Le sourire de l'aînée

par plumyplumy

 

« Tiens »

 

Naruto s’empara du rouleau et du pinceau que lui tendait la jeune blonde avec réticence. Il soupira : il n’avait pas vraiment envie de passer des heures à raconter sa vie à ces gens qui semblaient ne pas le reconnaître ou qu’il ne connaissait pas. C’était absurde.

 

« Si tu as faim ou soif, dis le moi, je t’apporterai quelque chose » déclara Minako avec un agréable sourire, le premier qu’il voyait depuis son arrivée dans ce Konoha où rien ne semblait tourner très rond : des morts qui reviennent à la vie, des personnes qu’il n’avait jamais eu l’occasion de le croiser et surtout, plus personne ne semblait savoir qui il était ou du moins, personne n’acceptait l’identité sous laquelle il se présentait. A ne rien y comprendre.

 

Minako l’observa, attendant patiemment qu’il dise quelque chose ou qu’il commence à rédiger son "rapport", mais rien ne vint. Puis, réalisant quelque chose, elle jeta un regard aux bras bloqués du jeune homme, dont les poignets étaient toujours attachés avec un air songeur.

 

« Attends, ne bouge pas »

 

Se penchant derrière lui, elle s’empara des liens d’une main, et brisa le sceau de l’autre. Naruto sentit avec soulagement ses bras se libérer et massa immédiatement ses poignets devenus douloureux à cause de l’étau qui les retenait.

 

« Passe-moi tes mains »

 

Obéissant docilement –mais non sans se poser de questions-, il tendit les bras vers elle. Elle éleva sa propre main au-dessus des poignets du blond, et une douce lueur verte apparut, soignant la douleur avec efficacité. Lorsqu’elle eut terminé, elle fit de même avec le visage quelque peu abimé du jeune homme qui n’avait pas eu le temps de guérir de lui-même à cause de ses réserves de chakra complètement épuisées qui commençaient seulement maintenant à se remplir. Il sentit avec soulagement son mal de tête s’en aller.

 

Croissant le regard concentré de la jeune kunoichi, il posa la question qui lui triturait présentement l’esprit (bien qu’une centaine d’autres attendaient toujours une réponse) :

 

« Pourquoi est-ce que tu agis comme ça ? »

 

Surprise elle scruta son visage puis eut un petit rire.

 

« Minato aura beau dire ce qu’il veut, s’il m’a laissée t’emmener à l’hôpital, c’est qu’il juge que tu n’es pas un danger pour Konoha. Et, bien que ça semble incroyable, si ce que tu as dit est vrai… »

 

Elle marqua un temps de pause, arrêtant de soigner le visage de Naruto, et lui adressa un petit sourire à nouveau.

 

« Si ce que tu dis est vrai, alors nous sommes de la même famille. »

 

Elle tendit brusquement sa main sous le nez du ninja : 

 

« Je suis Minako Namikaze. Enchantée de te rencontrer Naruto.

-Enchanté… Naruto Uzumaki… » répondit-il en serrant la main de la jeune fille avec hésitation

 

Le cerveau de Naruto était sur le point d’exploser, de saturer, de rendre l’âme, bref, il ne comprenait décidément RIEN à tout cela. Namikaze ? Comme… Minato Namikaze ? Deux prénoms si semblables, deux apparences si communes, et le même nom de famille…  Bien entendu, il s’était déjà posé la question et il avait depuis quelques temps déjà la certitude qu’elle était de la même famille que lui… Et si…

 

« Tu es sa fille ?

-Pardon ? demanda-t-elle, étonnée

-Es-tu la fille de l’Hokage ?

-Ah ! non bien sûr que non ! » dit-elle en ricanant grossièrement. « Je suis sa sœur. »

 

Naruto resta interdit devant cette révélation. Sa sœur ? Depuis quand avait-il une tante ? Et surtout une tante presque aussi jeune que lui ?

 

« Mais tu es…

-Jeune hin ? Oui beaucoup de gens s’étonnent de notre différence d’âge. En fait, techniquement je ne suis que sa cousine, mais lorsque j’ai eu 5 ans, mes parents sont morts et ceux de Minato –mon oncle et ma tante donc- m’ont officiellement adoptée vu qu’ils étaient la seule famille qu’il me restait. Du coup j’ai déménagé à Konoha, et même à leur mort, je suis restée avec Minato. »

 

Il y eut un petit moment de flottement, sans qu’aucun des deux n’émettent un seul mot, Naruto étant plongé dans sa stupéfaction de se découvrir un nouveau membre de sa famille jusqu’alors limitée au Yondaime Hokage et à Kushina Uzumaki et Minako laissait le blond digérer l’information qu’elle venait de lui transmettre.

 

Finalement elle lui intima d’écrire son "rapport" pour l’Hokage au plus vite, avant que celui-ci ne revienne, pendant qu’elle allait chercher une infirmière pour s’occuper des blessures plus importantes qu’elle ne saurait soigner elle-même vu son faible niveau dans ce domaine (d’après ses dires).

 

Naruto soupira, fixant le rouleau encore immaculé, ne sachant pas trop quoi écrire. Devait-il tout écrire ? Par où devait-il commencer ? Comment devait-il formuler ses phrases ? Devait-il révéler les moindres détails de sa vie ou seulement les grandes lignes ? Après réflexion, il décida de commencer son "autobiographie" par le tout début.

 

« Mon nom est Uzumaki Naruto. Je suis né un dix octobre, il y a dix-huit ans. Ma mère se nomme Kushina Uzumaki et mon père Minato Namikaze. Le jour de ma naissance, Kyuubi, le démon renard à neuf queues a été libéré du corps de ma mère qui était son Jinchuuriki par un homme masqué…. »

 

Maintenant qu’il avait commencé, c’était comme si les mots sortaient tous seuls. Ils se déversaient sur le papier, presque de leur propre volonté, et Naruto avait l’impression qu’il ne pourrait cesser d’écrire avant d’arriver à la fin. Mais, alors qu’il commençait à peine à décrire son arrivée sur l’île-tortue où il avait rencontré Killer Bee afin d’apprendre à maitriser le pouvoir de Kyuubi, Minako réapparut dans la pièce, suivie par un médecin qui interrompit Naruto dans sa tâche pour l’ausculter.

 

Minako profita que le blond fût entre les mains du spécialiste de la santé pour jeter un œil sur ce qu’il avait commencé à écrire. A première vue, son écriture brouillonne, proche de celle de Kushina la fit sourire malgré elle. Mais lorsqu’elle commença à lire, elle sentit plus d’une fois son cœur manquer des battements. Minato ? Mort ? Kushina ? Morte ? Kyuubi ? Massacre des Uchiwa ? Tant de choses qui semblaient insensées car elles n’avaient pas eu lieu, mais tellement précises et cohérentes entre elles, que Minako était à deux doigts de croire que la sainte vérité sur le monde résidait dans ce rouleau.

 

« Minako-san ? Je peux continuer ? »

 

Elle sursauta, encore perturbée par ce qu’elle avait lu. Elle plongea son regard bleu dans celui sombre de Naruto. Elle tendit le rouleau incomplet à son auteur, un peu tremblante, toujours sous le choc d’un tel récit.

 

« Naruto-kun… » commença-t-elle puis voyant qu’elle avait son attention, elle continua, « Tu sais, si tout ce que tu as écrit est vrai… alors… ça voudrait dire que… tu… tu n’es pas d’ici… Tu vois ce que je veux dire ?

-Pas vraiment, mais j’aimerais comprendre…

-Eh bien, aussi improbable que ça puisse paraître, je pense que si tu as un passé si différent des évènements que nous connaissons, c’est que tu n’es pas dans ta réalité.

-Ma réalité ?

-Oui, un peu comme un autre monde que le tien si on veut. »

 

Elle vit dans le regard que lui jeta le blond, qu’il la prenait pour une folle à lier. Elle grogna de mécontentement face à l’air plus que dubitatif de son neveu fraîchement débarqué d’on ne sait où : ce n’était pas elle qui avait commencé avec les histoires loufoques !

 

« Naruto, c’est soit ça, soit tu mens, soit ta mémoire a été complètement fabriquée afin de perturber voire même tuer l’Hokage… Dans le premier cas, c’est aussi fou que ce que tu as écrit de mon point de vue, dans le second cas, nous serons vite fixés par le rapport d’Ibiki et dans ce dernier cas je serais obligé de te tuer avant que tu n’aies pu accomplir ta mission. »

 

Il déglutit un peu difficilement devant le regard froid et déterminé de la jeune femme. Elle avait beau n’être que la cousine de son père, elle se montrait tout aussi effrayante que lui lorsqu’elle avait cet air menaçant. Il détourna les yeux et eut un petit sourire triste.

 

« Alors je suppose que c’est ça.

-Ca n’a pas l’air de te perturber plus que ça… Que s’est-il passé avant que tu ne te réveilles ici ?

-Je venais tout juste d’avoir Tobi mais…

-Tobi ?

-Tu liras ce que j’ai écrit, ça serait trop long à expliquer.

-Oui pardon, continue.

-Donc je pensais qu’il était mort, mais quand j’ai voulu lui ai retiré son masque, il m’a attrapé, m’a dit qu’il m’emmènerait en enfer avec lui et après… c’est le trou noir complet. J’ai réussi à éloigner les personnes aux alentours, je pense donc être le seul à m’être laissé prendre dans sa technique, mais je ne me souviens pas de ce qu’il s’est passé par la suite… »

 

Minako restait septique. Une histoire pareille semblait au-delà de toute imagination. Les ninjas avaient beau faire des choses incroyables, ils n’étaient pas des apprentis sorciers et donc incapables d’une action aussi rocambolesque. Mais plus elle réfléchissait et moins elle voyait d’explications autres que celles qu’elle avait citées à Naruto. Et son intuition lui soufflait que Minato avait sûrement eu les mêmes idées qu’elle.

 

Puis un détail lui revint en mémoire.

 

« Dis-moi Naruto-kun, tu parles d’un démon renard à neuf queues dans ton rapport, c’est bien ça ?

-Oui, Kyuubi.

-Et tu dis donc que ce démon est scellé en toi ?

-C’est le cas.

-Montre-moi le sceau, je veux l’examiner. »

 

La légende des démons à queues n’était que pure fantaisie, juste une histoire pour faire peur aux enfants dans l’esprit de Minako. Et voilà qu’un blondinet débarquait sans prévenir, prétendant en avoir un de sceller en lui… Pour Minako, on dépassait même le stade de la science-fiction.

 

Naruto ouvrit sa veste (déjà bien déchirée) orange et noir, dévoila son ventre musclé par les entrainements à la jeune femme, et laissa apparaître le sceau que son père avait fait il y a déjà 18 ans pour sceller Kyuubi en lui.

 

Minako ne put retenir une exclamation admirative. C’était un sceau des plus parfaits et solides qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de voir. Elle n’était pas mauvaise en sceau, elle ne connaissait que le peu que Kushina et son frère lui avait enseigné. Mais un sceau pareil, c’était bien la première fois qu’elle en voyait un.

 

Rongée par la curiosité, elle était tentée d’enlever les liens anti chakra aux chevilles de Naruto et de lui demander de libérer un peu du chakra de ce fameux démon, mais son sens du devoir la rappela à l’ordre.

 

« Impressionnant… Et donc Minato aurait réussi à créer un sceau pareil ? Je savais qu’il était bon, mais à ce point… Mais bon, les occasions de poser des sceaux aussi puissants ne courent pas les rues non plus… » murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour Naruto. Elle marqua une pause, et remarqua que le jeune homme était toujours à moitié nu. « Ah tu peux te rhabiller au fait… En tout cas j’espère que j’aurai l’occasion de voir à quoi ressemble la puissance d’un démon renard ! »

 

Naruto eut un petit rire peu expressif, et attrapa la main de la blonde.

 

« Tu veux au moins voir à quoi ressemble un démon renard ? »

 

Minako resta figée. Elle mourrait d’envie de dire oui, mais ça ne serait pas responsable de sa part. En tant que membre de l’ANBU, elle savait pertinemment que répondre par la positive serait un manquement au bon sens. Cependant si elle arrivait à voir ce Kyuubi de ses propres yeux, elle pourrait faire part de ses découvertes à Minato et elle serait plus ou moins fixée sur la sincérité de Naruto (bien qu’elle ait du mal à présent à ne plus croire en lui). Et puis un démon renard…. Comment refuser ?

 

Il ne lui en fallut pas plus pour accepter la proposition du jeune shinobi.

 

« Ferme les yeux et concentre toi pour entrer en résonnance avec mon esprit. Le reste se fera tout seul. »

 

Elle fit exactement ce qu’il lui demandait et, se sentant comme tirer par le nombril, elle eut la sensation surprenante de tomber avant de se stabiliser et de sentir une étrange sensation l’envahir.

 

« Gamin, je ne suis pas un animal de cirque. Que je tolère ta présence, c’est une chose, après tout je n’ai pas le choix, mais que tu ramènes du monde pour m’exhiber comme ça, je ne vais pas être d’accord ! »

 

Minako ouvrit brusquement les yeux, surprise par la voix caverneuse qu’elle entendait. Elle fut surprise de constater qu’elle était dans une grande plaine verdoyante et surtout qu’un immense renard au pelage de feu et à neuf queues se trouvait juste en face d’elle, la fixant d’un regard noir et irrité.

 

« Dans la situation où nous sommes, tu te doutes bien que je devais bien lui prouver ma bonne foi et donc ton existence Kurama. Promis c’est la seule fois où je fais ça. Mais… Minako-san ? »

 

Minako était figée devant tant de beauté et de majesté de la part d’une bête si sauvage et si massive. Ses yeux reflétaient toute l’admiration qu’elle ressentait à l’instant pour la créature qui semblait tout droit sortie d’un conte de fée.

 

« Minako-san ? Est-ce que tout va bien ?

-Wow… Vous êtes une créature incroyable Kyuubi-sama. » déclara-t-elle en s’inclinant.

 

Naruto resta interdit devant tant de respect. C’était bien la première fois qu’il entendait quelqu’un parler de Kurama avec tant d’admiration.

 

« Habituellement les gens auraient plutôt hurlé de peur, non ?

-Quoi ? Mais les grands démons sont des créatures de légende dans le monde ninja. La légende dit que ce sont des dieux voyageant de mondes en mondes et dont la colère s’abat sur les hommes lorsqu’ils se laissent emporter par leur haine et leur orgueil. J’entends cette légende depuis mon enfance, alors imagine ce que je peux ressentir en rencontrant une de ces créatures alors que tout le monde est persuadé qu’elles n’existent pas. »

 

Naruto jeta un regard surpris à Kyuubi, étonné d’entendre une telle histoire. Pour tout le monde, les Bijuus ont toujours été synonyme de terreur, de mort, de haine et de destruction. Et voilà qu’il atterrissait dans un lieu où ils étaient craints mais respectés voire vénérés.

 

Le monde à l’envers.

 

Kyuubi laissa voir ses crocs, comme un sourire, et posa sa tête sur ses pattes avant allongées au sol, en laissant échapper un grognement de contentement.

 

« Si on me traite comme un dieu dans ce monde, ça ne me dérange pas de rester. »

 

[…]

 

Il referma le livre d’un coup sec en soupirant bruyamment. C’était une histoire à dormir debout. Rien n’était logique. Même si ce gamin mentait, Ibiki l’aurait su. Or ce que disait ce blond était complètement improbable.

 

Passant une main dans ses cheveux d’un geste las, il se leva et rangea les livres qu’il avait pris dans les étagères pour se rendre à l’hôpital. Il allait franchir la porte de la salle, lorsqu’une main lui agrippa doucement le bras. Surpris, il se retourna et fit face à une belle rousse, au visage pâle dont les traits semblaient tirés lui donnant un air maladif, qui lui adressait un sourire plus conventionnel que joyeux.

 

« Kushina ! Qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne devrais pas trop rester en dehors du lit, tu le sais bien. »

 

Il vit son épouse froncer des sourcils avec mécontentement.

 

« Oui bonjour, moi aussi je suis contente de te voir Minato. Je vais bien et toi ? » déclara-t-elle d’un ton cassant

 

« Excuse-moi Kushina, je ne voulais pas te vexer, mais je m’inquiète pour toi, c’est tout… »

 

La rousse rouspéta encore quelques secondes pour la forme, puis plongea son regard dans celui de son mari.

 

« Minato ? Est-ce que tout va bien ? Tu m’as l’air un peu… perturbé.

-Je… »

 

Il se noya un moment dans les grands yeux verts de Kushina, assombris par de lourds cernes violets. Il sentit comme toujours son cœur se serrer en constatant comment cette femme si forte et si vive avait été détruite de l’intérieur depuis ce jour-là. C’était à peine s’il pouvait reconnaitre celle qu’il avait épousé il y a déjà de nombreuses années. Jamais elle ne s’en était remise. Jamais il ne l’avait revu sourire sincèrement depuis ce jour fatidique.

 

Et c’est à la seconde où il se remémora comment leurs vies avaient basculé qu’il sut qu’il ne pouvait aisément pas expliquer la situation à sa belle rousse. Il détourna lâchement le regard, ne supportant plus de regarder sa femme, si fragile, et de lui mentir dans le même temps.

 

« Tout va bien. Tu devrais rentrer te reposer. »

 

Il ne vit pas son regard blessé. Elle lâcha la manche du blond et serra le poing, les yeux rivés au sol. Il la contourna, et passa la porte, tandis qu’elle se résignait à rentrer chez eux pour se réfugier dans ses draps si rassurants, espérant oublier que tout allait mal.

 

Depuis ce jour-là, quelque chose s’était définitivement brisée entre eux.

 

[…]