Chapitre 22: Sens dessus dessous

par venusia45

Chapitre 22 : Sens dessus dessous


Dans la chambre adjacente se jouait une toute autre partition...


Oscar avança ses mains vers le col d'André. Lentement, elle défit les brandebourgs de la veste, en écarta les pans, l'en débarrassa prestement, avant de revenir vers la chemise qu'elle dénoua.


André frissonnait, ne sachant que dire. C'était Oscar, son Oscar, cette femme ardente qui était proprement en train de le dévêtir à cet instant ? Son Oscar, qui se tenait là, devant lui, en camisole, culotte bouffante et bas de soie, sa chair délicate apparaissant en transparence sous les étoffes diaphanes, donnant prise à tous ses fantasmes ? Son Oscar, dont les doigts agiles s'insinuaient sur son torse. Avec une grande douceur. Avec une lenteur langoureusement lancinante. Son Oscar, son impétueuse Oscar, toute de fébrilité, d'ordinaire criant, hurlant, pestant à qui mieux mieux....et là, si douce...si...


Elle, unique et multiple, qu'il aimait au-delà de tout son être.


André gémit lorsque sa compagne fit choir la chemise, ne lui laissant que ses culottes, pour l'heure toujours outrageusement tendues par la manifestation plus qu'expressive des conséquences de ces caresses qu'elle lui prodiguait. Il écarquilla les yeux lorsque sa main audacieuse alla chercher ce sur quoi elle avait fantasmé depuis le début de cette aventure sans qu'il le sût. Cette main, qui s'égarait sur son postérieur, caressait sur l'étoffe de la culotte ces rotondités appétissantes, avant, timidement, d'aller chercher les boutons de son pantalon à pont...


Elle voulait...Ils allaient...


Folie !


Non...Pas ici, pas maintenant !


Non qu'il n'appréciât pas ce traitement ! Ce moment rejoignait ses rêves les plus fous, ses pensées les plus libertines... Oscar, le déshabillant. Oscar allant chercher d'une geste timide et décidé tout à la fois l'essence de sa virilité. L'émeraude de son regard mi-clos, il serra les dents de désir...


Puis, dans un éclair de lucidité, il lui saisit le poignet et la plaqua contre lui.


« Non Oscar !


– Mais pourq... »


Oscar grogna de dépit. Cette lueur dans les yeux de son compagnon, elle l'avait bien distinguée, pourtant. Sans savoir au juste dans quelle voie elle s'engageait, il lui paraissait que la chose n'était pas si désagréable, et surtout pas pour un homme. Les papillons dans son ventre, l’œil de jade troublé de son ami, le vague souvenir des discussions entendues à la caserne, tout le lui disait. Alors pourquoi bon sang de bois ? Pourquoi non ? Pourquoi la rejetait-il ? Son corps se tordit douloureusement. Elle en avait envie. Enfin elle le croyait, sans connaître, sans savoir...Sans compter que son orgueil en prenait lui aussi un bon coup : quand on est Colonel de la Garde royale, se voir rejetée constituait assurément une tache sur son amour-propre. Elle soupira, levant vers lui un regard troublé et hagard.


André expira, la jeune femme contre lui, se morigénant de son incapacité à contrôler son propre corps. Il fallait le lui dire, là maintenant, sinon il ne répondrait plus de rien et surtout pas de lui. Le souffle court, il ferma les yeux et asséna ses raisons, la tenant toujours étroitement embrassée :


« Pardon ! Pardon Oscar ! Je dois être fou...fou de te repousser...mais il le faut...Parce que tu ne sais pas où tout cela pourrait te conduire. Tu ne connais pas le désir masculin, sa flamme dévorante et despotique....Tu ne sais pas toi-même ce que tu veux. Pas encore...C'est trop nouveau pour toi, trop... Je ne veux pas profiter de ton innocence. »


Sa bouche perdue dans l'or des cheveux, il poursuivit, troublé autant qu'elle par ce corps à corps qu'il rompait malgré lui :


« ...Parce que... je ne veux pas que notre première fois se passe à la hussarde, ici, dans ce bouge, à la poursuite d'un assassin, entourés de prostituées et de voleurs... Tu mérites mieux... Et parce que je t'aime tout simplement, acheva-t-il dans un souffle.


– André »...


Les larmes montaient aux yeux d'Oscar. Décidément, cet homme était une perle de douceur et de prévenance. Et elle qui n'avait rien vu venir ! Qui raisonnait envie et pulsion alors que lui ne songeait qu'à la protéger ! Quelle gourde elle faisait, assurément ! Mais un jour ce serait différent... un jour elle comprendrait ce que cachait cet éclat entraperçu dan son regard... Un jour, sa main s'égarerait dans les tréfonds du secret qui lui était jusqu'alors interdit...Bientôt...Elle rougit de ses propres pensées, blottie contre le torse de celui qu'elle apprenait à aimer un peu plus à chacune de ses paroles.


Comme un écho aux dires d'André, un écho sourd leur parvint de l'autre côté de la cloison. Un gémissement étouffé mais suffisamment explicite pour qu'il saisisse la balle au bond.


« Hum qu'est-ce que je te disais ? Il y a des femmes...de petite vertu ici. Ce n'est pas un endroit convenable pour...pour toi... »


Le silence était palpable, tendu de ce désir qui les poussait l'un vers l'autre. André acheva d'une voix tendre et résolue:


« ...Et il faut dormir – enfin si nos voisins nous en laissent le loisir – pour être en forme demain. Nous avons un malandrin à pourchasser et quelques gueules à casser, sans nul doute, mon Colonel ! Et la fort respectable madame Grandier devra faire appel à tout son talent de comédienne pour démasquer cette canaille en arborant sa robe de velours ! »


Oscar rit doucement avant de murmurer, rêveuse :


« La respectable madame Grandier...Cela sonne bien, vraiment...Même s'il ne faut pas que j'ôte mes gants, on verrait tout de suite que je n'ai pas d'alliance ! »


La voix chaude et câline se fit velours dans son cou.


« Si tu savais à quel point je rêve de t'en passer une...Je sais bien qu'il n'y a pas d'espoir. Un laquais, épouser sa maîtresse....Ce n'est pas dans l'ordre des choses...En général, les nobles dames s'amusent un temps avec leurs gens, avant qu'un meilleur amant ne vienne frapper à leur porte...Oh tu n'es pas comme ça, Oscar, je le sais bien...Mais laisse-moi rêver je t'en prie, juste un peu... »


Oscar devint tout à coup aussi rouge que feu sa veste de colonel, ouvrit la bouche, la referma sans prononcer un seul son, tant était grande sa surprise face aux paroles de son ami.


Troublée.


Elle qui n'avait jamais pensé au mariage jusqu'alors, carcan de misère en robe de soie pour les jeunes femmes livrées en pâture à des hommes âgés ou pervers, pour des raisons politiques, diplomatiques ou financières, prison dorée à laquelle elle avait eu la chance d'échapper par la folie d'un père, voilà que les paroles d'André la bouleversaient soudainement au plus profond de son être. Voilà que, dans le huis-clos de cette chambre, elle ne savait plus très bien ce qui était vrai, ce qui était faux, jusqu'où irait cette comédie qu'ils jouaient aux autres, ou qu'ils se jouaient à eux-mêmes...Elle se tritura les doigts en signe de nervosité, ce qui était à coup sûr très nouveau pour elle, avant de demander timidement :


« André, même si nous ne faisons pas...enfin... tu sais...est-ce qu'au moins je pourrais dormir contre toi, comme l'autre jour ? »


Et lui de la regarder, ébloui, comme on admire le soleil qui nous écorche les yeux de son éclat, à en avoir mal, sans pour autant s'empêcher de le faire. Il la contempla, irradiant de bonheur et de joie contenue alors qu'elle l'enveloppait de son azur tremblant. Il ne cesserait jamais d'être surpris par cette femme, qui l'avait attiré dans son lit quelques jours auparavant, et qui recherchait ouvertement la proximité de son corps...Douce et intolérable torture des sens qu'elle lui demandait là, mais comment refuser ?


« Ah non pas comme l'autre jour, par pitié ! Tu m'as tiré dans le lit sans que je sache ce qui s'est passé...Ce soir nous en serons pleinement conscients, grâce au Ciel !...Et la dernière fois, nous avons failli nous transformer en charbon de bois, alors j'aimerais autant éviter ! »


Au creux de son oreille, il chuchota, la faisant frissonner :


« Et dormir une nuit entière tout contre le plus beau colonel des armées de Sa Majesté, tu sais, ça ne se refuse pas... »


Oscar ne répondit pas, mais sourit avant de s'approcher du lit. Regardant intensément André, de ce regard qui lui disait à la fois tout l'amour, tout le désir et tout le regret qu'elle éprouvait ce soir-là, elle ôta ses bas dans un geste lascif qui le rendit fou. Mais donc où avait-elle appris ces mouvements à la fois empreints d'innocence et d'une sensualité d'autant plus débordante qu'elle n'en avait sans doute pas conscience le moins du monde... ?


« Allez viens. »


Elle ouvrit le drap, s'allongea et tapota le matelas, lui faisant signe d'approcher. Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois, ôta ses bas à son tour et s'engouffra dans le lit. Il prit Oscar dans ses bras, blottissant la jeune femme contre son torse d'un geste protecteur.


« André ahhh ma bosse !


– Rhoooo Oscar ça devient agaçant à force, grogna André. Je ne peux même pas prendre la femme que j'aime dans mes bras. Il va falloir arrêter de te battre, tu sais...Ce n'est pas convenable pour une dame..., poursuivit-il, le sourire aux lèvres.


– Oui André... » 


« Une dame...Tu vas voir si je suis une dame... »


Une bourrade dans les côtes plus tard, Oscar quémanda :


« Ai-je au moins droit à un baiser de bonne nuit ?


– Oui mademoiselle fit-il en happant ses lèvres. Allez, on dort ! La journée a été longue !


– A vos ordres mon commandant ! » Répondit malicieusement Oscar, avant de se pelotonner contre lui.


La nuit promettait d'être douce.