Treize

par elane

Deuxième quart temps

00 : 00

30-39

Banc de l’équipe du Japon

Alors que le match vient de recommencer, Akashi assis aux côtés de Louise est étonné de se sentir aussi serein alors qu’il vient de laisser sa place sur le terrain. Il en profite pour observer avec attention la stratégie mise en place.

            - Jusqu’à présent tout s’est déroulé comme vous l’aviez prévu, dit-il.

Louise étouffe un petit rire et murmure :

            - Si mon coach m’a appris une chose c’est que l’illusion du contrôle, c’est le premier pas vers la défaite. Je ne prévois rien du tout, je me contente d’explorer au maximum toutes les possibilités. Si Midorima n’était pas rentré dans la zone, j’aurai juste fait les changements plus tôt. Je savais que Joël laisserait Midorima faire tranquillement son premier tir, je savais que Lucas n’avait pas regardé vos précédents matchs. Par contre, je pensais qu’on aurait au moins trois minutes tranquilles avant que Lucas et Jonas ne se synchronisent. Il y a encore plein d’inconnues dans ce match, mais avec notre équipe, j’ai de quoi les anticiper et faire évoluer notre jeu en conséquence.

Sous leurs yeux, Jonas s’avance devant leur panier et le piège se met en place.

Aomine le force à le passer sur sa droite où il tombe sur Izuki qui le laisse passer sans même le voir lorsqu’il tend son bras en arrière, touchant la balle qui tombe des mains de l’attaquant. Kagami et Lucas courent vers la balle perdue.

Mais Lucas est le plus rapide. Il envoie la balle à Jonas…

Et Izuki l’intercepte.

            - Ca marche ! s’exclame Takao.

Louise remercie intérieurement Takao d’exprimer tout haut ce qu’elle pense tout bas.

Izuki mène l’attaque avec diligence et focalise son attention sur Hyuga, la meilleure option vu l’état de faiblesse de Joël.

Le tir n’est pas aussi beau que ceux de Midorima, mais c’est efficace.

00 : 53

33- 39

Louise sait que cela ne marchera pas deux fois. Et Jonas prend rapidement la marque de Hyuga.

Mais elle voit les joueurs redoubler d’efforts, le sourire aux lèvres.

            - Maintenant, dit-il, il va commencer à jouer.

Sur le terrain, Baptiste sort pour la première fois de la raquette en marmonnant un « vous assurez pas les gars » désabusé. A une vitesse hallucinante, il traverse le terrain et passe ses adversaires sans même les voir avant de mettre un dunk monstrueux qui fait trembler le panier alors que tout le public retient son souffle.

01 : 34

33-41

Alors qu’Izuki tente de mener l’attaque en utilisant la force conjuguée d’Aomine et Kagami, Louise voit pour la première fois la défense de Baptiste mise à rude épreuve.

Grâce au premier quart temps qu’il avait passé sur le banc à l’observer, Izuki arrive à repérer les minuscules failles dans la défense de Baptiste.

C’est encore maladroit puisque Lucas finit par intercepter une passe hésitante et lancer une contre-attaque éclair. Mais c’est un début.

Ils ne peuvent espérer gagner sans passer la défense de Baptiste.

02 : 28

33-43

Tribunes

Imayoshi pense qu’il est en train de basculer dans une dimension bien étrange. Et plus le match progresse et plus il s’y perd.

Le sourire franc d’Aomine est plus qu’étonnant. Il fait des passes, joue collectif et il a l’air plus heureux que jamais.

            - J’en reviens pas, murmure Wakamatsu.

            - Vous croyez que leur coach lui a fait un lavage de cerveau, dit Sakuraï…

            - Peut-être qu’elle a trouvé sa collection de magazines et qu’elle lui fait du chantage, lui répond Wakamatsu les yeux scotchés sur le match.

Imayoshi jette un œil vers la grande blonde sur le banc de l’équipe du Japon qui discute tranquillement avec Akashi, en regardant le match. Et à cet instant, oui, il serait prêt à mettre sa fierté de côté et lui demander comment elle s’y est prise ?

Mais Aomine a beau jouer en se coordonnant parfaitement avec les autre joueurs sur le terrain, le pivot de l’équipe adverse qui s’est mis à attaquer semble intouchable et il est sur tous les fronts, l’attaque et la défense.

Murasakibara qui ne le lâche pas d’une semelle arrive à peine à l’empêcher de faire quoi que ce soit et un coup d’œil au tableau d’affichage lui montre qu’à chaque minute qui passe, l’écart se creuse un peu plus.

04 : 49

38-53

Banc de l’équipe du Japon

Louise se tourne vers Himuro en lui demandant de s’approcher.

            - Himuro, prépare-toi.

La lueur qui étincelle dans son œil lui prouve qu’il est prêt depuis longtemps.

            - Rappelle-toi que la seule faiblesse de Baptiste dans la défense, c’est les feintes. Il est tout en force et en puissance. Tes techniques combinées avec les attaques d’Aomine et Kagami devraient réussir à le prendre en défaut.

Himuro acquiesce en hochant la tête, visualisant déjà son action sur le jeu.

- Il faut que tu ralentisses le jeu et que tu pousses Murasakibara à se dépasser, dit-elle à son nouveau meneur.

Alors qu’Himuro prend la place d’Izuki sur le terrain, Louise voit le jeu ralentir. Comme elle s’y attendait, le joueur de Yosen sait très bien manœuvrer ses joueurs.

Tribunes

Okamura sourit de fierté en voyant le tandem formé par ses deux équipiers. Utilisant Aomine et Kagami à leur maximum, ils arrivent à déjouer avec une coordination parfaite la défense du grand pivot pour marquer un panier dans la raquette.

05 : 39

40-53

            - Je savais qu’ils étaient complémentaires tous les deux mais je n’aurai jamais cru qu’Himuro puisse aussi bien utiliser les autres, dit Okamura.

            - Moi, il y a une chose qui m’étonne encore plus, répond Masako qui avait accompagné ses joueurs.

Okumura attend sa réponse, ne pouvant se détacher du spectacle.

            - Leur coach qui ne les connaissait pas il y a trois semaines n’a pas encore fait de temps mort. Et ils alternent les formations, changent de rythme sans un seul accroc. Ils ont quinze points de retard, ce qui affolerait n’importe qui alors que la première moitié du match est encore loin. Et pourtant, tout le monde est calme comme s’ils savaient exactement quel rôle leur est attribué. Vue l’équipe qu’elle gère, je suis étonnée qu’il n’y ait ni bataille d’ego, ni une compétition entre les joueurs. Les deux équipes sur le terrain sont très soudées.

Sous leurs yeux, Himuro se mesure seul à Baptiste. Le joueur de Yosen n’est pas petit mais Baptiste est monstrueux et cette confrontation leur rappelle celle de Kuroko contre Murasakibara.

Comme une superposition parfaite avec leur souvenir, la balle du phantom shoot d’Himuro semble passer à travers la main tendue du pivot et le panier est marqué.

Et dans la tête de tous ceux qui applaudissent, la même pensée et un fol espoir éclatent.

C’est la première fois qu’ils enchaînent deux paniers.

Deux paniers dans la raquette.

Rien n’est perdu.

06 : 32

42-53

Banc de l’équipe du Japon

            - Je peux vous poser une question, demande Akashi en se tournant vers Louise.

Les yeux sur le match, elle acquiesce d’un hochement de tête silencieux :

            - Pourquoi avoir attendu d’avoir quinze points de retard pour sortir une combinaison si efficace ?

Sur le terrain, Baptiste vient de se faire contrer par Murasakibara et Kagami pour la première fois.

Il remonte le terrain à tout vitesse, ballon à la main…

            - A cause de ça, dit Louise en pointant l’action du doigt.

Baptiste, les yeux étincelants les rattrapent avec une force peu commune, contrant leur attaque d’un revers de la main.

            - Maintenant qu’il est dans la zone, il n’y a qu’une chose qui l’arrêtera.

La balle perdue est tout de suite récupérée par Lucas.

- Je suis obligée de prendre un gros risque, continue Louise.

Murasakibara s’élance à son tour dans les pas de Lucas qui est pris en tenaille entre Kagami et Aomine. Il passe à Baptiste qui se débarrasse ses trois défenseurs en une fraction de seconde avant de mettre un panier qui fait trembler toute la salle.

06 : 59

42-55

Juste avant de relancer la balle, Himuro ferme les yeux, prend une longue inspiration pour calmer les battements affolés de son cœur…

            - Tout va se jouer maintenant, souffle Louise qui ne quitte pas des yeux Himuro.

Himuro sent ses mains se crisper sur le ballon, le grondement sourd de son cœur qui se cogne à sa poitrine, le silence qui précède la remise en jeu, cette longue fraction de seconde qui semble s’étirer indéfiniment et les regards qui se tournent vers lui.

Il est calme. En apparence. Mais son esprit déborde d’une énergie monstrueuse qui ne demande qu’à exploser, une vague effrayante qui balaye tout sur son passage.

Et lorsqu’il ouvre enfin les yeux, cette force éclate dans son regard qui croise celui de Murasakibara et allume la même flamme dévorante dans le regard de son équipier…

Tribunes

            - Nooon, murmure incrédule Okamura du bout des lèvres, les yeux écarquillés.

Masako quant à elle observe avec la plus grande attention le duo formé par ses deux as parfaitement synchronisés sur chaque action qui sont en train de jouer d’égal à égal avec le pivot adverse.

            - Je savais qu’Himuro avait la possibilité de pousser cette porte qu’il ne faisait qu’effleurer, dit-elle. Mais celui qui m’impressionne le plus, c’est leur adversaire.

En effet, depuis une bonne minute, chaque attaque du duo est bloquée et plus aucun ballon ne trouve son chemin jusqu’au panier. Le pivot adverse n’arrive pas à marquer mais il assure une défense monstrueuse.

Les feintes incroyables d’Himuro, la force d’un Murasakibara profondément plongé dans la zone, les passes parfaites entre les deux as de Yosen, rien n’y fait. Et pour la première fois depuis le début du match, le compteur est bloqué.

Banc de l’équipe du Japon

Malgré l’étrange statu quo qui s’installe, Akashi se rend compte que Louise est plus que satisfaite de la situation. Satisfaite et soulagée.

            - Riko, demande-t-elle, encore combien de temps ?

Riko observe avec des yeux calculateurs ses deux joueurs et Akashi a l’impression de voir les chiffres défiler dans son regard.

            - Ils devraient tenir jusqu’à la fin du quart temps mais pas plus longtemps.

            - C’est parfait, répond Louise.

            - Pourtant on arrive toujours pas à marquer, dit Takao.

Akashi n’ose pas le dire mais c’est exactement ce qu’il pensait. Le score n’a pas évolué depuis plus de deux minutes et ils ont toujours près de quinze points de retard.

            - C’est la première fois, dit Louise les yeux perdus sur la démonstration…

Première fois que quoi ? se demandent tous les joueurs assis sur le banc.

            - C’est la première fois, dit-elle que je vois des joueurs capables d’empêcher Baptiste de marquer pendant aussi longtemps quand il est dans la zone.

Et soudain Akashi se rend compte des regards hallucinés des autres membres de l’équipe française qui observent le duel sans y croire.

            - Si Himuro n’avait pas réussi à trouver en lui les ressources pour plonger dans la zone, le match aurait été perdu, ajoute Louise, et l’écart n’aurait cessé de grandir de seconde en seconde. Le score est peut-être figé mais je pourrais remplacer Himuro et Murasakibara au prochain quart temps alors que Baptiste restera au moins un quart temps sur le banc sans remplaçant.

            - A quatre contre cinq, au prochain quart temps, on a toutes nos chances alors, dit Takao.

Mais Louise secoue la tête lentement.

            - On joue à cinq contre quatre depuis le début du jeu, dit-elle…

Tous les joueurs se retournent vers elle sans comprendre où elle voulait en venir. Lorsque soudain, l’évidence frappe Akashi avec force.

10 : 00

42-55

Alors que la fin du second quart temps est sifflée sur un score inchangé depuis trois minutes, il se tourne vers le capitaine adverse qui soutient son regard avec calme.

Depuis le début du match, il avait beau être sur le terrain, il n’avait pas encore joué.

 

Mi-temps

Banc de l’équipe du Japon

Himuro et Murasakibara sont hors d’haleine, affalés sur le banc, têtes tournées vers le sol.

Tous les regards se tournent vers eux, assis côte à côte, tremblants et dégoulinant de sueur, tentant de retrouver difficilement leur souffle. Himuro baisse un peu plus les yeux passant nerveusement sa main sur sa tête qui s’agrippe nerveusement à ses cheveux.

            - Pardon, murmure-t-il alors que sa main se crispe un peu plus.

Murasakibara à ses côtés plonge un peu plus son regard au sol. Himuro s’apprête à s’excuser à nouveau, honteux d’avoir donné son maximum sans avoir réussi à mettre un seul panier pendant plus de trois minutes lorsque Louise se place devant eux, posent une main sur chacune de leurs têtes et se penche pour leur parler à l’oreille.

            - Dans toute la compétition qui vous attend, vous ne trouverez pas un meilleur pivot. Dans tout le circuit pro, Baptiste fait partie des meilleurs joueurs au monde. Et pendant plus de trois minutes alors qu’il était plongé profondément dans la zone, vous avez réussi non seulement à lui tenir tête mais à l’empêcher de marquer le moindre panier.

Lentement, ils redressent la tête, reprenant doucement des couleurs.

Avec un grand sourire, Louise récupère le grand sac de pâtisseries que lui avait donné le père de Midorima qu’elle donne à Murasakibara qui s’y plonge autant par envie que pour masquer son embarras devant le compliment.

Louise se recule en disant mentalement adieu aux délicieux gâteaux en échangeant un regard de connivence avec Midorima et sourit quand elle voit Murasakibara en offrir une à Himuro qui l’accepte d’un hochement de tête reconnaissant.

            - C’est un véritable exploit que vous avez accompli sur le terrain et une preuve que j’ai eu raison de vous faire confiance, souffle-t-elle.

Akashi acquiesce, elle avait pris un réel risque en espérant qu’Himuro puisse entrer dans la zone. Un pari qu’il n’aurait pas fait s’il avait été à sa place. Et c’est cette confiance et sa complémentarité avec Murasakibara qui lui avait permis de se dépasser.

 

Banc de l’équipe de France

Baptiste, hors d’haleine s’effondre sur le banc.

            - J’en reviens pas, dit-il en crispant les poings. J’avais pas l’impression d’affronter deux joueurs mais un seul avec Louise dans son ombre. Elle me connaît trop bien, elle a orienté ses joueurs sur mes points faibles et elle m’a bloqué, moi !

Blessé dans son orgueil, Baptiste baisse la tête en murmurant :

            - Je l’adore mais qu’est-ce qu’elle m’énerve !

Stéphane pose sa main sur l’épaule de son pivot qui se calme presque instantanément.

            - Tu resteras sur le banc au prochain quart temps, tu dois récupérer.

Baptiste soupire mais finit par acquiescer.

            - Il est temps que je commence à jouer, dit Stéphane.

Surpris, Baptiste relève la tête, un « déjà ! » au fond des yeux, le même qui brille au fond des prunelles de tous ses équipiers.

Stéphane hoche la tête calmement et traverse le terrain calmement sans quitter des yeux Louise qui le regarde s’avancer sans bouger. Tous les regards se tournent vers eux, aussi bien ceux des deux équipes que du public et une bulle d’un silence irréel se crée entre eux.

            - C’était une belle entrée en matière, dit-il.

            - On a un peu de retard.

Un peu de retard, pense ironiquement Stéphane… Si Baptiste n’avait pas été bloqué, il n’y aurait déjà plus d’enjeu à cette partie.

            - Je te connais assez pour savoir que rien n’est joué.

            - J’ai hâte de te voir enfin jouer, lui répond-elle.

Les lèvres de Stéphane s’étirent dans un petit sourire alors qu’il regarde l’équipe de Louise.

            - Louise, je veux que tu leur dises tout ce qu’il y à savoir sur moi. Parce qu’à mon tour, j’ai envie de me mesurer à tes joueurs à leur meilleur.

Son regard impatient s’attarde sur Kuroko et Akashi et son sourire s’agrandit un peu plus.

            - Et si on mettait un enjeu à cette partie, continue Louise.

Stéphane soutient son regard plein de défis à relever, et devient mortellement sérieux.

            - Tu as l’air bien sûre de toi.

            - On va gagner, lui dit Louise d’un ton confiant.

            - Tu proposes quoi ?

            - Quand on aura gagné, tu devras me dire ce que tu me caches…

Stéphane lève les yeux au ciel en repensant au deal qu’il avait conclu avec la fédération française et le coach de Lucas,  il n’avait jamais réussi à lui cacher quoi que ce soit bien longtemps.

            - Quand on aura gagné, lui répond-il, tu n’auras d’autre choix que l’accepter.

Stéphane passe lentement sa main sur son épaule et se penche pour lui glisser à l’oreille :

            - Tu as réussi à bloquer Baptiste mais même avec toi dans leur ombre, tes joueurs ne pourront rien contre moi.

Tribunes

Moriyama qui n’a rien louper de la confrontation entre Louise et le capitaine de l’équipe adverse murmure :

            - Je donnerai tout pour savoir ce qu’ils se sont dit.

            - J’ai pas besoin de parler le français pour savoir qu’ils viennent de se faire une déclaration de guerre, dit Kasamatsu.

            - J’avais comme l’impression que les hostilités avaient déjà commencées, ironise Moriyama.

            - Crois-moi, ce n’était qu’une mise en bouche par rapport à ce qui va suivre. Leur capitaine n’a pas encore joué, répond Kasamatsu. Quand Kise m’a donné le nom des joueurs qu’ils allaient affronter, j’ai regardé tous les matchs que j’ai pu trouver en me focalisant sur leurs adversaires et j’ai beau avoir regardé plusieurs matchs des Spurs, j’ai absolument rien compris au style de ce meneur. Mais je suis sûr de deux choses, il n’a pas volé sa place de titulaire dans une des meilleures équipes au monde et que le véritable match va commencer maintenant.

 

Vestiaires de l’équipe du Japon

Tous les regards de ses joueurs assis se tournent vers elle attendant ses conseils et indications sur la suite du match.

            - Je crois qu’il est temps que je vous en dise un peu plus sur Stéphane, dit-elle.

Louise ferme les yeux une fraction de seconde, se plongeant dans ses souvenirs, de ce petit terrain de street basket où ils allaient user leurs semelles enfants.

            - On était haut comme trois pommes quand on a commencé le basket et le grand frère de Stéphane venait jouer avec nous de temps en temps. Il faisait deux fois notre taille et c’est le grand frère dont tout le monde pouvait rêver et un meilleur joueur de basket encore, capitaine de son équipe au lycée, un vrai champion

Louise soupire avec un petit sourire nostalgique :

- Et il avait aussi ce petit côté insupportable qui vous pousse à vous dépasser sur le terrain parce que vous avez vraiment envie de le battre.

Louise, perdue dans ses souvenirs se souvient qu’ils n’avaient jamais réussi à gagner contre lui.

            - Mais un jour, dit Louise, il a commencé à louper un panier, puis une passe, son jeu devenait de moins en moins précis. Et il s’est contenté de s’assoir sur le bord du terrain et Stéphane a fini par se joindre à lui.

Louise baisse les yeux et sa voix devient plus rauque alors qu’elle se souvient de ses jours sombres.

            - Il était malade et était en train de perdre la vue, il ne pouvait plus jouer ni avec son équipe, ni avec nous. Il ne s’en est jamais plaint, il n’a jamais perdu son sourire et continuait à assister à nos parties. Stéphane n’avait plus le cœur à jouer et il s’asseyait sans un mot à ses côtés.  C’était comme si toute la tristesse que le grand frère refusait de montrer s’exprimait sur les traits de son petit frère. Et nous, on était que des gosses, on ne savait pas trop quoi faire si ce n’est continuer à jouer comme on l’avait toujours fait.

Tous les joueurs sont suspendus à ses mots et Louise hésite un instant à continuer. Elle leur avait expliqué les particularités du style de son ami sans leur donner les conditions si particulières qui avaient façonner le basket de Stéphane. Une chose qu’elle ne se serait jamais permise si Stéphane ne lui avait pas parlé sur le terrain.

Mais il avait raison, connaître son histoire allait leur permettre de comprendre son jeu si particulier et de l’affronter avec toutes leurs armes.

- Et un jour, Stéphane est sorti de son mutisme. Aux côtés de son frère, il s’est mis à lui raconter nos parties, lui décrire le jeu aussi bien de ses équipiers que ceux de nos adversaires. Il lui détaillait chaque action sur le terrain, chacune de mes stratégies ou des petites manies des joueurs. Et à force d’observer le terrain pour son frère, Stéphane s’est rendu compte qu’il n’avait plus vraiment besoin de voir le match pour le décrire.

            - C’est pour ça que vous nous avez dit, pense tout haut Akashi, que mon ankle break ne marcherait pas contre lui, ni l’invisibilité de Tetsuya.

            - Exactement, il n’a pas besoin de vous voir pour savoir où vous êtes sur un terrain, il n’a pas besoin de vous voir pour vous passer ou vous contrer.

Louise tente de trouver une façon d’expliquer ce style si unique.

            - Kagami, dit-elle, tu te souviens quand tu es entré dans l’ultime zone…

Un bel exemple de pure rhétorique, bien sûr qu’il s’en souvient aussi bien d’ailleurs que ceux qui l’avaient vécu sur le parquet que ceux qui l’avaient observé.

            - Quand Stéphane joue, c’est comme s’il avait atteint l’exact opposé de cette zone, ce ne sont pas ses équipiers qui se synchronisent sur lui, c’est lui qui se synchronisent sur eux. Et sur ses adversaires dont il est capable de déjouer toutes les stratégies parce qu’il est capable de les ressentir avant même de les avoir vu.

            - Je comprends mieux maintenant la deuxième partie de votre plan, dit Kuroko.

            - La bonne nouvelle, c’est qu’il lui faudra au moins la première moitié du quart temps pour être complètement dans le jeu. Alors pour le début du premier quart temps, Takao et Midorima, je compte sur votre combinaison pour remonter au score. Nijimura, tu prends la place d’Aomine et tu ne lâches pas Stéphane d’une semelle. Kagami, tu assureras la défense et Kuroko, tu vas tenter ta nouvelle technique.

Kuroko avait passé la première mi-temps à observer avec la plus grande attention le jeu de Jonas et Lucas pour travailler son contre.

- Je suis prêt, dit-il.

Louise acquiesce lentement en prenant conscience de la puissance de son joueur qui s’exprime dans ses trois simples mots énoncés d’une voix sans émotions. Et tous l’acceptent avec un calme serein qui l’impressionne.

            - Sans Baptiste, ils vont revenir à leur formation la plus sûre pour donner le temps à Stéphane de se préparer. Et c’est Jonas et Lucas qui mèneront l’attaque. Si ta technique fonctionne Kuroko ne serait-ce qu’une seule fois, tu les décontenanceras suffisamment longtemps pour qu’on reprenne rapidement notre avance grâce aux trois points de Midorima.

Ils acquiescent tous le plan avec la plus grande confiance dans les capacités de leurs équipiers.

- Et quand Stéphane sera prêt, nous mettrons en place la deuxième partie de notre plan, dit-elle en fixant Aomine et Kise qui bouillonnent d’impatience.