Vingt et un

par elane

Club Tengen

 

Akiko réfléchit à son prochain coup, un sourire idiot sur les lèvres.

Oui, elle avait perdu toutes ses parties au Meijin. Les quatre. Et pire que tout, Takemiya n’avait même pas eu besoin de jouer avec son propre style pour gagner.

Mais sa dernière partie, même si elle l’avait perdue, c’était la meilleure qu’elle n’ait jamais jouée.

-          S’il te plait, dit Tsuki en se tournant vers Midorima avec un regard presque suppliant.

-          Non ! dit-il d’un ton cassant.

-          Mais tu ne seras même pas obligé d’assister aux entraînements. Tu n’auras qu’à venir aux parties officielles.

-          Shintaro ne fera jamais une chose pareille, dit posément Akiko.

-          Avoue que t’as peur qu’il le fasse parce qu’il est meilleur que ton premier capitaine, dit Tsuki.

Akiko relève la tête une seconde, réfléchissant sérieusement à ce que venait de dire son amie.

-          Je l’admets, dit-elle en regardant Midorima droit dans les yeux. Tu es meilleur que le troisième et le second capitaine de mon équipe à Kaijo. Et tu pourrais jouer sans problème à égalité contre mon premier capitaine. Ca donnerait une partie très intéressante, je n’en doute pas. Mais, dit-elle en se tournant vers Tsuki, il ne prendra jamais la place de quelqu’un qui s’entraîne régulièrement dans ton club pour juste apparaître aux parties officielles parce qu’il a le niveau.

Midorima acquiesce en silence mais remarque sans peine le petit sourire en coin de Tsuki.

L’autre raison qui le pousse à refuser, c’est la même que celle qui l’a empêché de se présenter au concours pour devenir professionnel.

Il adore le go. Surtout quand il joue contre Akiko. Se confronter à ce regard plein de défi qui s’embrase à chacun de ses coups rend toutes les autres parties bien fades.

Même s’il apprécie de voir Takao tenter de progresser en jouant contre lui de temps en temps. Il a une bonne vision du jeu et calcule assez bien ses attaques.

-          Oh, dit Akiko, on vient d’emménager et on fait notre crémaillère la semaine prochaine, j’espère que vous pourrez venir.

Elle se tourne vers Tsuki dont le visage s’illumine déjà, ravie d’être invitée. Midorima, quant à lui, est plus partagé. Depuis que cette fille est revenue dans la vie d’Akiko, il a de plus en plus de mal à passer un moment seul avec elle. Et elle arrive à s’incruster dans toutes leurs parties de go.

-          Et tu peux inviter Takao, dit-elle avec un grand sourire.

Un court instant, Midorima se demande à qui elle s’adresse, Tsuki ou lui.

Mais le sourire de Tsuki lui donne sa réponse et le rassure un peu Midorima, l’intérêt de Takao pour cette fille est visiblement partagé.

Midorima se replonge dans sa partie. Il avait fini par s’habituer au brouhaha incessant du club préféré d’Akiko parce que lorsqu’il joue, il oublie tout pour ne se concentrer que sur le jeu.

Et lorsque le club se plonge dans un silence inhabituel, il met bien quelques minutes à s’en rendre compte. Curieux, il lève la tête et tombe nez à nez avec celui qui avait attiré tous les regards en tirant une chaise pour voir leur partie.

-          Alors c’est vrai que vous jouez à quatre pierres, constate-t-il.

Akiko lève enfin la tête, prête à répondre lorsqu’elle laisse tomber sa pierre en faisant face à Takemiya sensei qui observe la partie avec intérêt.

Et tous les joueurs du club retiennent leur souffle devant la confrontation.

-          Je me suis dit que notre dernière partie méritait une revanche, dit-il avec un petit sourire indéchiffrable.

Midorima s’apprête à se retirer humblement pour lui laisser la place alors qu’Akiko est encore trop choquée pour répondre quoi que ce soit. Mais Takemiya l’en empêche :

-          Je m’en voudrais d’interrompre votre partie. J’ai tout le temps et je suis curieux de voir comment ce combat va se terminer, dit-il en montrant le centre du plateau, véritable champ de bataille en suspens.

Midorima tente de ne pas trembler en plaçant son prochain coup sous le regard du pro qui regarde réellement avec intérêt sa partie. C’est un peu comme mettre un panier devant un grand joueur. Et prier de ne pas complètement se ridiculiser en mettant la balle un mètre à côté du panier.

Il lève les yeux vers Akiko qui a repris son sérieux et la magie opère de nouveau.

Il oublie les spectateurs amassés, Takemiya dans son dos et le reste du monde pour jouer de son mieux.

Il finit cependant par perdre la partie mais il n’avait pas démérité. Et il laisse sa place à Takemiya qui s’installe en prenant le bol de pierres noires, montrant qu’il avait décidé de commencer cette partie comme une continuité de leurs quatre parties.

Elle repense à ce que lui avait dit Aomine.

Force-le à jouer à son meilleur et crois-moi, c’est lui qui finira par venir te chercher.

 

Akiko se sent prête comme jamais, le cœur battant à tout rompre dans l’attente de son premier coup. Et lorsqu’il pose sa première pierre au centre du goban, bien décidé à utiliser pour la première fois son style si unique, Akiko en aurait pleuré de joie si elle ne se sentait pas attirée par une force incroyable qui lui fait perdre conscience de tout ce qui se passe autour d’elle.

La bataille pour le centre commence dès le second coup et dans son esprit tout devient clair, si clair. Son cœur bat à tout rompre et pourtant sa main ne tremble pas. Son regard s’illumine et pour la première fois, elle voit tout, absolument tout.

Et à chaque coup, elle tombe un peu plus.

 

 

Trois jours plus tard

Gymnase de Shutoku

 

 

Midorima prêt pour l’entraînement s’avance sur le terrain et remarque que tous les joueurs sont assemblés autour de Takao qui se retrouve à l’origine d’une agitation fébrile qui n’a rien mais alors rien à voir avec l’entraînement.

-          Takao !

Tous se retournent en tentant de retenir leurs éclats de rire et il se rend compte que même Aomine, Kuroko, Akiko et son frère sont là, tentant visiblement de cacher quelque chose à son regard. Et qu’il est définitivement la cible de leurs ricanements imbéciles.

Akiko lui offre un grand sourire qui lui fait presque oublier les blagues idiotes de Takao et Kise le salut et lui tend une enveloppe.

Prudemment, il la prend en se rendant compte que Takao, Aomine et Kise en ont aussi une. Et il reconnaît sans peine l’écriture soignée d’Akashi. Il jette un regard en coin à Kuroko. Il a une solide idée de ce qu’elles contiennent ces enveloppes et il est vraiment reconnaissant du fait que Takao en ait aussi une.

Une chose qu’il n’admettra jamais à haute voix.

-          Shin chan ! s’exclame Takao. On t’attendait pour les ouvrir !

Midorima ne peut s’empêcher un demi-sourire devant l’enthousiasme de son équipier et pose son regard sur Kuroko :

-          C’est pour quand ?

Kuroko lui offre un rare sourire :

-          Ouvre-la, tu sauras.

Midorima serre l’enveloppe dans sa main. Il sait très bien ce qu’elle contient et décide de s’en servir un peu pour obtenir des réponses :

-          Je l’ouvrirai quand vous m’aurez dit pourquoi vous rigoliez comme des imbéciles en me voyant arriver.

Takao ouvre des grands yeux et se retient de rire en voyant Miyaji et Otsubo détourner la tête avec un air coupable qui lui fait peur un instant.

-          Y a pas de quoi avoir honte, dit Akiko. C’est vraiment adorable en fait…

Et tous les garçons, son frère le premier, savent déjà qu’elle n’arrange en rien la situation avec cette petite phase. Bien au contraire…

-          Takao ! souffle Midorima d’une voix chargée de menaces à peine voilées.

Aomine, Kise et sa propre équipe se mettent à rire ouvertement devant l’air affolé de Takao qui ne peut plus reculer et tend avec un air contrit la photo qui avait déclenché toute l’histoire.

Midorima la prend d’une main nerveuse et tombe des nues en voyant un vieux cliché que sa propre mère avait dû lui donner. Il doit avoir six ou sept ans sur la photo, en short et basket, un ballon à la main et un sourire si éclatant que même lui ne se reconnaît pas pendant une fraction de seconde.

Midorima attrape un ballon, se tourne le regard blanc vers Takao :

-          Je vais être gentil et t’accorder un peu d’avance…

Takao ne se fait pas prier et court de toutes ses forces. Mais il sait aussi bien que tous ceux qui assistent à la scène qu’il n’ira jamais assez vite pour être hors de portée du tir de Midorima.

Sans surprise, Midorima arme son bras, tire et un battement de cœur plus tard, Takao s’effondre dans le lointain alors que Midorima replace ses lunettes satisfait d’avoir atteint sa cible.

Akiko le prend par le bras avec un grand sourire :

-          Est-ce que je peux garder les photos ?

-          Comment ça les photos ?

-          La photo, je voulais dire la photo, dit-elle en faisant un signe peu discret à son frère. Est-ce que je peux…

-          Non !

-          Mais t’es tellement adorable, se moque Aomine, en reprenant le phrasé d’Akiko en regardant les autres photos qu’il n’avait pas encore vu.

Il tente de prendre les photos qui passent rapidement des mains d’Aomine à Kise puis à Miyaji qui rigole une seconde devant Midorima qui perd patience. Mais Miyaji ne rigole plus quand c’est Akiko qui tend la main pour récupérer les photos qu’il lui donne d’une main presque timide.

Et Midorima ne s’attend pas à récupérer les photos si facilement :

-          Akiko, dit-il en tendant la main.

Elle le prend la main et le bras en rangeant les photos dans sa poche :

-          Je suis sûre qu’on va trouver un arrangement…

Toute l’équipe de Shutoku observe la scène en se disant que Midorima s’était trouvé une copine vraiment effrayante.

 

Gymnase de Yosen

Le lendemain

 

Himuro est à deux doigts de tomber d’épuisement et il n’a pas à jeter plus d’un regard autour de lui pour voir qu’il n’est pas le seul. En fait, le seul encore en pleine forme n’est autre que Murasakibara qui se débarrasse de la sueur qui coule sur son front d’un geste agacé.

Il se tourne vers l’impudent qui avait osé se moquer de lui parce que le premier qui avait marqué contre sa défense était le joueur le moins impressionnant du tournoi.

Se moquer de Kuroko, son ancien équipier face à lui, c’est faire preuve d’une très grande témérité. Et d’une stupidité plus grande encore.

Atsushi se pose devant l’impudent :

-          J’espère que t’es pas trop fatigué, parce ce qu’on vient de faire, c’est rien par rapport à mes anciens entraînements à Teiko. Et à l’époque, j’étais au collège.

Le gamin tombe hors d’haleine sur le sol, incapable de se relever.

-          Même Kuroko a plus d’endurance que toi, gamin !

Himuro s’avance suivi du coach :

-          Je pense qu’il a compris Atsushi, dit Masako en lui tendant une serviette.

-          Ouais, marmonne Murasakibara en la prenant.

Puis il se tourne vers Himuro :

-          Muro chin, j’ai faim, dit-il.

Enfin redevenu lui-même, les membres de l’équipe poussent un long soupir et le coach met fin à l’entraînement.

-          Je te l’ai jamais dit, Masako, commence Murasakibara…

-          Coach, le rectifie pour la nième fois Masako.

-          Mais tes entrainements sont vraiment gentillets par rapport à ceux que j’avais à Teiko…

-          Gentillet ! reprend les yeux exorbités Masako.

-          Regarde, dès qu’on force un peu, personne ne suit…

Cette fois, c’est toute l’équipe qui tenait debout à la force de la volonté qui reprend en cœur « UN PEU ! » avant de s’effondrer.

-          Si on veut gagner contre Seirin l’année prochaine, il va falloir se remuer un peu….

Toutes les têtes se tournent vers Murasakibara :

-          Et je crois que j’ai envie de rejouer en attaque, dit-il.

Sans laisser le temps à toute son équipe de raccrocher leurs mâchoires, il ajoute de sa voix la plus apathique :

-          Muro chin, j’ai faim. On y va ?

En quelques mots, il est redevenu le géant indolent qu’il avait toujours été et aide Himuro qui tient à peine debout à rejoindre les vestiaires. Et lorsqu’ils ouvrent leurs casiers, ils tombent chacun sur une enveloppe dont Murasakibara reconnait sans peine l’écriture soignée.

Akashi

 

Gymnase de Seirin

Au même moment

 

Alors que Hyuga avait organisé un petit match d’entraînement, il s’arrête subitement, le ballon entre les mains pour regarder les bords du terrain.

-          Kuroko !

-          Oui ? répond Kuroko qui semble se matérialiser à ses côtés.

-          Pourquoi ton ancien capitaine et cette fille assistent à notre entraînement ? dit-il en montrant Akashi qui regarde la partie aux côtés d’une étrangère aux cheveux châtains et aux yeux clairs.

Ils étaient en train de parler dans une langue qu’il ne connait pas. Pas de l’anglais en tout cas…

-          C’est une française, c’est Louise Hugo, dit Kagami. Vous lisez jamais les magazines de basket ou quoi !

Toute l’équipe le dévisage avec surprise alors qu’il passe le ballon à la fille qui le réceptionne un peu surprise.

-          Hey ! Tu veux jouer ?

La fille fait passer le ballon d’une main à l’autre, dit quelques mots en français à Akashi qui sourit et s’avance.

-          Pourquoi pas ?

Elle se débarrasse de sa veste, jetant un coup d’œil ennuyé à ses chaussures pas vraiment faites pour le basket. Pas l’idéal mais au moins elle n’est pas en talon et elle est en jean pas en jupe.

Kagami est déjà prêt à bondir et Louise fait quelques dribbles pour s’échauffer, court vers le panier et marque un trois points d’un mouvement fluide et appliqué que n’aurait pas renié Midorima.

Toute l’équipe commence à comprendre que le duel allait être intéressant.

Louise est prête et lance un défi du regard :

-          Le premier à cinq paniers ? dit-elle en montrant sa main avec ses cinq doigts écartés.

Pas besoin de traduire, le langage du basket est universel. Et le duel commence à toute vitesse, Louise dribble lentement avant de faire une telle accélération, qu’elle laisse Kagami en plan et marque le premier panier.

Kagami se reprend vite, ballon en main, dribble, passe le terrain en quelques enjambées rapides et saute. Louise s’élance mais pas assez haut. Sa main n’atteint pas la balle qui finit dans le filet.

Les paniers s’enchaînent rapidement jusqu’à un quatre à quatre qui les amusent autant tous les deux. Louise fait un signe à Kagami et dit quelques mots en français à Akashi avant de s’éclipser en agrippant son sac …

-          Elle a dit qu’elle allait se changer, parce que ce point est suffisamment important pour arrêter d’essayer de courir dans ces chaussures, dit-il.

Soudain Kagami comprend pourquoi elle avait loupé quelques contre et paniers. Et lorsqu’elle apparait en short et basket, il sait que les choses allaient devenir sérieuses.

Le ballon entre les mains, elle lui parle directement pour la première fois :

-          Le un contre un n’est pas ma spécialité mais il y a une chose que je sais faire. Et je le fais vraiment bien, dit-elle en dribblant sans quitter des yeux Kagami avec un petit sourire insolent.

-          J’ai hâte de voir ça !

Le sourire de son adversaire s’agrandit et le regard de Kagami reste une fraction de seconde de trop sur la balle qui disparait dans un éclair. Il n’a pas le temps de réagir, le ballon est déjà dans le filet.

Rapide, pense-t-il une goutte de sueur perlant sur sa tempe… Elle est vraiment rapide !

Et quand il se retourne, elle lui fait un vague signe de la main et retourne vers Akashi qui n’a rien loupé du spectacle.

Elle lui tend une main qu’il accepte avec un petit sourire.

En rentrant dans leurs vestiaires, Hyuga, Kagami et Izuki trouvent eux-aussi une enveloppe sous le regard de Kuroko qui reste dans l’ombre.

Il ne lui reste plus qu’à parler à son coach.

 

 

Kyoto

Résidence des Akashi

 

Riko, Kagami, Hyuga et Izuki tentent de cacher leur nervosité en examinant les lieux majestueux et immenses avec intérêt alors qu’un à un les invités arrivent. Trois jours plus tôt, ils avaient reçu une convocation avec un billet de train pour venir ici. Et plus ils voient les invités arriver au compte goute et plus ils se sentent intimidés. Midorima et Takao les ont suivis de peu. Puis c’est au tour du géant de Yosen et son partenaire que Kagami s’accapare suivi de Kise qui se colle immédiatement à son Kuroko. Et en bon dernier, c’est Aomine, tiré par son amie d’enfance qui finit par se disputer l’attention de Kuroko avec le grand blond de Kaijo.

-          Au fait, dit Hyuga, tu as dit qu’on était là pourquoi ? demande-t-il à Kuroko.

-          J’ai rien dit, rétorque-t-il abruptement.

Le regard que lui retournent les autres prouvent que petit un, ils n’en savaient pas plus et petit deux, ils lui étaient reconnaissant d’avoir tenté le coup.

Lorsqu’enfin Akashi fait son apparition, accompagné de la fille qui avait affronté en un contre un Kagami, toute l’attention se porte vers lui. Akashi s’approche de Kuroko, visiblement en train de chercher quelqu’un.

-          Il n’est pas encore là, dit Kuroko.

-          Je vois ça, dit Akashi visiblement contrarié.

-          Qui n’est pas encore là ? demande Aomine. Et pourquoi on est là, au fait ?

-          Je crois qu’il est temps, Akashi kun.

-          C’est ton idée Tetsuya, je pense que c’est à toi que revient l’honneur d’expliquer la raison de cette invitation.

Mais Kuroko refuse et laisse Akashi prendre la parole. Inutile de dire que tous se tournent vers lui en retenant leur souffle.

-          Vous n’êtes pas sans savoir que dans moins de deux mois aura lieu la coupe du monde des moins de dix-neuf ans. Et que pour la première fois, c’est le Japon qui accueille à Tokyo cet évènement. J’ai pris la liberté d’inscrire chacun de vous pour faire partie de l’équipe nationale et représenter notre pays dans cette compétition. Vous avez bien sûr tout loisir de refuser car vous devez comprendre que si vous accepter, vous aurez à passer toutes vos vacances à vous entraîner car le premier match se déroulera juste après les vacances.

La fille qui se tient en silence à ses côtés prend alors la parole :

-          Et les entraînements commenceront dans une semaine.

Vu le regard qu’elle leur lance, ils savent qu’ils avaient intérêt à se pointer en pleine forme.

Midorima replace lentement ses lunettes, pas complètement surpris de la nouvelle en tentant de calmer Takao qui se demande déjà où il doit signer pour faire partie de l’équipe. Aux côtés d’un Murasakibara particulièrement calme, l’impassible Himuro laisse transparaître sa surprise, aussi heureux de faire partie de l’aventure que d’être dans la même équipe que son frère qui exulte en passant entre les membres de son équipe, trop ravi de pouvoir bientôt se mesurer à des adversaires plus forts encore que ceux de la génération miracle. Une attitude que partage avec un grand sourire Aomine qui se dirige vers son ancienne ombre pour lui dire que oui, lui aussi ne pouvait résister à son plan. Mais il tombe sur Kise qui s’est déjà précipité sur Kuroko, trop heureux à l’idée de rejouer avec lui.

Et pour une fois, alors qu’il le voit exploser d’une joie si éclatante en étouffant un Kuroko impassible sous ses bras, il le laisse faire en se disant que Kise avait bien gagné le droit d’accaparer un peu son ancienne lumière.

Izuki par contre est le seul qui reste en retrait, perplexe à la simple idée d’être ici. Il regarde avec de grands yeux tous ceux qui se trouvent dans la pièce, douloureusement conscient de l’écart entre eux et lui.

-          Kuroko, c’est une blague lui souffle-t-il. J’ai rien à faire là au milieu de…

-          Tous nos choix ont dument été pesés Izuki kun, l’interrompt Akashi d’une voix posée. Si vous souhaitez les remettre en questions, j’espère que vous avez de solides arguments…

-          Toujours aussi intimidant Capitaine Akashi, dit une voix dans son dos.

Tous se retournent en voyant le retardataire faire son apparition :

-          Senpai ! s’exclament Kuroko, Aomine, Midorima, Kise et Murasakibara d’une même voix.

-          Une fois n’est pas coutume, dit Akashi, vous êtes en retard Capitaine Nijimura.

Toute l’assemblée est à deux doigts de tomber à la renverse en voyant à quel point Akashi et toute la génération miracle parlent avec respect à leur ancien capitaine, le premier capitaine de la génération miracle et le futur capitaine de l’équipe qui représenterait le Japon pendant la prochaine coupe du monde des moins de dix-neuf ans, Nijimura Shuzo.

Enfin dès qu’il l’aurait convaincu, pense Akashi avec un grand sourire avant d’entamer l’âpre négociation.

 

Crémaillère des Kise

Un peu en avance…

 

 

La mère de Midorima observe les lieux.

Grand, lumineux et les murs encore vides mais agréable. Un appartement alliant modernité et tradition, pense-t-elle en voyant le parquet de bois massif du salon et la table basse en verre et l’écran plat en face d’elle. L’unique photo présente dans la pièce montre les Kise souriant et Akiko arrive avec la tasse de thé promise, mettant fin à son inspection.

-          Merci, dit-elle.

Akiko lui sourit en prenant sa propre tasse, un peu nerveuse :

-          Vous êtes sûre de ne pas vouloir rester ?

-          Je suis flattée que vous nous ayez invité avec mon mari, dit-elle, mais je ne pense pas me tromper en disant que nous sommes les seuls adultes que vous ayez invités ?

Akiko acquiesce d’un hochement de tête.

-          Je suis désolée, dit-elle. Je n’ai pas l’habitude de …

-          Remercier un adulte ? termine Madame Midorima.

-          Oui, avoue-t-elle. C’est plus maladroit qu’autre chose, je…

-          Pas du tout, dit-elle avec un grand sourire rassurant. Et j’espère sincèrement que vous n’allez pas prendre mal ce que j’ai à vous dire.

Akiko relève la tête, prête à écouter et Madame Midorima le prend comme un signe encourageant :

-          Je suis médecin et j’ai appris à décrypter rapidement les symptômes quels qu’ils soient. Dès que j’ai vu votre père, je n’ai pas mis plus de quelques minutes pour comprendre quel genre de personne il est. Et surtout quels dégâts il peut faire autour de lui.

Madame Midorima attend un instant pour voir comment Akiko allait prendre ses paroles. Elle sait que les enfants qui ont subis de tels abus de la part de leurs parents peuvent se bloquer complètement lorsqu’un étranger met en cause la source de leur problème.

Parce que même si c’est une vérité qu’ils reconnaissent, la voir exprimer par quelqu’un d’autre est une étape difficile à passer.

Akiko baisse les yeux mais tient bon.

-          Je pense qu’admettre que vous avez besoin d’aide est la première étape pour mettre derrière vous tout ce qu’il vous a fait subir. Et que le jour où vous serez prête à le demander, nous serons là pour votre frère et vous.

Timidement, Akiko relève les yeux :

-          Merci, dit-elle.

-          Vous n’avez pas à me remercier pour ça, dit-elle. Votre frère et vous, vous êtes importants pour notre fils donc vous êtes importants pour nous aussi.

La mère de Shintaro se souvient comme si c’était hier de cette soirée où elle avait soustrait Akiko à l’emprise de son père. Ce n’était pas le médecin qui avait agi. C’était son instinct de mère qui l’avait poussé à agir ainsi. Elle se devait d’agir, d’enlever Akiko à l’aura noire que distillait son propre père. Etre témoin de son petit manège lui avait donné envie de vomir et elle avait agi sans réfléchir.

Et elle n’agissait jamais sans réfléchir.

Mais elle se reprend vite et ouvre son sac pour en tirer un paquet qu’elle lui tend :

-          Mais je n’oublie pas que c’est votre crémaillère et j’ai un cadeau pour vous, dit-elle avec un sourire.

Akiko le prend et ouvre le paquet d’une main hésitante pour découvrir un grand carnet au papier velouté et à la couverture de cuir. Curieuse, elle l’ouvre pour découvrir que sur les deux premières pages, il y avait deux recettes écrites à la main.

-          C’est ce que je crois ! s’exclame incrédule Akiko…

-          Deux des recettes de mon mari. Il s’excuse de ne pas pouvoir être là pour vous les donner en personne mais il m’a dit que vous pouviez l’appeler si vous avez le moindre problème, dit-elle en montrant le numéro presque négligemment noté dans la marge. C’est bien sûr à ne pas mettre entre toutes les mains, dit-elle d’un air complice.

Akiko acquiesce avec le même air de connivence et Madame Midorima prend congé avant d’ajouter avec un petit sourire :

-           La deuxième, c’est la préférée de Shintaro.

 

Deux heures plus tard

 

Tous les invités étaient enfin arrivés.

Tous les futurs membres de l’équipe formée par Akashi et Kuroko. Et Tsuki qui ne lâche pas un Takao qui n’arrive même pas à faire semblant d’être ennuyé par son comportement.

Aomine observe la scène un peu en retrait. Kuroko tente sans succès de se faire oublier d’un Kise un peu trop collant, rien de très différent de ce qu’il se passait au collège et quelque part cette scène familière le rassure un peu. Mais elle surprend quand même un peu les membres de Seirin qui tentent de décoller Kise de Kuroko avec un air un peu circonspect devant l’opiniâtreté du blondinet. Le lien entre les joueurs de Seirin lui fait penser à celui qu’ils avaient à Teiko, avant que tout ne change. Et il en ressent une nostalgie qui ne lui ressemble pas.

Et lorsqu’ils arrivent enfin à leur fin en arrachant Kise à un Kuroko impassible, c’est Satsu qui s’y met ! Ils allaient finir par croire que tous les anciens membres de la génération miracle sont des tarés!

Murasakibara est bien sûr scotché au buffet avec le grand brun calme de Yosen. Ce type est loin d’avoir le potentiel de son frère mais il forme un duo intéressant avec son ancien équipier. Nijimura, Akiko et Midorima se joignent à eux, partageant visiblement quelques anecdotes qui amènent un rare sourire sur le visage du frère de Kagami et pousse Murasakibara à bouder comme un enfant pendant quelques secondes. Mais Akiko lui présente un nouveau plat qui lui redonne dans la seconde un sourire idiot.

Puis il regarde de loin Akashi qui discute dans une langue qu’il ne comprend pas avec leur futur entraîneur. Il se demande bien pourquoi Akashi avait été cherché aussi loin pour avoir un coach. Et pourquoi une fille !

-          Elle est plus rapide que toi, dit Kagami.

Il se retourne d’un bond vers Kagami qui le dérange dans ses pensées.

-          Tu te fous de moi !

-          Tu devrais de temps en temps laisser tes magazines d’idoles et t’intéresser à ceux qui parlent de basket. J’ai joué en un contre un contre elle, et crois-moi la différence entre elle et moi, c’est la différence qu’il y avait entre nous lors de notre premier un contre un.

-          Sérieux ? C’est une fille…

-          Je t’ai déjà dit que la personne qui m’a appris à jouer, c’était une ancienne joueuse de la WMBA, tu ne devrais pas sous-estimer le basket féminin !

-          C’est une pro ? Elle a le même âge que nous…

-          Nope, pas une pro.

-          T’accouches ?

-          Non, c’est trop marrant de te voir patauger comme ça…

La fille se retourne vers eux, fait un grand sourire à Akashi et s’avance vers eux, consciente d’être l’objet de leurs interrogations :

-          Louise Hugo, dit-elle en tendant sa main vers Aomine qui la prend maladroitement.

Kagami rigole tout seul une seconde, son nom ne l’avance pas vraiment.

-          Mon japonais est encore hésitant, dit-elle avec un grand sourire, mais je crois bien que vous parliez de moi.

-          Je disais à Aomine à quel point vous êtes rapide sur le terrain, dit Kagami.

Louise rigole une seconde :

-          C’est mon seul atout en tant que joueuse et j’en suis assez fière. J’ai été pendant des années le capitaine d’une équipe où toutes les joueuses étaient meilleures que moi. Et je suis restée leur capitaine parce que je savais mieux que quiconque utiliser les capacités de mes joueuses. Et c’est assez naturellement que l’on m’a proposé de devenir coach.

-          Et vous avez bien failli renouveler l’exploit que vous avez accompli en tant que joueuse, dit Kagami en jetant un regard en coin à Aomine qui se demande bien quel exploit.

-          On était à deux doigts de l’exploit, dit-elle en se mordant les lèvres. Mais la différence entre l’équipe que j’ai coaché et l’équipe dont j’ai été capitaine, c’est que dans mon équipe, j’avais un peu son rôle, dit-elle en montrant Kuroko d’un geste de la tête. Je n’ai jamais joué dans l’ombre comme lui mais ma vision du jeu et ma vitesse m’ont toujours permis de supporter mon équipe comme lui le fait. Et je n’avais pas la chance d’avoir un tel joueur dans l’équipe que j’ai encadrée. Alors quand j’ai vu jouer Kuroko, j’ai compris que vous aviez le potentiel de réussir là où j’ai échoué.

Le regard perdu dans ses souvenirs :

-          Il est bien meilleur que moi, souffle-t-elle presque pour elle-même.

Puis elle regarde à nouveau Aomine et Kagami :

-          J’ai encore du travail pour demain. Profitez bien de votre dernière soirée tranquille, l’entraînement commence demain et il y a des chances que vous me détestiez avant la fin du premier jour, dit-elle avec un grand sourire.

Aomine recule presque instinctivement, se remémorant avec une acuité terrible les terribles entraînements à Teiko. Elle a le même sourire diabolique que leur ancien coach.

-          Tu m’expliques maintenant, dit-il à Kagami.

-          Elle a gagné la coupe du monde scolaire avec son équipe, dit-il et a mené l’équipe masculine française jusqu’en finale de la coupe du monde des moins de dix-neuf ans. Ils ont perdu d’un rien face aux Etats-Unis.

-          Et elle pense qu’avec Kuroko, elle tient sa revanche ?

Kagami se tourne vers lui avec un rare sérieux qui le surprend en secouant la tête comme s’il le prenait en faute, une faute évidente qu’il n’aurait pas dû faire, qu’il n’aurait plus dû faire.

-          Avec nous tous, rectifie Kagami.