Dix-neuf

par elane

Club de go de Shutoku

Deux semaines plus tôt

 

 

Takao regarde la porte qui porte l’écriture en lettres d’or.

Club de Go

Il n’avait rien compris à la partie qu’il avait vu entre Akiko et son adversaire. Et le go est un jeu important pour Shin chan, alors il a envie d’en savoir plus.

Encore en short et baskets, il passe la porte, prêt à en savoir plus sur ce jeu que son ami aime tant. En tout cas, suffisamment pour suivre la prochaine partie de la copine de Shin chan. Et lorsqu’il passe la porte, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il tombe mal.

Tous les joueurs à leurs tables sont tournés vers une fille qui tend avec rage un papier à celui qui ne devait être visiblement le président du club.

-          Mais puisque je te dis que j’accepte !

-          Tu te fous de moi Tsuki ! Je te supplie pendant des semaines pour que tu deviennes notre coach et tu me renvoies dans les dents que ça t’intéresse pas. Et là, tu te pointes comme une fleur en disant que t’acceptes !

-          Tu veux gagner ou pas ?

Le président recule une seconde, pesant doucement ses options :

-          Je connais ton niveau, je sais bien qu’avec toi on a une chance. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi tu t’intéresses aux tournois, quels qu’ils soient maintenant.

-          J’ai mes raisons, dit-elle d’un ton sans appel.

-          Je sens que je vais le regretter, commence-t-il à capituler.

Tsuki affiche un petit sourire narquois :

-          On commence les entraînements demain après les cours !

 

Puis elle se tourne vers Takao qui avait assisté à la scène sans bouger d’un cil :

-          Oh un joueur de basket entre nos murs, tu veux faire une partie ?

Takao se retient de reculer devant son sourire et réplique :

-          Je suis venu pour apprendre. Je ne sais pas jouer.

-          Et moi, j’adore donner des leçons aux beaux garçons, dit-elle en ancrant ses yeux verts dans les siens sans sourciller.

Takao lui retourne son sourire, soulagé de ne pas montrer à quel point cette fille aux cheveux bruns et aux yeux clairs est intimidante.

Alors qu’elle récupère un goban et des pierres, elle ne le quitte pas des yeux :

-          Tu connais Midorima n’est-ce pas ? dit-elle.

-          Bien sûr, dit-il. C’est mon équipier.

-          Oh, je vous ai vu jouer contre Rakuzan, vous êtes plus que des équipiers, vous fonctionnez en tandem. Votre synchronisation est impressionnante.

-          Merci, dit-il d’une voix hésitante…

Takao n’est pas dupe au point de ne pas savoir que ce compliment est le prélude à une question. Si cette fille s’intéresse à Midorima, elle risque d’être déçue…

-          Dis-moi, c’est vrai qu’il sort avec Kise sensei ?

Takao est à deux doigts de tomber de sa chaise :

-          Je crois qu’il y a quelque chose entre eux, dit-il encore surpris par le sourire de la joueuse et l’attention de tous les joueurs qui se tournent plus ou moins discrètement vers lui dans la seconde.

-          Kise, c’est elle qui m’a fait arrêter le go, dit la fille avec un sourire nostalgique.

Takao ne comprend pas. Comment pouvait-elle avoir arrêté le go alors qu’elle était là en face de lui, une pierre à la main ?

Et à cet instant, les autres joueurs ne s’embarrassent même plus d’un semblant de décorum et tournent franchement leurs têtes vers eux.

-          J’étais insei la même année qu’elle…

Tous les joueurs s’extasient et Takao se demande bien pourquoi…

Ca veut dire élève pour devenir pro, lui souffle un des joueurs à sa droite.

-          J’adorais jouer contre elle. Elle est incroyable, magnétique. Quand tu joues avec elle, le monde n’existe plus. Il n’y a plus que son regard qui s’illumine et les pierres qui s’affrontent. Elle te pousse à se dépasser à chaque seconde. Mais à chaque partie, je ne pouvais que constater l’écart qu’il y avait entre nous. Pas techniquement, j’étais un peu plus forte qu’elle. Mais j’avais en face de moi quelqu’un de vraiment fait pour le go, le circuit pro. Moi, j’étais différente.

-          Je comprends mieux maintenant, dit le président du club, ton intérêt pour les tournois. Kise sensei s’occupe du club de Kaijo…

Elle baisse les yeux une seconde :

-          Oui, j’ai vraiment envie de la revoir. Et encore plus de rejouer contre elle. A l’époque, j’aimais tellement la regarder jouer et jouer avec elle qu’elle a ébranlé nombre de mes convictions, dit-elle en dévisageant Takao…

Le joueur de Shutoku comprend à quel point l’admiration que l’on peut éprouver pour un joueur peut ébranler les plus intimes convictions. Lui aussi c’était longtemps posé des questions sur les limites de son admiration et de sa recherche constante d’attention envers Midorima.

Jusqu’au jour où il avait compris les sentiments que son ami nourrissait envers la sœur de Kise.

Il en ressentait une pointe de jalousie, c’était son Shin chan, mais il était surtout heureux de le voir sourire de temps en temps comme un idiot quand il croyait que personne ne le voyait.

Parce que rien de ce qui touchait de près ou de loin Shin chan ne lui échappait.

Alors oui, il comprenait très bien ce qu’elle voulait dire.

Et le regard qu’elle lui retourne lui prouve que leurs convictions étaient encore fermement établies !

-          Tu veux apprendre à jouer ?

Il acquiesce d’un hochement de tête.

Le regard de cette fille est complètement hypnotique et il a du mal à détacher ses yeux des siens pour regarder les pierres.

-          Alors avant d’apprendre à jouer, dit-elle avec un regard de prédateur, il faut apprendre à tuer.

 

Club de go de Shutoku

Aujourd’hui

 

 

Takao passe une main sur l’épaule de Tsuki pour qu’elle cesse ses tremblements. Les joueurs du club font semblant de se plonger avec intérêt dans leurs parties mais ils ne loupent pas une seule parole de l’échange entre leur coach et le squatteur de l’équipe de basket qui passaient de plus en plus de temps dans leur club.

-          Nerveuse ?

-          T’as pas idée.

-          Je vois ça.

-          Non, tu peux même pas imaginer. Son premier jour à l’école de go, j’y étais déjà depuis un an et comme c’était la plus jeune et qu’on était les deux seules filles, je l’ai prise sous mon aile. Elle avait l’air de se méfier de tout et de tout le monde. Elle ne m’a pas fait une première impression terrible. C’était une jolie petite fille blonde, toujours bien habillée, souriante, polie. Elle m’appelait Tsuki senpai, s’amuse-t-elle.

Doucement, elle glisse sa main dans la sienne.

-          On aurait dit qu’elle jouait un rôle en permanence. Par contre lorsqu’elle se mettait face à son adversaire, dit-elle en soupirant, son go était si pur que je pouvais à peine en détourner les yeux. Elle ne jouait pas pour gagner, pour être pro, pour réussir, elle jouait parce qu’elle aimait ça et ses yeux se mettaient à se consumer dans une promesse de défi à laquelle personne ne pouvait résister.

Takao remarque que les mains de Tsuki tremblent à nouveau mais cette fois c’est de l’excitation pas de la nervosité.

-          Tout le monde donnait son meilleur face à elle. Si devenir pro avait signifié jouer avec elle tous les jours, je serai passée pro en un rien de temps.

Takao ressent le regret déchirant qui transpire dans ses mots.

-          Je peux te poser une question ?

Tsuki se tourne vers lui un peu étonnée par son ton sérieux et acquiesce d’un hochement de tête :

-          C’était quelqu’un d’important pour toi, au moins autant que Midorima pour moi, alors pourquoi vous êtes-vous éloignées ?

Tsuki lui retourne un regard triste sans trouver un seul mot pour lui répondre lorsqu’Akiko arrive enfin.

Takao constate que Tsuki abandonne bien vite toute mélancolie et que son visage s’illumine en voyant la sœur de Kise s’avancer.

-          Ki chan ! s’exclame-t-elle en se précipitant vers elle en l’entourant de ses bas.

-          Tsuki senpai ? souffle Akiko incrédule en se raidissant sous l’étreinte de Tsuki qui se met à rire en la libérant doucement.

Ou comment faire décrocher les mâchoires de tout un club de go en deux mots pense Takao avec un petit sourire.

-          Kise chan, dit-il pour en rajouter une couche.

-          Takao kun, dit-elle en le saluant.

Takao rigole tout seul en voyant les joueurs du club devenir blêmes devant leur manque de solennité devant Kise sensei…

-          Alors comme ça c’est toi, dit Akiko en regardant Tsuki, qui t’occupes du club de Shutoku. Je pensais que tu avais abandonné le go…

-          Abandonner le go ? Je…

Tsuki ne termine pas sa phrase et Kise change rapidement de conversation. Elle se tourne vers les trois capitaines de Shutoku et prouve en quelques mots qu’elle connait bien plus que leurs noms et convient d’un jour pour leur partie d’entraînement.

Kise est une pro.

Et la mécanique qu’elle déroule lentement fonctionne sans un accroc. Ses trois capitaines sont terriblement flattés de voir qu’elle les connait aussi bien et elle ne se départit pas de son sourire charmant.

Et à chaque mot, Tsuki sent qu’elle s’éloigne un peu plus d’elle.

Une sensation qui la prend à la gorge.

-          Bien, récapitule Tsuki d’une voix blanche. La semaine prochaine et ici même Ki chan.

-          Kise, la rectifie-t-elle d’une voix neutre.

Tsuki le ressent comme une gifle. Et elle est prête à tout tenter pour briser ce gouffre qui se crée entre elles.

-          On en était à combien ? demande-t-elle avec un sourire insolent.

Le regard d’Akiko vacille une seconde.

-          Je ne me souviens pas.

Et même Takao qui observe la scène sait qu’elle ment.

-          14 à 11, finit-elle par avouer. Pour toi.

-          Et deux victoires consécutives pour toi, dit Tsuki. Si tu gagnes la troisième, nous ne serons plus à égalité.

Elle prend un goban et deux bols de pierres avec un air de défi à laquelle Kise n’avait jamais su résister.

-          J’ai un rendez-vous, je n’ai pas le temps, dit-elle.

-          Incroyable, Ki-chan qui a peur de moi, dit-elle avec une moue narquoise.

Tout le club de Shutoku retient sa respiration devant l’insolence de leur coach. Et lorsqu’Akiko se retourne, les yeux déjà étincelants devant le défi qui se présente, Tsuki attrape un goban, des pierres et une pendule qu’elle règle rapidement.

-          Un blitz, dix minutes mort subite.

Ca veut dire que chaque joueur à dix minutes et pas une de plus, souffle un des trois capitaines de Shutoku à Takao.

Je sais, lui répond-il….

Ce qui n’était pas tout à fait vrai…

Akiko tire la chaise d’une main tremblante, se pose devant Tsuki sans la quitter des yeux en agrippant son bol de pierres.

-          J’ai progressé depuis l’école, dit-elle.

-          Moi aussi, répond Tsuki en la fixant avec la même intensité.

Et personne ne connait aussi bien que moi ton jeu, pense Tsuki qui lance les premiers coups avec le même regard brûlant qu’Akiko.

Takao n’a pas besoin de comprendre pour savoir.

Le combat commence dès les premières secondes des dix minutes, les pierres volent et la pendule est à deux doigts d’exploser sous les coups rageurs.

Les yeux des deux adversaires dévorent littéralement le jeu qui se construit dans un champ de bataille titanesque où chaque coup est plus violent que le précédent.

Mais Takao comprend suffisamment le jeu maintenant pour voir que la partie est définitivement en train de tourner en faveur de Kise.

Alors pourquoi Tsuki affiche ce sourire un peu plus éclatant à chaque coup.

Lorsqu’il comprend soudain.

Le temps.

Kise a déjà utilisé plus des trois quart de son temps alors que Tsuki a à peine dépassé les cinq minutes.

Et la main de Kise reste en suspens une bonne minute au-dessus de la pendule, le regard sombre.

-          Tu veux gagner tant que ça, dit-elle d’une voix éteinte.

Elle prend d’une main tremblante deux pierres qu’elle pose sur le goban en signe d’abandon.

Tsuki est trop choquée pour répondre.

-          A la semaine prochaine Tsuki san, dit Kise d’une voix froide. J’espère que vous serez prêts parce que nous on vise la victoire.

La coach de Shutoku lève enfin les yeux :

-          S’il y a une personne ici qui a des raisons d’être en colère contre toi, c’est moi, dit-elle d’une voix pleine de rage froide. Et je pensais te faire comprendre en utilisant cette stratégie que nous avons mis au point ensemble que je ne t’en voulais plus…

Kise affronte son regard sans sourciller :

-          Tu te fous de moi ? Qui ne sait pas pointée le jour du concours et s’est volatilisée du jour au lendemain ? Sans un mot, sans une explication, sans même un moyen de te joindre ! Tu t’es bien moquée de moi ! Et dire que je pensais que nous étions amies. T’étais comme tous les autres en fait, seul mon go t’intéressait, dit-elle en baissant la tête.

-          Mais qu’est-ce que tu racontes ! Je suis passée chez toi une fois, deux fois, trois fois… Et chaque fois ton père m’a dit que tu n’étais pas disponible. Alors j’ai finis par te laisser une lettre pour t’expliquer que…

Soudain Tsuki comprend, cette lettre elle ne l’avait jamais eu entre les mains.

Et Kise écarquille les yeux, comprenant soudain le rôle de son propre père dans cette histoire.

-          Une lettre, dit-elle. A mon père ?

Tsuki reconnait enfin son amie derrière le masque, lui prend le bras et l’entraîne avec elle.

Elles avaient beaucoup de choses à rattraper. Et beaucoup à éclaircir.

 

Maison des Kuroko

 

Pour une fois, ses parents sont rentrés tôt et Kuroko se demande si c’est ou non une bonne chose en voyant à quel point Kise est mal à l’aise avec eux à table.

Il avait remercié au moins une fois de trop ses parents de l’accueillir chez eux et sa mère qui lui avait préparé la chambre d’amis. Il avait mangé en silence tout ce qu’on lui avait présenté et lorsque son père lui avait demandé ce qu’il prenait pour son petit déjeuner, il avait répondu qu’il n’était pas difficile.

Et le cœur de Kuroko se serre un peu plus à chaque seconde qui passe lorsqu’il voit cette pâle imitation du flamboyant Kise qu’il connait.

Etait-ce le reflet de son enfance qu’il voyait dans cette tête baissée et cette attitude craintive ?

Mais il refuse de baisser les bras devant la situation et propose à ses parents de se lancer dans un jeu de cartes auxquels ils jouaient de temps en temps. A quatre, les possibilités de jeu devenaient intéressantes et ils pourraient jouer en équipe.

Kise acquiesce et Kuroko constate qu’il écoute avec grande attention les règles du jeu que son père avait inventé. A vrai dire, il était rentré d’un voyage d’affaire avec un jeu de cartes qu’il avait appris avec des collègues alors qu’ils étaient coincés dans un train pendant des heures au milieu de nulle part à cause d’une panne.

Il avait essayé d’en expliquer les règles mais il s’était empêtré tout seul dans ses explications. Et au final, si le jeu proposé ne ressemblait en rien au jeu original, il était particulièrement drôle, alliant mémoire, chance et un brin d’audace ce qui ne devrait pas déplaire au côté compétiteur de Kise.

Et si l’adhésion de Kise n’était pas encore assurée, il avait une botte secrète qui devrait marcher encore mieux.

-          Kise kun, on joue ensemble ?

Gagné, pense Kuroko en voyant le sourire de Kise s’agrandir presque malgré lui.

Et Kise non seulement comprend les règles en un rien de temps mais joue avec presque autant de subtilité que lui alors qu’il le connaissait depuis si longtemps.

Mais il ne connait pas suffisamment le jeu pour se rendre compte que ses parents laissent passer quelques cartes pour qu’ils gagnent le jeu à l’issue d’une partie tendue et riche en défis ridicules d’un Kise qui redevient assez vite celui qu’il voulait tant revoir.

L’as de Kaijo, son ancien équipier, le flamboyant Kise Ryota.

Le sourire qu’il lui renvoie lorsqu’ils gagnent la dernière manche le rassure plus qu’il ne serait le dire. Un soulagement qui aurait pu passer inaperçu aux yeux du monde sauf que c’est sa mère en face de lui. Et qu’elle en rajoute une couche avec tant d’innocence en complimentant Kise sur sa maîtrise d’un jeu qu’il venait d’apprendre qu’il se met à rougir en silence comme un idiot.

Soudain Kuroko comprend que Kise n’avait jamais dû être complimenté ainsi par ses propres parents pour quoi que ce soit.

A la fin du jeu, ses parents leur souhaitent la bonne nuit et chacun est prêt à se coucher. Mais lorsque Kise rejoint sa chambre, Kuroko capte son regard redevenu soudain si terne et vide qu’il le ressent comme un coup de poignard en plein cœur.

Il s’assoit sur son lit, incapable de relâcher ses poings crispés. Il savait que cela prendrait du temps, que Kise ne pouvait redevenir lui-même avec un simple jeu de cartes, que…

Tremblant sous l’assaut d’un flux d’adrénaline, il se lève sans un bruit et traverse le couloir comme une ombre. Doucement, il frappe à la porte de la chambre de Kise sans obtenir aucune réponse.

Avec une infinie précaution, il ouvre la porte pour trouver Kise assit sur son lit, le regard dans le vise.

-          Kise kun ?

Le petit sourire qu’il tente lui broie un peu plus le cœur et il s’approche lentement et s’assoit à ses côtés.

-          Si tu veux me parler, je te l’ai dit, je suis prêt à t’écouter, dit Kuroko en lui effleurant sa main comme s’il approchait un animal blessé et dangereux.

Kise le laisse faire et Kuroko attend en silence.

Lentement, Kise prend la main offerte et commence à parler d’une voix faible presque effacée. Il en dit peu mais c’est suffisant pour Kuroko qui écoute avec attention chaque mot et tout ce qu’ils cachent.

Et c’est pire que tout ce qu’il avait pu imaginer.

L’empreinte de son père, une aura noire pèse si lourdement sur les épaules de Kise qu’il a presque l’impression qu’il est là, tapi dans les ombres de la pièce, attendant son heure pour surgir.

Leur mère, une ombre de plus dans un tableau glacé, creuse, transparente et soumise dans une maison aux murs froids.

Et la sœur adorée qu’il voulait protéger à tout prix. Et même s’il ne dit rien, Kuroko sait qu’il avait payé le prix fort pour soustraire sa sœur à l’emprise de son père.

Il avait cru que le fait de vivre loin de son père, de sa mère, avec sa sœur allait changer la donne. Mais les choses ne sont jamais aussi simples. La succession des désillusions qu’il avait eu à affronter parce que rien ni personne ne l’avait préparé à affronter la réalité telle qu’elle est et non telle que son père lui avait apprise n’avait cessé que lorsqu’il avait enfin trouvé sa place en tant que cinquième membre de la génération Miracle.

Aomine avait été la première personne qu’il avait regardée avec respect puis il s’était fait une place parmi eux.

Puis tout a changé. Ils avaient tous changé.

Et le semblant de stabilité qu’avait enfin trouvé Kise s’était brisé. Il s’était alors tourné vers ses copies, sa compétition avec Aomine, avec lui, son équipe pour retrouver cet équilibre qu’il avait perdu. Et c’est à ce moment que son père était intervenu, pour détruire les bases de ce qu’il avait reconstruit avec tant d’efforts.

Après plusieurs minutes de silence, Kuroko constate que Kise ne lui a pas lâché la main.

-          Kise kun ?

Kise se rend compte soudainement qu’il tenait encore fermement Kuroko et le libère brusquement en baissant la tête.

-          Pardon.

Ryota se mord les lèvres et ose lever les yeux vers Kuroko. Il plonge son regard d’or dans celui de Kuroko qui a bien du mal à détourner la tête devant la lueur sombre qui danse dans ses prunelles.

-          Kuroko, est-ce que tu peux rester avec moi cette nuit ?

Kuroko sent son estomac se nouer parce qu’il sait déjà qu’il ne pourra pas dire non.

Qu’il ne veut pas dire non.

Et que tout cela finira mal.

Lentement, il prend Kise dans ses bras et s’allonge avec lui sur le lit. Soulagé, Kise resserre ses bras sur lui avec force…

-          Kise kun ! panique un instant Kuroko.

Kise relâche un peu son étreinte et se positionne de nouveau dans son dos, encerclant sa taille, posant sa tête au-dessus de la sienne dans un geste terriblement possessif. Sa respiration se calme rapidement, il est à deux doigts de s’endormir lorsqu’il murmure ces derniers mots dans un demi-sommeil :

-          Tu es à moi.