Les larmes de la mère

par plumyplumy

 

 

Minako entra d’un pas joyeux dans la petite chambre qu’occupait Naruto à l’hôpital, ravie de la tournure que prenaient les évènements, et quelle ne fut pas sa surprise en voyant le jeune homme assis en tailleur sur le lit, en pleine méditation… Sans ses liens.

 

« Minato t’a retiré tes liens ? Tant mieux, ça m’évitera de le faire ! Allez, debout, je vais te présenter ton nouveau "chez toi" ! Et vite, que je puisse passer t’acheter quelques vêtements avant qu’on y aille ! »

 

Naruto ouvrit un œil, le dirigeant sur sa (très) jeune tante.

 

« Je les ai retiré moi-même. Pourquoi veux-tu m’acheter des vêtements ?

-Parce que les tiens sont dans un sale état et que tu n’as rien d’autre ici. Et… QUOI ? Tu as brisé mes liens anti chakra ? Tout seul ? 

-Hm… Oui. »

 

Minako fixa Naruto, ne sachant comment réagir. Peut –être ne devrait-elle pas être étonnée… Après tout il était Naruto, le fils de Minato et de Kushina, et par conséquent, imprévisible et sûrement puissant. Pourtant elle n’aurait jamais imaginé que ce jeune blond le soit assez pour venir à bout d’une de ses techniques de sceaux les plus puissantes.

 

Elle resta figée, même lorsque Naruto passa à côté d’elle, visiblement en pleine forme, malgré les sérieuses blessures qu’il avait lorsqu’elle l’avait trouvé dans la forêt. S’étonnant de ne pas être suivi, Naruto stoppa sa progression et interpella la jeune femme. Secouant la tête, elle se reprit et passa devant son neveu, pour les mener vers l’extérieur. Le jeune blond était visiblement d’un naturel silencieux, un peu comme Minato nota la Namikaze. Le regard dirigé par le sol, il la suivait sans émettre un mot, comme perdu dans ses pensées.

 

Il ne releva la tête que lorsque les rayons du soleil touchèrent timidement sa peau, lui indiquant qu’il était enfin dehors. Surpris dans ses pensées, il reprit contact avec la réalité, et se stoppa sous le choc de ce que sa vision lui offrait.

 

Minako sentit immédiatement l’arrêt du jeune homme, et, surprise, elle se tourna vers lui, cherchant à savoir ce qu’il se passait.

 

« Naruto ? Tout va bien ? »

 

La bouche légèrement entrouverte, il regardait ce qui l’entourait d’un air choqué et perturbé. Sentant les larmes monter, il baissa les yeux pour cacher sa faiblesse passagère. Ce fut la main de Minako sur son épaule qui lui fit relever les yeux. Il força un sourire à étirer ses lèvres pour rassurer la jeune femme.

 

« Ne t’inquiète pas… J’ai juste été surpris… Ça faisait plus d’un an que je n’avais pas vu le village de Konoha tel que je l’ai connu depuis mon enfance... Je… Ça va passer. »

 

Elle hocha la tête, comprenant les sentiments du jeune homme. Elle se souvient que dans le récit qu’il avait décrit, un ninja nommé Pain avait complètement détruit Konoha. A nouveau, elle imagina tous ces bâtiments complètement rasés, ce village joyeux et plein de vie complètement rayé de la carte, et ne put s’empêcher de frissonner : jamais elle ne laisserait une telle chose arrivée, foi de Namikaze.

 

« Allons-y. » déclara Naruto, ayant repris un air plus neutre

 

Ils marchèrent, toujours en silence, bien que l’esprit de Naruto fût perturbé par de nombreuses questions qu’il se posait, sans oser les transmettre à voix haute à la personne qui l’accompagnait. Personne qui comprit sans un signe de sa part qu’il était perturbé :

 

« Naruto, si tu as des questions pose les sinon tu vas te prendre la tête pendant longtemps. Et ça nous évitera peut-être que tu laisses échapper une fausse information si nous croisons quelqu’un. Vas-y, parle, je t’écoute. 

-Eh bien, commença-t-il en sélectionnant dans sa tête les questions les plus importantes, En fait j’aimerai savoir si… si j’existe ici. Enfin, je veux dire, s’il y a un autre Naruto qui habite Konoha. Vu vos réactions quand j’ai donné mon identité, je suppose que oui… »

 

Minako stoppa sa marche, sentant le sang quitter son visage en entendant la question de Naruto. Malgré tout, c’est elle qui lui avait proposé de poser ses questions et il était naturel qu’il se pose celle-ci. Elle leva un regard sombre vers le blond :

 

« Namikaze Naruto est mort. »

 

Et elle reprit sa marche, sans un mot de plus. Naruto, bien qu’un peu perturbé par cette information, la suivit de près, cogitant silencieusement et n’osant demander plus de détails. Ils arrivèrent tous les deux dans le premier magasin de vêtements se trouvant sur leur chemin. La vendeuse, une jeune brune aux formes généreuses (et qui ne se privait pas de les montrer), les accueillit avec un immense sourire commercial, tournant consciencieusement autour de Naruto et ignorant délibérément Minako.

 

« En quoi puis-je vous aider ? Je peux peut-être vous renseigner sur des ensembles élégants mais pratiques pour vos missions. Ou peut-être recherchez-vous quelque chose de plus simple ? »

 

Naruto grimaça en écoutant la voix désespérément haute perchée de la vendeuse. Il jeta un regard vers sa tante… et eut des sueurs froides en voyant l’air furibond qui déformait ses traits pourtant très beaux au naturel et en sentant l’aura froide qu’elle dégageait à l’instant présent.

 

« Dis donc toi, et si tu allais voir ailleurs si j’y suis, histoire que l’on puisse faire notre shopping tranquille. »

 

La commerçante, scandalisée, se tourna vers Minako pour en découdre avant de brusquement pâlir et s’incliner bien bas devant elle.

 

« Mes excuses Namikaze-san, je vais vous laisser faire un tour dans les rayons. N’hésitez pas à m’appeler si vous avez besoin de moi… »

 

Et aussi vite qu’elle était arrivée, elle disparut en arrière-boutique, fuyant le regard furieux de celle qu’elle avait auparavant mise de côté. Naruto observa la scène, un peu perplexe, notant la réaction de la marchande dans un coin de sa tête pour l’analyser plus tard. C’était étrange.

 

« Bon, allons voir ce qu’il y a pour toi, tu as vraiment l’air misérable là-dedans ! » s’exclama-t-elle en retrouvant son sourire, comme si de rien était.

 

Sa tante était vraiment très insolite.

 

[…]

 

Ils ressortirent au bout d’une heure, Minako ayant été très exigeante sur les tenus que devait porter son "adorable neveu" comme elle le disait elle-même. Naruto n’arrivait pas à savoir s’il était heureux qu’elle fût si attentionnée envers lui, ou s’il devait pleurer à l’idée que cela puisse être tout le temps ainsi. Cependant il était satisfait du résultat et trouvait qu’il avait plutôt fier allure dans ce qu’il portait à présent : un ensemble noir très sobre composé d’un haut sans manche assez long et dont le col large cachait son menton avec un bas assez large, resserré sur les cuisses avec des bandes (mises en place avec grande attention par Minako pour que « ça ne le gêne pas lors d’une mission »). Compte tenu des températures assez fraîches de la saison, ils avaient complété le tout par une grande cape avec capuche (qui était posé présentement sur sa tête afin d’éviter les regards curieux et trop de questions embarrassantes sur le chemin) d’une couleur crème qui le protégeait efficacement. Bien entendu, Minako ne s’était pas tenu qu’à ces quelques fripes, et avait insisté pour prendre d’autres rechanges, histoire qu’il ait de quoi s’habiller pour longtemps : tout ceci expliquait la dizaine de paquets que la jeune femme portait d’un air ravi, sans aucun effort visible.

 

Au bout de quelques dizaines de minutes de marche, elle se tourna vers lui, stoppant leur avancé :

 

« Il y a quelques petites choses que je dois t’expliquer avant que nous n’arrivions à la maison Naruto. » déclara-t-elle avec sérieux, surprenant à nouveau le jeune homme par ce changement si radical de comportement. Il hocha la tête, lui montrant qu’il était à son écoute.

 

« Tout d’abord, nous sommes habituellement trois dans cette maison : Minato, moi et, tu l’auras sans doute deviné, Kushina. »

 

Au fond de lui, Naruto sentit un poids partir, soulagé d’apprendre que sa mère était aussi en vie. Son cœur s’emballa un peu à l’idée de la revoir, mais il fut vite calmé en se remémorant les différentes réactions froides et distantes de son père. Mieux valait ne rien espérer du côté de sa mère.

 

« Minato est rarement là car très occupé par son travail d’Hokage. Je suis moi-même très souvent en missions, mais avec ton arrivée, je pense que tu m’auras tout le temps collée aux basques, ne t’inquiète pas. Par contre, Kushina reste tout le temps à la maison… »

 

Malgré lui, Naruto sentit son sourcil gauche se lever, marquant son interrogation.

 

« …et ce pour la bonne raison qu’elle est faible. Très faible même. Alors je te demanderais de la ménager au maximum, même si je pense que ta présence est suffisante pour la perturber.

-Pourtant ma… Kushina est réputée, du moins dans mon "monde" pour être énergique et plutôt active.

-Oui, soupira-t-elle, ça c’était avant. Mais depuis la mort de son fils Kushina n’est plus la même… Elle est tombée malade il y a quelques années et son état ne fait qu’empirer doucement. Visiblement c’est principalement dû au fait qu’elle n’a pas la volonté d’aller mieux non plus. Elle a été anéantie par la disparition de Naruto –enfin celui que nous connaissions bien sûr- et je pense qu’aucune mère ne se remet un jour de perdre son enfant… Même dans le monde ninja. Alors s’il te plait, fais en sorte qu’elle reste au calme. »

 

Il hocha la tête, les mots lui manquant. C’était le monde à l’envers ici. Dans son "monde", c’était ses parents qui étaient morts, lui qui était seul, lui qui avait souffert. Ici, c’était "lui" qui avait disparu, ses parents qui avaient souffert, sa mère qui était seule. Et il débarquait de nulle part pour enfoncer le clou dans la plaie.

 

« Je ne sais pas si… si c’est une bonne idée que je la rencontre après tout… » murmura-t-il, à contrecœur, souffrant rien qu’à l’idée de ne pas profiter de l’occasion pour connaître sa mère, celle qu’il avait toujours imaginé étant enfant, celle qu’il avait toujours voulu rencontrer et celle qui l’avait serré dans ses bras et lui avait dit à quel point elle était fière d’être sa mère durant un bref instant bien trop court à son goût. Mais il aimait trop cette femme qu’il n’avait pas connu pour la faire souffrir d’avance. Il ne voulait plus faire souffrir qui que ce soit.

 

« Naruto… Je veux que Kushina te rencontre. »

 

Il plongea son regard dans celui identique de sa tante d’un autre monde, cherchant à comprendre ce que ces mots signifiaient.

 

« Je voudrais juste revoir le sourire de Kushina, et je suis sûre que tu as la capacité de le lui rendre. Alors s’il te plait, aide moi à cela. » supplia-t-elle d’une petite voix avant de murmurer quelques mots que Naruto ne put saisir.

 

Un silence s’installa. Il s’étira, rendant l’ambiance mal à l’aise. Ce fut le jeune qui le brisa, redonnant du baume au cœur de Minako :

 

« C’est d’accord. »

 

Et elle le remercia d’un sourire des plus sincères.

 

[…]

 

Minato entra dans la maison, annonçant son retour avec un puissant « Tadaima » qui n’obtint, comme souvent, aucune réponse. Il se stoppa dans l’entrée, n’osant presque plus aller au-delà, sachant ce qui l’attendait dans l’une des pièces de cette maison : la vision de son épouse, fragile, faible, assise ou allongée dans le canapé ou leur lit, le regard cerné perdu dans le vide. Chaque soir quand il rentrait, il redoutait de voir cette femme qu’il ne reconnaissait plus. Il redoutait de rentrer en pensant qu’ils allaient sans doute se disputer à nouveau, sûrement pour des broutilles. En accrochant son manteau il pensa que ce soir serait sans doute plus terrible encore car il avait une nouvelle particulièrement perturbante, que dis-je, bouleversante à lui annoncer.

 

Après s’être déchaussé avec lenteur, il avança avec réticence en direction de l’embrasure sans porte qui menait vers le salon. Le silence qui régnait constamment dans la petite maison traditionnelle où vivaient l’Hokage, sa femme et sa sœur était lourdement pesant.

 

Il passa l’embrasure et tomba presque nez à nez avec la rousse qui occupait presque toutes ses pensées, manquant de lui faire frôler la crise cardiaque.

 

« Bon sang Kushina, tu m’as fait peur… »

 

Il calma les battements précipités de son cœur et releva les yeux vers sa femme qui posait sur lui un regard où se mêlait inquiétude et hésitation.

 

« Tu es sûr que ça va Minato ? Tu sembles un peu tendu. 

-Oui je… » Mais il se tut en voyant les éclairs que lui envoyaient les yeux verts de Kushina. Elle ne croyait pas à son mensonge. Il soupira et l’invita à s’assoir.

 

« Ce que j’ai à te dire Kushina n’est pas évident du tout alors… »

 

Il se tut, ne sachant comment présenter les choses. Il voyait bien dans le regard de son épouse qu’elle ne comprenait pas ce qu’il se passait, mais qu’elle s’en inquiétait. Il prit une profonde inspiration.

 

« En fait…

-Tadaiimaaa ! Minato ? Kushina ? Vous êtes là ?! »

 

[…]

 

Naruto se tendit en voyant Minako s’approcher de l’entrée d’une modeste maison d’un style très traditionnel. Dans l’instant, il sut qu’ils étaient arrivés à destination et qu’il allait –enfin- faire cette rencontre qui le travaillait tant que cela. Il appréhendait de voir sa mère autant qu’il s’impatientait. Toute idée cohérente semblait avoir déserté son pauvre cerveau en surchauffe d’avoir trop réfléchi durant le trajet. Il ne se rendit compte que tardivement que Minako l’attendait avec impatience sur le pas de la porte, n’entrant pas tant que le jeune blond ne serait pas avec elle.

 

« Viens ! » s’impatienta-t-elle.

 

Il s’approcha d’un pas lent, ses pieds semblant pesés une tonne chacun. La salive commençait à cruellement manquer dans sa bouche, et il ne pouvait s’empêcher de remettre systématiquement ses affaires en place, pour ne pas avoir l’air négligé. Minako sourit doucement en voyant cette attitude si nerveuse à l’approche de la confrontation. Elle lui ébouriffa les cheveux en signe d’encouragement, et ouvrit la porte d’un puissant mouvement du bras, ne laissant au jeune homme aucun répit pour le mettre devant le fait accompli.

 

« Tadaiimaaa ! Minato ? Kushina ? Vous êtes là ?! »

 

Sans attendre une réponse, elle se déchaussa, laissant à Naruto le soin de faire de même. La voix de Kushina, semblant venir du salon lui répondit enfin :

 

« Nous sommes dans le salon. »

 

Naruto se figea, pétrifié en entendant la voix de sa mère. La même voix qu’il y a plus d’un an. Cette même voix qui l’avait remercié de l’accepter en tant que mère et d’accepter Minato comme son père. Son cœur s’emballa brusquement, et si Minako ne l’avait pas tiré pour avancer, il serait sans doute resté là pendant un moment.

 

Il entra dans la pièce, et, sans s’occuper le moins du monde de la déco ou de ce qui l’entourait, il la vit.

 

Kushina adressait un petit sourire à Minako, sourire qui se figea quand elle vit celui qui accompagnait sa belle-sœur. Son cœur cessa littéralement de battre. Elle se leva, presque par automatisme, sous le regard paniqué de Minato qui n’avait pas eu le temps de lui dire quoique ce soit. Les jambes tremblantes, elle fit un pas, toujours sous le choc de ce que ses yeux la laissaient voir.

 

« Naruto ? »

 

Sa voix était brisée, un simple murmure dans ce silence lourd.

 

Minako jeta un regard à son frère et comprit immédiatement qu’il n’avait pas eu le temps d’expliquer la situation à son épouse. Inquiète par l’air choqué de Kushina, elle s’empressa de prendre la parole.

 

« Ce… ce n’est pas exactement le Naruto que nous avons connu Kushina. Il… Il n’est pas d’ici… C’est un peu compliqué mais… mais il vient d’un autre monde… Alors ce… »

 

Mais la rousse ne l’écoutait absolument pas. Elle avançait à présent à grands pas, traversant le salon, dépassant sa belle-sœur qui se tut en voyant que ses mots étaient inutiles.

 

Naruto avait cessé de respirer. Les bras de Kushina s’étaient refermés autour de son cou, le serrant avec une force fragile, désespérée, comme déterminée à ne pas le laisser disparaître. Malgré lui, il sentit des larmes couler sur ses joues alors que ses bras prenaient délicatement place autour du corps amaigri de sa mère, avec hésitation, peur et émotion.

 

« Naruto… mon petit Naruto… » balbutia Kushina, des sanglots dans la voix.

 

Il sentit l’humidité envahir son épaule : sa mère pleurait. Tout d’abord sans bruit, puis, ne cessant de répéter le nom de son enfant perdu, ses pleurs se firent plus puissants, augmentant ainsi ceux de Naruto qui n’arrivait pas à se retenir. Aucun mot ne venait, il ne pouvait que serrer sa mère dans ses bras en espérant que tout ceci ne soit pas un rêve.

 

Il tenait sa mère entre ses bras et c’était bien réel.

 

Il fallut le temps, mais finalement, les pleurs de Kushina se calmèrent et elle relâcha un peu son étreinte pour regarder son fils dans les yeux. Passant une main tendre sur le visage humide du jeune ninja, elle eut un sourire.

 

« Peu m’importe d’où tu viens… Tu es mon fils, tu es mon Naruto… »

 

L’étreinte de Naruto se resserra et il se mordit la langue pour empêcher un nouveau flot de larmes.

 

Sa mère l’avait reconnu.

 

[…]