Perles

par Kokonut

Auteur : Kokonut

Titre : Perles

Rating : Général

Genre : One-Shot/Amitié ; pas de genre spécial

Nombre de mots : 3642 que me dit le compteur mais je doute qu'il soit fiable.

Couple : A vous de voir mais ce n'est pas ça qui prime.

Un mot à dire : Le plus facile qui m'est passé par la tête. Le titre Perles marche dans plusieurs sens. Il suffit de réfléchir et ça tuerait le charme si je vous le disais.


A propos d'une amitié


Perles


En la considérant danser au milieu de toutes ces armes lorsqu'elle affronta la terrible kunoichi du sable, tous les ninjas de Konoha ravalèrent leur salive. Que penser d'une fille qui passait ses journées à côtoyer le métal le plus dangereux, encore plus que la normale des shinobis ?

Ils prédirent que la jeune fille devant elle se transformerait rapidement en passoire humaine avant de se tourner vers le combat.

Plus tard, en voyant qu'elle s'était faite lamentablement écraser par cette kunoichi du sable en moins de trois minutes, les shinobis du village caché du feu respirèrent. Ouf. Cette fille maniait peut-être les armes d'une manière remarquable, elle n'en restait pas moins possible à battre.

Seule une personne savait que Tenten avait l'air plus dangereuse qu'elle n'en avait paru durant ce stupide examen qu'elle aurait pu remporter.

Neji croisa ses bras sur son torse tout en scrutant du coin de ses yeux blancs Lee qui sautait par-dessus la rambarde pour capturer au vol sa coéquipière vulgairement balancée par la brutale kunoichi blonde. Il fut si désappointé par ce manque d'investissement qu'il ne pensa même pas à réagir.

Bah. De toute façon, Lee était là.

*

La chambre d'hôpital de fortune, dressée derrière le terrain où se déroulaient les virulents combats, accueillit une nouvelle venue. Amenée par deux medic-nin sur un brancard, elle fut déposée avec douceur sur un des lits qui ne comportaient aucune tache de sang. D'autres étaient déjà passés par là, des plus mal en point qu'elle. Pendant qu'elle était encore inconsciente, un des medic-nin s'occupa de ses blessures. Il commença par panser les égratignures bénignes. Elles étaient multiples. Il pouvait compter le nombre exact de fois où elle avait raclé le plancher. Il répara ensuite les dommages subits à l'intérieur de son organisme, ressouda deux côtes, replaça quelques vertèbres en échange d'un énorme bleu apparu derrière son dos lorsqu'elle avait violemment percuté l'éventail de la dame. C'était peu en échange d'un traitement complet. Leur travail accompli, les médecins s'en allèrent, fermant la porte en douceur pour ne pas la réveiller, maugréant ces examens où on présentait des gamins encore trop inexpérimentés qui se ramassaient tous dans cette salle. Ou pire, au service juste après. La morgue ; je crois qu'on l'appelle comme ça.

Elle resta un moment comme cela, la tête légèrement inclinée vers la droite, frôlant l'oreiller. Sa poitrine se soulevait normalement. Elle n'était pas en danger et les docteurs avaient présumé qu'elle se reprendrait connaissance dans une heure, peut-être plus, tout dépendait de sa robustesse.

Elle se réveilla après dix minutes.

*

Tenten n'avait pas pleuré lorsqu'elle avait commis une grave erreur dans une manipulation délicate et s'était malencontreusement envoyé un kunai dans la cuisse. Tenten n'avait pas pleuré lorsqu'il lui avait appliqué de l'alcool brûlant sur les rebords de sa blessure sanglante. Tenten n'avait pas pleuré au retour de leur première mission de rang C en tant que Team Gai, celle où elle était revenue seule, égarée, en sang. Tenten n'avait pas pleuré lorsque Lee lui avait mis un poing, cassé le nez et par la suite, elle avait, par pure vengeance, enfoncé le sien dans sa « Tête d'ahuri sans cervelle ». Tenten n'avait pas pleuré lorsque Temari lui avait brisé deux côtes et déplacé une vertèbre. Tenten n'avait pas pleuré lorsqu'il lui annonça que Lee était dans un état critique. Tenten n'avait pas pleuré à la mort du Troisième.

C'était pour ça que Tenten était, à ce jour, sûrement la meilleure kunoichi du village de Konoha.

*

L'odeur des médicaments ne le perturba pas. Il entra sans frapper.

Tenten ne fut nullement perturbée par ce manque de manière. Elle avait vu entrer et sortir, emmenés sur des brancards, une ninja aux effigies du son, Kiba et il lui avait semblé entendre des gens crier le nom d'Hinata dans le couloir. Qui entrerait, à présent ?

Il ferma la porte sans la claquer et se tourna vers elle dans un tourbillon de cheveux distingué. Il posa les yeux sur elle, fronça les sourcils. Elle lui leva le pouce.

Il ne dit pas un mot. Il était impeccablement tenu.

Elle savait qu'il avait gagné. Elle avait toujours su qu'il gagnerait.

*

« -Félicitations. Tu as passé le premier tour.

-C'était prévisible.

-Tu étais contre qui ?

-Hinata-sama.

-Oh... »

*

Tenten se souviendrait toujours du jour où Neji lui laissa apercevoir un brin de son déchirant passé.

Elle se doutait que Lee n'était pas encore au courant et que s'il continuait à chauffer les nerfs de son équipier, il ne le serait probablement jamais. Gai-sensei, de par son âge et des connaissances des rites des différents clans, devait en avoir eu vent. Elle ravala sa salive lorsqu'il dénoua le bandeau noir qui ornait son front.

Elle se rappellerait toujours l'éclat de haine qui brûla dans ses iris enneigés ce jour-là, seule émotion visible qui les avait traversés depuis qu'ils constituaient une équipe. La lueur verdâtre de la marque gravée à jamais sur son front vacillait encore devant ses yeux, porteuse de Mort. Elle avait encore une fois ravalé sa salive, sans pouvoir lâcher des yeux l'horreur de ce symbole, signifiant ironiquement la vie, la joie, l'amour et qui apportait au contraire son antonyme. Elle n'avait rien ajouté après qu'il lui eut dit qu'il était maudit, que son destin était d'ores et déjà tout tracé. Qu'il mourrait. Neji avait immédiatement tourné le dos et avait marché en direction de sa demeure silencieuse, son bandeau frontal dans sa main.

Mais elle ne s'était pas empêché de penser pour autant.

Ce n'était pas de la pitié qui voguait dans son esprit. Elle savait qu'il détesterait l'idée d'être l'objet de sa pitié. Elle ne pleura pas non plus sur son sort. Elle savait que peu importe le degré d'immondice de la chose, se révolter par les larmes ne servirait à rien. Les larmes ne servaient jamais à rien. Les choses n'avançaient pas plus.

Simplement, elle se dit que, comme Neji était Neji, un jour, avec un de ses nombreux tours qui honoraient son surnom de Prodige, il casserait bien ces lourdes chaînes qui le retenaient cruellement au sol.

*

« -Ton combat était vraiment pitoyable.

-Je sais.

-Tu le sais.

-Oui. C'était fait exprès si tu veux savoir.

-Je ne comprends pas. Tu as fait exprès de perdre ?

-Si je te le dis.

-Pourquoi ? Tu n'avais pas envie de passer Chûnin ?

-Si mais comme je savais que tu allais passer les préliminaires toi aussi, alors j'ai fait comme si cette garce du sable était géniale et m'avait battue à plate couture.

-...

-Je ne me bats pas contre mes coéquipiers.

-...

-Tu me dois deux côtes, une vertèbre et quelques litres de sang, Neji. »

*

Sa première impression de Lee à l'Académie fut assez mauvaise. Un ninja sans chakra ? A Neji qui maniait l'art du Juken depuis son plus jeune âge, songer un seul instant à se battre sans l'arme première des ninjas confirmés était complètement absurde. Quant à la vue de son sensei, Maito Gai, il se demanda bien fort comment un type dans ce genre avait bien pu devenir Jûnin. Sa deuxième impression de Lee, après le changement radical qui lui raccourcit les cheveux de vingt bons centimètres approcha l'apocalypse en chaussettes oranges. Mini Gai était dans la place. Finalement, il ne jeta pas grand regard à l'élément féminin de son équipe car c'était une fille. Neji, Prodige peut-être, avait les idées fermées sur certains points. Il préférait la vue d'une femme bien sage devant les fourneaux.

Ces images ne durèrent pas très longtemps. Gai fit une entrée fracassante dans le monde de la puissance à l'état, pulvérisant un bloc de granit de son seul pied, Lee fit preuve d'une maîtrise du combat à mains nues impressionnante (même si Neji le mit à terre en quinze secondes) et Tenten lui lança une salve de kunais pour avoir osé l'ignorer lorsqu'elle lui posa une question sur son dilemme intérieur concernant le maniement du katana et du kunai.

*

« -Quand est-ce que je pourrais sortir ?

-Ils ont dit qu'il faudrait attendre une heure encore environ.

-C'est mal me connaître. Ils croient peut-être que c'est quelque chose, à côté de l'entraînement de Gai-sensei ?

-Hn.

-J'imagine que même si je leur montre que je vais bien, ils ne me laisseront pas sortir avant un bon moment...

-Hn

-Lee est passé ?

-Non, pas encore.

-Bon. Parfait. Neji. Tu fais le guet. J'ouvre la fenêtre, je sors discrètement et on va voir la victoire de Lee.

-... Tenten...

-Fais le guet, je te dis ! »

*

Cachée derrière un mur, à l'abri des regards indiscrets, elle observa avec une horreur croissante le combat virulent que menait Lee. Ses yeux s'écarquillèrent en entendant ses os craquer sous la pression du sable foncé mais elle les ferma rapidement à cause des jets de sable. Quand elle les rouvrit, Gai-sensei était sur le terrain, le visage grave et les yeux brillants. Lee se releva, mort. Pouvait-on dire qu'il était mort ? Non. Mais était-il vivant ? Non.

Tenten leva les yeux. A l'étage supérieur, Neji paraissait encore plus pâle que d'ordinaire.

*

« -Lee... Neji, comment Lee a-t-il pu perdre ? Hein ?! Comment ?!

-Tenten...

-Il était fort ! Il était beaucoup plus fort que ce fou dérangé du sable !

-Tenten, calme-toi !

-Non je ne me calmerai pas ! C'est inhumain qu'un gars comme Lee puisse perdre devant ce Gaara du désert !

-Il n'était pas assez fort. Gaara est...

-Je me contrefiche de ce qu'est Gaara ! Gaara n'est rien ! Lee, lui, est fort. »

*

Elle ne pleura pas devant le lit d'hôpital de Lee. Tenten se contenta de serrer les poings et de crisper sa mâchoire.

Sortie de la pièce, elle frappa le mur à s'en rompre les jointures. La douleur se répandait dans sa main entière, envoyait des signaux à son cerveau occupé à répéter inlassablement une phrase.

Article vingt-cinq du Code des ninjas.

« En quelque situation que ce soit, un ninja ne doit jamais laisser transparaître ses émotions. »

Les kunoichi ne faisaient pas exception à la règle, bien que Neji, en sortant à son tour de la chambre, se demandait bien ce que des filles comme Sakura, Ino ou sa frêle cousine foutaient dans le dur monde des shinobis.

*

« -Alors c'est contre Naruto que tu disputeras ton premier duel... Intéressant.

-Pff. Un imbécile braillard comme lui, ça sera du gâteau.

-J'imagine.

-Tenten. Entraînons-nous. »

*

Il n'avait jamais eu un tact fou, elle en avait parfaitement connaissance et cela ne la froissait pas le moins du monde puisqu'elle non plus n'en avait pas. Lorsqu'il lui avait annoncé qu'il comptait sur elle pour l'aider à pulvériser Naruto qui avait osé insinuer que ce serait au contraire lui qui avalerait de la poussière, Tenten avait trouvé ça parfaitement naturel.

Esprit d'équipe, je crois. Ou quelque chose du genre.

*

Il appréciait la regarder flotter au-dessus de sa tête, gracile, tranchant de son ombre le ciel lourd des rayons illuminés. Outre les multiples tranchants qui couraient le long de ses interminables fils de chakra et qui l'aveuglaient lorsque le soleil caressait leur lame scintillante, l'image avait en elle des vertus apaisantes. Il n'avait nullement peur des katana, des kunai, des shuriken, des boules épineuses et des aiguilles mortelles qui fondaient près de lui.

Justement, une longue épée japonaise venait de siffler dans l'air et d'accrocher l'arbre auprès duquel il s'était assis, faisant jaillir de l'écorce tendre de gras lambeaux de bois tendre. Neji ne cilla pas observant d'un œil calme le manche flamboyant, décoré d'une tresse de fils dorés accrochée à son extrémité. La lame luisait.

Il n'avait pas eu peur.

Après tout. Les oiseaux n'étaient pas dangereux, encore moins les oiseaux du paradis... *

*

« -Si jamais tu tombes.

-Tomber ? Moi ? Et bien, si je tombe, je ne sais pas moi, qu'est-ce que je fais ? »

*

Elle aurait pu suggérer qu'il la rattrape mais c'était ridicule.

*

C'avait été une simple question de curiosité, histoire de voir jusqu'où elle estimait ses propres capacités. Il savait bien qu'elle ne tomberait jamais. La voir virevolter au milieu des centaines de tranchants qui sifflaient à ses oreilles n'effrayait nullement Neji à propos de sa sécurité. Bien entendu, le ninja froid qu'il était n'avait peur pour nul et personne. Devenu shinobi, il ne lui était plus permis de s'inquiéter des autres et ce n'était pas un sentiment qui lui manquait.

Cependant, pour lui, Tenten ne courait aucun danger perchée là haut, la tête en bas, sa peau aussi découverte face aux lames scintillantes.

Pour elle, c'était plus un simple jeu qu'un réel danger.

De toute façon, si elle tombait, il irait la chercher.

On appelait ça la confiance. Ou l'entraide. Quelque chose du genre, je crois.

*

« -Tu crois que tu vas le vaincre ?

-Assurément.

-Hum...

-En doutes-tu ?

-Non, bien sûr que vous n'êtes pas comparables. Simplement...

-Quoi ?

-Si tu devais perdre...

-Perdre ? Et puis quoi encore.

-Tu as raison. Je ne te souhaite pas bonne chance. Tu n'en auras pas besoin de toute façon.

-... »

*

Il aurait quand même aimé qu'elle lui souhaite.

*

Longtemps, Tenten avait trouvé que son coéquipier était une tête flambée. Mais une pauvre tête flambée.

Bien entendu, elle l'admirait pour ce qu'il était ; un combattant hors-pair. Il avait raison de se croire fort car il l'était. Malgré tout, il arrivait à Tenten de songer tristement que Neji resterait toujours comme ça. Un garçon prodigieusement malheureux, au dur visage de marbre, borné sur des idées noires, qui utilisait l'arrogance pour se murer et qui fuyait le bonheur comme la peste, de peur de soudainement se sentir envahi par cette euphorie ephémère puis de devoir fermer ses précieux yeux un jour, parce que les « Grands » là-haut en avait souhaité ainsi. Pour ne plus jamais les ouvrir.

Elle aurait aimé lui hurler le contraire. Mais l'aurait-il écoutée ?

*

« -Naruto Uzumaki : Vainqueur ! »

*

Alors que c'était à son tour d'entrer dans une salle de repos à l'arrière des combats pour s'enquir de son état, Tenten, en l'admirant regarder par la fenêtre avec pour la première fois, un air serein sur son visage pâle, remerciait secrètement Naruto d'avoir transformé ses deux blocs de glace en perles.

*

Oui, Neji se disait que si Tenten lui avait dit tout ça avant ce drôle de shinobi... Probablement qu'il l'aurait...

Non. Pas probablement.

Il l'aurait écoutée.

*

Le matin, Neji se levait au chant des oiseaux, il ouvrait sa fenêtre et longtemps il fixait les couleurs du ciel encore ensommeillé. Puis, la routine du réveil accomplie, il fermait la porte du domaine Hyûga, traversait le village en empruntant des rues calmes et silencieuses et frappait à la porte de la maison de Tenten. Il n'était pas surpris qu'elle réponde après seulement trois frappes, souriante et déjà prête, d'imposants rouleaux qui devaient peser le tiers de son poids accrochés derrière son dos. Jamais il ne lui proposait de porter à sa place son fardeau. Ce n'était pas qu'il n'avait aucune connaissance de la galanterie, non au contraire. Simplement, il savait pertinemment que Tenten le prendrait comme une grave insulte à son honneur et ô combien le Hyûga savait que l'honneur était très important. Il ne pipait mot en l'écoutant s'enflammer à propos de ses nouvelles techniques qu'il lui pressait d'expérimenter sur sa défense impénétrable. Il répondait posément aux questions qu'elle lui posait, se réchauffant de son humeur toujours gaie, respirant un parfum plus frais dont il ne pouvait profiter chez lui.

Ça sentait la joie de vivre.

*

Les heures qui suivaient se ressemblaient toutes. Elles filaient sans qu'ils ne les voient passer. Le résultat à la fin était toujours le même.

Le soir, avec le soleil qui se couchait à l'horizon, Tenten admirait leur terrain d'entraînement. Les trous béants de plus en plus grands creusés par le Kaiten grossissant de Neji, les arbres sillonnés de lames, allant du plus sommaire shuriken au katana le plus cérémoniel, ses trous à elle, plus modestes car elle se tentait dans les explosifs, et puis les traces de pas dans la terre meuble...

La kunoichi pivota vers le Hyûga avec un sourire.

Ça, songèrent-ils, c'était eux.

*

« -On est une équipe, pas vrai ?

-Hn.

-Seuls, nous ne sommes rien.

-...

-Neji. Ne pars jamais en mission en me laissant derrière. »

*

Ce fut lors de sa première mission sans les membres de la Team Gai que Neji revint à moitié mort, sa poitrine et son flanc sillonnés de deux trous béants encore fumants. La rumeur fit énormément de bruit dans le village de Konoha lorsque l'équipe de sauvetage chargé de secourir l'autre équipe de sauvetage revint avec sur le dos deux adolescents qui respiraient, disait-on, si faiblement qu'ils ne leur donnaient pas plus de deux heures à vivre. C'était déjà un miracle qu'ils aient survécu jusque là, disait-on également.

Heureusement pour eux que Tenten était assise au milieu de son terrain d'entraînement, le visage levé vers le ciel, comptant les oiseaux, se demandant bien pourquoi son coéquipier aux longs cheveux n'était pas venu la chercher ce matin.

Le kunai qu'elle tenait dans ses mains tourbillonnait.

Un... Deux... Trois...

Il y en avait sept en tout.

Dans un bruissement d'ailes, un volatile s'échappa de la clairière. Elle fronça les sourcils.

Elle aussi en avait manqué un.

*

Si les ragots étaient parvenus à ses oreilles, elle aurait vivement protesté.

Elle ne connaissait pas Chôji et ne se prononçait donc pas sur son cas.

Mais ceux qui osaient dire que Neji ne survivrait pas à l'attaque de Son n'étaient que des crétins finis.

Le seul moyen d'empêcher un oiseau de voler, c'était de lui couper les ailes.

Ce ninja du Son n'avait sûrement saisi cette subtilité.

*

Inconscient, il avait rêvé de beaucoup de choses. Le kaléidoscope de noir et de blanc qui explosa devant ses yeux le transporta alors haut dans le ciel. L'instant d'une seconde, il eut la sensation grisante d'être enfin libre et que même le vent ne lui dicterait pas la direction qu'il devait emprunter. Il vit des terres blanches, des monts blancs, des cimes blanches et des horizons resplendissants dont il ignorait que leur existence était envisageable. Il assista à des explosions de couleurs plus étranges que tout, incroyablement belles.

A un moment, lorsque la douleur avait été la plus forte, il s'était demandé si le temps n'était pas venu pour lui de partir rejoindre son père là-haut. Lentement, il avait eu envie de prendre cette main décharnée venue de nulle part même si elle dégageait un froid inquiétant.

Au dernier moment, il s'était détourné et on lui saisit la main pour l'emmener là où le soleil brillait. Il lui avait semblé qu'au plus profond de lui, une voix l'avait appelé à revenir parmi le souffle chaud qui l'élevait vers les cieux.

*

Les infirmières ne l'avaient pas prévenu de la date exacte de sa sortie et cela irritait énormément Neji. Il avait beau se sentir faible comme jamais, l'idée de rester cloué à ce lit blanc et morne lui déplaisait fortement. De plus, on lui interdisait même de se lever.

Comment pourrait-il ouvrir la fenêtre ainsi ?

*

Quand la Team Gai vint lui rendre visite, dès qu'ils obtinrent l'autorisation de Godaime-sama après les insistances de Gai-sensei, Lee lui apporta un énorme bouquet de fleurs offert par tous les Genin et Gai se moucha violemment dans un monceau de tissu à pois en lui sanglotant qu'il était si heureux qu'il revienne d'une mission si éprouvante en un seul morceau. Une chose l'étonna. Tenten se contenta de rester muette, les lèvres pincées, elle ouvrit les rideaux et poussa les vitres de verre.

La lumière fut.

*

« -Dans quel état ils t'ont mis. Couvert de bandages. Hospitalisé pour un bon mois, si ça t'intéresse. Un mois sans entraînement, tu vois le désastre. Pff. On dirait une momie. Vraiment, Neji tu... Tu... Tu vois dans quel état tu es ? Tu aurais pu... Tu aurais pu finir à mi-chemin entre la vie et la... comme Lee ! Ou même mort ! Mort, tu comprends Neji ? Tu crois que ça m'amuse de voir tous mes coéquipiers se dandiner devant la mort, hein ? Tu es passé à deux doigts de la mort ! Tout le monde au village le disait, que Chôji et toi étiez condamnés. Tu ne peux pas savoir ce que ça m'a fait ! Je te l'avais dit pourtant ! De ne pas partir en mission sans nous ! Idiot ! Idiot, tu comprends ?! Pas sans nous ! Pas... Pas sans... Idiot ! Pas... Imbécile de Prodige... !

-Tenten... »

*

Lee et Gai n'étaient pas intervenus devant la crise de Tenten. Ils avaient baissé la tête et fixé les rainures du plancher tandis qu'elle lançait des éclats de voix de plus en plus aigus, passant d'une espèce de nonchalance à un sentiment plus violent. Lee avait jugé préférable de sortir suite au début de bégaiement. Gai était resté un peu plus longtemps mais avait fait de même après le premier cri. En tant qu'enseignant, il aurait dû, pour le bien de son élève hospitalisé et tout le bâtiment médical, entraîner la jeune fille qui était la source du tapage hors de l'établissement. Il se contenta de sortir.

Il espérait juste que ces bruits d'impact ne provenaient pas d'éventuels coups de poing de la part de Tenten dans le nez encore fragile de Neji.

*

« -... Pas sans moi !

*

Tenten n'avait pas pleuré lorsqu'elle avait rompu en deux morceaux nets son katana préféré. Elle n'avait pas pleuré en constatant que la rupture était irréparable. Elle n'avait pas pleuré en se rendant à l'hôpital pour la première fois après s'être foulé une cheville. Elle ne pleura pas de rage, pas de joie, pas de tristesse, pas d'abattement, rien.

Mais une fois, elle pleura une fois.

*

-Je... suis désolé. »

*

Les larmes avaient cascadé sans prévenir. Sur sa peau hâlée par le soleil, les gouttes d'eau scintillantes glissaient sur ses joues dans un flot continuel alimenté par les glandes situées au coin de ses yeux. Tout d'abord elles s'écrasèrent sans bruit sur le carrelage glacé de l'hôpital. Puis le tissu blanc des draps du lit où il reposait se recouvrirent de ces petites taches humides.

Ce fut en sentant ses bras s'enrouler autour de lui malgré sa blessure fraîche, en l'entendant bredouiller à travers des larmes qu'elle n'avait encore jamais versées qu'il n'était qu'un borné-stupide-ignorant-trop fier, que Neji comprit certaines choses sur la vie.

Il pensait que, malgré les perles qui dégringolaient de ses yeux chocolatés et venaient se coller à la peau de son cou, Tenten avait tout d'une véritable kunoichi.

*









Bla Bla de l'auteure :

Inspirée en écoutant en boucle du Snow Patrol, parce que ce groupe est tout simplement une pure petite merveille parmi d'autres.

Il date de deux mois également.

Merci à celles qui ont commenté, j'espère ne pas trop décevoir en continuant et en faisant moins bien que le premier... Le prochain sera, sans presque aucun doute, un Kakashi et Gai qui m'est apparu sur un coup de tête. C'est fou ça, pendant les vacances, je me lève à minuit passé pour écrire un passage de fic qui me plaît et que je sais que je vais perdre si je ne l'écris pas sur le champ !


Kokonut