Vingt-et-un

par elane

Mardi soir

20h12

 

 

Jonas observe les joueurs japonais avec attention. L’enchaînement des entraînements de parkour et des matchs a laissé son empreinte sur les corps fatigués. Et il doit bien avouer qu’il n’a rien fait pour ménager les petits protégés de Louise.

Il se remémore leur dernière partie, celle où il avait joué pour la première fois avec Aomine, dans la même équipe. Curieusement, c’est en jouant avec lui qu’il avait réellement pu se rendre compte de la façon dont il avait évolué en si peu de temps. Et pendant un court instant, face à Baptiste et Lucas, il avait eu l’impression d’être sur un pied d’égalité, dans un match officiel, avec à ses côtés un équipier envers qui il pouvait avoir toute confiance.

Ce gosse a l’étoffe des plus grands, un diamant brut qui ne demande qu’à être façonné. Poli.

Surtout poli, pense-t-il en rigolant bêtement.

Jonas s’amuse en voyant que le repas a beau être servi depuis cinq bonnes minutes, tous les japonais sont à demi endormi à côté de leur assiette, osant à peine lever la tête pour regarder ce qui pouvait sentir aussi bon.

Et ils sursautent tous dans un même sursaut lorsque Louise s’emporte face à Belle avec une débauche d’énergie presque insolente à cette table.

- Non !

Mais Belle en face d’elle ne se démonte pas :

            - Mais pourquoi !

Louise retourne un regard noir :

            - Tais-toi, idiot ! Y a que des drogués du ballon dans la salle, je ne leur donne pas plus d’un jour ou deux pour qu’ils y pensent eux-mêmes !

            - Et alors ?

            - Il faut enlever les protections pour faire rebondir le ballon ! Idiot !

Et c’est beaucoup trop dangereux pour que j’autorise une telle chose, pense-t-elle …

            - Il suffirait que tu leur montres une fois ou deux, je suis sûr que le blondinet ou le grand métis pourraient…

            -  Pas à une semaine de la plus grande compétition de leur vie ! C’est un risque que je ne peux pas prendre !

            - Quel risque ? demande Kuroko.

Louise et Belle se retournent dans un même mouvement. Louise se rend compte que tous les regardent et que Midorima avait même traduit leur échange à qui veut l’entendre.

Belle éclate de rire en posant une main sur les cheveux de Kuroko :

            - Faut absolument qu’on lui mette une clochette autour du cou à celui-là, s’exclame-t-il en rigolant.

Midorima et Akashi qui sont les seuls à avoir compris la tirade de Belle hochent machinalement la tête en se disant que ce n’était pas une si mauvaise idée.

Mais ils n’ont pas oublié sa question :

            - Quel risque ? redemande avec curiosité Midorima.

Cette fois Belle le regarde avec étonnement en se rapprochant maladroitement de Louise :

            - Y aurait pas un truc que t’aurais oublié de me dire ?

Louise le dévisage sans comprendre…

            - Me dit pas qu’ils parlent tous français !

Et soudain, Belle se repasse à toute vitesse les séances d’entraînement où il ne s’était privé d’aucun commentaire, persuadé que personne ne pouvait le comprendre.

Quel idiot !

            - Juste Midorima et Akashi, lui répond Louise.

Belle lui retourne un regard blanc en marmonnant :

            - Je ne sais pas comment mais je vais trouver un moyen de te le faire payer…

Et à leur table, Aomine et Kagami échangent un regard de connivence devant le tout nouveau monde qui s’offre à eux alors qu’ils associent avec une lueur gourmande dans les yeux les mots « faire rebondir le ballon » et parkour

 

 

23h33

Salle commune

 

L’obscurité de la petite pièce attenante à la salle à manger n’est troublée que par la lumière changeante de l’écran et des applaudissements de la foule qui encourage les joueurs du match qu’elle diffuse.  Atsushi qui était parti en quête d’un encas pour la nuit est surpris de voir de la lumière et du bruit provenir de la petite pièce. Il pousse la porte lentement et son regard s’attarde machinalement sur l’écran qui diffuse un match.

Un match de l’Espagne.

Un panier spectaculaire du pivot espagnol lui arrache quelques secondes d’attention.

Et il met une bonne seconde à se rendre compte qu’Akashi observe le match dans les ombres de la pièce, assis à quelques pas de l’écran, le regard complètement tourné vers le meneur espagnol.

Et son regard froid et scrutateur le fait frissonner une seconde.

Allant jusqu’à oublier l’objet de sa quête, Atsushi prend une chaise et s’assoit aux côtés d’Akashi trop curieux d’en voir plus sur cette demi-finale de coupe d’Europe entre l’Espagne et la Russie.

Et plus les minutes défilent et plus Murasakibara s’enfonce sur son siège. Il y a définitivement quelque chose qui ne lui plaît pas dans ce match.

Quelque chose qui rend Akashi mortellement sérieux.

Le meneur espagnol lui rappelle un peu trop des souvenirs douloureux du passé.

Ce jeune joueur au regard noir à peine plus grand que Kuroko ne vit que pour la victoire. Un trait qu’il pourrait reconnaître n’importe où. Et il est prêt à tout sacrifier sur l’autel de cette déesse capricieuse.

Ses équipiers, ses adversaires et son amour du jeu.

Absolument tout.

Atsushi se recule un instant.

Les souvenirs qui lui reviennent en mémoire et dans lesquels Akashi est en train de se noyer lui font baisser les yeux.

Parce que tout avait commencé avec lui.

A cause de lui.

C’est parce qu’il avait un jour douté de la valeur de son capitaine qu’il avait forcé Akashi à changer. A devenir l’autre.

Et tout avait commencé à sombrer.

En cinq paniers.

Il en avait perdu un ami.

Non pas un ami, son meilleur ami.

Et à cet instant s’il ne demande pas pardon pour tout ce que son égoïsme paresseux avait déclenché, c’est parce qu’il n’est pas sûr d’en avoir le droit.

Alors, assis dans la pénombre, il continue à regarder le match aux côtés d’Akashi.

En silence.

 

Mercredi

Salle commune

7h32

 

 

Mercredi…

Le jour du départ des français.

Un impératif que tous avaient plus ou moins oublié dans l’agitation de la préparation.

Une réalité qui les rattrape un peu brutalement.

 

Jonas et Baptiste seront les premiers à partir, leur avion décolle pour l’Europe en début d’après-midi quant aux autres, ils partent en fin de soirée pour les States.

Aomine regarde Jonas avec un pincement au cœur qui le surprend. Ils n’avaient pas vraiment échangé un seul mot sans intermédiaire. Il ne parle pas plus le japonais que lui ne parle le français.

Et il a l’impression de devoir dire adieu à un ami cher.

Jonas pose sa tasse de café à ses côtés et s’assoit à sa droite, face à Kagami.

            - Faut qu’on se fasse absolument un dernier duel !

Aomine n’a pas besoin de la traduction de qui que ce soit pour comprendre, il pense exactement la même chose.

Stéphane, de son côté, s’assoit aux côtés de Kuroko. Akashi, en face d’eux, s’assurent de la traduction.

            - Avant de partir, dit-il, je voulais vous présenter quelqu’un qui voulait absolument vous voir et qui sera là bientôt là.

Un fol espoir brille dans les grands yeux clairs de Kuroko. Le français est l’équipier de son joueur préféré, l’entraîneur de l’Argentine. Et il se trouve actuellement au Japon…

Akashi et Kise à ses côtés n’ont aucun mal à suivre la succession des pensées qui se bousculent dans l’esprit du joueur fantôme. Pour une fois, Kuroko n’a rien d’impassible.

Même Stéphane a compris…

            - Je ne parle pas de Manu, dit-il.

Kuroko ne peut s’empêcher de montrer sa déception. Et à quel point il se sent ridicule d’avoir osé espérer…

- Mais il sera là aussi.

 

Gymnase

Quelques minutes plus tard

 

L’entraînement de parkour attendra, le duel entre Jonas et le duo formé par Kagami et Aomine allait commencer. Tous se pressent autour du terrain pour découvrir enfin cette scène répétée encore et encore par ses joueurs.

Stéphane observe avec attention les adversaires se faire face et marmonne entre ses dents suffisamment fort pour qu’Akashi l’entende :

            - Alors c’est à ça que t’as passé ton temps Jonas quand on n’était pas là !

Louise ne quitte pas des yeux le premier échange avec un grand sourire.

Enfin !

La synchronisation entre Kagami et Aomine est parfaite. Parce que c’est la seule façon pour eux de tenir face à Jonas. Et les spectateurs ont beau être habitué à un jeu de cette qualité, ils n’en sont pas moins impressionnés.

Et au bout de cinq minutes, aussi courtes que longues, pour la première fois, le duo japonais l’emporte sur un tir impossible d’Aomine qui, déséquilibré par le contre de Jonas, était en train de tomber.

Incrédule pendant une longue seconde, Jonas se tourne vers le panier. Puis il offre une main à Aomine avec un grand sourire pour qu’il se relève.

            - C’est un bon signe ça mon grand, un très bon signe…

Alors qu’ils s’apprêtent à libérer le terrain, Louise les arrêtent dans leur élan.

            - J’ai envie de tester une nouvelle combinaison, dit-elle. Je pense qu’ils sont enfin prêts.

Tous se retournent avec surprise vers elle avec curiosité alors qu’elle pousse Kuroko et Lucas sur le parquet.

            - Jonas et Lucas, je veux voir ce que vous êtes capables de faire face à une ombre et ses deux lumières, celle du passé et celle du présent.

Et elle n’est pas la seule, vu l’intensité des regards qui se tournent vers le terrain. Même Belle qui ne connaît pas grand-chose au basket est impatient.

            - Deux contre trois, dit Stéphane, ça n’a rien d’équitable.

Louise sourit, comprenant sans peine la demande implicite de son ami qui voulait les rejoindre sur le parquet.

            - Tout à l’heure, si tu veux. Ils ont enfin réussi à harmoniser leur jeu, en désignant Aomine et Kagami du regard, je veux voir comment Kuroko va pouvoir en tirer parti. Et je veux pour le moment que ce soit sa seule préoccupation, si je te mets dans ses pattes, il sera trop occupé pour avoir une bonne vision du jeu.

Et la démonstration est suffisante pour pousser Jonas et Lucas à fond.

Grâce à ses passes et sa vision unique du terrain, Kuroko utilise parfaitement ses deux lumières, leur permettant de passer les contres de Jonas et Lucas presque facilement.

Presque…

Plus les secondes passent et plus Lucas est rapide, devançant d’un battement de cœur toutes les tentatives des japonais, remettant chaque ballon sur Jonas.

Et plus les passes s’enchaînent et plus le sourire de Lucas s’agrandit.

Le score penche définitivement en faveur des français.

Mais à cet instant, même Jonas se rend compte que Lucas joue encore mieux que pendant leur match d’entraînement. Et que Lucas a définitivement compris comment Kuroko utilise ses deux lumières.

Et ça, cela surprend tout le monde surtout ses anciens équipiers.

Mais Kuroko ne se laisse pas démonter et change de stratégie en faisant des passes à l’endroit où ses lumières allaient être une fraction de seconde avant qu’elles n’y soient…

Stéphane observe sans y croire les passes du joueur fantôme.

C’est sa propre technique !

            - Pas exactement, lui répond Louise qui a compris son étonnement. Toi, tu es capable de le faire avec tous tes équipiers sur le terrain. Kuroko n’est capable de faire ça qu’avec ceux qui ont été un jour ses lumières.

Stéphane se penche sur le jeu les yeux grands ouverts, ne loupant rien de la démonstration.

            - C’est un atout formidable pourquoi ne l’as-tu pas utilisé contre nous ?

Akashi qui n’a rien perdu de leur conversation a déjà la réponse à cette question. Et il ne peut qu’acquiescer à ce que dit sa coach d’un petit hochement de tête imperceptible.

            - Premièrement, c’est la première fois que Kagami et Aomine sont vraiment synchronisés. Ils devaient arriver à battre Jonas au moins une fois avant de tenter cette combinaison. Deuxièmement, …

… la réponse devient de plus en plus évidente sur le terrain que Stéphane termine sa phrase pour elle :

            - … Kuroko n’a qu’une endurance limitée.

Stéphane soupire en regardant Lucas et Jonas faire face avec beaucoup d’énergie face à trois adversaires surmotivés. Dans son ancienne équipe, il avait toujours été celui qui avait été le plus faible physiquement. Plus petit, plus frêle, peu endurant, il n’avait gagné sa place que grâce à sa vision unique du jeu.

Et il est véritablement surpris quand Louise dit tout haut ce qu’il pense tout bas.

            - Il me ressemble beaucoup trop ce gamin, dit-elle.

Oui, il est surpris parce qu’elle a tort.

Louise avait toujours évalué ses qualités sur le terrain par rapport à eux. Et aucune fille ne pouvait se mesurer à de tels standards. Même si Sonya, son ancien ailier fort ou Ana pouvaient sûrement gagner en un contre un contre lui, elles n’avaient aucune chance face à Jonas, Lucas ou Joël. Et ce sont des joueuses exceptionnelles, elles avaient gagné face aux américaines à leur propre jeu.

Il ne pouvait pas en dire autant.

Stéphane regarde Louise rejoindre ses joueurs pour leur donner quelques indications et le jeu reprend de plus belle.

 

            - Je l’avoue, c’est impressionnant.

 

Sur le terrain, le jeu s’arrête brutalement alors que tous se retournent sur les deux personnes qui viennent d’arriver sur le bord du terrain.

Kuroko en échappe son ballon.

Manu Ginobili, un des piliers d’une des plus grandes équipes de la NBA, se tient là, observant avec attention le spectacle.

Et dans son ombre, un jeune joueur aux cheveux châtains et au regard clair les regarde avec une attention troublante.

Takao et Izuki qui avaient vu le jeu du joueur argentin sous toutes les coutures sont presque plus attirés par sa présence éthérée dans l’ombre de son coach que par la star de la NBA, ancien champion du monde pour l’Argentine Manu Ginobili.

Et le jeune Gabriel Vitoria n’a visiblement pas l’habitude d’attirer les regards.

Mais il ne semble ni gêné, ni flatté par l’attention des deux meneurs japonais. Il leur retourne juste un regard aussi limpide qu’indéchiffrable.

Stéphane et Louise saluent les deux argentins et le jeu sur le terrain s’arrête. Lucas est ravi de voir l’équipier de Stéphane et le fait que Ginobili maîtrise parfaitement le français est un plus non négligeable dans l’échange avec les français.

Un échange traduit en simultané par Midorima qui est pressé de s’exécuter par le regard intransigeant de Kuroko que ne veut rien louper du moindre mot que pourrait prononcer son joueur préféré.

Puis Ginobili se tourne vers Kuroko qui a du mal à garder son sang-froid devant lui. Enfin pour un œil averti, pense Akashi, qui remarque sans peine que les signes du trouble de Kuroko sont loin d’être aussi apparent qu’il ne le pensait.

Et le fait que seuls les anciens de Teiko puissent les saisir le rempli d’un sentiment de fierté assez inavouable qui lui donne un discret sourire.

Mais ce n’est pas Ginobili qui voulait parler à Kuroko mais le joueur dans son ombre.

Gabriel Vitoria.

Un petit joueur qui a l’air aussi fin que fragile aux côtés de son coach.

Le sixième joueur de l’Argentine.

Et lorsque les deux ombres se font face, le temps semble suspendre sa course folle pendant une longue et terrible seconde qui s’étire lorsque les deux regards se mesurent, se jaugent pour au final s’acceptent.

Le jeune Vitoria fait un pas vers lui et tend sa main. Une offre que Kuroko accepte avec une solennité grave.

Le jeune Argentin s’adresse à lui dans un japonais hésitant mais clair qu’il avait dû beaucoup travailler.

            - J’ai toujours cru que mon style était unique. Je ne pensais pas un jour trouver un autre joueur partageant ma vision du basket. Et encore moins quelqu’un capable de mettre tout ce qu’il est dans un jeu au service des autres. J’ai toujours cru être le seul et j’en retirais autant de fierté que d’amertume de n’avoir jamais eu personne à qui m’opposer.

Kuroko comprend très bien la lueur qui éclate dans les yeux bleu-vert du jeune argentin, c’est la même qu’il avait ressenti face à la nouvelle ombre de Rakuzan.

Une déclaration de guerre entre deux rivaux pour le titre d’ombre.

Son sang se met à bouillir dans ses veines, il est prêt à tout pour relever le défi.

            - J’ai vu le tableau des matchs, continue Gabriel, et je sais très bien qu’on ne pourra pas se rencontrer avant la demi-finale. Alors vous n’avez pas intérêt à perdre le moindre match avant qu’on se retrouve sur le parquet.

Et qu’on vous batte…

Les mots ne sont pas prononcés tout haut mais tous les avaient entendus.

Kuroko accepte le challenge. Il avait vu les matchs avec Izuki et Takao de l’Argentine, leur victoire face aux ultra favoris les Etats-Unis. Il avait vu la valeur de leur joueur de l’ombre, de ce jeune garçon à peine plus imposant que lui physiquement.

Il tremble d’impatience à l’idée de se retrouver face à un tel joueur. Et ce sentiment est plus que partagé.

Et cela le rend plus fébrile qu’il ne l’avait jamais été.

Ni l’Espagne, ni la France qui se dresseraient bientôt sur son chemin n’allaient l’empêcher de se mesurer face à l’Argentine et son joueur de l’ombre, un joueur adoubé par celui qui lui avait inspiré son propre jeu.

            - On y sera !

 

Salle commune

13h12

 

L’heure des adieux a sonné pour Baptiste et Jonas.

Un taxi les attend devant l’hôtel pour les amener à l’aéroport.

Jonas salut brièvement tous les joueurs en leur réservant quelques mots qu’il charge Louise de traduire puis lorsqu’il arrive à Aomine, il hésite un instant.

Il prend chaleureusement sa main dans les siennes avec un grand sourire et quelques mots en français que Louise ne se donne pas la peine de traduire, Aomine a parfaitement compris

Puis il se tourne vers Louise, hésite une petite seconde avant de la prendre dans ses bras.

            - Je serai là pour la finale, lui glisse-t-il à l’oreille, t’as intérêt à être sur le terrain et pas dans les tribunes avec tes gosses.

            - Comptes-sur nous !

            - Y a intérêt. Et dis à tes joueurs que s’ils osent perdre face à l’Espagne, je viendrais leur botter les fesses moi-même !

Louise rigole une seconde en se disant qu’elle traduirait tout ça plus tard à ses joueurs.

Puis c’est au tour de Baptiste qui avait demandé à Louise de lui apprendre quelques mots en japonais qu’il récite à chacun avec une voix un peu hésitante. Mais comme tous ceux qui parlent peu, Baptiste sait observer et chacun de ses mots est juste et bien choisi. Et le fait qu’il ait pris le temps de les apprendre dans une langue qui n’est pas la sienne, même face à Akashi et Midorima, touche le cœur de chacun des joueurs avec une justesse étonnante.

Et lorsqu’il se trouve enfin face à Murasakibara, il lui prend la main et se contente d’un simple :

            - Aucune équipe ne peut aller loin sans un bon pivot. Et tu es un excellent pivot.

Pas besoin d’en dire plus, tout est dit.

Et lorsqu’il se tourne vers Louise, il la prend à son tour dans ses bras et la jeune femme a l’air de littéralement disparaître entre les bras de l’immense pivot français.

Louise est un peu surprise car Baptiste n’avait jamais été du genre démonstratif et comme il évolue dans un club français, elle était sûre de le revoir plus souvent que tous les autres.

            - On se reverra très bientôt, lui dit-elle.

Baptiste soupire et resserre un peu plus son étreinte :

            - Je ne crois pas…

Un seul regard de Stéphane que Louise ne peut voir l’empêche d’en dire plus.

- Méfie-toi de Ferry. Il est prêt à tout.

Et il raffermit son étreinte comme s’il pouvait la protéger elle et son équipe des petites manigances sournoises de l’entraîneur français.

 

Gymnase de Tokyo

17h10

 

 

Louise attend ses amis à la sortie des vestiaires. Toutes leurs affaires sont déjà prêtes et le taxi qui les amèneraient à l’aéroport arriverait directement au gymnase.

Stéphane avait souhaité passer leurs dernières heures à l’entraînement avec ses joueurs et Lucas et Joël avaient acquiescé l’idée avec beaucoup d’enthousiasme.

Joël avait fait un dernier concours de trois points contre Midorima et s’il avait encore survolé leur petit duel, Midorima avait été encore plus impressionnant que la première fois. Il avait loupé quelques paniers mais cette fois, il les avait presque tous tiré.

Puis ils avaient enchaîné plusieurs matchs où elle avait varié au maximum les combinaisons. Mais elle doit bien avouer que celle qui l’avait le plus étonnée avait été celles où elle mettait Lucas et Aomine ensemble.

Elle avait l’impression de faire un saut dans le passé et de voir Jonas et Lucas sur leur vieux terrain de street basket. Lucas a toujours été un joueur flexible, capable d’occuper tous les postes et de s’adapter sans effort à tous ses équipiers, quels qu’ils soient. Jouer avec lui donne une impression presque euphorique sur le terrain à ses équipiers.

Mais avec des joueurs comme Jonas, le lien pouvait prendre un autre aspect, se jouer sur un autre niveau. Et c’est définitivement ce qu’il s’est passé sur le terrain avec Aomine.

Louise sourit en repensant à Lucas qui l’avait plus ou moins forcé à jouer la dernière partie. Il savait très bien qu’elle mourrait d’envie de les rejoindre et qu’elle était en train de peser le pour et le contre sur le bord du terrain.

Lucas avait interrompu cette discussion qu’elle tenait avec elle-même en lui passant le ballon et la simple idée de jouer avec ses amis l’avait emporté.

Elle avait toute son énergie et sa vitesse dans cette partie. Et elle avait aimé brûler toute cette tension nerveuse qu’elle avait accumulée à force de regarder sans participer.

Grâce au jeu de Lucas, elle n’avait pas pu rester dans l’ombre comme elle le faisait habituellement mais elle n’avait pas démérité. Parce qu’à force d’observer ses joueurs, elle avait su comment gérer chacune de leur attaque et jouer sur leurs points faibles avec une fluidité qui l’avait elle-même étonné. Lucas lui remettait tous les ballons et tous les quatre sur le terrain, ils avaient retrouvé leur jeu dès la première minute.

Et oui, elle avait adoré ça !

Comme toujours, c’est Stéphane qui sort le premier des vestiaires. Mais pour une fois, il est suivi de près par Lucas et Joël.

Les français seront là pour la finale avec plusieurs membres de leurs équipes qui viendront pour voir évoluer la nouvelle équipe des States sur le terrain. Pour les joueurs qui ont pris leurs dispositions pour être là, penser que les Etats-Unis ne soient pas en final est en effet à peu près aussi improbable qu’imaginer Stephen Curry louper un trois points décisif dans le money time. Surtout depuis que l’Argentine ne se trouve pas dans la même moitié du tableau des matchs que les Etats-Unis. Les meilleurs joueurs de la jeune équipe américaine avaient plus d’une chance de se retrouver bien placé dans les futurs drafts de la NBA et sur le parquet des meilleures équipes dans les deux années à venir.

Cette nouvelle à elle seule attise une nouvelle lueur dans le regard des jeunes japonais. Jouer une finale de coupe du monde avec des coachs comme Popovich des joueurs comme Stephen Curry ou LeBron James dans les tribunes, c’est un scénario qu’ils n’auraient même pas osé imaginer dans leurs rêves les plus fous !

Lucas salut tout le monde avec son enthousiasme habituel, alignant les mots à une telle vitesse que Louise qui se trouve à ses côtés a bien du mal à traduire. Mais l’essentiel passe sans avoir réellement besoin de son aide.

Stéphane qui passe dans son sillage sourit en voyant l’enthousiasme que le passage de son ancien équipier soulève. Plus calme et mesuré, il permet aux joueurs de remettre assez vite les pieds sur Terre en soulignant pour chaque joueur les petits détails de leur jeu qui lui avait plu. La complémentarité sur le terrain de Murasakibara et Himuro, les talents étonnants de Kise, l’agilité d’Aomine, la ténacité de Nijimura qui finit par oser lui demander son autographe qu’il lui accorde un peu surpris mais de bonne grâce.

Puis lorsqu’il se retrouve face à Akashi, il prend la main tendue avec beaucoup de gravité :

            - Vous allez devoir avoir les épaules assez solides pour porter les espoirs et les attentes de votre équipe face aux meilleurs, dit-il. Et ce n’est pas une épreuve, c’est un mur implacable contre lequel vous allez vous heurter de toutes vos forces. Alors n’oubliez jamais que vous n’êtes pas seul face à cette épreuve.

Akashi prend une seconde pour bien prendre la mesure des mots du capitaine français. Puis il regarde ses équipiers, ses amis, son coach.

Oui, il n’est pas seul.

Et il allait avoir besoin de toute leur aide.

A son tour Joël prend le temps de parler à chacun, calmement et avec une grande justesse. Mais lorsqu’il se retrouve face à Midorima, il en oublie ses mots. Et sous l’œil amusé de Takao, Shintaro en perd son habituelle attitude impassible.

Joël farfouille dans son sac et lui tend un petit paquet mal emballé que Midorima prend avec précaution.

            - J’ai jamais su faire un paquet, dit-il en souriant nerveusement, et je viens juste de les recevoir …

Curieux, presque autant que Takao qui regarde la scène, Midorima ouvre le présent pour y découvrir une paire de lunettes de sport, résistante à la monture noire rehaussée d’un vert discret toute simple sans être dénuée d’une certaine élégance.

Et des lunettes qui ne lui glisseraient plus sur le nez. Takao rigole en essayant d’imaginer son équipier débarrassé de ce petit geste machinal qu’il faisait sans même y penser.

            - Louise m’a expliqué pour tes porte-bonheurs et aujourd’hui ce sont des lunettes pour les cancers. Alors je me suis dit que c’était le cadeau idéal. Elles sont faites pour toi.

Dans tous les sens du terme, pense Takao parce qu’elles sont à sa vue et elles lui vont parfaitement bien. Elles sont tout ce qu’il y a de plus classique à l’exception de cette petite touche d’émeraude qui leur apporte définitivement une certaine originalité. Oui, elles lui ressemblent.

Touché, Shintaro s’apprête à remercier mais Joël l’en empêche d’un geste :

            - Ne me remercie pas, montre-moi plutôt comment ton basket évolue à chaque match et gagne-les tous jusqu’au dernier.

Alors que les français s’engouffrent dans le taxi qui les attend, Shintaro se dit que c’est un défi qu’il se sent prêt à relever.

Un défi qu’ils se sentent tous prêts à relever.