Onze

par elane

Jeudi

Chambre de Kise

7h13

 

 

Kise s’étire de tout son long avant de se pelotonner à nouveau sous les draps de son lit. Il sait qu’il aurait dû se lever il y a au moins cinq minutes mais il y a longtemps qu’il n’avait pas dormi aussi bien.

Le simple souvenir de Kuroko entre ses draps, il s’était endormi avec un petit sourire béat dans une nuit peuplée de rêves bien plus agréables que ses rêves habituels.

Sans commune mesure.

Il décide enfin à s’arracher de son lit, prend une douche rapide avant de sauter dans ses habits et déboule dans le couloir au même moment que Kuroko qui occupe la chambre qui se trouve à côté de la sienne.

Il s’apprête à le saluer, ravi du timing, lorsqu’il observe avec effarement la chose étrange qui semble s’être installer sur la tête de Kuroko. Il explose de rire alors que Kuroko se retourne vers lui avec un regard clairement pas réveillé.

Sans réfléchir, Kise lui prend la main et l’entraîne dans sa chambre, le pose sur une chaise et attrape une brosse pour tenter de remettre un peu d’ordre dans ce petit chaos qui s’est invité sur sa tête.

Et c’est un vrai défi !

            - Je ne peux pas te laisser descendre avec ça sur la tête Kuroko !

            - Je ne vais pas à un défilé de mode, Kise kun, juste prendre mon petit déjeuner, répond d’une voix encore embrumée de sommeil Kuroko.

Mais Kise ne l’écoute pas, trop occupé à se battre avec les mèches rebelles sans réel succès. Il s’arrête une seconde, les mains perdues dans les cheveux de Kuroko et se perd dans des souvenirs pas si lointains.

            - Kuroko, demande-t-il d’une voix soudain sérieuse, quand j’ai passé une semaine chez toi, ça n’est jamais arrivé…

            - Qu’est-ce qui n’est jamais arrivé, Kise kun ?

            - Tes cheveux, dit Kise. Ils n’ont jamais fait un truc pareil pendant la semaine que j’ai passée chez toi.

Kuroko s’empourpre une seconde. Enfin pas vraiment, pense Kise, mais il peut voir la légère trace de rouge fleurir sur ses joues et pour Kuroko, c’est sûrement l’équivalent de devenir rouge comme une tomate.

            - C’est parce qu’on dormait ensemble, continue Kise, je dois avoir une capacité spéciale qui empêche ça, dit-il en rigolant.

Kuroko se dit que c’est simplement parce que Kise l’avait tenu si fermement entre ses bras, qu’il n’avait pas eu le loisir de bouger d’un pouce pendant toutes les nuits qu’ils avaient passées ensemble.

Puis Kise se penche à l’oreille de Kuroko :

            - Faudrait qu’on retente l’expérience pour voir si j’ai un don, dit-il.

Cette fois, Kuroko devient vraiment écarlate et Kise ne résiste pas à l’entourer de ses bras en rigolant pour dissiper sa gêne et l’entraîne dans son sillage pour rejoindre les autres pour le petit déjeuner.

 

Terrain extérieur

9h32

 

 

Incroyable.

Louise n’en revient pas. Ce petit joueur dépasse ses espérances les plus folles. Et en plus, il est sûr de pouvoir renouveler l’exploit avec n’importe quel autre joueur avec un peu de travail.

Et quand il l’avait remercié pour ses conseils qui lui avait permis de développer sa nouvelle technique, elle avait explosé de rire…Intérieurement. Elle n’aurait pas osé le laisser penser qu’elle se moque de lui, il a l’air tellement sérieux. Ces exercices qu’elle lui avait montrés, c’était les exercices qu’elle s’était imposés elle-même il y a des années pour augmenter sa vitesse et elle n’était jamais arrivée à un tel résultat.

Kuroko disparait devant son adversaire, purement et simplement et lui vole son ballon avec une habilité de magicien.

Mais il y en quand même une chose qui ne lui plait pas dans cette petite démonstration.

Elle récupère le ballon d’un geste et fait signe à Kise et Kuroko de s’avancer.

            - Kise, Kuroko, votre démonstration est impressionnante. Vraiment impressionnante, dit-elle. Mais j’ai fait une erreur, ajoute-t-elle en examinant ses deux joueurs en sueurs.

Elle voit l’enthousiasme briller dans leurs yeux qui vacille un instant et comprend sans peine à quel point cet entraînement les avaient épuisés. Kuroko n’a que peu d’endurance et quant à Kise, il y a quelque chose qu’elle n’arrive pas à saisir encore qui la dérange.

Elle leur envoie le ballon pour une nouvelle démonstration et cette fois, elle ne quitte pas des yeux l’as de Kaijo.

Son pied…

C’est ça. Une ancienne blessure, une gêne qui pouvait se réveiller à tout moment.

Oui, elle avait fait une grave erreur.

            - A partir de maintenant, dit Louise, vous ne vous entraînez plus seuls.

Ils ne devaient plus forcer comme ils l’avaient fait, les risques de blessure à une semaine de la compétition sont beaucoup trop grands. Mais cette nouvelle technique ouvre tellement de possibilités pour son futur plan.

            - Kuroko, dit-elle, il faut qu’on parle…

 

 

Salle commune

12h32

 

 

Alors que le repas vient d’être servi, Midorima s’approche de la coach qui se trouve dans la salle attenante, le regard tourné vers un écran éteint depuis un bout de temps pour l’avertir.

Il s’apprête à parler lorsqu’une main le tire en arrière avec force.

Il se retourne plus surpris de voir Joël le retenir avec regard affolé.

            - Je ne te le conseille pas, dit-il.

            - Sûr, confirme Jonas qui apparait dans son dos. Quand elle est comme ça, il faut mieux la laisser tranquille.

            - C’est marrant, dit Joël en lui jetant un regard en coin, j’ai presque l’impression de l’entendre penser.

Jonas prend une pause ridicule en se grattant la tête, l’idée qu’il se fait d’un joueur d’échec qui examinerait une situation difficile sur un échiquier avant de murmurer :

            - Comment est-ce que je vais jouer avec mes nouvelles pièces ?

Joël étouffe un petit rire devant l’imitation pas si éloignée de la réalité.

            - Pour la première fois, ce n’est pas nous ses pièces, dit-il.

Et curieusement, il en ressent une pointe de nostalgie qui le rend presque amer. Il secoue la tête nerveusement comme si cela pouvait dissiper ce sentiment qui ne lui plait guère.

Puis les deux français entraînent Midorima à leurs côtés pour le repas et l’as de Shutoku se retrouve assis entre les deux joueurs et il se sent vraiment petit. Et un peu intimidé. Un sentiment dont il n’a pas l’habitude.

Akashi se trouve en face de Joël et Aomine et Kagami restent scotchés à Jonas avec un enthousiasme déroutant. Du moins pour Aomine puisque Midorima a l’impression de retrouver le jeune joueur qu’il était au collège, toujours souriant et dont la passion du basket se reflétait dans chacun de ses gestes.

            - S’il y a quelqu’un capable de tirer le maximum d’une équipe, c’est elle, dit Joël. J’ai vraiment hâte de me retrouver face à une équipe qui suit un de ses plans.

            - Avec n’importe qui d’autre au commande, vous auriez aucune chance, dit Jonas. Individuellement, on est tous plus forts que vous, dit-il, et il ne nous faudra pas plus de deux minutes sur le terrain pour être de nouveau synchronisés comme on l’a toujours été.

Joël outré par ces paroles détourne la tête en haussant les yeux au ciel.

            - Ose dire que j’exagère, Joël, rétorque Jonas. Baptiste est le meilleur défenseur que je connaisse, le seul capable de m’arrêter sans même se fatiguer. Leur grand pivot fera ce qu’il peut contre lui mais au mieux, il le gênera, au pire il l’énervera et ça, je ne le souhaite à personne. Autant dire qu’ils n’accéderont même pas à la raquette et les tirs à trois points, si c’est toi qui marque le grand à lunettes, je lui souhaite bien du courage. Le blondinet a des capacités intéressantes mais face à Lucas, il fera pas le poids. Il n’y a rien à copier chez Lucas, il est juste attentif, à son équipe et à ses adversaires. Il est toujours là où on l’attend, il exploite toutes les failles de ses adversaires. Personne dans cette équipe n’est capable de m’arrêter en un contre un. Quant à Stéphane…

Il se tourne vers Akashi, soudain conscient que le capitaine de l’équipe l’écoute avec la plus grande attention.

            - Vous verrez bien une fois sur le terrain, dit-il.

Et Midorima se sent vraiment mal à l’aise, assis entre les deux grands joueurs qui se regardent en chien de faïence.

            - T’as vraiment pas changé Jonas ! Enlève ta règle absurde des « pas de trois points en un contre un » et je te mets ta raclée, histoire de te remettre un peu les pieds sur Terre!

            - Mais quand tu veux mon grand, je…

Sa tirade est stoppée net par Louise qui, profitant du fait qu’ils soient assis et elle debout, leur envoie une grande tape sur la tête. L’un après l’autre. Midorima est étrangement surpris et soulagé de ne pas faire partie du lot…

            - Taisez-vous idiots !

Et comme un réflexe pas si lointain, ils s’exécutent comme des gamins pris en faute avec un « oui coach » sur les lèvres qui fait beaucoup rire l’assemblée.

            - Tu ne devrais pas prendre mon équipe à la légère, Jonas, dit Louise d’une voix glacée.

            - Oh mais je les prends au sérieux, lui répond-il. Stéphane les prend au sérieux. Parce que c’est ton équipe et que j’ai qu’à te regarder pour savoir que t’as déjà un plan.

Le petit sourire qu’elle lui retourne lui prouve qu’il a raison.

Et oui, ça le rend nerveux.

 

Salle commune

14h23

 

 

Louise prend une longue inspiration en sentant tous les regards de ses joueurs se tourner vers elle avec beaucoup d’espoir.

            - Demain après-midi à 19h30 aura lieu notre match d’entraînement dans le grand gymnase de Tokyo. Il ne sera ni retransmis ni ouvert au public.

Ca nous évitera de prendre une dérouillée en public, souffle d’un ton à moitié sérieux Takao à Izuki. C’est plutôt réconfortant.

            - Mais je me suis permise d’inviter vos équipes respectives et vos familles.

Mais bien sûr, souffle Takao presque pour lui-même, on va juste se ridiculiser devant nos équipiers et nos proches.

Midorima lui retourne un regard glacé pour le faire taire.

            - Le cinq majeur sera constitué de Akashi Seijuro numéro 4, Midorima Shintaro numéro 5, Murasakibara Atsushi numéro 6, Kise Ryota numéro 7 et Aomine Daïki, numéro 8.

Pas vraiment de surprise dans la liste, pensent tous les joueurs à l’exception d’Aomine qui soupire de soulagement. Depuis son entretien avec la coach, il était pas vraiment sûr de mériter sa place dans le cinq majeur.

            - Mais je compte faire tourner un maximum les effectifs sur le terrain alors ne vous reposez pas trop ceux qui sont sur le banc.

Les joueurs qui ne font pas partie du cinq majeur retrouvent un grand sourire.

            - Je connais nos adversaires, je sais comment ils jouent, comment ils pensent en tant que joueurs et en tant qu’équipe. Jonas n’a pas tort, ils sont plus forts que vous, individuellement et collectivement. Mais je compte bien faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider.

Louise regarde ses joueurs, ravie de voir la détermination briller dans leurs yeux. Ils vont se battre jusqu’au bout.

            - Je ne joue pas pour perdre, dit-elle d’une voix faussement calme. Et j’ai un plan…

 

 

Aéroport de Tokyo

18h43

 

 

Dans l’immense hall d’accueil de l’aéroport, Louise se met à sourire bêtement. Sur sa gauche Joël et Jonas sont aussi impatients qu’elle, cela fait deux ans qu’ils ne s’étaient pas retrouvés tous ensemble.

Au départ, seuls Akashi et Midorima devaient les suivre, parce qu’ils parlaient français. Puis Kagami et Aomine avaient suivis… Et au final, c’est toute l’équipe qui les attend avec fébrilité.

Le premier à débarquer est Baptiste.

Et à chaque fois, Louise avait l’impression de redevenir une petite fille en voyant l’immense pivot s’avancer. Fidèle à lui-même, Baptiste est un homme de peu de mots, il la prend dans ses bras et salut humblement son équipe avec quelques mots de japonais qu’il avait dû apprendre par cœur pour l’occasion. Puis il tend la main à ses anciens équipiers avant de craquer et les prendre dans ses bras en échangeant des nouvelles.

Puis, c’est au tour de Lucas et Stéphane.

Louise se prépare instinctivement à la boule d’énergie blonde qui débarque de l’avion.

Et ça ne loupe pas.

            - LOUISE !!!! s’exclame-t-il en courant vers elle avant de lui sauter dans ses bras.

Littéralement.

Et si elle ne s’était pas préparée au choc, ils auraient fini à terre.

            - Lucas, moi aussi, ça me fait plaisir de te voir, répond-elle en souriant.

Le grand blond salut bien vite ses anciens équipiers, trop heureux de les voir et d’échanger des nouvelles et quelques bêtises. Puis il se tourne vers l’équipe qui l’accueille.

            - Mais t’avais raison, dit-il en regardant les joueurs de son équipe, pour des japonais ils sont pas si petits que ça !

            - Lucas…

Il se plante devant Kuroko avec un grand sourire en lui tapotant la tête de toute sa hauteur :

            - Alors lui, il est chou.

Quelques mots en français que Kuroko ne comprend pas mais devine un peu trop facilement, vu la façon dont il crispe les poings.

- Et je sais par expérience que les joueurs les plus petits qui arrivent à ce niveau sont souvent dangereux. Je te garderai à l’œil…

            - Lucas…

Il passe en revue tous les autres joueurs en les saluant un à un avant de s’arrêter devant Akashi, le fixant droit dans les yeux comme il avait l’habitude de le faire quand quelqu’un l’intriguait, toujours un peu trop près. Akashi le laisse faire sans broncher.

            - Oh t’avais raison Louise, lui il dégage vraiment un truc dérangeant…

            - LUCAS !

Oh mon Dieu, pense Louise, j’ai plus qu’à creuser un trou et m’y enterrer !

Mais Lucas ne l’écoute pas et continue son inspection lorsqu’une voix s’élève dans son dos, d’un ton calme mais ferme :

            - Lucas.

Lucas se calme automatiquement et se retourne vers Stéphane.

            - Pardon Stéphane, s’excuse-t-il comme un enfant qui viendrait de se faire gronder en se reculant.

Louise s’approche de lui et le force à se baisser à son niveau sans ménagement pour lui glisser à l’oreille.

            - Akashi, souffle-t-elle du bout des lèvres, parle et comprend mieux le français au moins aussi bien que toi ! Idiot !

Il lui retourne un regard incrédule qui s’agrandit de stupeur quand Akashi le salue dans un français impeccable au nom de toute l’équipe.

Dans son dos, Stéphane s’avance. A peine plus grand qu’Akashi, les cheveux châtains et de grands yeux verts, personne n’aurait pu deviner que ce jeune homme élancé était le rookie numéro un de la NBA de l’année dernière, le nouveau meneur d’une des plus grandes équipes américaines, cinq fois vainqueurs de la NBA, les Spurs de San Antonio.

Mais lorsqu’il tend la main pour saluer Akashi qu’il regarde droit dans les yeux sans sourciller, il sent une puissance terrifiante dans l’ombre des pas de ce joueur.

 

Salle commune

20h02

 

 

Le repas avait été particulièrement animé. Tout d’abord les anciens amis avaient trop de choses et pas assez de temps pour partager tout ce que leur nouvelle carrière de joueur professionnel avait changé dans leur vie, leurs équipes, leurs adversaires, les matchs.

Joël et Lucas se rappellent avec beaucoup d’émotions les parties de la finale de la NBA que l’équipe de Joël avait gagnée face à celle de Lucas et tous les deux s’étaient lancés dans un comparatif non exhaustif des qualités de leurs capitaines respectifs, Stephen Curry et LeBron James.

Ce qui bien sûr attire l’attention de tous les joueurs qui ne comprennent pas forcement tous les mots mais qui écoutent tout de même avec beaucoup d’attention.

Puis Lucas se tourne vers ses futurs adversaires, cherchant à parler à tous avec un enthousiasme désarmant, à échanger quelques histoires délirantes avec tout le monde avec la même énergie sous les yeux de ses équipiers qui avaient toujours été étonnés de la facilité avec laquelle il arrivait à se lier avec n’importe qui en si peu de temps. Il faut bien avouer que le fait de pouvoir raconter des anecdotes sur son équipier et capitaine LeBron James dans une assemblée de joueurs de basket semble abolir toutes les barrières de langues.

Soudain Lucas se lève et disparaît quelques secondes de la table avant de réapparaitre un cadeau emballé à la hâte dans les bras.

Il le tend au capitaine avec un grand sourire.

            - Je vous avoue que j’hésitais un peu à vous le donner, dit-il. Mais je vous aime bien les gars, alors tant pis pour ma fierté !

Lentement, presque prudemment sous les regards curieux, Akashi ouvre le paquet pour y découvrir un ballon de basket, la forme du paquet ne laissait pas trop de suspense sur le contenu du présent et le maillot rouge et or du 23 des Cleveland Cavaliers signés par le capitaine en personne.

Et il y a aussi un petit mot de LeBron James en personne.

Vous avez intérêt à gagner les gars parce que Lucas a parié qu’il resterait une semaine entière silencieux pendant les entraînements s’il perdait. Alors franchement, on est tous derrière vous dans l’équipe !

Bonne chance, face à Lucas, vous en aurez besoin.

LeBron James 

Et Lucas n’arrive pas à bouder bien longtemps devant l’effronterie de son Capitaine…