Vingt

par elane

Mercredi après-midi

Café les deux Tours

 

 

Akashi est surpris. Et ça ne lui arrive pas si souvent.

Son père l’avait chargé de déposer en personne quelques papiers aux collaborateurs des Agences Kin, les agences gérées par le groupe Kinsen. Le rendez-vous avait été organisé dans un café de Shinjuku où les meilleurs joueurs d’échec de la capital ont l‘habitude de se retrouver pour quelques parties autour d’un thé.

Et il est tombé ni plus ni moins sur Kaori Kinsen qui joue face à une jeune femme d’une vingtaine d’années.

D’un seul regard, il peut dire que la surprise est mutuelle.

Elle le salut d’un air contrarié et il prend une chaise pour regarder la partie. En silence.

Il est encore plus surpris de voir que malgré le fait que son adversaire soit assez faible, Kaori ne fait rien pour le battre.

La jeune femme finit par s’en rendre compte mais se contente d’une réflexion un peu gênée et d’un grand sourire lumineux contagieux. Même lui ébauche un léger sourire. Puis elle prend congé en lui laissant la place.

-          Vous l’avez laissé gagner, constate Akashi.

-          Pas vraiment, dit-elle. C’est Yoko san qui m’a appris à jouer et c’est comme si je n’arrivais pas à me résoudre à gagner contre elle, dit-elle avec un petit sourire.

Puis elle regarde la chemise débordant de documents qu’Akashi a déposés sur la table.

-          Je suppose que c’est pour moi ?

-          Oui, et contrairement à moi, dit Akashi, j’ai l’impression que vous ne faîtes pas que jouer les courriers.

Le regard de Kinsen devient plus dur et elle prend les papiers d’une main assurée.

-          Il y a un an mon père m’a demandé de choisir une de ses agences pour la gérer dans l’ombre.

Un an, s’étonne Akashi. En un an l’agence qui avait embauché Ryota était passée de petite agence locale à celle d’agence reconnue nationalement avec un rayonnement que personne ne peut plus ignorer.

Son père l’avait plus que bien formé car cette agence avait pris des risques et que chacun d’eux avait payé.

Ca aurait pu être étrange de voir un grand patron comme Kinsen donner une entreprise à sa fille de quatorze ans comme un père donnerait un nouveau jouet à son enfant.

Mais la famille Kinsen ne répond à aucune règle.

Akashi remarque que Kaori se mord les lèvres nerveusement.

-          Je suppose que personne n’est au courant, dit-il d’un air entendu.

-          Même Yoko san ne le sait pas, acquiesce-t-elle.

Mais sa nervosité ne l’a pas quittée. Il reconnait cette étincelle qui illumine ces yeux d’un éclat mat lorsqu’elle est confrontée à un choix difficile.

Elle veut lui parler de quelque chose mais hésite un instant et lui propose une partie qu’il accepte gracieusement. Il préfère de loin le shogi mais il maîtrise aussi bien les échecs.

L’ouverture est classique et il sent bien qu’elle joue mécaniquement.

-          Quand mon père m’a demandé de choisir, j’ai choisi l’agence Kin où travaille Yoko san car c’est une des rares personnes de mon entourage que j’apprécie réellement. Au départ, l’agence était une petite institution locale. On travaillait avec quelques hipsters locaux, des personnes commençant juste à se faire un nom dans le milieu comme votre ami Kise, des passionnés et tout allait pour le mieux. Avec notre expansion, nous avons pu toucher une audience nationale, nous avons eu affaire à des mannequins, des photographes reconnus par tous, de vrais stars. Au départ, j’étais ravie de la façon dont évoluaient les choses. Mais il est aussi apparu un problème que je n’avais pas anticipé…

Akashi lance une première attaque pour tester ses défenses. Et même si son attention n’est pas totalement tournée vers le jeu, elle déjoue rapidement son piège. Il comprend qu’elle recherche un conseil ou au moins une oreille attentive et il se sent flatté de voir qu’elle lui fait suffisamment confiance pour lui exposer son problème.

-          Nous sommes tombés sur des egos démesurés. Des gens aux talents incroyables mais capables de faire craquer des personnes aussi douces que Yoko san. Et je n’ai pas mis longtemps à comprendre que ce qui était rare au niveau d’une petite agence devenait la norme dans une agence au rayonnement national. Une situation que tous acceptent et qui s’autoalimente dans un cercle vicieux qui pourrit tout le milieu.

A son tour, elle prend l’initiative d’une attaque assez subtile pour qu’Akashi se mette à réfléchir longuement à son prochain coup.

-          Alors aujourd’hui, je me trouve face à un choix.

Akashi voit enfin une façon de non seulement déjouer son attaque mais de la retourner habilement contre elle. Il avance son cavalier avec un petit sourire.

Kinsen observe l’échiquier avec une petite moue contrariée. Ce coup-là, elle ne l’avait pas vu venir.

Elle tente de sortir du piège avec un sacrifice et Akashi évalue la situation. Il pense que ce sacrifice consentit par Kinsen est une feinte désespérée. Mais il n’en est pas complètement sûr.

-          Un choix ? reprend calmement Akashi.

Lui aussi est confronté à un choix. Soit il accepte le sacrifice et prend un avantage tactique pour ses prochaines attaques mais tout reste encore à faire. Soit il prend le risque d’attaquer frontalement, cherchant une mise à mort propre et nette.

-          Soit, je fais comme tout le monde, j’accepte la situation et je deviens partie intégrante de ce système pernicieux que j’exècre. Soit je refuse la situation et je prends un risque. Un risque que personne n’a jamais pris. Je décide de tenir une ligne que personne n’a jamais osé ne serait-ce qu’esquisser, je choisis de dire à tous que ce genre de comportement n’est pas acceptable dans nos agences et je cherche à faire progresser ceux qui respectent nos conditions.

Akashi sourit car de la même façon qu’il avait déjà choisi son prochain coup, Kaori avait déjà pris sa décision.

Aux échecs comme au shogi, il n’est pas toujours possible de calculer toutes les implications d’un coup. Parfois il faut laisser place à l’intuition, l’expérience et même à la chance.
Il faut prendre un risque.

Et parfois il est payant.

Kaori regarde l’échiquier avec un petit sourire devant le coup audacieux en hochant la tête pour l’approuver.

La partie se déroule rapidement et lorsque Kaori fait basculer son roi perdu sur l’échiquier, elle dévisage Akashi :

-          Y a-t-il un seul domaine que le grand Akashi Seijuro ne maîtrise pas parfaitement ? dit-elle en soupirant d’un air un peu moqueur.

-          Le basket, répond simplement Akashi.

Surprise, Kaori lui lance un regard en coin avant de murmurer :

-          Le pire, c’est que vous le pensez vraiment, soupire-t-elle.

-          J’ai perdu, dit Akashi.

-          Et alors, est-ce qu’une seule défaite efface tout ce que vous avez accompli ?

Akashi réfléchit sérieusement à la question sans y trouver une réponse convenable.

-          Je n’ai jamais compris comment, reprend Kaori, un joueur de shogi comme vous pouvait trouver un tel intérêt pour le basket. Je n’ai pas l’impression que ce soit un jeu particulièrement stratégique.

Akashi sourit en regardant l’échiquier.

-          C’est vrai qu’un jeu entre deux équipes avec cinq pièces maîtresses …

D’un geste, il passe sa main sur la Tour, le Cavalier, le Fou, la Reine et le Roi.

-          … dont une si importante que la partie n’est pas finie tant qu’il est encore debout…

Il montre  le roi de chaque couleur qu’il effleure.

-          … un terrain …

Puis l’échiquier.

-           et un but unique…

Il renverse d’un mouvement son propre roi et bruit de la pièce d’ivoire qui claque contre le bois de l’échiquier résonne dans tout le café

-           … ça n’a rien de très stratégique.

Kaori lève les yeux avec étonnement vers Akashi dont les yeux étincellent d’une lueur d’ironie amusée.

-          Il y a un match cette après-midi entre Seirin et Kaijo, dit Akashi, venez voir par vous-même….

-          … à quel point je me trompe ?

-          Non tout simplement parce que cette rencontre promet un spectacle étonnant.

Kaori le dévisage en murmurant presque pour elle-même :

-          Vous avez gagné beaucoup plus que vous n’avez perdu ce jour-là.

 

 

Gymnase de Shutoku

 

Takao, un ballon à la main, regarde Midorima enchaîner les paniers comme il l’avait toujours fait, dans un silence et une concentration imperturbables.

Et il constate avec un étonnement sans cesse renouvelé qu’il n’arrive toujours pas à se lasser du spectacle. Toute l’équipe va voir le match Seirin/ Kaijo et le capitaine lui avait laissé le soin de demander à Midorima de l’accompagner. Silencieusement il est en train d’affuter ses arguments dans sa tête.

Il voit déjà la scène se jouer dans sa tête. Il allait sortir ses arguments les uns après les autres et Midorima les balayerait d’un geste et de quelques demi-paroles agacées.

Et il finirait par y aller seul avec un déguisement ridicule parce que Midorima n’a loupé aucun match de ses anciens équipiers. Alors aucune chance qu’il manque une rencontre entre Kuroko et Kise.

-          Shin chan, on va au match avec toute l’équipe tout à l’heure. Tu viens ?

L’as de Shutoku lance un dernier ballon, s’avance vers le banc pour consulter son portable d’une main et prendre son tigre en peluche dans l’autre. Takao est surpris, Midorima ne se fend même pas d’une excuse et l’ignore.

-          Shin chan…

-          Kuroko a une nouvelle technique et il n’est pas le seul, dit Midorima calmement. Et j’avoue que je suis curieux de voir ça…

 

Gymnase de Tôô

 

Aomine débarque sur le terrain, prend les deux futures recrues de Tôô par le col, l’une à droite, l’autre à gauche, traverse le terrain comme une furie sous les yeux ahuris de l’équipe et de l’entraîneur.

Même Imayoshi ne peut cacher son étonnement.

-          Dai chan ?

-          Aomine qu’est-ce tu fou ? s’exclame Wakamatsu.

-          Je suis désolé, murmure Sakurai sans trop savoir pourquoi.

Aomine se retourne vers son équipe :

-          Je vais apprendre la vie à ses deux idiots, s’énerve-t-il, et leur montrer ce que c’est que le basket…

Tous le regardent les yeux exorbités :

-          Tu te grouilles Satsu, j’ai pas envie de louper le coup d’envoi !

 

Candy Follies

Shinjuku

 

Himuro soupire mais ne peut s’empêcher de s’amuser du regard plein d’étoiles de Murasakibara qui observe tous les bocaux plein de douceurs sucrées et colorées qui s’étalent devant ses yeux. Le plus drôle dans l’histoire c’est le regard halluciné du petit vendeur qui ne sait pas trop comment réagir face à ce géant aux cheveux violets qui réagit devant son comptoir avec l’enthousiasme d’un enfant de quatre ans en commandant ses bonbons.

-          Atsushi, le rappelle doucement Himuro, on va finir pas être en retard.

Murasakibara balaye son objection d’un geste de la main, prend son énorme paquet de bonbons qui ne paraît soudain pas si grand dans ses immenses mains, en commande deux sachets beaucoup plus modestes, un avec des petits sucreries rondes au yuzu et l’autre avec des bonbons à la cerise.

Il paye et lui tend paquet de bonbons au yuzu.

Comment Murasakibara savait que c’était ses bonbons préférés ? Et une question encore plus importante, a qui est destiné l’autre paquet de bonbons ?

-          On sera pas en retard, dit-il de sa voix traînante habituelle, car Aka chin vient nous chercher…

Voilà qui répond à sa précédente question, pense Himuro. Et il a du mal à ne pas reculer instinctivement quand il voit une énorme voiture noire s’arrêter devant le modeste magasin de bonbons et son équipier sourire avec candeur devant son ancien capitaine qui les salut d’un geste.

Akashi est surpris de voir que le petit paquet de bonbons rouge lui est réservé et il l’accepte avec un petit sourire :

-          Il faut y aller maintenant si on ne veut pas louper le début, dit Akashi qui les invite à prendre place dans l’immense voiture.

Et au moment où il pensait ne pas pouvoir être plus surpris qu’il ne l’est déjà, Himuro voit son équipier obéir si naturellement qu’il hésite une seconde à s’engouffrer dans l’intimidante voiture.

-          A votre avis, demande-t-il à Akashi, qui va gagner ?

Akashi lui retourne un sourire un peu intimidant avant de répondre :

-          J’en ai absolument aucune idée.

 

 

Lycée de Kaijo

 

Toute l’équipe est réunie pour une dernière réunion avant de partir pour Seirin. Le coach lance un regard interrogateur à Kise qui relève la tête plus sérieux que jamais.

-          Je suis prêt à le faire coach.

Kasamatsu s’apprête à rétorquer une phrase inutile du genre « Tu es sûr ». Mais vu la détermination qui brûle au fond des yeux de celui qui va devenir son capitaine pour ce match, il connaît déjà la réponse à cette question.

Kise se tourne vers Kasamatsu avant d’énoncer avec un calme qui dissimule à peine la tempête qui couve dans son esprit :

-          Je suis prêt à tout pour gagner ce match, même à mettre ma fierté de côté si ça nous permet de prendre l’avantage dès le début. On va suivre le plan à la lettre et on va gagner ce match, on va le gagner tous ensembles.

 

Lycée de Seirin

 

-          Minami, pas la peine de courir comme ça ! On est pas en retard….

Minami, le grand lycéen de Kaijo essaye de presser ses amis en se dirigeant vers le gymnase de Seirin. Depuis qu’il avait serré la main du joueur fantôme de Seirin, voir ce match est devenu une obsession.

Il s’était sérieusement renseigné sur Kuroko, le sixième joueur de la génération miracle, le joueur fantôme de Seirin, sur ses techniques et ses matchs et il n’avait qu’une envie voir son équipe prendre sa revanche.

Lorsqu’il se fige un instant sous le regard de ses amis qu’il avait plus ou moins traîné dans son sillage pour assister au match.

-          Minami ? s’interroge ses amis d’une même voix.

Les yeux écarquillés, il fait signe à ses amis de s’approcher :

-          Vous voyez les mecs sur la gauche, dit-il sur le ton de la confidence.

Ses amis pensent que des personnes aussi grandes sont difficiles à louper dans la foule des lycéens.

-          C’est Akashi, le capitaine de Rakuzan, Murasakibara, l’as de Yosen. Et là, c’est Midorima de Shutoku et Aomine de Tôô.

Il fixe avec de grands yeux ses amis, comme si d’un seul regard il pouvait les convaincre qu’une chose extraordinaire est en train de se passer sous ses yeux :

-          Avec Kise et Kuroko sur le parquet, tous les membres de la génération miracle sont là !

 

Gymnase de Seirin

 

Alors que ses joueurs s’échauffent sur le terrain, Riko observe avec beaucoup d’étonnement les gradins pleins à craquer.

Ce n’est qu’un match d’entraînement mais c’est un match du niveau des phases finales de la Winter  Cup, c’est un affrontement entre Kaijo et Seirin, c’est une confrontation entre deux rivaux, anciens membres de la génération miracle, Kise et Kuroko.

C’est une revanche, pense-t-elle, quand elle voit le regard concentré de Kise et de ses joueurs. Sans compter leur coach qui lui lance des regards noirs.

-          Hey Riko, s’exclame Hyuga incrédule, on est vraiment à Seirin…

Riko ne comprend pas tout de suite le sens de sa question lorsqu’elle se rend compte que presque tous les spectateurs sont là pour Kaijo !

Entre les fans de Kise, les supporteurs de l’équipe et même les simples lycéens dont elle reconnaît l’uniforme, elle se rend compte que presque tous ceux qui étaient assis sur les bancs sont venus pour Kaijo !

Seirin n’a même pas un club de supporteurs ! Et s’ils n’avaient pas fait leur petite démonstration pendant la cérémonie de rentrée, perchés sur le toit du lycée à crier leurs rêves pour le club, bien peu auraient su que le lycée avait un club de basket !

Elle voit aussi les équipes de Shutoku, de Tôô, Murasakibara, Himuro et Akashi dans les tribunes. Et elle remarque aussi sans peine l’uniforme immaculé d’Haruko, leur future recrue qui avait ramené dans son sillage toute son équipe de Teiko qui venait de gagner les nationales. Elle ne peut s’empêcher d’observer les regards froids que les membres de l’équipe de Teiko envoient en direction de leurs anciens équipiers, les membres de la génération miracle.

Riko prend soudain conscience que pour la première fois de son histoire, Seirin est considéré comme l’équipe à abattre. Et Kaijo son challenger.

La pression qu’elle sent sur ses épaules lui coupe le souffle.

Elle sursaute lorsque Kyoshi lui tape gentiment sur l’épaule :

-          Je sens qu’on va beaucoup s’amuser!

-          Et on affronte rien de moins que le rival de Kuroko, ajoute Kagami dont les yeux étincellent devant le défi à relever.

La pression est toujours là mais en voyant l’envie transcender ses joueurs sur le parquet, elle devient supportable.

Moins de cinq minutes avant le coup d’envoi.

Ses mains tremblent un peu, ce n’est plus de la peur qu’elle ressent mais l’excitation du match à venir qui fait couler des flots d’adrénaline pure dans ses veines.

Alors que les joueurs s’alignent pour se faire face et se saluer, elle en oublie la foule qui s’agite, le regard flamboyant des joueurs de Kise qui attendent leur revanche, les œillades noires du coach de Kaijo.

Elle en oublie l’arbitre qui les jauge du regard et Kagami et Kise qui s’avancent pour le premier entre deux…

 

 

Kaori est un peu étonnée de voir autant de monde pour un simple match d’entraînement. Elle regarde rapidement la foule qui attend nerveusement le début de la rencontre et repère facilement Akashi qui est assis à côté d’un géant aux cheveux d’une couleur peu commune, un énorme sac de bonbons sur les genoux et constate avec un petit sourire qu’Akashi lui avait gardé une place.

Elle s’avance et s’assoit à ses côtés juste avant le coup d’envoi alors qu’Akashi fait rapidement les présentations. Puis il lui propose un bonbon à la cerise avec un sourire qui la prend tellement au dépourvu qu’elle reste au moins une seconde à fixer le sachet avec de grands yeux avant d’en prendre un d’une main presque prudente.  

Kaori se laisse happer par l’ambiance électrique qui parcourt la salle lorsque que les joueurs se font face pour se saluer juste avant le début de la rencontre et se surprend elle-même à attendre avec impatience la confrontation des joueurs sur le parquet.

Tous les spectateurs retiennent leur souffle alors que l’arbitre lance la balle et que les deux joueurs s’élancent dans un saut incroyable pour l’attraper.

 

Premier quart temps

 

Du bout des doigts, Kagami touche le ballon pour l’envoyer à Izuki qui s’élance à toute vitesse vers le panier adverse. En quelques enjambées, il se trouve à deux pas de la raquette sans avoir rencontré la moindre résistance.

Kyoshi est déjà sous le panier et Huyga sur sa droite. Et Kuroko dans l’ombre est prêt à intervenir pour modifier la trajectoire de leur attaque car, comme il s’y attend, leurs tactiques classiques sont bien connues des joueurs de Kaijo. Il voit Hayakawa dans la raquette, Kasamatsu marquer Kyoshi et Moriyama sur Huyga.

Mais ça ne lui fait pas peur car Kuroko veille et lance en toute confiance la balle vers Huyga.

Kasamatsu s’avance mais Kuroko a déjà détourné le ballon sur Kagami qui ne s’attend même pas à recevoir la passe lorsqu’elle est détournée au dernier moment pour atterrir dans les mains de Kasamatsu qui court de l’autre côté du terrain…

Kise !

Alors que Kagami court déjà derrière Kasamatsu, il se demande comment il avait pu oublier Kise !

La salle retient son souffle devant la contre-attaque éclair de Kaijo alors que Kagami court à une vitesse incroyable, rattrape Kasamatsu et dévie le ballon en sautant dans son dos.

Le panier raté agite la foule et l’arbitre hésite un instant à siffler une faute défensive.

Mais Kasamatsu le regarde en secouant négativement la tête. Kagami ne l’a pas touché et il veut gagner cette partie à la loyale.

 

-          Aka chin, dit Murasakibara étonné, tu crois que Kise chin a réussi à copier le jeu de l’ombre de Kuro chin ?

 

Kasamatsu remet la balle en jeu et Kise l’attrape, passe Izuki avec toute l’agilité d’Aomine et tire. En face de lui, Kyoshi saute et intercepte le tir sans forme, agrippe la balle d’une poigne de fer et l’envoie à Kuroko qui arme son tir…

Une goutte de sueur coule sur la tempe de Kise car il a perdu de vue Kagami qui a déjà traversé le terrain, prêt à réceptionner le boulet de canon qui traverse le terrain.

Sauf que c’est Kobori qui s’interpose. De même que Kise avait appris à copier cette passe et ses équipiers avaient appris à la réceptionner.

Enfin presque puisque la balle échappe des mains du numéro huit et la touche est pour Seirin.

-          Ca fait vraiment mal ! s’exclame Kobori en montrant ses mains écarlates à Kise.

Après presque deux minutes de jeu, alors que deux des équipes les plus offensives du circuit s’affrontent, le score n’a pas encore décollé.

Sur le banc, Riko commence à réfléchir sérieusement. L’interception de Kise l’avait étonnée. Mais ce qui l’avait encore plus surprise, c’est qu’il n’avait pas commencé par une démonstration de ses copies parfaites comme elle l’aurait cru.

Elle observe Kise attentivement et commence à analyser la situation.

 

-          Non, dit calmement Akashi en réponse à Atsushi.

Himuro tend l’oreille avec curiosité.

-          Le run and gun de Seirin est dangereux parce que Tetsuya peut à tout moment en changer les règles, le rendant imprévisible.

 

Riko regarde le feu dévorant qui brûle au fond de ses yeux dorés, il veut gagner mais il garde son calme. Il garde ses forces en prévision de la bataille à venir et qui ne fait que commencer.

 

-          Mais pour nous, continue Akashi en parlant de la génération miracle, et surtout pour Ryota, les réactions de Kuroko n’ont rien d’arbitraire.

 

Et lorsque Riko voit à nouveau Kise intercepter une passe de Kuroko pour remettre le ballon dans les mains de Moriyama qui court vers le panier adverse, elle commence à comprendre qu’elle doit changer de stratégie.

-          Parce que Tetsuya est une ombre, continue Akashi. Et l’ombre est toujours attirée par la lumière la plus vive. Il n’est pas si difficile d’intercepter une passe quand on sait à qui elle s’adresse, énonce-t-il en regardant Kagami.

 

Et vite alors que le premier panier est marqué.

2 : 37

0-3

Et lorsque la foule exulte, elle prend à nouveau un peu plus conscience que presque tous les spectateurs sont contre eux.

 

-          Seirin est une équipe très jeune, ils n’ont jamais eu d’autre rôle que celui de challenger, dit Akashi. Le seul qui connait le poids de cette ombre noire qui pèse maintenant sur leurs épaules est Tetsuya. Ce manque d’expérience va être difficile à gérer face à un adversaire comme Kaijo.

Alors que Kagami s’élance à toute vitesse, ballon à la main, passant Kasamatsu sur la droite et fait face à Kise, Akashi se met à penser qu’une petite partie de lui a aussi envie de voir Kaijo gagner.

Une victoire par procuration sur Seirin.

Et lorsque Kise détourne le ballon comme Atsushi l’aurait fait d’un revers de la main impressionnant, il se rend compte que cette partie de lui n’est pas si petite que ça…

 

3 : 23

0-3

TIME OUT demandé par Seirin

Banc de Seirin

Riko regarde ses joueurs qui sont déjà un peu trop essoufflés à son goût. Le premier quart temps vient juste de commencer !

-          Les gars, je me suis plantée. Je pensais que Kise nous ferait son show dès le coup d’envoi mais il a été beaucoup plus intelligent que je ne le pensais. Ils avaient anticipé notre run and gun et il lit dans tes passes comme dans un livre ouvert, dit-elle en se tournant vers Kuroko.

Kuroko ne dit rien mais serre les poings car il sait déjà ce que Riko va leur dire.

-          J’avais prévu que ça pouvait arriver, dit-elle.

Mais je ne pensais pas que ça arriverait si tôt dans le match ! pense-t-elle.

-          Kuroko, Kagami vous sortez, Mitobe et Koganei vous rentrez. Les joueurs de Kaijo connaissent toutes nos anciennes combinaisons. A vous de montrer les nouvelles…

Kagami s’apprête à réagir mais Kuroko l’en empêche. La détermination de leurs senpai leur donne un sourire impatient.

-          Faîtes confiance à vos aînés, intime d’une voix pleine de menaces Hyuga avant de rejoindre le terrain.

 

Banc de Kaijo

Le coach de Kaijo regarde ses joueurs :

-          Kise, je t’avoue que j’attendais de le voir pour le croire. Mais tu as réussi à neutraliser les passes de ce Kuroko. Par contre, on a sous-estimé leur défense et on ne peut pas vraiment dire qu’on a creusé l’écart comme on l’espérait. Maintenant, ils vont devoir sortir leurs nouvelles combinaisons et ils vont sûrement faire sortir leurs rookies. On les force à sortir leur meilleur jeu dès les premières minutes, c’est bon pour nous mais il va falloir se montrer à la hauteur.

 

Dans les gradins, presque tous les spectateurs ont du mal à cacher leur mécontentement en voyant Kagami et Kuroko sur le banc. Si presque tous les spectateurs étaient venus voir Kaijo gagner, ils apprécient quand même la présence de l’ombre et la lumière de Seirin.

 

Et le match reprend à toute vitesse. Les nouvelles combinaisons du Run and Gun de Seirin et les contres spectaculaires de Kaijo emportent bien vite l’adhésion de la foule qui crie à chaque panier, que ce soit Kaijo ou Seirin qui marque.

La balle passe à toute vitesse d’un côté à l’autre du terrain et pour chaque panier marqué par un camp, un autre y fait écho dans une course folle.

Riko fronce les sourcils, elle avait espéré que leurs nouvelles combinaisons puissent leur permettre de prendre largement l’avantage.

Pire, elle avait prévu de l’utiliser lorsque Kise utiliserait tous ses talents de copycat.

Alors là, non seulement l’écart se creuse à peine, mais elle se sent comme un joueur de poker qui devrait montrer sa main tout en continuant à bluffer.

Le premier quart temps se termine sur un 35-28, une avance ridicule alors qu’elle avait déjà dû abattre un de ses principaux atouts.

 

-          Ces nouvelles combinaisons sont impressionnantes, dit Takao.

-          Elles leur ont permis de prendre l’avantage, dit Midorima en remettant d’un geste machinal ses lunettes sur son nez. Mais ils doivent être déçus de ne pas avoir plus creusé l’écart. Cette stratégie est la seule qui peut leur permettre de se maintenir quand Kise jouera à plein régime. Et là, ils viennent de leur donner sur un plateau toutes leurs petits secrets. Seirin est mal parti.

-          Peut-être, dit Takao. Mais Kuroko va entrer sur le terrain au deuxième quart temps…

 

Deuxième quart temps

0 : 00

35-28

 

Alors que Kagami et Kuroko entrent enfin sur le terrain, les acclamations se font un peu plus vives. Kise les regardent avec un air de défi qui attisent la lueur qui éclate dans les yeux de Kagami et Kuroko sourit devant son rival.

-          On va vous reprendre vos points d’avance si vite que vous allez même pas voir le ballon passer, souffle Kise.

-          Ca me démange tellement de mettre un panier que j’en doute, blondie ! s’exclame Kagami.

Blondie, pense Kise avec une petite moue comique !

-          Garde ton sang-froid, idiot de capitaine! souffle Kasamatsu.

Et dans la seconde, Kise se calme.

Il laisse même glisser les bêtises de Moriyama et Kobori qui jouent avec les mots en reprenant comme deux imbéciles « Capitaine Idiot, ça lui va comme un gant à notre nouveau capitaine comme surnom, Capitaine Idiot ! ».

Alors que le ballon est remis en jeu, il se dit que Kasamatsu lui avait appris que c’était au Capitaine de porter la responsabilité d’une défaite et il a horreur de perdre.

 

-          Akashi, demande Kaori qui se prend au jeu, quel est l’intérêt de mettre le petit passeur sur le parquet puisque Kise est capable d’intercepter ses passes ?

-          Kise est capable d’intercepter ses passes pendant les phases de run and gun car c’est un jeu rapide qui diminue les options. Mais sur un jeu plus lent, les possibilités se multiplient et Kise ne pourra plus prédire ses passes.

Kaori acquiesce en voyant Izuki organiser lentement son jeu, évaluer ses options et avancer prudemment vers le terrain adverse. Elle remarque que les défenseurs sont concentrés autour de la zone de la raquette, il n’y a pas de marquage individuel de la part de Kaijo.

Et Kise reste sous le panier, assurant une défense au moins aussi bonne que celle de Murasakibara, bloquant avec facilité l’attaque pour remettre le ballon dans les mains de Kasamatsu.

Riko observe avec intérêt que Kise ne part pas en attaque cette mi-temps.

Il garde ses forces.

Nulle doute qu’il avait prévu de monter d’un cran au prochain quart temps et de réserver ses copies pour le dernier quart temps. Observant avec attention sa musculature et le fait qu’il se ménage pendant ce deuxième quart temps, elle en déduit qu’il sera sûrement capable de jouer à plein régime pendant le dernier quart temps entier.

Et s’il ne joue pas à fond, il assure quand même une défense suffisamment efficace pour qu’une attaque sur deux de Seirin échoue. Alors que les trois points de Moriyama et les paniers de Kasamatsu rentrent plutôt facilement.

Leur avance diminue beaucoup trop vite, Kise est à peine essoufflé et sa stratégie pour contrer les copies de Kise est déjà dévoilée.

Ils leurs restent plus beaucoup d’atouts sous le coude alors que Kise est loin d’avoir donné son maximum.

Sans compter sa nouvelle technique dont elle ne sait rien.

Compter sur l’entrée en zone de Kagami est trop hasardeux.

Il faut qu’elle réfléchisse et vite !                                                                        

 

-          Je suis surpris, dit Midorima. Quand Kise m’a envoyé un message en me disant qu’il allait jouer en tant que capitaine et qu’il avait une technique à lui, j’ai cru à une blague. Mais là, je suis impressionné. Il joue calmement, ménage ses forces, distribue les rôles.

-          Le jeu est fluide et il paraît évident qu’il va monter en puissance régulièrement au troisième puis au quatrième, acquiesce Takao.

-          Oui, il a changé, dit Midorima.

-          Il était effrayant quand il avait le sang chaud à la Winter Cup mais là il est encore plus terrifiant depuis qu’il est devenu calculateur, dit Takao.

-          Mais en face, il y a Kuroko et Kagami, dit Midorima.

 

7 : 23

49 - 47

Changement de joueur pour Seirin                                                                        

-          Kagami, tu sors. Mitobe, tu rentres.

Surpris, Kagami s’approche sans comprendre mais cette fois, il ne proteste pas.

-          Kagami, dit Riko, Kise kun va monter en puissance à partir du troisième quart temps et je vais avoir besoin de toute ton énergie à partir du troisième quart temps. J’ai déjà montré toutes les nouvelles combinaison de notre stratégie offensive et il me paraît évident qu’au quatrième quart temps, Kise nous réservera une véritable apothéose. Et maintenant, la seule chose à laquelle je peux penser, c’est que tu seras le seul à pouvoir te mesurer à lui.

Kagami sourit, impatient de voir le troisième quart temps commencer et regarde avec le même émerveillement que la première fois le jeu de passe de Kuroko. Et aujourd’hui, Kuroko a bien du mal à contenir la passion du basket qui le transperce. Et ses senpais montrent une synchronisation impressionnante.

Mais en face, les joueurs de Kaijo ne sont pas en reste.

Et si les principaux protagonistes de la future bataille ne sont pas encore à plein régime ou même sur le terrain, le jeu est plein de belles actions, un festival de trois points entre Hyuga et Moriyama, des passes impressionnantes de Kuroko et d’une défense impressionnante de Kise qui rend l’accès dans la raquette presque impossible.

Le public en oublie l’enjeu de la partie pour applaudir chaque action avec la même énergie et si les joueurs sur le terrain n’ont pas oublié le compte des points, la bataille à venir et leur envie de gagner, ils partagent tous le même sourire.

 

-          C’est peut-être qu’une introduction à la tempête qui s’annonce, dit Aomine en raffermissant un peu plus son emprise sur ses deux futurs rookies, mais c’est déjà du grand spectacle ! Ça me donne envie de jouer, dit-il en soupirant.

 

Dix seconde avant la fin du deuxième quart temps, alors que Kaijo venait pour la première fois de prendre l’avantage sur un trois points de Moriyama, Kuroko prend le ballon, traverse le terrain médusant deux adversaires avec son dribble invisible et fonce dans la raquette pour se retrouver face à Kise qui ne peut empêcher son sourire de s’agrandir.

Les spectateurs retiennent leur souffle devant confrontation de leurs regards qui s’embrasent.

-          Tu ne passeras pas Kurokocchi !

 

Aomine observe la scène avec un sentiment étrange car ce regard de Kise, il l’aurait reconnu n’importe où. C’est le regard qu’il lui lançait avant leurs un contre un.

Et pour une fois, Kuroko n’a rien d’inexpressif.

La flamme du défi consume ses grands yeux bleus.

Les rebonds de son dribble résonnent dans le silence nerveux de tous les spectateurs qui suivent du regard le ballon.

Lorsque Kuroko s’élance, Kise reste figé et le ballon disparait pour trouver son chemin entre les mailles du filet.

67-66

Et le public applaudit à tout rompre alors que Seirin reprend l’avantage d’un point et que le coup de sifflet annonce la fin du quart temps.