La fougue de la jeunesse

par plumyplumy

 

 

Il était prêt de quatre heures du matin. Les rues de Konoha étaient vides et calmes, parfois perturbées par quelques joyeux lurons qui revenaient d’une soirée un peu arrosée. Dans la nuit noire, on pouvait distinguer la lourde masse de cheveux blonds d’une jeune femme assise au sol, un bras la soutenant en arrière, le regard un peu dans le vide.

 

Minako, avec flegme, tira à nouveau sur la cigarette qu’elle avait chipée à Asuma sans qu’il ne puisse protester et eut un petit rire.

 

« Et tu vois Nea, même si Kushina a été aussi troublée que nous concernant cette histoire de mondes parallèles et de réalités alternatives, je ne l’ai jamais vu autant sourire depuis des années. Elle était radieuse. »

 

Elle pencha la tête vers l’arrière, les yeux dirigés vers le firmament, fascinée par les étoiles qui y brillaient, comme chaque soir lorsqu’elle levait la tête pour le regarder. Ses longs cheveux blonds (à présent lavés et coiffés) s’étalaient dans son dos, frôlant légèrement le sol. Ils se soulevaient avec légèreté, suivant les fluctuations du vent qui s’engouffrait dans l’épaisse chevelure dont la couleur était assez typique des membres de sa famille.

 

« Tu aurais tellement aimé la voir ainsi. Elle était presque comme avant. Je crois qu’elle n’a pas lâché une seule fois la main de Naruto de toute la soirée. Elle le dévorait des yeux, c’était mignon à voir. »

 

Puis ses yeux se détachèrent de la vision enchanteresse du ciel étoilé pour se poser sur la pierre gravée au sol, située près d’elle. Elle caressa avec légèreté le nom marqué dessus en retraçant les caractères du bout des doigts. Elle porta à nouveau la cigarette à ses lèvres avec un léger sourire : quelqu’un s’approchait du lieu où elle s’était assise. Le nouvel arrivant se stoppa à moins d’un mètre mais garda le silence. Minako, sans leva les yeux, continua de fumer et s’adressa à celui-ci :

 

« Insomniaque l’ami ? »

 

L’ami désigné par la jeune femme soupira.

 

« Tu es mal placée pour me faire des réflexions. Tu es là depuis une demi-heure à parler à cette tombe. Comme tous les soirs.

-Si j’ai envie de venir tous les soirs sur cette tombe, je viendrais tous les soirs sur cette tombe. D’ailleurs n’est-ce-pas ce que tu as pris l’habitude de faire, toi aussi ? Crois-tu vraiment que je ne sens pas ta présence quand je viens ? »

 

L’homme masqué par la pénombre ambiante eut un nouveau soupir avec de se pencher vers elle et d’enlever le bâtonnet empoisonné des lèvres de la jeune femme et de l’écraser. Et sans une parole, il se redressa et partit, sûrement contrarié. Elle ricana faiblement, peu soucieuse du gâchis occasionné par le jet de la cigarette, et le regarda s’éloigner. Bien après qu’il eut disparu de son champ de vision, elle glissa un nouveau regard vers la tombe, un sourire presque béat flottant sur ses lèvres.

 

« Il n’a pas changé, hein Nea ? Toujours à s’inquiéter sans en avoir l’air. »

 

Elle eut un petit rire solitaire dans la nuit profonde et silencieuse qui englobait le paisible village caché de Konoha.

 

« Tu verras Nea, les choses vont bouger ici, je le sens. Et je réaliserai ton rêve, je te le promets. »

 

[…]

 

Naruto cligna plusieurs fois des yeux, perturbé par un rayon de soleil particulièrement puissant qui venait déranger sa pupille qui tentait durement de s’habituer à la lumière ambiante. Il s’étira comme un bienheureux, ayant dormi comme loir (ce qui n’était pas arrivé depuis fort longtemps), puis se figea en voyant la pièce dans laquelle il se trouvait : il regarda de tous les côtés et commença à paniquer un peu, se demandant où il se trouvait.

 

Jamais de sa vie il n’avait vu cette chambre.

 

Un peu perdu, il se leva, bondit vers la porte, l’ouvrit et, en voulant sortir, percuta violemment quelqu’un qui passait par là. Les fesses au sol, il massa son front devenu douloureux sous le choc. Il entendit un juron des plus grossiers qui attira son regard : une blonde, aux cheveux complètement en bataille, aux yeux bleus un peu cernés encore habités par la lueur du sommeil et portant des habits de nuit complètement ridicules (son pantalon était artistiquement décoré de petits canards sur un fond jaune poussin criard), se frottait aussi le front d’un air las et ronchon.

 

« Qui est le putain d’imbécile qui m’est rentré dedans que je le pulvérise… »

 

Et Naruto se souvint d’un coup. Il était chez ses "parents" d’un autre "monde", coincé dans une réalité alternative à la sienne à cause (vraisemblablement) d’un jutsu raté de Tobi après son combat contre lui (qu’il avait -à la base- gagné) où il avait rencontré l’étrange Minako Namikaze, sœur (certes) adoptive de son père mais malgré tout Namikaze de sang.

 

Sœur qui présentement lui lançait un regard annonçant mille tortures et souffrances pour les décennies à venir. Visiblement sa tante n’était pas du tout du matin.

 

Mauvais point pour lui.

 

« Naruto… Tu as vraiment mal choisi ton jour. Je vais te déchiqueter pour ton test. »

 

Ah oui, il avait été décidé par Minato Namikaze (toujours Hokage à ses heures perdues, frère de la blonde lunatique et mal lunée en face de lui, et père du pauvre blond perdu dans une dimension qui n’était pas la sienne) que Naruto devrait passer un petit test afin d’évaluer son niveau car, bien que Jounin dans son monde, l’Hokage souhaitait apprécier de ses propres yeux le niveau de son soi-disant fils. Il pensait même à lui faire repasser l’examen Chuunin. Lorsque Naruto avait contesté ce dernier point, Minato avait calmement expliqué que le plan (destiné à expliquer son existence) consistait à faire croire aux habitants et ninjas de Konoha que Naruto était parti durant des années en entraînement avec Jiraya, loin des regards, pour sa propre sécurité (car être fils d’Hokage avait de quoi attirer les tentatives d’attentat en pagaille). Dans cette optique il sera donc logique d’expliquer qu’à son âge Naruto ne fût ni gradé ni connu des autres ninjas du village.

 

Cette version des faits avait été approuvée par l’ensemble de la famille, bien que Naruto fût réticent à l’idée de repasser l’examen Chuunin et d’attendre de faire ses preuves pour être nommé Jounin. D’après les dires de Minako, l’examen était beaucoup plus ardu qu’il ne l’avait été auparavant et très peu de personnes étaient nommées aux grades supérieurs depuis que Minato avait complètement réformé les conditions pour passer Jounin et Chuunin afin de former les meilleurs ninjas.

 

Naruto reprit doucement pied dans la réalité et suivit la blonde qui trainait la patte devant lui pour aller prendre un petit déjeuner que son estomac réclamait à grands cris. Il pensait tellement à remplir son ventre qu’il ne remarqua pas l’arrêt marqué par Minako qu’il percuta avec violence. Elle grogna. Elle grogna beaucoup, mais ne s’acharna point sur le jeune homme. En fait, elle était occupée à dévisager Kushina, plutôt en bonne forme (assez pour se lever en tout cas, ce qui n’était pas rien), qui cuisinait un petit déjeuner collectif en sifflotant d’un air joyeux. Les bras lui en tombaient. Kushina sifflotait joyeusement ? Et cuisinait en plus de cela ?

 

« Euh… Kushina ? »

 

La rousse se tourna vers les deux plus jeunes habitants de la maisonnée. Adressant un petit bonjour à chacun d’entre eux, elle retourna rapidement à sa préparation. Minako préféra se taire et se traîna sans un mot à sa place. Mais alors qu’elle allait s’assoir, elle vit Kushina perdre l’équilibre. Avec une rapidité qui lui semblait improbable si tôt le matin, elle réussit à rattraper sa belle-sœur de justesse et à s’emparer de la poêle qui lui avait échappé des mains avec la surprise.

 

Minako soupira. 

 

« Je me disais bien aussi… Kushina, si tu pouvais éviter les actes d’héroïsme dès le matin, ça me ferait plaisir. »

 

Elle força la rousse à s’assoir, sous le flot de protestations de celle-ci, et se tourna vers Naruto :

 

« Dis-moi Naruto, tu es bon cuisine ?

-Pas mauvais, je suis habitué à cuisiner pour moi-même.

-Parfait, alors aux fourneaux cuistot ! »

 

Sans lui laisser le temps de protester, elle lui fourra le manche de la poêle dans les mains et partit s’assoir à table, en retrouvant son air de zombie ambulant.

 

Naruto fixa le contenu de l’ustensile de cuisine qui commençait à roussir sévèrement et poussa un soupir. Il posa sa poêle sur la cuisinière assez moderne de la grande et lumineuse cuisine de la maison des Namikaze. En mélangeant les aliments, il réfléchissait à la situation actuelle : sa mère était derrière lui, son père reviendrait le soir après le travail et sa tante comatait sur la table. Une situation normale dans une famille normale ; tout ce qu’il n’avait pas connu.

 

Quelle situation étrange.

 

[…]

 

Il jeta un coup d’œil à droit, à gauche. Personne.

 

Il se glissa en dehors de son bureau le plus discrètement possible et commença à s’éloigner, heureux d’avoir pu sortir sans être vu mais…

 

« Sensei ? »

 

Il se figea et pesta d’avoir été repéré. Un air gêné peint sur le visage, il se tourna vers le jeune homme qui l’avait interpellé : Hatake Kakashi. Vêtu d’une tenue ANBU, il tenait son masque en forme de tête de chien entre les mains, le bas de son visage déjà caché par un tissu noir opaque et semblait se rendre dans le bureau de son supérieur, le Sensei précédemment nommé. Sensei qui tentait d’échapper à ses obligations pour assister à un combat pas comme les autres.

 

Minato observa son élève aux cheveux gris hérissés avec une grimace, peu heureux d’avoir été pris la main dans le sac.

 

« Kakashi, tu es déjà revenu de mission ? »

 

Mais celui qu’on nommait "le ninja copieur" ne prit même pas la peine de répondre à sa question, préoccupé par autre chose :

 

« Sensei, si vous vouliez vous enfuir discrètement, pourquoi ne pas avoir utilisé le Hiraishin no Jutsu ? »

 

Minato se sentit soudainement bête. Il se gratta le haut de crâne avec un air ingénu.

 

« Hm. C’est vrai.

-Et où courriez-vous si vite ? »

 

Le jeune Hokage réfléchit pendant quelques secondes à ce qu’il pouvait dire à Kakashi, mais ce fut le ninja nonchalant qui reprit la parole avant qu’il n’ait eu le temps de dire quoique ce soit. 

 

« Vous avez l’air assez perturbé aujourd’hui. Beaucoup de personnes se demandent ce qu’il vous arrive. Vous n’êtes pas comme d’habitude.

-En fait, commença-t-il en passant une main dans ses cheveux, mon fils (il grimaça légèrement en disant ce mot) est revenu à Konoha après un entraînement maintenu secret avec Jiraya et Minako est chargée d’évaluer son niveau aujourd’hui alors euh… 

-Votre fils ? Mais Naruto est…

-C’était une mise en scène pour le protéger, le coupa le blond d’un ton cassant, Tu sais ce que c’est… vu le contexte politique actuel tendu … il valait mieux l’éloigner du village… »

 

Un silence flotta dans le couloir. Kakashi le scrutait de son œil noir et de son œil rouge à cause du sharingan. Il savait que son maître mentait, mais il ne poussa pas plus son interrogatoire.

 

S’il y avait quelque chose à découvrir, mieux valait chercher discrètement.

 

[…]

 

« Ah Minato, te voilà enfin, on va pouvoir commencer ! »

 

Le dit Hokage s’approcha des deux jeunes blonds qui se faisaient face sur le terrain d’entrainement situé un peu à l’écart du centre-ville pour ne pas attirer trop de curieux. Naruto se tourna vers son "père" qui venait vers eux, et constata rapidement que le Yondaime était bien décidé à l’ignorer au maximum. Sa déception fut cependant de courte durée car il eut l’immense surprise de se retrouver en face à face avec Kakashi Hatake, son Sensei depuis qu’il avait atteint le grade de Genin et ce jusque la mort du dit Sensei il y a à peine un mois avant que Naruto se retrouve propulsé dans cette étrange dimension.

 

Une vague d’émotions diverses et variées envahir Naruto qui tentait de faire taire les souvenirs qui remontaient à son esprit en voyant Kakashi en pleine forme avec son air nonchalant tellement familier sur le visage.

 

Il serra le poing.

 

Si seulement Sasuke n’avait pas…

 

« Naruto ? T’es prêt ? »

 

Il sortit violemment de ses pensées et plongea son regard azur dans celui tout aussi bleu de sa tante. Il hocha la tête, encore un peu perturbé par ses pensées et ses souvenirs. La jeune femme s’éloigna de lui et se mit en position. Il n’avait pas remarqué, mais Minato et Kakashi s’était aussi éloigné et se trouvaient à présent sur les bords du terrain. Kushina était aux abonnées absentes, forcée par sa belle-sœur à rester au lit pour se reposer : elle en avait déjà bien assez fait depuis la veille.

 

Naruto allait prendre une pose plus adaptée au combat à venir, quand une voix désagréablement familière s’éleva (bien que le terme "cria" ait sans doute été plus adapté) :

 

« Kakaaaasshiiii !! Mon éternel rival JE TE DEFIE !

-Et merde, la sauterelle verte est de retour de mission, misère… » grogna Minako en se massant les tempes d’un air fatigué.

 

Naruto vit une forme verte atterrir avec dextérité au centre du terrain. Il reconnut avec un sourire moqueur à demi caché le Sensei de Lee, Neji et Tenten, toujours aussi en forme que ça soit dans ce monde ou dans le sien. Un sourire étincelant accroché aux lèvres, il pointa un doigt accusateur sur le pauvre Kakashi qui semblait vouloir être partout sauf ici.

 

« Mon éternel rival, je te défie !! répéta-t-il avec entrain, apparemment inconscient de déranger l’ensemble des personnes présentes

-Eh oh, la sauterelle verte là, dégage tu gênes ! »

 

Surpris, Maito Gaï se tourna vers celle qui s’adressait à lui avec un ton si désagréable. Il pâlit en reconnaissant la jeune Namikaze et n’aperçut le Yondaime Hokage qu’à ce moment-là. Il confondit en excuses auprès de son dirigeant qui les balaya toutes d’un geste vague de la main. En prenant place à côté de son "rival éternel", il se pencha vers lui, un peu perdu face à la situation actuelle. 

 

« Que se passe-t-il donc ?

-L’Hokage veut connaître le niveau de son fils à peine revenu de son entraînement avec le grand Jiraya. Minako-chan est chargée de le tester.

-Le fils de l’Hokage ? Mais…

-Oui je sais, mais apparemment c’était une mise en scène pour le protéger ou quelque chose dans le genre… »

 

Il y eut un silence : Gaï était perplexe en entendant cette explication, mais se reprit bien vite. Il récupéra son sourire étincelant et prit la pose du "nice guy", le bras en avant et le pouce levé en direction des deux jeunes ninjas prêts à s’affronter :

 

« Montrez-nous la fougue de la jeunesse les enfants ! »

 

Minako soupira mais se mit en position de combat et Naruto en fit de même.

 

Ils étaient prêts pour le combat.

 

[…]