Prologue

par Tatsumi

 

« Hey, hey, Anju, dis, on va faire quoi aujourd’hui ? »

 

Bonne question.

Aller à l’école, je suppose.

Avec ces choses, ces humains, aussi pitoyables soient-ils.

Je me demande toujours comment mes parents m’obligent à vivre dans leur monde de lumière, de chants, alors que ma seule envie, c’est de fermer mes tentures et de rester au lit.

 

«Il est déjà sept heures et demie, si Karin te voit encore sous ta couette, ça risque de barder pour toi.

- La ferme, Boogie. »

 

Je me retourne sur mon flanc droit et pose ma tête contre l’oreiller.

Onee-chan*…

Je veux juste que ce soit elle qui me réveille, et non cet esprit enfermé dans une poupée qui me casse les oreilles chaque matin.

J’aimerai qu’elle arrive en souriant, que je fasse encore semblant de dormir pour qu’elle me câline.

J’aimerai encore sentir le parfum vanillé de ses mains qui m’ont préparé une part de gâteau fait avec amour.

 

Ah, mais non, l’amour, il n’y en a plus que pour cet humain, cet intrus qui m’a volé ma sœur, ma si précieuse Onee-chan. C’est pour lui qu’elle prépare maintenant des petits plats, qu’elle se fait belle, qu’elle chantonne.

Elle a même, un jour, oublié de me donner mon pique-nique.

Insignifiant, me direz-vous, mais pas pour moi. Onee-chan n’oublie jamais quelque chose de si important.

 

« Tu es encore couchée, Anju ? » me demande une voie guillerette.

 

Non, je fais mes exercices de gym du matin. Aujourd’hui, imitation d’une larve morte dans un lit.

Elle passe la porte d’un pied léger et s’assit à côté de moi. Sa main touche mes cheveux, je sens venir un sourire sous ce signe de bienveillance.

 

« Tu te sens capable d’aller en cours, aujourd’hui ?

- Maintenant, oui.

- Alors lève-toi. On part d’ici une demi-heure, d’accord ?

- Mmh… »

 

Elle part, me laissant seule avec moi-même.

Ou presque.

 

« Tu as de la chance d’avoir une sœur aussi gentille, si j’étais elle, je t’aurais enguirlandé comme pas possible.

- Je sais, Boogie, je sais. »

 

Soudain pleine d’entrain, je me redresse à une vitesse folle (3 centimètres à pieds, ça use, ça use…), enfile mes pantoufles et me prépare à cette nouvelle journée, comme toutes les autres, dans l’ennui, le silence, mais avec mon soleil à moi qui viens me réveiller chaque matin avec une infime douceur.

 

Ma Onee-chan…

C’est pour elle que je me lève, que je me fais belle, que je chantonne.

C’est pour elle, aussi, que je vais éloigner cet humain d’elle, pour son bonheur, pour lui éviter de souffrir.

Parce que ma Onee-chan, je l’aime.

 

 

 

 

A suivre…

 

* Onee-chan = grande sœur en japonais.