Epilogue (I)

par venusia45

EPILOGUE : dévoilement(s)


I.


« Actarus...mais tu en mets un temps à te préparer...On va finir par être en retard si tu continues à te prélasser ! »


Tambourinant derrière la porte de la salle de bains, Vénusia attendait impatiemment qu'Actarus daigne sortir de là. Elle voulait se passer un coup de peigne, se repoudrer le nez, vérifier sa toilette...Enfin, faire ce que toute jeune fille normalement constituée faisait dans une salle de bains. La nature avait ceci d'intangible que le temps passé aux ablutions devait être proportionnel à la quantité de tâches à accomplir, et Vénusia en avait tout naturellement déduit que n'ayant ni robe à passer, ni maquillage à appliquer, Actarus ne devait pas, ontologiquement parlant, monopoliser la salle de bains. Tout juste lui accordait-elle une légère dérogation en lui permettant de prendre un peu de temps pour discipliner sa longue chevelure, ses boucles brunes retombant librement sur ses épaules devant être un minimum domestiquées de manière à ne pas ressembler à un épouvantail au saut du lit -ahhh passer les mains dans ses cheveux...Non ma fille reprends-toi, ce n'est pas le moment !-


« Allez Actarus ! J'ai besoin de... »


Interrompant sa diatribe, Actarus passa le nez hors de la salle de bains, ce qui coupa derechef à Vénusia toute envie de poursuivre ses récriminations et son acerbe étude anthropologique de la logique entre appartenance sexuelle et degré de possession territoriale. Non, à ce moment-là, ce qu'elle aurait bien poursuivi, c'est Actarus, jusque dans sa chambre...Il faut dire qu'il n'était vraiment pas raisonnable de se présenter ainsi à sa vue, à peine sorti de la douche, le torse encore luisant de gouttelettes -ahhhh qu'elle aurait aimé être l'une d'entre elles...- et la taille simplement emprisonnée dans une serviette qui soulignait autant qu'elle cachait ses formes avantageuses.


« Act...Mmm...ne put-elle s'empêcher de susurrer, l’œil languide et le sourcil appréciateur.


– Oui Vénusia, tu disais ? Tu vois, je suis prêt, tu peux prendre la place. » rétorqua Actarus sur un ton faussement naïf.


Sombre idiot ! Elle se moquait bien de la salle de bain à ce moment précis ! Elle se moquait de tout ce qui n'était pas lui, son torse musclé, la beauté de ses traits, la force qui se dégageait de sa silhouette. Magnifique dans sa tenue que ne cachait presque rien, superbe à ne pas pouvoir s'empêcher de vouloir se blottir entre ses bras puissants, contre sa poitrine, son ventre, à vouloir décidément être gouttelette parmi les gouttelettes pour glisser jusqu'à la serviette, jusque sous la serviette...


Se doutait-il au moins du pouvoir qu'il avait sur elle ?


Lui la regardait, ravi au fond de lui-même de sentir sa douce amie fondre comme neige au soleil devant lui. Il aimait la voir ainsi, troublée et troublante dans sa candeur, et ses sens s'en trouvaient eux aussi sens dessus dessous.


« Euh...oui...Papa doit nous attendre... » fit-elle en se dirigeant...à l'exact opposé de la salle de bains, vers la porte de la chambre d'Actarus. Bien sûr, ils étaient pressés, mais pas au point de se refuser un petit bisou, pas au point de se refuser une douce étreinte, l'un dans les bras de l'autre, l'un sur les genoux de l'autre, ce qu'ils s'empressèrent de mettre à exécution. Les mains accompagnèrent les lèvres brûlantes, s'égarèrent sur un dos, un sein, des reins, et même un peu plus bas, avant que la réalité ne reprenne ses droits.


« Mmmmm, allez, il faut que tu te prépares, et moi aussi, susurra Actarus à regret, en se détachant de la douce étreinte.


– Mmmm oui...Allez, on se rejoint en bas, dans la salle à manger... » répondit Vénusia.


Frustrés mais pressés, les deux amoureux repartirent chacun de son côté. Depuis un mois qu'ils étaient revenus, ils n'avaient pas encore franchi le pas ultime même si s'étaient opérés quelques rapprochements turgescents, quelques humides découvertes, qui les avaient conduits tous les deux sur le chemin d'une exploration plus approfondie des secrets de la linguistique et de ses usages inavoués. Dans la chaleur ombragée de la grange, sous prétexte de brosser les chevaux qui, impassiblement, laissaient faire ces deux humains décidément avides de privautés sur des territoires qui n'étaient pas les leurs, ou lors de promenades à cheval dont la durée leur aurait permis de rallier Tokyo à Hokkaido au mépris de toutes les règles de la bienséance chronologique, ils s'étaient abandonnés à la découverte de l'autre, à des baisers appuyés, voire approfondis, à des caresses tactilement audacieuses. Ils avaient exploré des contrées cachées et obscures, monts, vallées ou collines, torrents sourdant, subtilement cachés, ou sommets fièrement dressés, sentiers escarpés et ombragés, sur lesquels on ne pouvait s'aventurer que précautionneusement...Et la durée de leurs randonnées s'avérait de plus en plus longue. Sans trop se l'avouer, Vénusia espérait ce moment où ils ne feraient qu'un, même si la vérité l'obligeait à se dire qu'elle en crevait de trouille ! Elle s'encourageait en pensant au corps agréablement bâti de celui qu'elle aimait, à leurs baisers, et aussi au fait que depuis l'aube de l'humanité c'était là une activité pratiquée de manière assidue, et partant, plutôt agréable, et qu'elle n'avait par conséquent rien à craindre.


« Enfin vous voilà, marmonna Rigel ! Vous en avez mis un temps ! Ah je sais bien que je ne suis qu'un vieux gâteux mais vous ne me ferez pas croire que vous passez tout ce temps ensemble...parce que je sais bien que vous êtes ensemble...à vous regarder dans le blanc des yeux...Ahh ma fille, ta réputation, que fais-tu de ta réputation ? Un de ces jours ils vont nous faire un petit et je vais être obligé de les marier pour éviter le qu'en dira-t-on... »


Tout à ses récriminations, il ne vit pas les joues de Vénusia s'empourprer, ni le regard d'Actarus devenir soudain embarrassé, gêné et ravi tout à la fois de cette perspective.


« Ahh p'tite sœur t'as vu ta tête ! Si ça se trouve Papa a raison, c'est exactement ce que tu voudrais.


– Rhhhaaaa Mizar, tais-toi donc », lâcha Vénusia, faussement fâchée. Les paroles de son père résonnaient dans son âme de jeune fille romanesque...Se marier avec Actarus...Mais quel délice ! Quel insupportable délice...Comment allait-elle pouvoir passer une journée sereine avec ces images dans la tête ?...Se superposèrent alors sous ses yeux les images du mariage d'Hinako Sato et Shingo Ayaki, de cette délicieuse soirée, de ses premiers émois, du cœur battant au ventre frémissant, des lèvres timides au corps qui se jette vers l'autre...Mais la voix de son père la tira de ses rêveries.


« Allez les enfants, en voiture ! Procyon nous attend. J'avoue que cette invitation à déjeuner me réjouit ! Nous allons bien manger et je pourrai faire une petite sieste bien méritée ensuite...Même si je ne sais pas pour quelle raison il a tenu à ce que nous venions au Centre ! Alcor, assieds-toi mon garçon. En route Actarus ! »


Procyon les attendait sur le perron, le sourire aux lèvres. Ce fut avec un plaisir non dissimulé qu'il accueillit ses amis, Alcor en tête, suivi de Rigel et d'Actarus, Vénusia et Mizar restant un peu en retrait. Sa silhouette imposante se détachait en contre-jour, inspirant à la fois force, respect et confiance. Il s'avança lentement vers ses invités, et, se décalant, il laissa apparaître une silhouette dont la robe blanche contrastait avec l'ébène de sa peau et le rouge charnu de ses lèvres. Une femme d'une rare beauté mais quelque peu intimidée, dont il se rapprocha.


« Mes amis voici le docteur Sayari Huria, professeur d'astrophysique à la faculté de Nairobi au Kenya, qu'Actarus et Vénusia ont déjà eu le plaisir de rencontrer il y a un mois. Le Docteur Huria a collaboré avec le Professeur Sato, mon vieil ami, à l'université de Tokyo. Elle a demandé un détachement pour venir travailler au Japon dans le but d'approfondir ses recherches. Elle est venue visiter notre Centre... »


Le professeur se tut quelques instants


« ...et elle va y rester. Avec moi. »


Devant le regard tout à la fois incrédule et surpris de ses amis, Procyon prit Sayari par la taille et ajouta :


« C'est pour cela que je vous ai conviés à déjeuner aujourd'hui. Pour vous présenter ma fiancée. »