelle Naruto, Uzumaki Naruto, lance-t-il en me tendant la main.
- Sakura, répondis-je en voulant faire de même.

Cependant je lâche mon sac après un faux mouvement et, voulant le rattraper, lâche également le vélo qui alla s'écraser lourdement contre le sol.

« Hm, t'as pas l'air très douée n'est-ce pas ? fit remarquer Uzumaki en ramassant le vélo à ma place. »

Un marmonnement vexé lui répondit. Il s'esclaffe puis me conduit vers l'arrière-boutique du magasin. Il laisse mon vélo dans une petite cour avant de m'ouvrir la porte menant à l'intérieur. C'est une sorte de vestiaire avec deux armoires en métal et un banc dans un coin. Uzumaki enlève sa veste et je remarque pour la première fois qu'il porte l'uniforme du magasin. Un t-shirt blanc avec un pantalon noir et un tablier vert pomme à l'effigie du kombini.
« Tu travailles ici, déduisis-je facilement.

- Ouep, y a pire comme job et puis ça paye le loyer, dit-il en s'asseyant sur le banc à coté de moi.

- Tu vis seul ?

- Depuis mes 13 ans. Avant je vivais avec un vieux pote de mon père.

- Tu... et tes parents ?

- Morts peu de temps après ma naissance. »

La boulette. Je me mords la lèvre inférieure comme j'en ai l'habitude quand je suis gênée. Je connais ce garçon depuis dix minutes et voilà que je pose des questions sur sa vie privée...

« Je... je suis désolée.

- T'excuses pas, t'y es pour rien.

- Non, excuse d'avoir été indiscrète.

- C'est rien, puisque c'est à mon tour de poser des questions indiscrètes.

Je le regarde avec étonnement. Ce garçon est plutôt bizarre.

- Mais avant ça... café, annonce-t-il en souriant. »

Mais il s’interrompt dans son élan et me regarde attentivement en fronçant les sourcils. Il pose doucement une main sur ma joue. Ce geste me surprend mais je ne le repousse pas, il a les mains chaudes.

« Tu es glacée. Tes vêtements sont mouillés ?

- Euh...oui. Un peu, répondis-je assez gênée.

- Bouge pas, je devrais avoir quelque chose. »

J'obéis et le regarde fouiller dans une des armoires. Il se retourne vers moi après quelques minutes avec un paquet de tissus en main.

« Tiens, ça devrait à peu près t'aller.

- Merci, répondis-je en prenant le paquet de vêtements.

Un ange passa, puis deux, puis l'équipe de foot céleste au grand complet.
- Oui bon maintenant dégage, pervers.

- Oh pas cool Sakura, protesta-t-il avant de sortir du vestiaire en riant. »


Tous les mêmes, soupirais-je en mon for intérieur tout en commençant à enlever mes vêtements mouillés. J'enfilais un pantalon en toile noir semblable à celui d'Uzumaki ainsi une paire de chaussettes sèches.

« C'est bon ? demande Uzumaki.

- Ouais. »

Le blond entre dans la pièce avec une paire de tennis blanches en main. J'avise mes propres baskets humides et m'empare des chaussures sèches avec un sourire de gratitude. Uzumaki me regarde de bas en haut puis sourit avant d'accrocher mon jean près du radiateur. Il me dit ensuite de le suivre, chose que je fais sans hésiter. Il m'amène près d'une machine à café et met une pièce dans la fente. Il appuie sur un bouton et me tend un gobelet en plastique dès que le bourdonnement de la machine s'arrête. Il recommence l'opération pour lui-même. Puis se dirige vers la caisse où il sort un tabouret pour moi tandis qu'il s'installe sur le comptoir. Heureusement que personne ne va faire ses courses avec dix centimètres de neige dehors - personne sauf moi évidemment.


« Alors... quel âge as-tu ?

- Vingt ans.

Il écarquille les yeux.

- Ça alors, on a le même âge alors.

- Ça t'étonnes ?

- Ah vrai dire ouais assez, sans vouloir te vexer, t'as l'air d'une gamine.

Gamine ?? Pour qui il se prend l'autre mioche ?

Voyant mon air offensé, Uzumaki rit avant de s'expliquer.

- C'est juste que... les cheveux rose bonbon, le bonnet blanc à pompon et les grands yeux verts étonnés, ça fait très... poupée.

Voilà qu'il me traite de poupée maintenant, de mieux en mieux...

- Et sinon, qu'est-ce qui t'amène ici ?

- Je viens passer les vacances chez mes grands-parents.

- Tu t'appelles Haruno ?

- Oui mais com...

- Je vais les voir parfois pour faire quelques trucs comme passer la tondeuse, réparer le toit, etc. Ils sont vraiment adorables.

- Oui ils le sont.

- Et tu viens d'où ?

- Osaka.

- Ah bon ? Pourtant les citadins sont sensés être débrouillards non ?

- Et qu'est-ce qui te fait dire que je ne le suis pas ? demandai-je, piquée au vif.

- Je t'ai vu passer trois fois devant le magasin avant que tu ne le trouves, tu t'es scratchée en vélo, t'as mis un siècle avant de réussir à ouvrir la tirette de ton blouson... je continue ?

- Ouais bon, je suis plutôt maladroite c'est tout, grommelais-je et rougissant. Bon aller c'est de nouveau à mon tour de poser les questions Uzumaki. Hm... tu fais des études ?

- Avec quel pognon ?

- Ben y a des bourses de mérite.

- Mais pour ça il faut... le mériter, lance-t-il avec un sourire en coin. Et toi t'es as l'université ?

- Ouais. Fac de lettres.

- Oh une littéraire.

- Hm ouais vite fait... J'essaye d'écrire un bouquin mais je crains de ne jamais dépasser le deuxième chapitre.

- Dis pas ça, ch'uis sûr que t'y arriveras.

- Comment tu peux dire ça ? On se connaît depuis une demi-heure.

- J'le sais c'est tout. N'abandonne jamais, tel est mon credo. »

Je le dévisage un moment, est-ce qu'il avait vraiment dit « tel est mon credo » ?! Je me retiens d'éclater de rire.

« Sans blague, lâchais-je d'un ton moqueur.

- Ben quoi ? Je crois vraiment qu'on peut réaliser nos rêves si on se donne à fond.
- T'es sérieux là ? Bon alors mon rêve c'est d'avoir la paix dans le monde, si je fais des pétitions, des manifestations contre la guerre tu crois vraiment que y aura la paix partout ?
- C'est pas pareil. Je te parle de quelque chose à ta portée bien sûr, la paix dans le monde c'est utopique je le sais bien.

- Quelque chose à ta portée?

- Ouais. Comme écrire un bouquin par exemple.

Je reste silencieuse et réfléchis à ses paroles. Il avait peut-être pas tord...

- Et toi alors ?

- Quoi moi ?

- C'est quoi ton rêve ?

- … partir d'ici pour éviter d'y moisir, répondit-il d'un air vague. »


Son regard devient lointain et étrangement sérieux. J'en profitais pour le détailler. Il est plutôt musclé si l'on en juge à ses bras nus. Quelques mèches de cheveux lui retombent mollement sur le front. Il a la mâchoire plutôt carré sans pour autant que ça soit trop marqué. Mon regard se pose une nouvelle fois sur ses joues. D'où lui venaient ses marques ?

« Hé Uzumaki, l'appelais-je pour le sortir de sa rêverie.

- Hm ?

-C'est quoi les traits sur tes joues ?

- Marques de naissance je suppose, répondit-il en haussant les épaules.

- Oh...

- T'as l'air déçue, dit-il en rigolant.

- Bah... ça aurait pu être un truc un peu plus classe. Genre... des cicatrices faites au couteau par un malade mentale genre le Joker dans le dernier Batman. Ou alors des tatouages de quand t'étais dans la mafia japonaise...

- … T'aurais aimé que ça soit des cicatrices faites par un cinglé juste pour que ça soit... plus intéressant ?
- Ben, ça t'aurait fait un sacré truc à raconter à tes petits enfants...

Il me dévisage avec un air ahuri avant de finalement éclater de rire en même temps que moi.

- T'es plutôt bizarre comme fille, tu le sais ça ?

- Je prendrais ça comme un compliment.

- C'en était un en quelque sorte. »

Je lui souris gentiment avant de me lever.

- Où tu vas ? me demande-t-il. 

- Avec tout ça j'ai failli oublier les courses que je devais faire pour ma grand-mère.
- Okay, je te laisse chercher tout ça, il faut que j'aille faire un truc. »

Je me retiens de lui demander qu'est-ce que c'était que ce « truc » et commence à fouiller dans les rayons pendant qu'Uzumaki disparaît dans l'arrière boutique.


Après avoir mis dans un panier sauce soja, riz, concombre et poulet je me retrouve devant le rayon condiments à hésiter entre deux choix de sauce tomate. Je sursaute presque lorsque je sens le souffle chaud de quelqu'un sur ma nuque.

« Celle-là est meilleure, me dit Uzumaki en s'emparant d'un bocal de sauce.

- Ah euh merci, dis-je en me retournant vers lui. T'as fini de faire tes « trucs » ?

- Ouep. Et toi tes courses ?

- C'est bon, j'ai tout. »

Il me prend alors le panier des mains et se dirige vers la caisse où il scanne mes articles. Je paye et mon regard tombe sur l'horloge accrochée au mur. Déjà midi !

« Merde je suis à la bourre ! Ma grand-mère va se demander où je suis passée, il faut que je rentre.
- Ah effectivement, deux heures pour acheter du riz et de la sauce tomate ça fait beaucoup. Viens j'te raccompagne.

- Mais... tu vas laisser le magasin sans personne pour surveiller ?

- Je ferme, je bosse pas cet aprèm de toute façon et à treize heures la fille à qui appartient le pantalon que tu portes viendra me remplacer.

- Bon alors d'accord. »


Il me laisse me changer dans le vestiaire puis rentre avant de faire de même. Quand il enlève son t-shirt je me retourne vivement en rougissant comme une écrevisse avec un coup de soleil. Uzumaki remarque ma gêne et éclate de rire.

« Il te faut vraiment pas grand-chose pour te faire rougir...

- Même pas vrai, protestais-je en reniflant, indignée.

- Mais t'es mignonne quand tu rougis, rajoute-t-il en souriant. »

Là je pique un fard mais pas pour la même raison qu'avant. Il s'esclaffe à nouveau.
- Tu vois. »

Je tourne la tête et vers lui avec la ferme intention de le foudroyer avec mon regard mais il affiche un air si adorable que je ne peux m'empêcher de lui rendre son sourire.
« On y va ? demande-t-il en enfilant sa veste orange.

- Hm attends... cette foutue tirette est encore bloquée, grommelais-je en luttant pour

fermer mon blouson.

Je l'entends rire à nouveau - bon sang mais il arrête jamais de se marrer celui-là ?
- Attends, me dit-il en s'approchant.

Il ferma la tirette d'un coup sec, très facilement et haussa les sourcils d'un air éloquent.
- La ferme, répondis-je en croisant les bras contre ma poitrine.

- Allez boude pas Fillette, me lance-t-il en enfonçant mon bonnet sur ma tête. »

Raa ! Il est horripilant !


Je prends mon sac à présent bien remplis et rejoint le blond qui est déjà dehors. Il est assis sur mon vélo et tapote le porte bagage à l'arrière.

« Mais... il est cass-

- Réparé !

Je me penche pour regarder la chaîne et effectivement, elle est réparée.

- Je... comment je peux te remercier Uzumaki ?

- Commence déjà par m'appeler par mon prénom, j'ai l'impression d'entendre ma prof de primaire quand tu m'appelles Uzumaki.

- D'accord... Naruto.

Je lui souris et il me fait un clin d'œil avant de lancer:

- Grimpe Fillette et accroche toi.

Je m'exécute et m'assois derrière lui. Il commence à pédaler et semble galérer un petit peu.
- Monsieur Muscle a du mal à faire du vélo ? demandai-je, narquoise.

- Ouais, surtout quand y a une surcharge à l'arrière... »

Une surcharge ? Moi ?!


Nous arrivons chez mes grands-parents quelques minutes plus tard. Je descends du porte-bagages, les fesses en miettes et les doigts congelés mais au moins je ne serai pas trop en retard. Je dépose le vélo contre le mur et j'entends la porte d'entrée s'ouvrir.
« Te voilà enfin Sakura ! J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque ch... Oh ! Naruto ! Qu'est-ce que tu fais là mon garçon ?

Je regarde avec étonnement ma grand-mère serrer Naruto dans ses bras avant de me rappeler qu'effectivement Naruto m'avait dit qu'il les connaissait.

- 'Baa-chan comment ça va? J'espère que 'Jii-chan n'a pas pris la voiture par ce temps ?
« 'Baa-chan » ? « 'Jii-chan » ? Il est plus familier que moi avec mes propres grands-parents !
- Non elle ne démarre plus de toute façon.

- J'irai jeter un œil si tu veux.

- Tu es un ange mon garçon. Sakura tu sais que ce petit est un brillant mécanicien ? C'est grâce à lui que la voiture roule toujours.

Je regarde Naruto avec étonnement tandis que lui se gratte l'arrière de la tête d'un air gêné.
- Bon allez les enfants, entrez à la maison il fait froid dehors. Naruto tu restes manger avec nous et pas de discussion, lance ma grand-mère en anticipant les protestations du blond. »
Nous suivons donc Obaa-san à l'intérieur de la maison où je lâche un soupire d'aise tant la température est agréable comparée à celle de dehors. Nous nous installons devant le kotatsu et je glisse aussitôt mes jambes sous la couverture. Mon grand-père salut chaleureusement Naruto en l'appelant « fiston » et ils plaisantent tous les deux à propos de ma chute
spectaculaire devant le kombini. Je soupire et profite du fait qu'Ojii-san regarde ailleurs pour lancer un regard meurtrier à Naruto qui m'envoie un sourire moqueur.

Nous mangeons tranquillement, Naruto raconte comment on s'est rencontrés - et évite de mentionner quelques détails comme le streap-tease dans le vestiaire par exemple - puis lui et moi nous retrouvons de corvée de vaisselle pendant que mes grands-parents vont se promener et aller voir les cerfs. Naruto et moi nous nous retrouvons donc seuls à la maison.
Un silence gênant s'installe avant que Naruto annonce qu'il allait jeter un coup d'œil à la Toyota. J'acquiesce et reste plantée comme une gourde en le regardant mettre sa veste et
ses chaussures avant de sortir de la maison. Je ne l'accompagne pas jusqu'au garage puisque de toute façon il connaît cette maison mieux que moi. A la place je me dirige vers ma chambre et mon regard se pose sur mon ordinateur portable. N'ayant rien de mieux à faire, je m'installe au bureau et l'allume. Bon sang j'avais oublié à quel point il était lent cet espèce d'ordinosaure !

Enfin bon, deux ou trois heures plus tard - j'exagère à peine – je finis par ouvrir enfin le logiciel de traitement de texte dans l'espoir de pouvoir continuer mon roman. Sauf que bien évidemment l'inspiration ne vient pas et je finis par m'endormir.


C'est une main fraîche posée contre ma joue qui me fait me réveiller. Je sursaute et reconnaît Naruto qui me sourit largement.

« Tu sais que t'as les marques des touches du clavier tatouées sur la joue ? »
Je frotte mon visage comme si ça pouvait faire disparaître les marques et me sens très bête. Pourquoi faut-il toujours que je me couvre de ridicule devant Naruto ? Non, en fait ça n'a rien à voir avec lui, je me couvre TOUJOURS de ridicule où que j'aille.
« T'as fini de réparer la voiture ? demandais-je pour changer de sujet de conversation.
- Ouais, elle est comme neuve.

- Pour que cette épave soit comme neuve, il faudrait pouvoir remonter le temps d'une bonne trentaine d'années, raillais-je, provoquant le rire de Naruto. »

Je me lève de la chaise et m'aperçois que mon dos est vraiment très douloureux. Je fais une grimace en me courbant vers l'arrière, provoquant un gros crac qui fait frissonner Naruto - rappelez-vous que j'aime faire ça.

« Eh, fait plus jamais ça !

- Oh aller, c'est que des articulations qui craquent, riais-je. Tu veux une tasse de thé, demandais-je en réprimant un bâillement.

- C'est pas de refus. »

J'acquiesce et commence à me diriger vers le couloir, cependant alors que je frôle le mur de ma chambre, je cogne le cadre que j'avais aperçus la veille et laisse la vitre se fracasser la terre.
« Oh merde, grognais-je entre mes dents en m'accroupissant pour ramasser les morceaux de verre.

Mais Naruto s'approche et interrompt mon geste.

- Laisse, vu comme t'es douée tu vas réussir à te couper un doigt. Va plutôt faire le thé. »
Je veux répliquer mais finalement, il n'a pas tort. Je vais donc dans la cuisine et commence à mettre de l'eau à bouillir. Mais quelques secondes plus tard j'entends Naruto m'appeler
depuis ma chambre. Je m'y dirige donc et le vois me tendre une petite clé en métal.
« Elle était cachée derrière la peinture.

Intriguée, je m'empare de la clé pour l'examiner.

- Qu'est-ce qu'elle peut ouvrir d'après toi ? me demande Naruto.

Je hausse les épaules et range la clé au fond de ma poche.

- On demandera à Obaa-san quand elle rentrera. En attendant, viens prendre le thé, j'entends la bouilloire siffler. »


Une demi-heure plus tard, alors que Naruto et moi discutons au salon, la porte d'entrée s'ouvre et mes grands-parents se dépêchent de fermer la porte derrière eux pour se réchauffer.
« On est rentrés !

- Bienvenues à la maison, lançais-je en allant retrouver mes grands-parents.

- Oh Naruto tu es toujours là ? fait remarquer ma grand-mère.

- Je n'ai pas vu le temps passer mais c'est vrai qu'il est tard, je ferrais mieux de rentrer.
- Allons, mon garçon il fait nuit et je suis certain que tu n'as rien à manger chez toi à part cette saleté de nouilles instantanées. Reste encore dîner avec nous,
lance mon grand-père avec un sourire bienveillant.

- Eh bien, je ne voudrais pas abuser, déjà à midi vous m'avez invité...

- Aller Naruto, reste s'il-te-plaît, dis-je en activant presque sans le vouloir ma technique secrète dite du « regard larmoyant de Bambi ».

Me voyant, Naruto accepte aussitôt non sans rougir légèrement. Eh oui cette technique est vraiment infaillible. Pour l'achever, je lui lance un sourire en coin. Il comprend qu'il s'est laissé avoir et j'éclate de rire. Il rouspète et m'accuse d'avoir usé déloyalement de mon charme et nous partons en direction du salon en nous chamaillant gentiment.
Alors que Naruto me pousse sur le canapé et me chatouille j'aperçois mes grands-parents nous couver du regard tout en faisant semblant de s'occuper. Je vois immédiatement ce qu'ils s'imaginent entre Naruto et moi mais ils se font des films, mon cœur n'appartient qu'à Sasuke.

Sasuke... ça fait si longtemps que je n'avais plus pensé à lui alors qu'à Osaka je ne cessais de fantasmer sur lui... Depuis que j'ai rencontré Naruto d'ailleurs. Quand je pense que je ne le connais que depuis une seule journée !

« Naruto ! Sakura ! Venez manger ! »

Nous nous redressons soudainement sur nos pieds, encore rigolards. Tandis que je place une mèche de cheveux derrière mon oreille, Naruto me pince doucement la joue sans raison. Je lève un sourcil mais il se contente de me faire un clin d’œil avant d'aller dans la cuisine où ma grand-mère s'impatientait.


Le dîner se passe tranquillement jusqu'à ce que je décide d'aborder le sujet de « la clé planquée. »
Le silence tombe lorsque je sors la petite clé de ma poche et annonce qu'elle était cachée derrière le tableau de ma chambre. Mon grand-père s'empare de la clé et l'examine après avoir mis ses lunettes sur son nez mais c'est le comportement d'Obaa-san qui me surprend. Elle avait écarquillé les yeux et avait mis sa main ridée devant sa bouche.
« D-derrière le tableau ? Tu es sûre ?

- Oui celui avec la grue, je l'ai fais tomber et... je suis désolée le verre s'est brisé mais j'en

rachet...
- Non laisse ce n'est pas grave, murmura ma grand-mère en fixant la petite clé que tenait mon grand-père.

- Sakura, c'est ta mère qui a peint ce tableau et cette clé lui appartenait, annonce enfin mon grand-père.
- Ma mère ?

Je reste comme électrocutée, immobile, la bouche ouverte.

- Mais... elle ouvre quoi ?

- Aucune idée... Ses affaires sont rangées dans un coffre au grenier, tu peux aller regarder si tu veux, répond-t-il en ayant du mal à masquer l'émotion dans sa voix. »
Il me tend la clé que je saisis. C'est étrange la signification que vient de prendre cet objet si banal...

Je soupire et me tourne une nouvelle fois sur mon futon. Je n'arrive pas à dormir et cette fois, ça n'a rien à voir avec l'épaisseur du matelas.

Après le dîner Naruto est rentré chez lui, un peu gêné d'avoir assisté à cette révélation familiale. Quant à moi, j'ai fini de ramasser les morceaux de verre du cadre brisé et j'ai longuement observé la peinture faite par ma mère. Elle était vraiment très réussie, elle donnait l'impression que la grue allait vraiment sortir du tableau en s'envolant.
Je prends une nouvelle fois la petite clé dans ma main. Le contact du métal me rassure en même temps qu'il me panique à cause de ce qu'il représente. J'ai déjà essayé plusieurs fois de demander des détails sur ma mère à mon père mais son regard se fait immédiatement vague et lointain et il répond en grommelant qu'il n'avait pas le temps pour ressasser le passé. Je vois bien que ce dernier le hante et que, même s'il multiplie les conquêtes, mon
père ne pourra jamais aimer une autre femme que ma mère.

Je lâche un énième soupir las. Qu'est-ce que j'y connais après tout ? Pour qui je me prend pour parler du « vrai amour », moi la stupide petite étudiante qui tombe en pâmoison devant un mec qui ne sait même pas qu'elle existe ?

A cet instant, je prends une décision. Je jure devant Dieu, Jupiter ou même le Roi des Démons que je me désintoxique de Sasuke. J'en ai marre d'espérer comme une cruche. Avis à la population, Sakura Haruno lâche l'affaire avec Sasuke le tocard. Autrement dit, la place est libre les petits loups !

Je roule des yeux face à ma propre stupidité. De toute façon, libre ou pas, personne ne s'intéresse à une écervelée aux cheveux roses. D'un coup je repense à ce que m'avait dit Naruto cet après-midi. Comme quoi j'étais mignonne quand je rougissais.
Ce souvenir m'arrache un sourire ; le rouge jurait horriblement avec le rose...


Le lendemain je me réveille tard. Je le sais parce que le faible éclat du soleil se reflète sur la neige blanche qui renvoie dans ma chambre une aura lumineuse.

Quand je pénètre dans la cuisine après une bonne douche, je constate que mes grands-parents ont déserté la maison. Je constate aussi que Naruto m'attend assis sur une chaise en me tendant une tasse de café chaud.

« 'Jour, me lance-t-il le plus naturellement du monde. Tes grands-parents sont allés rendre visite à des vieux amis. Je me suis dit qu'il te faudrait de la compagnie. »
Je lui souris avant de boire une gorgée de café. Après deux secondes seulement, Naruto se lève précipitamment et pointe du doigt ma poitrine. Je recule avant qu'il ne puisse me tripoter mais je comprends ce qu'il montrait réellement.

« Qu'est-ce qu'on attend pour aller fouiner dans le grenier ? »

Il venait en effet, de pointer du doigt la clé trouvé la veille et que j'avais accroché à une chaîne autour de mon cou pour ne pas la perdre - oui, je perds facilement les choses, ça vous étonne ?


J'ai un peu peur de ce que je vais y découvrir en tournant la poignée de la porte mais je me rends aussi compte que j'ai terriblement envie d'en apprendre plus sur ma mère. Naruto et moi, entrons dans la petite pièce éclairée par une fenêtre.

[*]

L'endroit est poussiéreux et plusieurs meubles sont entreposés, recouverts de draps que je suppose blancs à l'origine. Soudain, un craquement se fait entendre et me fait sursauter. Je me cogne contre une table ce qui provoque un drôle de tintement. Je découvre une espèce de carillon fait de petites plaques de verres colorées qui scintillent à la lumière. Un drôle de sentiment m'envahit.

« Je... je crois que j'avais le même mobile accroché au dessus de mon lit quand j'étais petite... »

Naruto s'approche pour examiner la sculpture alors que je m'avance en direction d'un coffre en bois posé par terre. Il y a un cadenas mais il n'est pas fermé. Je l'ouvre donc pour y découvrir plusieurs objets hétéroclites. Naruto s'agenouille à mes cotés et commence à examiner quelques objets. Beaucoup de carnets à dessins, de pinceaux, de croquis, de livres écrits en anglais. Et puis un objet plus imposant emballé dans un bout de tissu. Fébrile, je découvre une boîte à musique fermée par un petit cadenas doré. Je retire la clé de mon cou et ouvre sans hésitation la boîte qui se met alors à émettre une douce musique. Je constate qu'il y un double fond que j'ouvre également. A l'intérieur, des lettres et des photos. De mon père et de ma mère, adolescents. J'ai un choc en constatant qu'à par la couleur des cheveux, je ressemble en tous points à ma mère. Je regarde une photo d'eux enlacés, jamais je n'avais vu mon père sourire ainsi.

« Hé, regarde ça, elle n'est même pas ouverte, me souffle doucement Naruto en me tendant une lettre. »

Je la prends mais hésite à l'ouvrir. Est-ce une bonne idée ? Il n'y a ni de destinataire, ni de signature, ni même de date sur l'enveloppe.

Finalement, ma curiosité l'emporte et je sors délicatement la lettre de l'enveloppe et la déplie sous le regard impatient de Naruto.

« Maman, Papa, à l'heure où j'écris cette lettre je suis condamnée. Je viens d'avoir les résultats de l'hôpital et j'ai un cancer. Je serai probablement déjà morte depuis longtemps quand vous lirez cette lettre mais je tiens à m'excuser. Je ne vous ai pas parlé de ma maladie, ni à vous, ni à quiconque car sinon, je sais que vous m'auriez convaincue d'accepter le traitement et les rayons. Mais le médecin a dit qu'il y avait alors de fortes chances que je perde l'enfant que je porte et je ne veux pas courir ce risque. J'ai également appris aujourd'hui que c'est une fille.

Le médecin a dit qu'il me restait environ un an à vivre, je pourrais au moins avoir l'occasion de connaître un petit peu cet enfant. J'aimerai qu'elle soit souriante et heureuse même quand je ne serai plus là. J'aimerai qu'elle soit aussi brillante et courageuse que son père car je suis décidément bien lâche.

Mettre au monde ce bébé sera une des rares choses de bien que j'aurai accompli dans ma vie, alors s'il-vous-plaît, pardonnez mon égoïsme et pardonnez-moi de vous avoir fait de la peine.

Je ne vous l'ai pas assez dit mais je vous aime si fort.

Reiko »


Qu'est-ce qu'il m'arrive ? J'ai la gorge sèche et ma vision devient floue. Des larmes finissent par couler sans que je ne puisse les retenir. Je sens les bras de Naruto m'enlacer, il a lu la lettre par-dessus mon épaule et doit comprendre mon émotion. C'est stupide de pleurer d'ailleurs, je savais que ma mère est morte d'un cancer peu après ma naissance mais je ne savais pas qu'elle aurait pu guérir. Elle s'était en quelque sorte sacrifiée pour moi...
Je me mets à trembler et mes sanglots se font plus forts. Naruto ressert son étreinte et me caresse le dos gentiment tout en me soufflant à l'oreille que ça va aller.


Naruto est resté avec moi toute la journée et a même préparé le dîner. Je lui en suis très reconnaissante d'autant plus que je n'étais pas de très bonne compagnie aujourd'hui. J'ai cessé de pleurer mais je n'arrête pas de repenser à cette lettre et à ma mère. Malgré ce qu'elle avait écrit, c'était vraiment une femme courageuse.

Les autres lettres cachées dans la boîte à musique étaient des lettres d'amour envoyées par mon père. Je ne le savais pas si romantique. Il a tellement changé. Et ils étaient si amoureux, il a dû être littéralement anéanti en apprenant la mort de ma mère.
« Nous sommes rentrés ! »

Je sors de mes pensées et tourne la tête vers mes grands-parents qui étaient en train de se déchausser dans l'entrée. Ils viennent ensuite s'asseoir avec Naruto et moi dans le salon et Obaa-san s'apprête à raconter leur journée lorsqu'elle remarque mes yeux rouges.
« Sakura, que t'arrive-t-il ? »

Je me contente de lui tendre la lettre que j'avais conservée. J'attends qu'elle ait fini de lire et, comme prévu, de grosses larmes roulent sur ses joues. Mon grand-père la lit à son tour et semble également bouleversé.

Leurs regards mouillés se croisent et ils se serrent dans les bras tendrement alors qu'ils relisent la lettre. Je sens Naruto se lever à coté de moi et le vois se diriger vers l'extérieur. Je décide de la suivre pour laisser à mes grands-parents un peu d'intimité.

« N-Naruto... merci pour aujourd'hui.

- C'est normal. Si, je trouvais une lettre de ce genre écrite par mes parents j'aurai sans doute réagit pareil. »

Nous échangeons un sourire alors que nous nous baladons dans la neige qui crisse sous nos pas. L'atmosphère est étrange avec la lumière de la lune reflétée sur la neige et le sifflement du vent qui s'engouffre dans les sapins.

« Tu sais, je vais vraiment terminer mon roman. Et je vais réussir la fac. Et je vais économiser pour me trouver un meilleur appartement que le mien.

- Vraiment ? Et pourquoi cette soudaine motivation ?

- Parce que je veux devenir quelqu'un de meilleur. Parce que je vais toujours essayer d'être souriante et heureuse. Parce que c'est ce que ma mère aurait voulu et que je lui dois bien ça.
Naruto me regarde, légèrement perplexe avant d'acquiescer en souriant.

- Tu as raison. Moi je vais vraiment quitter ce village. Devenir mécanicien peut-être. Je suis doué à ce qu'il parait.

- Et tu irais où ?

- Je sais pas, Tôkyô peut-être... Ou...

- Ou Osaka ? demandais-je avec un sourire en coin.

Naruto baisse la tête en rougissant mais je lui fais une boutade qui dissipe sa gène.
- Il faudra bien que tu ais une amie pour t'aider à te débrouiller dans une si grande ville. Tu n'es qu'un garçon de la campagne après tout.

- Si je dois vraiment compter sur toi pour arriver à me débrouiller en ville, je suis perdu, dit-il avec un soupir fataliste qui se transforme en rire lorsque je lui tire la langue.
- Mais, sérieusement. Tu crois qu'on se reverra ?

Ses grands yeux bleus me sondent avec espoir. C'est vrai que je pars déjà demain et qu'Osaka n'est pas la porte à coté...

- J'en suis certaine, répondis-je d'un ton assuré qui semble le rassurer.
Il me sourit et passe un bras autour de mes épaules pendant que nous revenons vers la maison. Oui, je veux le revoir car pour devenir quelqu'un de meilleur, j'aurai besoin de lui.
Après tout, il est la personne la plus souriante que je connaisse.

Mes grands-parents m'avaient accompagné à la gare. Naruto était là aussi. J'ai toujours trouvé les adieux horriblement gênants. Je serre Obaa-san et Ojii-san dans mes bras et ma grand-mère me tend un paquet.

« C'est la boîte à musique de ta mère. J'ai pensé que tu aimerais l'avoir.
- Merci beaucoup Baa-san. Vous allez me manquer.

- Reviens quand tu veux ma grande. »

J'acquiesce puis me tourne vers Naruto qui attend, légèrement en retrait. Il se frotte l'arrière du crâne, visiblement aussi embarrassé que moi.

« Eh bien voilà... Prends bien soin de toi Fillette.

- Toi aussi Gamin.

Je me lève sur la pointe des pieds et dépose un baiser sur sa joue. Il semble surprit et rougit aussitôt.

- Tu es mignon quand tu rougis tu sais, lançais-je en riant avant de mettre mon sac sur mon épaule et de m'éloigner. »

Je monte dans le train et regarde par la fenêtre mes grands-parents et Naruto agiter le bras pour me dire au revoir. J'en fais de même jusqu'à ce que le train s'ébranle et commence à avancer.
La neige commence à tomber et efface déjà les traces que j'ai pu laisser dans ce petit village que je n'oublierai jamais. Je serre la boîte à musique contre mon cœur et fais la promesse que je reviendrai ici un jour.