Le bouquet de fleurs

par tookuni

Un jour, Shikamaru avait fait une découverte étonnante. C’était Ino qui l’avait pris à part et lui avait chuchoté d’un air conspirateur :

« Dis-moi, tu savais qu’Asuma-sensei venait toutes les semaines acheter des fleurs à la boutique ? »

Shikamaru avait trouvé la situation ridicule. Il avait d’abord songé que, comme elle avait coutume de le faire, Ino exagérait. Asuma avait dû passer une fois, peut-être, lui acheter des fleurs pour une occasion particulière. Il avait vite déchanté. Il avait croisé Asuma à la boutique tandis qu’il discutait avec Ino et Chôji. Il l’avait parfois vu dans la rue avec ce même bouquet. Il prenait toujours les mêmes fleurs. De jolies fleurs rouges comme les yeux de Kurenai.

C’étaient d’abord les yeux de la jeune femme qui l’avaient renseigné sur le lien qu’elle entretenait avec son maître. C’étaient ses yeux sur lui, lorsqu’il les surprenait en train de se promener, apparemment indifférents l’un à l’autre, dans les rues paisibles de Konoha, qui l’avaient guidé jusqu’à la même conclusion qu’Ino. Asuma offrait chaque semaine un bouquet de fleurs rouges à Kurenai.

Il était devenu évident qu’ils étaient ensemble lorsque l’homme avait commencé à parler d’elle plus librement. Ils s’étaient beaucoup moqués, Ino la première. Elle se targuait de l’avoir vu venir de loin.

Plus tard encore, Asuma était mort. Shikamaru avait vu les fleurs que Kurenai entretenait à son balcon se faner et disparaître au fur et à mesure que son ventre gonflait. Il s’était juré de protéger cette femme et la descendance de son maître, mais il avait bien vu que la blessure de Kurenai était trop profonde et qu’elle était nostalgique des attentions d’Asuma. Il lui manquait beaucoup trop. Elle savait sourire, mais ses yeux rouges ne luisaient plus de l’énergie vivace qui semblait se refléter dans les fleurs qu’elle traitait par le passé avec tant d’attention.

Il pensait être le seul à en être conscient. Une fois de plus, Ino l’avait surpris. Un jour, encore, un jour aussi ensoleillé que sa première conspiration à propos de son maître, elle l’avait tiré jusqu’à la boutique et lui avait collé un énorme bouquet couleur pourpre dans les bras.

« Tu donneras ça à Kurenai. »

L’ordre était sans appel. Sur le chemin de l’appartement de la future maman, il s’était vaguement demandé quelle réaction elle aurait. Il s’était demandé si elle n’allait pas éclater en sanglots et lui dire d’ôter ces fleurs de sa vue. Peut-être allait-elle simplement être heureuse et esquisser un de ces petits sourires magnifiquement résignés dont elle avait à présent le secret. Mais Ino était une femme amoureuse, elle aussi. Elle avait su discerner quels sentiments pouvait éprouver Kurenai, quels regrets de ce qu’elle avait vécu avec Asuma elle pouvait avoir, et comment ils pouvaient y remédier en l’aidant à s’en souvenir.

Cela n’était pas faire comme si de rien n’était. Justement, c’était poursuivre l’œuvre de leur maître dans une vie où il ne pouvait plus interagir lui-même. C’était continuer, par quelques attentions similaires, de symboliser la présence de l’homme à ses côtés. C’était la preuve qu’il ne sombrerait jamais dans l’oubli.

Shikamaru n’avait découvert tout cela qu’à l’instant où Kurenai avait ouvert la porte de son logis et été embaumée par le doux parfum de ses fleurs préférées. Elle avait rougi légèrement, replongée dans d’heureux souvenirs. Ensuite, elle avait accepté le bouquet en le recevant dans ses bras et avait souri au garçon.

Shikamaru avait haussé un sourcil, surpris, puis il avait esquissé un rictus satisfait à son tour. À nouveau, tout à coup ravivés par une coutume retrouvée qui portait tant de symboles et impliquait tant d’affection, les yeux de Kurenai avaient lui de l’éclat enchanteur des fleurs.

Depuis ce jour, toutes les semaines, à la même heure, l’un d’eux allait déposer le fétiche exorciste de peine sur le palier de la jeune maman. Comme l’emblème durait longtemps, l’appartement était embaumé d’odeur familière, l’intérieur décoré de rouge, Kurenai aussi. Étoffée de ces fleurs, elle n’avait plus jamais perdu son regard vibrant de vie.