Chapitre 10

par venusia45

X.


Vénusia sortit de sa chambre à pas de loup, ne sachant si ses hôtes étaient réveillés. Elle ignorait qu'une fois les invités couchés, les mariés étaient partis passer leur nuit de noces dans un luxueux ryokan, avant de s'envoler pour l'Europe. Sato avait quant à lui proposé à tous ses invités de les loger et de partager avec eux le repas du lendemain avant que chacun ne reprenne le cours de sa vie, refermant la parenthèse enchantée de cette fête hors du commun. C'est donc encore ensommeillée, toute emplie de l'image de son aimé, que Vénusia se risqua sur le palier. Actarus dormait-il ? Irait-elle le voir au risque de se faire surprendre ? Entrer dans sa chambre...C'était un peu...inconvenant, surtout dans cette maison étrangère.


Elle n'eut pas davantage le loisir de se poser la question que la porte de la chambre dudit Actarus ci-devant nommé s'ouvrit, laissant paraître dans son encadrement le jeune homme, pieds nus, torse nu, les jambes serrées dans un pyjama blanc assez ajusté. Si la jeune fille manqua s'étrangler de surprise et rougit à cette vue qui ne laissait que peu de place à son imagination, soulignant la musculature et les formes avantageuses du jeune homme, ce dernier ne fut pas en reste. Il écarquilla les yeux lorsqu'il vit Vénusia, non seulement parce qu'elle était sur le palier, devant lui, ce qui ne manqua pas de le surprendre, mais aussi parce que, dans le rayon de soleil qui éclairait le couloir, venant de la baie vitrée, sa frêle chemise de nuit ne laissait pas plus de place à son imagination à lui. Il faut dire que Vénusia avait, pour la circonstance, et sans se douter de la tournure des événements, emporté un vêtement de nuit d'un coton léger, acheté sur un coup de tête quelques semaines plus tôt, et qui épousait à merveille les formes de son corps, soulignant la rondeur de sa poitrine, ses hanches pleines et la finesse de ses jambes. Elle approchait de l'âge de sa majorité et commençait à lorgner sur des tenues qui, certes, mettraient sans doute à rude épreuve les nerfs de son père plutôt tatillon et rigoriste sur la question, mais dans lesquelles elle se sentait bien, plus mûre, plus féminine, et pas seulement un garçon manqué vaquant aux travaux de la ferme, dans un univers exclusivement masculin. Sans doute la présence d'un certain palefrenier à la ferme n'était-elle pas complètement étrangère à ces revirements vestimentaires, même si, à coup sûr, Vénusia aurait juré ses grands dieux qu'il n'en était pas question...


Actarus avala avec peine sa salive, se racla la gorge et fit un pas vers elle, jugeant prudent de ne pas continuer à lorgner sur cette tenue qui lui faisait bouillir les sangs pour ne pas sembler manquer de respect à la jeune fille de ses pensées, à moins qu'il ne se jugeât incapable de résister plus avant. Il s'approcha d'elle, la serra dans ses bras, et s'enquit de sa nuit en lui octroyant un délicieux baiser :


« Alors ma chérie, bien dormi ? »


Comment lui dire que ses rêves avaient été peuplés de sa présence, de son corps et de ses baisers fiévreux ? Allait-il la trouver audacieuse ? Elle se rendit compte en une fraction de seconde qu'elle ne savait pas vraiment quelle attitude adopter avec lui. C'était bien beau de se dire « je t'aime » mais après ? Elle décida de rester naturelle. Après tout, c'était cela qui l'avait séduit, non ?


Elle vint donc se blottir dans ses bras, levant ses yeux bruns vers lui, avant de répondre, de la manière la plus banale, la moins romantique et la plus empreinte de platitude qu'on eût entendue, bien éloignée de l'image d'Epinal de deux amoureux se jetant au cou l'un de l'autre et s'abreuvant derechef aux lèvres de l'autre :


« Euh...oui...j'ai bien dormi. »


Voilà qui était clairement, affreusement banal ! Les deux jeunes gens se regardèrent, conscients de l'incongruité de ces paroles, qui contrastaient fortement avec leurs tenues suggestives et les sentiments qui bouillonnaient dans leur poitrine, avant d'éclater d'un rire franc immédiatement suivi d'un « chhhhhhhhhhh » mutuel, histoire de ne pas réveiller toute la maisonnée, si tant est qu'elle dormît encore. Actarus, encore secoué de soubresauts, regarda amoureusement Vénusia, posa délicatement ses lèvres sur les siennes avant de murmurer :


« Tu es...très belle comme ça. C'est un peu plus...dépouillé que le costume d'hier, mais ça te va bien.


– Hum...euh...tu trouves...c'est un peu...enfin tu vois...


– Oui, je vois, sourit-il avec un petit air entendu. Je vois tout même...Tu devrais rentrer t'habiller parce que si on te surprend dans cette tenue, ta réputation risque d'en prendre un sacré coup...


– Ah euh... ». Elle baissa la tête et vit ce qu'il voyait : ses jambes que l'on devinait sous la finesse du tissu, ses hanches, toutes ses formes... Etait-ce le choc d'avoir été surprise ainsi, la fâcheuse douceur d'avoir été vue par Actarus, ou l'impression délicieuse qu'elle lui plaisait, elle lâcha un oohhhh modulé sur tous les tons, devint rubiconde et fonça sans demander son reste dans sa chambre pour se présenter à Actarus, à Procyon et à Sato sous un jour un peu plus décent.


Resté dans l'embrasure de la porte, Actarus sourit, un élan de tendresse dans ses yeux.


« Vénusia, si tu savais... » avant de rentrer lui aussi prestement dans sa chambre, pour éviter qu'un invité sorti à l'improviste ne le surprenne, dans cette tenue sommaire qui dévoilait impudiquement l'évidence de son désir...


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« Père, tu es réveillé ? »


Après avoir profité de la douche pour penser plus avant à la belle de ses pensées et avoir prestement troqué son pyjama contre une tenue qui seyait davantage aux circonstances, Actarus s'était mis en devoir de tambouriner consciencieusement à la porte de Procyon, avant de se reprendre...Il resta la main en l'air. Allons mon vieux, un peu de respect pour ton Père, que Diable ! Il va bien finir par se lever. Et Vénusia, elle aussi, va bien finir par sortir de la douche...Mmmm voilà que cela le reprenait. Après la chemise de nuit transparente, la douche...Mais que se passait-il donc dans cette maison ? Tout semblait décidément se liguer contre lui, pour l'empêcher de garder les idées claires et la tête froide. Cupidon avait sans nul doute élu domicile dans les parages. Allons, son Père sortirait et cela contribuerait sans doute à lui remettre les idées en place.


Son Père...sortirait...


Oui mais il n'avait pas prévu qu'il ne sortirait pas seul...


Les yeux exorbités, la gorge sèche et nouée, la bouche restée ouverte de stupeur, Actarus, qui s'était quelque peu éloigné, penaud de tout le tintamarre occasionné, observait la porte de la suite dans laquelle avait dormi son père. Il vit Procyon en sortir pour se diriger vers la salle à manger. Et il aperçut Sayari qui se glissait à sa suite. Et il eut alors brusquement envie de rentrer à six pieds sous terre, partagé entre la stupeur, l'ahurissement et la fâcheuse impression de ne pas se trouver au bon endroit au bon moment, avant de bégayer :


« Bon...bonjour Père ».