Masque

par Mimichan

Naruto se trouvait dans le bureau de Tsunade.

L’habituel amoncellement de paperasse s’entassait sur son bureau, sa bouteille de saké était toujours cachée dans le 3ème tiroir à gauche en partant du haut et les portraits des Hokage occupaient leur place habituelle dans son dos.

Tsunade avait l’air fraîche ce qui changeait de d’habitude, elle arborait un air contrit et passablement soucieux et elle avait croisé les jambes sous son bureau.

Elle allait lui faire une annonce difficile. Elle avait souvent ce genre d’attitude dans ce genre de situation.

Elle avait juste eu un air peiné en plus quand elle lui avait annoncé avec le plus de tact et de douceur possible la mort de Sasuke six mois plus tôt.

Oui, Sasuke était bel et bien mort…comme un idiot, il fallait bien le reconnaître. Cela ressemblait à s’y méprendre à un suicide. Sasuke ne provoquait jamais en duel mortel quelqu’un qu’il ne pourrait vaincre en l’occurrence son ancêtre : Madara.

Naruto éprouvait toujours des remords à ne pas avoir réussi à le ramener à Konoha ou du moins à la raison. Depuis sa désertion, il s’était enfoncé de plus en plus dans les ténèbres devenant de plus en plus inaccessible pour Naruto. A chaque fois qu’il l’avait rencontré, Naruto avait souffert en constatant l’entêtement de Sasuke à s’autodétruire. Il avait subi de nombreuses déceptions en apprenant le ralliement de Sasuke à l’Akatsuki puis son engagement à la poursuite des Jinjurikis. Il l’avait senti s’éloigner perceptiblement de lui de plus en plus, il s’était senti impuissant face à la détresse de son meilleur ami. Il n’avait jamais abandonné sa foi envers lui mais il devait se résoudre à accepter sa mort.

Il était encore sous le choc, dans une sorte d’hébétude, espérant toujours un démenti même s’il avait ressenti l’instant de sa mort même à des kilomètres de distance. Il avait eu l’impression qu’on lui arrachait le cœur alors qu’il avait la vision de l’agonie de Sasuke, il n’avait pas exactement compris à l’instant ce qu’il lui arrivait, il se souvenait du visage soucieux de Sakura qui s’était penché sur lui. Quelques jours plus tard, le corps de Sasuke avait été trouvé et Naruto l’avait lui-même identifié. Il se rappelait d’ailleurs de ce corps inerte, froid, aux traits figés par la douleur qu’on lui avait présenté en soulevant un pan de drap mortuaire. Il ne se souvenait même pas du nombre du fois qu’il avait pleuré cette perte.

Tsunade s’éclaircit la gorge. Naruto grimaça pris en flagrant délit de pensée morbide.

« Naruto, je t’ai convoqué parce que les conseillers ont décidés afin d’apaiser les tensions entre la racine et les unités régulières des Anbus de faire des équipes mixtes.

-    C’est très bien, nous pourrions ainsi obtenir plus d’informations sur les intentions de la racine… »

Danzou s’opposait de plus en plus clairement à l’autorité de Tsunade. D’après les renseignements que Naruto Sakura et Saï avaient pu glaner, il semblerait que Danzou puisse tenter de la renverser. Ils n’avaient seulement pas de preuve assez tangible pour l’accuser ni pour provoquer la dissolution de sa secte radicale : la racine. De plus personnellement, Naruto avait eu quelques démêlés avec Danzou qui s’était opposé à sa candidature au poste de Hokage.

« …Je ne vois pas en quoi cet arrangement me concerne. Je travaille en solo.

-    J’ai décidé de te mettre en équipe avec le second de Danzou. »

Naruto rumina quelques instants des : « la vieille a encore abusé de la bouteille, elle est tombée sur la tête ce matin, rhaa, ramen (petite précision, c’est l’heure de se restaurer) ». Il râlait discrètement mais il était clairement visible que cette situation ne l’enchantait pas du tout. Depuis la mort de Sasuke, il avait enchaîné les missions solo ne supportant pas la sollicitude de ses coéquipiers habituels. Il avait eu besoin de solitude pour affronter ce deuil et pour pouvoir se déchaîner en mission. Il maîtrisait maintenant Kyubbi en fusionnant avec lui dans certaines conditions et il évitait généralement de le faire en présence de témoin.

« Cet homme est au courant de tout ce que projette Danzou donc…

-    …J’essaie d’en apprendre le plus possible à son contact. J’ai compris. Ce doit être quand même une personne en laquelle Danzou a extrêmement confiance, il ne doit être pas facile à corrompre.

-    C’est ton problème mais je trouve que l’occasion est à saisir d’approcher un membre aussi haut placé de la racine. Tu devras faire en sorte qu’il ne se doute pas de ton identité, donc pas de Kage Bunshin à foison, fini le rasengan et tu oublies définitivement s’il-te-plaît le sexy justu.

-    Je n’utilise pas mes techniques habituelles en tant qu’Anbu et je cache ma personnalité déjà, je n’aurais aucune difficulté.

-    Très bien. Saï va bientôt arriver, il va te donner toutes les informations qu’il a pu obtenir concernant ton coéquipier.

-    L’avez-vous déjà rencontré ?

-    De temps à autre ; il accompagne rarement Danzou. Je n’ai pu me faire une opinion mais il est très présent au sein de la racine quand il n’est pas en mission d’après Saï. »

On toqua à la porte et Saï rentra. Il sourit à Naruto, ce n’était pas encore un sourire franc mais il commençait à comprendre le concept de cette mimique sociale.

« Alors, tu veux des renseignements sur Nuit d’été, le second de Danzou. Alors, son nom vient de son genjustu favori pareillement nommé. C’est un type autoritaire, loyal, expérimenté, exigeant et quelques fois râleur. Il a au moins une quinzaine d’années à son actif. Il doit avoir dans la trentaine. C’est un manieur de sabres talentueux. Il utilise le ninjustu qu’en cas extrème. Il forme parfois de nouvelles recrues mais part souvent dans des missions à haut risque.

-    Rien sur sa personnalité, ses goûts ou ses défauts ? »

Saï pouffa :

« Fais gaffe à tes fesses ! Ne lui tourne jamais le dos. Il a son petit côté pervers qui ne se limite pas au sexe opposé et un esprit assez grivois avec les gens qu’ils apprécient. Il risque de te draguer, je t’avertis.

-    Et il est assez bavard avec ses conquêtes ?

-    Naruto, je ne veux pas…

-    Oba-chan, ne soyez pas vieux jeu, rétorqua Naruto.

-    A mon avis, il est aussi muet qu’une tombe concernant les petits secrets de son supérieur.

-    Je trouverai un moyen de lui tirer les vers du nez.

-    Tu t’attaques quand même à une grosse pointure.

-    Personne n’est infaillible notamment à mon influence.

-    Personne à part Sasuke », marmonna Saï.

Saï n’avait pas encore intégré la notion de tact. Naruto respira amplement en repensant à son échec face à l’entêtement de son meilleur ami.

« Naruto, tu as l’après-midi de libre, tu rencontreras Nuit d’été demain. Tu seras sous ses ordres au vu de son poste et de son expérience.

-    A vos ordres, la vieille !

-    Ne m’appelle plus comme cela ! »

Naruto partit de la pièce aussi rapidement qu’un courant d’air. Lire les rouleaux laissés par Yondaïme feu son père lui avait permis d’acquérir de nouvelles facultés comme les déplacements quasiment instantanés.

Il décida de faire le tour de Konoha pour se vider l’esprit. Il ne savait pas s’il était réellement prêt à faire équipe avec quelqu’un et encore plus à obéir à ses ordres. Il s’était habitué à décider seul de la marche à suivre tout en pouvant prendre des risques dans lesquels il n’aurait jamais entraîné des coéquipiers. Tsunade avait été compréhensive concernant son deuil. Naruto se devait maintenant de reprendre les rennes de sa vie et de se préoccuper fortement de la racine. Il voulait avant tout permettre à Tsunade de rester au pouvoir car il appréciait la façon dont elle dirigeait les troupes ninjas. Et il désirait ardemment être son successeur. Donc, il avait tout intérêt à stopper net les ambitions de Danzou.

Cette mission serait délicate mais personne ne résistait à son charme particulier. Il savait avoir les gens à la dure, seul Sasuke à présent avait été assez tenace pour lui faire front mais Naruto ne doutait pas qu’il aurait fini tout ou tard à le ramener. Et voilà, ses pensées revenaient encore et toujours à Sasuke. Il ne pouvait s’empêcher de penser à lui alors qu’il était bel et bien mort. Il devait s’y résoudre, il ne l’entendrait plus le traiter de crétin avec un léger sourire moqueur et il ne l’affronterait plus en duel…

« Naruto kun… »

Naruto releva la tête. Hinata se tenait devant lui, ses index collés entre eux et le rouge au joues. Naruto avait compris qu’elle avait le béguin pour lui mais les timides jeunes filles rougissantes aussi douces, aimables et gentilles soient elles ne l’intéressaient pas. Il ne se voyait pas dans une relation épanouie avec quelqu’un qui oserait à peine lui demander de lui passer le sel et qui s’évanouirait quand il finirait par lui donner. Il ne s’imaginait même pas le cirque lors d’une relation sexuelle.

« Qui a-t-il Hinata, demanda-t-il d’une voix douce. »

Il essayait toujours de la ménager connaissant sa tendance à tomber dans les vappes à son contact immédiat.

« Tu…avais l’air perdu…dans tes pensées et…y a-t-il quelque chose qui ne va pas ?

-    Non rien, ne t’inquiète pas !

-    On sait tous que la mort de Sasuke…

-    …m’a beaucoup affecté. Je te remercie pour ton soutien mais je n’ai pas envie d’en parler. »

Ce n’était pas difficile de s’apercevoir qu’il était nettement maussade depuis le décès et qu’il était plus renfermé sur lui-même.

« Je ne vais plus effectuer de mission en solo si cela peut te rassurer.

-    Oui, il vaut mieux ne pas être livré à nous-même quand on est dans une période vulnérable. Avoir un coéquipier te fera du bien. »

Il la trouva un peu plus sûre d’elle-même en sa présence ce qui lui parut étrange.

« Tu as un peu changé Hinata…En fait, pas vraiment », maugréa-t-il quand elle s’évanouit sous l’émotion trop forte due au compliment.

Il s’occupa d’elle tout en cherchant du regard une personne familière. Il avait autre chose à faire que veiller sur l’héritière Hyugga. Heureusement, Néji passa par là. Ses rapports avec Néji étaient au beau fixe, ils avaient souvent travaillé ensemble en tant qu’anbu et ils formaient une équipe remarquable. Naruto la laissa donc entre de bonnes mains.

Il finit par flâner près de la rivière. Il aimait beaucoup cet endroit et il finit par s’asseoir au bord de l’eau pour y tremper les pieds.

Demain, il allait rencontrer ce fameux Nuit d’été.