Treize

par elane

Dimanche matin

Appartement de Kagami

 

 

Kise ouvre un œil endormi, entendant des bruits familiers de pas dans le couloir. Ils devaient tous être levés depuis quelque temps déjà.

Kise est ravi de voir que Kuroko s’est pelotonné dans ses bras toute la nuit. Il profite du fait qu’il dorme encore pour plonger sa tête dans son cou, trop heureux de respirer cette odeur qui lui avait tant manquée la nuit dernière.

Il soupire une seconde en se disant qu’il s’était endormi bien trop tôt la nuit dernière. Il avait pris tout son temps pour déshabiller Kuroko endormi, le spectacle en valait la peine, mais il lui avait quand même laissé son boxer. Oui, il est magnanime, mais pas été assez fou pour lui faire porter le pyjama qu’il avait amené dans ses affaires. Après s’être déshabillé à son tour presque entièrement, il s’était glissé dans les draps avec Kuroko dans les bras, profitant du contact de sa peau sur la sienne, passant lentement sa main dans ses cheveux si soyeux lorsque Kuroko s’était niché contre son torse, cherchant instinctivement son contact et sa chaleur.

Sentant soudain la fatigue de la journée peser lourdement sur ses épaules et ses paupières devenir lourdes, il s’était endormi sans même s’en rendre compte. Et ce matin, les rayons du soleil qui filtrent à travers les stores de la fenêtre de la chambre le trouvent dans la même position qu’au moment où il s’est couché, Kuroko dans les bras.

Il profite de la vue une seconde.

Baigné par la lumière du matin, Kuroko dort paisiblement, sa tête et un bras replié contre son torse et Kise ouvre les draps pour mieux regarder ce corps chaud pressé contre le sien avec un sourire satisfait. Frissonnant soudainement, Kuroko se serre un peu plus contre lui et Kise s’apprête à passer sa main dans ses cheveux lorsqu’il observe avec autant d’émerveillement que d’incrédulité ce qu’il avait sous les yeux.

Comment était-ce humainement possible !

Il ne peut s’empêcher de laisser un éclat de rire s’échapper de ses lèvres fermées en voyant les cheveux littéralement partant dans tous les sens de Kuroko. Et il avait passé toute la nuit entre ses bras, sans bouger d’un iota.

Voilà une chose qui dépasse les lois mêmes de la physique !

Kuroko bouge dans son sommeil et s’éveille lentement en levant péniblement un sourcil. Il met une petite seconde à se rendre compte de la situation alors qu’il sent sa peau contre celle de Kise qui rigole en passant sa main dans ses cheveux, tentant de remettre un peu d’ordre dans cet étrange imbroglio.

-          Kise kun ? dit-il en s’empourprant.

-          Bien dormi ? demande-t-il sans une once de gêne.

-          Pourquoi est-ce que je suis, sa main vérifie qu’il avait, dieu merci, encore ses sous-vêtements, presque nu ?

-          Parce que c’est plus agréable comme ça, répond simplement Kise sans quitter des yeux Kuroko.

Il lui laisse cependant la possibilité de s’écarter, ce qu’il fait en se rendant compte qu’il n’est pas le seul à être aussi peu vêtu.

-          A quel point plus agréable ? demande-t-il un peu effrayé.

-          Il ne s’est rien passé, Kurokocchi, rassure-toi.

Parce que je me suis endormi avant, pense-t-il.

-          Kise kun, dit Kuroko les joues empourprées, je ne suis pas aussi à l’aise que toi avec tout ça.

Kise prend Kuroko dans ses bras qui ne résiste pas et prend ça comme un encouragement :

-          Je ne te forcerai jamais en rien Kurokocchi. Et de la même façon que j’essaierai toujours, je n’irai jamais plus loin que ce que tu es prêt à accepter et je n’abuserai jamais d’une telle situation.

Il relâche Kuroko pour plonger son regard dans le sien :

-          Il te suffit d’un seul non pour m’arrêter.

D’une main, il caresse la joue de Kuroko dont le regard est redevenu indéchiffrable, son cœur s’accélérant au contact de cette peau si douce et se penche pour souffler à son oreille :

-          Alors ne dis pas non si tu ne le pense pas.

 

Quelques minutes plus tard, douché et habillé, Kise attend que Kagami finisse de préparer le petit déjeuner. Il avait bien proposé son aide mais Kagami l’avait viré avec beaucoup d’application de sa cuisine. En fait, il n’avait accepté que Murasakibara puisque c’était, selon ses dires, le seul qui savait à peu près s’y prendre dans une cuisine.

Kuroko n’a pas l’air surpris, à vrai dire, il n’avait pas tenté quoi que ce soit. Aomine non plus d’ailleurs. Il paresse sur le sofa, s’étirant de tous ses membres comme un félin au réveil et se traîne vers la salle de bain. Kuroko s’assoit à ses côtés en se plongeant dans un livre, les cheveux encore humides de la douche qu’il vient de prendre et Kise  regrette une seconde de ne pas avoir osé lui demander de prendre sa douche avec lui. Il sait cependant que c’est une chose que Kuroko n’est pas encore prêt à accepter mais ça viendrait.

Il se rapproche un peu plus de lui, aimant autant le le frisson du simple contact de sa cuisse contre la sienne que le fait que Kuroko soit tellement perdu dans sa lecture qu’il ne s’en rend pas compte et attrape d’une main la pile de magazines qui sont alignés sur le côté du sofa. Des magazines de baskets et uniquement de basket. Américain et japonais. Il farfouille dans la pile et finit par tomber sur des vieux numéros et un article sur la génération miracle lors de son premier camp d’entraînement à Teiko.

Les photos lui arrachent un petit soupir nostalgique, surtout lorsqu’il se rend compte qu’encore une fois, Kuroko n’était sur aucun des clichés.

-          C’est un article sur la génération miracle ? demande Himuro.

Plongé dans sa lecture, il n’avait pas vu le joueur de Yosen s’approcher. Kise se dit qu’Himuro n’est pas du genre à prendre la parole pour une chose qui ne l’intéresse pas.

-          Notre camp d’entraînement d’été en deuxième année, répond-il. Et dire que je trouvais l’entraîneur plutôt sympa avant ce camp.

Kuroko pose son livre et tourne sa tête vers lui :

-          J’ai fait la même erreur pour mon premier camp, dit-il de son ton impassible habituel. J’ai rarement eu aussi tort.

Murasakibara accompagné de Kagami qui porte un plat avec une tonne de pancakes qu’il pose sur la table du salon, regarde à son tour l’article.

-          Oh je me souviens, dit Murasakibara. Kuro chin s’était évanoui au moment de la photo !

-          Tetsu, dit Aomine qui revenait juste de la salle de bain, passait son temps dans les vapes ou à vomir.

Kuroko tournent un regard noir vers ses anciens équipiers :

-          Même pour vous, c’était dur de tenir debout.

-          Plus d’une fois, j’ai cru y passer, admet Aomine.

-          Le coach était diabolique, dit Murasakibara en engloutissant un pancake avec un regard effrayé qui trahit la véracité de ses dires.

Surpris Himuro regarde son équipier en se demandant la dernière qu’il avait vu Murasakibara avoir peur de quoi ou de qui que ce soit, il l’avait souvent vu ennuyé, parfois surpris ou en colère mais jamais effrayé et Kagami jette un œil à l’article :

-          La première fois que j’ai vu l’article, je ne vous avais pas reconnus.

-          Sérieusement, dit Aomine. On a pas changé tant que ça.

-          Tu rigoles, dit Kagami. Vous souriiez tous sur la photo.

-          Hé, je souris souvent, moi, dit Kise.

-          Pas comme ça, dit Kagami.

Kise observe de nouveau la photo. Oui, ils souriaient tous. De vrais sourires. Rien à voir avec ce masque changeant qu’il réserve aux flashs des photographes pour son travail. Le coach avait bien failli les tuer pendant ce camp mais à l’époque tout leur amour du basket transparaissait dans ce simple sourire.

Kise regarde Kagami en train de bouillir d’impatience à l’idée d’aller faire ce match dont ils avaient parlé hier en engloutissant les uns après les autres la montagne de pancakes qu’il avait fait. Discrètement il en sauve un face à cette démonstration de voracité et pour la première fois, il se rend compte que Kuroko avait raison. Kagami avait eu un rôle bien plus important qu’il l’aurait cru dans son plan.

Parce que contrairement à eux, il n’avait jamais, absolument jamais perdu son amour pour le basket, il avait dû être un soutien de poids pour Kuroko dans l’exécution de son plan.

-          J’accepte tout ce que tu veux, dit Kise qui se joint à la conversation, si je peux jouer avec Kurokocchi, avec un sourire éblouissant.

-          Et moi avec Muro chin, dit Murasakibara.

-          Bro’, dit Kagami en présentant son poing comme il le faisait enfant avant de se lancer dans une partie.

Himuro sourit en répondant à son frère et jette un regard sérieux vers Aomine et lui. Ils n’avaient pas joué contre eux en compétition officielle et la flamme qui danse dans son œil, montre qu’il avait hâte de se mesurer à eux.

-          Je crois que les équipes sont faites, énonce simplement Aomine en ramenant Kuroko à lui.

Kise ronge son frein en voyant la possessivité de l’ancienne lumière de Kuroko et s’intéresse plutôt à Himuro.

-          J’ai vu tes phantom shoot, dit-il, c’est une technique vraiment intéressante.

-          Muro chin s’entraîne plus que tous les autres pour perfectionner ses feintes, dit Murasakibara.

Himuro secoue la tête, gêné au plus haut point des mots de son équipier et Kise s’amuse à en rajouter une couche, juste pour voir les joues d’Himuro se colorer un peu plus. Voir l’œil d’Himuro papillonner d’embarras l’amuse et Murasakibara ne fait rien pour arranger les choses en louant les talents de leur duo.

-          Dis-moi Muro chan, dit Kise avec un grand sourire qui ne laisse aucune chance à Himuro tout en passant une main sur ses épaules, on veut tout savoir sur vos années aux Etats-Unis avec Kagamicchi!

Soudain toute l’attention se tourne vers eux, même Aomine est curieux d’en apprendre plus sur cet idiot de Seirin. Il en oublie même une seconde l’attention qu’il porte à Kuroko. Un détail qui n’échappe pas à Kise.

-          Laissez mon frère tranquille, dit Kagami qui tente de soustraire sans succès Himuro à l’emprise de Kise.

-          Oh, juste une petite anecdote, demande Kuroko curieux, ce qui est suffisamment rare pour être notés par tous.

-          Hé, bien …, hésite Himuro qui se demande bien comment s’en sortir.

-          T’as intérêt à pas raconter n’importe quoi Bro !

Alors qu’ils se dirigent vers le terrain de basket à deux pas de chez Kagami, Kise et Kuroko voient les lycéens d’hier jouer sur le terrain. Kise constate qu’ils sont toujours aussi peu doués mais qu’ils s’amusent vraiment lorsqu’une bande d’étrangers immenses s’avancent avec autant d’arrogance que si le terrain leur appartenait de droit. Sous couvert d’un match improvisé, les américains se moquent ouvertement des lycéens en leur montrant qu’eux savaient jouer au basket.

Et en quelques dunks et passages en force qui laissent la moitié des joueurs à terre, ils prouvent que certes ils savent jouer mais qu’ils ont autant de force brute que l’envie d’écraser leurs adversaires.

-          Je crois que l’anecdote attendra, dit Aomine en montrant Kuroko qui s’était déjà joint au l’équipe de lycéens japonais.

Kise et Kagami se regardent une seconde avec une impression de déjà-vu avant de se précipiter à la suite de Kuroko. Mais ils sont arrêtés dans leur élan par Aomine qui secoue la tête en les agrippant par le col de leur t-shirt d’une poigne de fer qui les stoppe en plein élan.

-          Faîtes-lui confiance.

Restant en retrait, ils voient Kuroko voler le ballon du grand black qui semble parler pour le groupe et lui demande à combien est le score.

D’abord surpris par cette apparition soudaine, il se met à rire ouvertement devant Kuroko :

-          18 à 4 gamin.

Kuroko avise la situation en hochant la tête. Il a l’air aussi calme que d’habitude mais ses anciens équipiers et Kagami devinent sans peine le feu qui brûle sous la glace. Kuroko est en colère et un court instant, ils plaignent les adversaires d’un Kuroko dans cet état.

-          Alors ça vous dérange pas si je me joins à eux, dit-il sans aucune émotion. Vous êtes cinq alors qu’ils ne sont que quatre.

Cette fois, ce sont les cinq américains qui éclatent de rire :

-          Oui, je suis sûr que c’est parce qu’ils ne sont que quatre qui fait qu’il y a un tel écart, se reprend-il difficilement avec une ironie criante.

-          Alors vous acceptez ?

-          Ok et si on gagne le terrain est à nous.

-          Même chose si on gagne, répond Kuroko toujours aussi impassible.

Les américains s’esclaffent à s’en rouler parterre devant Kuroko qui ne sourcille pas une seconde pendant qu’un nuage noir et menaçant se forme littéralement au-dessus des anciens équipiers de Kuroko et de Kagami qui affichent tous le même rictus figé et terrifiant en tremblant d’impatience de voir la partie commencer. Les quatre lycéens se sont mis derrière lui sont à la fois effrayés par les paroles de Kuroko qu’étonnés de son assurance.

-          Vous savez quoi, on vous laisse même l’engagement, dit l’américain.

Kuroko l’accepte gracieusement et se tourne vers sa nouvelle équipe.

-          Je vous ai vu jouer hier, dit-il. Faîtes-moi confiance, tout va bien se passer.

Les quatre lycéens acquiescent en se demandant s’ils devaient le prendre au sérieux ou au contraire le prendre pour un fou. Parce que s’ils n’étaient pas très doués au basket, ils étaient tous plus grands et plus costauds que ce petit collégien.

Aomine force Kagami et Kise à s’assoir pour assister au spectacle tandis qu’Himuro et Murasakibara les rejoignent.

-          C’est maintenant que ça commence, dit Aomine avec la même attention qu’il en aurait eu pour un match officiel.

Dès le coup d’envoi, Kuroko s’enfonce dans les ombres et la balle commence à prendre des trajectoires étranges sur le terrain, passant avec fluidité entre les membres de l’équipe de novices et si la première tentative de panier manque, la seconde réussit sans problème ouvrant le score pour les japonais.

18-6

Les américains reprennent la balle que Kuroko vole aussitôt pour la redonner aux lycéens qui commencent doucement à prendre confiance en leurs capacités. Et leur jeu s’améliore à une telle vitesse que c’en est presque risible. Les tirs, les passes se font plus précis au fur et à mesure que leur sourire revient sur leur visage le score évolue rapidement.

Certes les américains ont une force brute qu’il est difficile de contrer. Mais au bout de quinze minutes de jeu et malgré la flamboyance de quelques dunks et mouvements de street basket particulièrement agiles dont les japonais sont incapables le score finit par s’équilibrer sur un 36-36.

-          Ça vous a jamais étonné que cinq génies éclosent ainsi dans une même équipe ? dit Aomine.

Et pour une fois, il n’y a pas une once de vanité dans les propos d’Aomine. C’est juste un constat énoncé avec autant d’humilité que l’as de Tôô est capable de mettre dans une phrase. Assez peu au final mais suffisamment pour étonner tous ceux qui le connaissent bien. Alors que le score commence enfin à tourner en faveur des japonais sur un trois points du capitaine de l’équipe japonaise, Kise se tourne vers Aomine en comprenant doucement ce qu’il voulait dire.

-          Regardez ce qu’il est capable de faire avec des joueurs aussi mauvais en moins d’un match ou ce qu’il a fait avec toi, dit-il en se tournant vers Kagami, en moins d’un an.

-          Tu veux dire qu’il serait à l’origine de la génération miracle ? demande Kagami incrédule.

-          Pas complétement, dit Aomine. Je ne nie pas qu’il y a une part de talent, de travail, d’envie de jouer et de passion pour le basket dans tout ça. Avec Tetsu, on s’est rencontré la première fois parce qu’on squattait tous les deux le même gymnase pour s’entraîner après les entraînements. A part toi Kise, on était déjà tous en première équipe avant la venue de Tetsu. Toi, t’es presque sa plus belle réussite, en une partie il t’a fait non seulement aimer le basket mais il t’a fait progresser si vite que c’en est presque indécent. Pas étonnant qu’il t’ait choisi comme rival.

Et pour la première fois, Kise sent une pointe de jalousie dans les paroles d’Aomine envers lui. Une chose qu’il n’aurait jamais crue possible.

-          C’est toi qui m’a fait aimer le basket, dit Kise. J’avais encore jamais vu quelqu’un que je ne pouvais pas copier, quelqu’un dont je ne pouvais même pas approcher le niveau malgré le fait que j’y mettais toute mon énergie et tout mon temps. Je voulais jouer d’égal à égal avec toi parce que j’avais encore jamais vu quelque chose d’aussi incroyable que ton basket. C’est pour ça que j’ai progressé aussi vite.

-          Et aussi parce que tu voulais mon ombre, dit Aomine. Et t’as fini par l’avoir, d’une certaine façon.

Kise détourne les yeux une seconde sans comprendre pourquoi il se sent à ce point gêné par les paroles d’Aomine qui ne détourne pas les yeux des passes de Kuroko.

-          Tetsu est capable de faire ressortir le meilleur de tous ceux qui aiment vraiment le basket, continue Aomine. Il est même capable de commencer à tourner ces joueurs là en une équipe.

Kise se rend compte qu’il ne parle pas des joueurs que Kuroko aide mais de leurs adversaires. Devant le retournement de situation, ils commencent à tenter de jouer plus collectif, de faire des passes, d’être plus efficaces dans leurs actions, de se coordonner aussi bien en attaque qu’en défense.

Et Kise se rend compte que d’’une certaine façon, il pouvait comme ses anciens équipiers, se compter dans « ces joueurs-là ».

Alors que l’écart se creuse petit à petit, les américains mauvais joueurs se désintéressent du jeu, récupèrent leur ballon et commencent à vouloir déplacer la compétition sur un autre plan.

-          Je crois que maintenant on peut intervenir, dit Aomine.

Kagami et Himuro n’ont pas attendu son feu vert pour se lever et s’interposer. Ils avaient l’habitude de ce genre de joueurs plus brutaux qu’efficaces sur un terrain, ils en avaient croisé plus que de raisons sur les terrains de street basket aux Etats-Unis. Et ils savaient les gérer.

Mais aussi vrai qu’ils avaient l’habitude de ce genre de situation, la présence de Murasakibara, Kise et Aomine dans leur dos les rend plus efficaces qu’ils ne l’avaient jamais été.

Enervé, le plus grand des américains balance le ballon de toutes ses forces sur Kuroko qui le réceptionne sans aucune difficulté et comme une ultime insulte à ce geste colérique, il le remercie d’un « thank you » si plat que cette fois, les rires changent de camp.

Cette frappe était peut-être puissante, elle n’avait rien à voir avec aucune des passes sérieuses de Kuroko. Et Kise ne résiste pas à l’envie de parcourir le terrain en quelques enjambées pour réclamer le ballon d’un geste de la main.

-          Kurokocchi !

Sans réfléchir, Kuroko s’exécute et frappe sa fameuse cyclon pass qui traverse le terrain comme un boulet de canon pour atterrir dans les mains de Kise qui dunk de toute sa force.

-          Show off, dit sans une trace d’émotion Kuroko vers Kise alors que les américains tentent de raccrocher leur mâchoire et que leurs adversaires ouvrent de grands yeux incrédules.

Les américains disparaissent sans demander leur reste, les quatre membres honoraires de l’équipe de Kuroko le remercient chaleureusement et Kise va même jusqu’à leur proposer de jouer avec eux. Ce qu’ils refusent en se rangeant sagement au bord du terrain pour regarder le match prendre place.

Essoufflés et encore étonnés de la tournure qu’avait pris leur match, ils regardent le trois contre trois qui se jouent sous leurs yeux. Et ils ne mettent pas longtemps avant de comprendre que cette partie n’avait rien à voir avec la leur!

Au fur et à mesure que les actions s’enchaînent comme dans une partition bien réglée, aussi complexe que rythmée, ils se rendent compte qu’il y a avait quand même une chose semblable entre leurs partie et cette démonstration à laquelle ils assistaient.

Le sourire des joueurs sur le terrain prouve qu’ils s’amusent autant qu’eux s’amusaient en jouant, le niveau de jeu n’avait rien à voir avec le plaisir de jouer. Ils en avaient même oublié le compte des points pendant un instant.

Mais ils n’avaient pas oublié le frisson qu’ils avaient ressenti en jouant avec ce joueur au regard clair qui les avait tous transcendé dans un même élan.

Ils avaient envie de le retrouver.

Ils voulaient progresser.

Ensemble.

 

Extra scene

Le match vient de prendre fin sur une très courte victoire de l’équipe de Kuroko, Kise et Aomine. Kise, un sourire idiot vissé sur le visage est en train de proclamer à qui veut l’entendre qu’il avait encore jamais perdu en faisant partie de la même équipe que son Kurokocchi et que c’est pas maintenant que ça allait commencer ! Kuroko, presque impassible laisse passer un petit sourire sur ses lèvres en voyant Kise et Aomine tenter tour à tour d’attirer son attention alors que Kagami proclame déjà que la prochaine partie serait définitivement leur victoire !

Les quatre membres de l’équipe improvisée de Kuroko s’avancent vers eux en louant leurs incroyables talents, des étoiles dans les yeux.

Et juste avant de partir, ils saluent et remercient une dernière fois Kuroko :

-          Encore merci ! Et franchement Kuroko, le jour où tu rentres au lycée, fais-nous signe. Notre club ferait n’importe quoi pour avoir un joueur comme toi dans l’équipe!

Laissant Kuroko interdit sur le bord du terrain, une poignée d’anciens équipiers hilares, un Kagami se tenant les côtes et même un Himuro qui a du mal à garder son calme à ses côtés, ils partent sur un vague mouvement de la main…