Un

par elane

Premier chapitre

 

Les nuages noirs qui s’amoncellent dans les cieux coléreux ne sont rien en comparaison du maelström qui plonge son esprit dans un raz-de-marée terrifiant.  

Il a perdu.

Une nouvelle fois.

Tremblant de rage, les yeux perdus devant le terrain où s’escriment quelques joueurs du dimanche, les cheveux encore dégoulinants de la douche froide qu’il venait de prendre, les poings crispés, il exulte d’une énergie sombre qui le transperce avec une acuité terrifiante.

-          Yo Kise.

Tournant la tête avec lenteur, il dévisage Aomine qui lui adresse la parole avec sa nonchalance habituelle, faisant tournoyer sans vraiment y prêter attention un ballon entre ses doigts.

Etait-il venu moquer sa défaite face à Seirin ?

Sa défaite face à Kagami ?

Sa défaite face à Kuroko ?

Il se souvient encore de ce jour où il avait été cherché l’ombre dans son lycée. Malgré ce qu’avait pensé Kuroko, il avait été sincère. Alors que l’équipe de Seirin n’avait pas encore mesuré la valeur de ce joueur exceptionnel, lui savait.

Et s’il avait réussi à ramener Kuroko à son équipe, c’est lui qui serait en lice pour la finale. C’est lui qui aurait le droit d’affronter Akashi en face à face.

Kuroko, Kagami

De nouveau, une vague électrique et furieuse le parcourt de part en part.

-          Je sais exactement ce que tu ressens, Kise, dit Aomine.

Surpris, Kise dévisage son ancien co-équipier, la mâchoire crispée, tentant de reprendre contenance devant les yeux perçant de celui qu’il lui avait fait découvrir le basket. Dès le premier regard posé sur ce joueur d’exception, il n’avait pas eu envie de jouer au basket, il avait eu envie de jouer avec lui. Son style, ses passes, ses lancers, son regard étincelant, tout avait l’air si fluide, si puissant et naturel. Comment ne pas vouloir jouer comme avec lui, joueur comme lui ?

-          Et je sais exactement ce qu’il te faut, continue-t-il en lui lançant son ballon qu’il reçoit dans un réflexe.

-          Je suis pas d’humeur, rétorque Kise en lui relançant le ballon hargneusement.

-          Sûr, dit-il en lui relançant le ballon un peu plus fort.

-          Sûr, crie-t-il sur le point d’exploser.

-          T’as peur de perdre ?

Oh, il allait voir l’enfoiré !

-          Ramène-toi, connard !

Lui qui disait que le seul qui pouvait le battre c’était lui-même, il allait lui montrer ce que c’était de se retrouver vraiment face à lui-même. Une lueur folle dans les yeux, Kise se sent prêt à l’affronter en lui renvoyant son exacte image, mimant le moindre de ses mouvements, prêt à marquer dans n’importe quelle situation, n’importe quelle position.

Et l’espace d’un instant, sous le regard des amateurs qui se sont écartés sentant l’orage venir, deux Amonine aux regards aussi acérés s’affrontent ne lâchant rien, bondissant sur chaque passe, chaque ouverture, se prenant et se reprenant le ballon dans un balais d’une intensité terrifiante. Les paniers se succèdent mais Kise s’en fout. Il veut jouer, jouer et encore jouer !

-          Kise kun ?

Kuroko !

Le temps se suspend à ses deux mots prononcés de façon si neutre. Les deux joueurs se retournent dans un même mouvement, si semblable que l’illusion de la présence de deux Aomine se poursuit de façon si frappante que Kagami qui suit Kuroko ne peut s’empêcher de reculer d’un pas devant la situation.

-          Tetsu, dit Aomine en lui passant la balle en lui faisant signe de les rejoindre. Kagami, poursuit-il en étendant son invitation d’un hochement de tête.

Aomine commence à trouver singulier de ce face à face avec lui-même. Le mimétisme n’a jamais été aussi frappant et il commence à se lasser de reconnaître aussi bien son reflet sans pour autant être capable de le dominer.

Cette capacité de Kise est vraiment unique. Et déroutante.

Et il a envie de jouer contre Kagami.

L’espace d’une seconde, la flamme qu’il capte dans le regard de Kise lui fait comprendre qu’il serait prêt à les affronter tous les trois. Les yeux se consumant d’une pure énergie, il le surprend encore lorsqu’il fixe Kuroko avec une intensité rare :

-          Kuroko, tu joues avec moi.

Il avait parlé d’un ton si impérieux qu’être l’objet d’une telle attention avait de quoi faire tourner la tête de n’importe qui. Même d’une personne aussi impassible que Kuroko dont le regard vacille un instant.

-          Kuroko, s’impatiente Kise en continuant de fixer Kagami et Aomine ses futurs adversaires avec un sourire de défi insolent plein de promesses.

Aomine se dit qu’il aurait tout le temps de jouer une autre fois contre Kagami. Et lorsque Kuroko se range presque timidement derrière Kise, il se demande un instant ce que cela peut donner d’avoir Kagami comme partenaire et non pour adversaire. Surtout face à un Kise survolté et son ancienne ombre.

Les secondes s’écoulent avec une lenteur incroyable, le temps se figeant presque sous les assauts de Kise qui jongle aussi vite la balle qu’entre les styles, la balle lui revenant si vite dans les mains grâce aux passes de Kuroko qu’il semble invincible. Il enchaîne ses propres dribbles, fait chuter Kagami de son œil comme l’aurait fait Akashi, défend avec la même présence que Murasakibara avant de lancer un des paniers impossibles de Midorima de fond du cours.

Toute la génération miracle se retrouve sous leurs yeux. Même Kuroko est là, attentif, remettant toutes les balles sur Kise qui vole littéralement sur le terrain, mettant autant d’énergie sur la moindre passe que sur tous ses lancers.

Il veut jouer, encore et encore.

Et le soutien sans faille de Kuroko qui lui lance sans cesse des ballons impossibles le fait briller comme jamais. C’est grisant. Enivrant. Violent.

Tremblant sous l’assaut de l’adrénaline qui coule à flot dans ses veines, un seul regret unique et terrifiant l’étreint avant de le quitter aussitôt.

Pourquoi Kuroko avait-il choisit Kagami et pas lui !

Quand Aomine avait délaissé son ombre, il avait espéré que peut-être… Il a toujours cru en Kuroko. Il sait depuis le premier jour où il l’avait vu jouer que c’était lui le véritable atout de l’équipe.

Les talents de tous les autres, il avait pu se les approprier.

Mais celui de Kuroko est unique.

Alors qu’il reçoit une nouvelle passe, il s’élance. Il avait brûlé toute son énergie sombre et sa tension a disparu dans un sourire lorsqu’il entend une exclamation presque paniquée de Kagami dans son dos :

-          Kuroko !

Se retournant dans un souffle, Aomine et Kise voient le joueur fantôme s’écrouler lamentablement sur le sol. La fatigue l’avait rattrapé un peu trop brutalement. Mais il doit avouer que lui aussi, il tient à peine sur ses pieds.

Il fixe Aomine, un merci silencieux sur les lèvres que l’as de Toô balaye d’un revers de main las et le ciel noir se déchire enfin dans une pluie froide aussi soudaine que déchaînée.

Accueillant cette manne tombée littéralement du ciel, Kise observe les cieux en soupirant.

-          Je vous invite.

Seul Kagami affiche un regard étonné, Aomine et Kuroko savent que Kise habite non loin du terrain de basket. Mais jamais encore ils n’avaient mis un pied chez leur ancien équipier. Courant sous la pluie battante, ils foncent dans un dédalle de ruelles avant de passer un petit porche les mettant à l’abri, dégoulinant. Kise les invite, non sans les prévenir que « c’était pas très grand chez lui ».

Les trois joueurs trempés de sueurs et de pluie ouvrent grands leurs yeux, un peu curieux de voir l’appartement de Kise. C’est certes petit, mais agréable et lumineux. Simple aussi. Un seul cadre trône sur les murs blancs, une photo de son ancienne équipe, la génération miracle au grand complet avec Kuroko toujours aussi impassible.

-          Bougez pas, je vous passe des fringues de rechange, dit-il en farfouillant rapidement dans ses placards.

Se changeant rapidement tous les quatre, Kagami manque d’exploser de rire en voyant Kuroko nager littéralement dans les habits de Kise, même Aomine esquisse un sourire en lui lançant une serviette chaude.

Soudain la fatigue du match improvisé et de la tension tombe comme une chape de plomb sur les épaules des joueurs qui s’affaissent tous en même temps sur le canapé de Kise faisant face à un grand écran plat. Curieux, Kagami balaye du regard la pièce. Peu de meubles, encore moins de décorations, quelques magazines à côté d’un ordinateur portable, une seule photo sur une petite table qu’il regarde avec intérêt. Kise souriant avec une fille aux cheveux aussi blonds que les siens et au regard clair.

-          C’est ta copine ? Pas mal…

Pour seule réponse, Kise lui balance un coussin :

-          C’est sa sœur idiot ! lance Kuroko.

-          Ouais, reprend Aomine laconiquement, qui aurait cru que le canon de la famille c’était sa petite sœur.

-          C’est de ma sœur dont tu parles là ! reprend Kise faisant voler un nouveau coussin dans une imitation parfaite du grand frère protecteur que Kagami n’aurait jamais pensé voir.

Kise semble soudain se souvenir de quelque chose qu’il avait oublié et jette un œil à son portable qui vibre avant de jurer entre ses dents.

-          Je dois répondre, dit-il en sans pouvoir autant s’isoler autrement qu’en rejoignant le coin opposé de l’unique pièce.

Kagami n’avait pu s’empêcher de jeter un œil discret au téléphone voyant apparaître le nom sur le téléphone.

Toru Kise

Un cousin ?

-          Père.

Son père ? Qui appelait son père par son nom et prénom sur son téléphone ? Mais la voix presque effacée de Kise qui soudain ressemble plus à un petit enfant pris en faute qu’au joueur formidable qu’il venait d’affronter un court.

Le dialogue auquel ils assistent est visiblement à sens unique et au fur et à mesure que les seconde s’égrènent difficilement, Kise s’excuse un peu plus, devenant un peu plus effacé et fragile à chaque instant.

Kagami remarque que ni Aomine  ni Kuroko ne semblent surpris par la scène, attristés mais pas surpris. Soudain l’image se forme avec une netteté incroyable dans son esprit. Celui d’un petit garçon dénigré par ses parents, cherchant désespérément un modèle, une personne à qui s’identifier.

Presque aussi pâle que Kuroko, Kise agrippe une chaise et se pose comme pour mettre une bonne distance entre ses amis et lui.

-          Si j’avais gagné, il n’aurait même pas pris la peine de décrocher son téléphone, marmonne-t-il entre ses dents.

-          Tu devrais appeler ta sœur, dit Kuroro calmement.

Kise ne peut s’empêcher d’esquisser un petit sourire en pensant à sa sœur et jette un coup d’œil à sa montre.

-          Y a des chances qu’elle ait fini sa partie, dit-il en ouvrant le clapet de l’ordinateur en face de lui sur une petite table.

-          Sa partie ? demande Kagami. C’est une joueuse aussi ? dit-il en examinant de plus près la photo.

Elle ressemble autant à une joueuse que Kuroko, pense-t-il, mais après tout les apparences sont parfois trompeuses.

-          Oui, dit Kise, mais pas de basket. C’est une joueuse pro de go. C’est le petit génie de la famille ! Elle fait un tournoi en Corée en ce moment.

Et à peine se connecte-t-il sur son écran que le contact de sa sœur passa au vert. Le visage de la photo s’anime sous le regard de tous et le sourire de Kise redevint franc et sincère dans la seconde.

-          Tite soeur ! s’enflamme Kise.

-          Grand frère ! Et je vois que t’es pas seul, dit-elle en voyant les trois têtes pointer derrière son frère. Salut Tetsu, Daïki, Kagami.

Kagami recule instinctivement. Comment le connaissait-elle, pense-t-il, alors que tous la saluent chaleureusement.

-          Alors grand frère, et ce match ?

-          Perdu, dit simplement Kise.

-          Ben mince, vu ta tête, je pensais que t’avais gagné ! Tetsu t’es trop fort! dit-elle.

Kagami se sent un peu exclu de son propre exploit lorsqu’elle ajoute :

-          Vous êtes trop forts tous les deux !

Puis elle regarde son frère et lui fait signe de s’approcher avant de lui dire sur le ton de la confidence :

-          Fais gaffe, grand frère… ils sont en train de copier ton style !

Kagami manque de s’étouffer devant le culot de cette remarque… oui, trempés jusqu’aux os après le déluge qu’ils venaient d’affronter, ils portent tous les habits que Kise leur avait prêté ; des fringues qui signent définitivement sa marque. Même Kuroko a l’air moins transparent que d’habitude.

-          Et toi, reprend Kise, ta partie ?

-          Pas finie, répond-elle. Et mal engagée. Je vais me battre jusqu’au bout mais il y a peu d’espoirs. Si je ne tue pas son invasion au centre, la partie est finie, dit-elle d’une voix faussement calme. Il semblerait que ce soit une mauvaise journée pour les Kise. Pourtant je porte l’objet fétiche du jour que Midorima m’a envoyé, dit-elle en sortant de sa poche une statuette de petit chat qui montre la patte aussi ridicule que son expression est impassible. Ca a pas l’air de marcher, dit-elle en le secouant comme si c’était un objet mystérieusement tombé en panne.

-          Tu laisses filer ton temps tite soeur, dit Kise.

-          Ouais mais tu me connais, je joue vite. Et j’avais besoin d’une pause.

Son regard étincelle une seconde de la même façon que celui de Kise avant qu’il s’élance, balle au poing, vers le panier adverse. Ils ne sont pas frères et sœurs pour rien.

-          Je dois trouver son point faible, dit-elle et renverser cette partie.

-          Je suis sûre que tu vas trouver une solution, dit Kuroko avec un mélange de naïveté et de confiance déstabilisant.

-          Merci, répondit-elle avec un grand sourire. Kise, dit-elle en se tournant vers son frère avec une expression grave. Père a appelé n’est-ce pas ?

Le visage de Kise s’assombrit une seconde avant qu’il acquiesce en silence.

-          Te laisse pas bouffer grand frère. Jamais, dit-elle en faisant un petit signe d’adieu.

Acquiesçant d’un hochement de tête, Kise est redevenu aussi confiant et insupportable qu’il l’a toujours été.

-          Je vois que l’esprit de compétition est un trait familial, dit Kagami.

-          Ma sœur est devenue pro à douze ans, c’est un vrai génie, dit Kise avec une fierté palpable.

La petite sœur devenant pro de go à douze ans, le frère mannequin depuis le collège, c’était presque une fuite en avant pour échapper à un foyer glacial. Un frère et une sœur élevés dans l’idée qu’ils n’étaient jamais  « assez », condamnés à un idéal inaccessible. Il a une petite idée du style qu’avait dû développer sa sœur dans son propre jeu.

Kise farfouille dans la pile de magazines en face de lui et en extirpe le « Go Weekly » où sa sœur avait eu droit à un long article qu’il survole.

« Kise sensei, le nouveau Takemya ? »

Elle copie les grands joueurs, quelle surprise pense Kagami.

-          Tu te souviens du jour où elle a défié Akashi au go ? demande Kuroko.

Kise sourit un peu embarrassé en imitant sa sœur dans sa vindicte contre Akashi.

-          Une partie ! Si je te bats, je récupère mon frère pour la journée. Akashi lui a alors demandé ce qu’il aurait si lui gagnait, elle lui a dit qu’elle ne perdrait pas.

-          Il a failli tomber à la renverse devant la gamine haute comme trois pommes qui lui réclamait des comptes, dit Aomine.

-          C’était une sacrée partie, dit Kuroko, j’ai cru que Midorima allait tomber à la renverse à chaque coup.

-          Et ça c’est fini comment ? demande Kagami, curieux.

Tous se retournent dans un même mouvement vers lui.

-          Elle a perdu, dit Kise sur le ton d’une évidence implacable.

Kagami a failli tomber à la renverse, il avait pas dit que sa sœur était une pro, un petit génie. Oh il tremble d’impatience de se mesurer au grand Akashi.

-          Mais elle a aussi gagné d’une certaine façon, dit Kukoro, puisqu’Akashi a finalement décidé d’annuler l’entraînement et qu’on a pu passer une après-midi tranquille.

-          Tranquille, si on veut, on a fini par faire un match de street basket avec toute l’équipe et ta sœur, dit Aomine. Y avait enfin un joueur sur le terrain qui shootait moins bien que Tetsu, ajoute-t-il d’un air moqueur.

Les anciens co-équipiers se laissent un instant gagner par une vague de nostalgie tandis que Kagami remarque la tonne de DVD qui se trouvent sous l’écran plat. Se levant d’un bond, il examine une à une les jackets et se rend compte avec surprise que le nom de tous ses anciens équipiers se trouvent sur les disques.

Aomine, Midorima, Kuroko… Les noms s’échelonnent sur toute la longueur de l’étagère. Une soudaine intuition lui fait pousser le bouton play du lecteur de DVD.

L’image se lance, se brouille de statiques puis elle se fixe. La foule se déchaîne lorsque l’équipe de Teiko entre sur le terrain. Kagami se recule et ne perd pas une miette du spectacle.

Un match de la fameuse génération miracle.

-          Kagami, dit Kise, ce n’est pas …

Ce n’est pas vraiment un match…

Il ne lui faut que très peu de temps pour s’en rendre compte. Il s’agit du point de vue de Kuroko. Pendant ce match, la caméra ne suit que Kuroko et uniquement Kuroko.

A contretemps de la partie, le jeu du joueur fantôme se dévoile comme rarement. Chaque passe, chaque contre, chaque balle volée, Kuroko fonce dans les ombres avec une telle aisance que même la caméra a parfois du mal à le suivre.

Kagami se souvient du jour où il avait vu le jeu de Kuroko du banc. Il avait été impressionné mais il ne l’avait observé que quelques minutes. Le jeu lui avait très vite dérobé l’attention nécessaire pour suivre le jeune joueur. Et il n’a pas besoin de se retourner pour se rendre compte que personne à part Kise n’avait jamais suivi le jeu de Kuroko pendant tout un match.

S’enfonçant un peu plus sur lui-même, Kuroko se mord les lèvres affreusement mal à l’aise.

Ce n’était que des passes, Kuroko n’avait pas encore développé ses autres techniques, mais c’était du grand art. Un vrai spectacle de magie, un ballet aérien hypnotique où le jeune garçon survolait les balles, les adversaires, toujours présent et pourtant invisible.

Et plus il s’enfonçait dans les ténèbres, plus ses co-équipiers brillaient.

Au coup de sifflet final, tous retiennent leur souffle une seconde.

Le silence et le regard étincelant de Kise sont à eux-seuls les meilleurs hommages de la reconnaissance de l’incroyable talent de Kuroko.

Kagami regarde à nouveau tous les DVD alignés. Il y en avait un pour chaque match, un pour chaque joueur de la génération miracle.

Mais celui qui se trouve dans le lecteur est bien celui de Kuroko.

Et à cet instant, il comprend à quel point Kise avait été sincère le jour où il avait demandé à Kuroko de venir dans son équipe. Son admiration est encore tangible et il peut presque ressentir jusqu’au plus profond des recoins de son cœur l’amertume du regret de ne plus l’avoir comme co-équipier.

-          Kise, t’as vraiment regardé tout ça, dit Aomine en passant son doigt distraitement sur tous les DVD portant son nom.

-          Tu crois que je vous ai copié comment ? rétorque Kise. Par magie.

Par magie ? Non, pense Kagami… Mais c’est vrai qu’il fait paraître ses copies comme facile et implacable. Comme un magicien, il choisit toujours le bon moment pour montrer ses tours de passe-passe, les faisant paraître aussi naturel que déstabilisant. Bien sûr, il y a un travail énorme derrière cette étonnante capacité.

-          Pourtant t’as toujours pas réussi à copier Tetsu, lui répond-il.

Kise tourne la tête vers Kuroko avec une admiration si criante qu’il a bien du mal à soutenir son regard.

-          C’est parce que lui, il a vraiment un petit truc que j’ai toujours pas réussi à saisir.

Kuroko s’apprête à protester de nouveau mais Kise ne lui laisse pas en placer une sous le regard amusé d’Aomine qui se dit que pour une fois, son ancienne ombre a bien le droit à une reconnaissance bien méritée. Même de la part d’un Kise survolté.

Kagami fait gaffe, un jour ce grand blond pourrait bien essayer de te voler ton ombre.

Et dire qu’il l’avait laissé partir. Qu’il ne l’avait pas retenu.

Quel idiot !

-          Dis Kise, tu pourrais me montrer les vidéos d’Akashi. Je suis le seul à ne l’avoir jamais vu jouer.

-          Je n’en ai pas, dit Kise. Ces vidéos, c’est Akashi qui me les a fournies pour que je travaille mes capacités. Il savait qu’un jour j’arriverai à copier tous les styles de la génération miracle. Mais il ne m’a jamais fourni son propre point de vue.

Les minutes se succèdent aux heures, et la soirée se déroule dans un esprit serein entre des extraits d’anciens matchs, des anecdotes et les extravagances habituelles de Kise qui a depuis longtemps délaissé ses humeurs noires.

Et lorsqu’ils prirent congé, Aomine et Kuroko passent la porte les premiers alors que Kagami se tourne une dernière fois vers Kise.

-          Je suis un peu vexé quand même.

Vexé ?

-          Y en a pas un seul qui a mon nom…