Chapitre 2

par venusia45

II.


L'aurore aux doigts de rose dardait ses premiers rayons sur le Ranch du Bouleau blanc. Actarus, les yeux encore brouillés de n'avoir pas dormi, rejoignit prestement la salle de bains et tenta de détendre ses muscles bandés par une nuit sans sommeil sous l'eau chaude. Cette journée, il le pressentait, il l'espérait, apporterait peut-être des réponses aux multiples dilemmes qui l'assaillaient. Il rejoignit ensuite ses acolytes dans la salle à manger, autour d'une tasse de café qui lui fit à coup sûr le plus grand bien, avant d'enfourcher sa moto pour rejoindre le Centre, sous l’œil incrédule de ses amis.


« Mais qu'est-ce qui arrive à Actarus ce matin ? S'étonna Alcor en voyant son ami disparaître à l'horizon. Il n'a rien dit et nous laisse en plan ! 


–Laisse-le, tu vois bien qu'il a mal dormi ! » le rabroua-t-elle.


Phénicia appréciait beaucoup Alcor mais sa propension à ne pas voir les choses les plus évidentes pouvait devenir assez irritante. Elle n'en dit cependant pas davantage. Elle avait perçu l'aura négative qui émanait de son frère depuis quelque temps et sans en connaître la raison, elle pressentait que la joie de la victoire serait sans doute de courte durée.


Sans perdre un instant, Actarus sauta de son dragster et se précipita à l'intérieur du Centre. Depuis la fin de la guerre, le mouvement s'y était quelque peu ralenti, et l'activité y semblait bien plus sereine. La coque de protection qui recouvrait entièrement le Centre, lui donnant l'aspect d'une conque marine, était relevée, et les trois hangars de Fossoirak, Alcorak et Vénusiak restaient obstinément clos. Actarus distingua toutefois en arrivant les prémices d'une activité inhabituelle au regard de ces derniers jours. La guerre avait aiguisé ses sens et ses réflexes, pourtant tendus vers la discussion qu'il avait résolu d'avoir avec Procyon.


« Bonjour Père, je...


–Tu tombes bien Actarus, je voulais t'appeler, déclara abruptement Procyon, d'un ton ferme et décidé, alors que son fils adoptif faisait irruption dans la salle de contrôle. Regarde ce que nous venons de recevoir. »


Actarus se pencha sur le scope-radar et perçut effectivement un point légèrement brillant, à peine une brève luminescence, qui semblait émettre par intermittences. Qu'était-ce donc ? Il leva son regard d'azur vers son père, les yeux emplis d'une lueur interrogative.


« Vois-tu mon fils, expliqua le Professeur, nous avons mis au point un radar interstellaire de taille sensiblement identique à celui qui a été utilisé pour repérer le camp de la lune noire et que Véga avait fait détruire avant votre victoire. Mais il n'a pas tout à fait les mêmes propriétés. Ce radar biosensible est, comme son nom l'indique, capable de repérer les lieux où subsiste une source de vie, qu'elle soit animale ou anthropomorphe. Cela fait quelques jours que nous l'avons envoyé, et jusqu'à présent, nous n'avons pas repéré quoi que ce soit qui ait pu nous laisser penser qu'il reste une trace de vie dans la partie de la galaxie qu'il a parcourue, autour de la nébuleuse de Véga. »


Le Professeur avait lâché ces derniers mots d'une voix monocorde, presque dans un murmure. Face à lui, Actarus écoutait, et ses yeux s'emplissaient d'une infinie tristesse. Ainsi donc Véga ne s'était pas contenté de conquérir les planètes, il les avait expurgées de toute vie, condamnées, par la destruction, le lasernium dont lui-même avait subi les affres, l'exploitation intensive et déraisonnable des ressources, à s'éteindre d'elles-même, comme de petites flammes de vie qui naissent, vivotent et meurent tragiquement. Il avait pratiqué à son tour la politique de la Terre brûlée et appliqué à ses conquêtes le sort peu enviable qu'il avait réservé à Euphor, qu'il avait cru morte avant que Végalia ne lui apprenne vraiment ce qu'il en était.


« Alors...Concordia, Apaisie, Stykadès, Vestalie...»


Les prunelles azur du fier Prince d'Euphor se remplissaient de larmes à l'évocation de cette liste interminable. Il lui semblait entendre les cris des vaincus et les hurlements des vainqueurs, voir le feu des destructions et des explosions. Tant de vies sacrifiées, tant d'avenirs réduits à n'être que néant...


« Et Hydra, et Pallas...Elles ne sont plus non plus. Le robot n'a relevé aucune trace de vie. Peut-être y a-t-il des microparticules, des germes, mais tout cela, si c’est le cas, est à l'état embryonnaire et nous ne verrons ni toi ni moi renaître la Vie sur ces planètes.


–Pallas, la planète de mon ami, de mon frère, de Pollux...Tant de morts...Tant de morts pour qui ? Pourquoi ? »


La plainte d'Actarus s'éleva, sombre et déchirante, dans la salle de contrôle, avant que le Prince ne détourne un moment le visage pour essuyer les larmes qui coulaient lentement le long de ses joues. La folie de Véga lui apparaissait dans toute sa démesure, dans tout son tragique mépris de la Vie. C'était tout ce qu'il avait voulu combattre avec Goldorak, et il l'avait fait, valeureusement, inlassablement, depuis la planète bleue. Mais l'univers lui apparaissait tout à coup dans sa cruelle immensité, et les combats menés, pour courageux et héroïques qu'ils aient pu être, lui semblaient tout à coup dérisoires au regard de ce qu'il aurait pu faire, de ceux qu'il aurait pu sauver. Il baissa les yeux, serra les poings à s'en faire blanchir les jointures, et son visage aux mâchoires crispées prit une expression indéfinissable, entre haine et désespoir.


Sans dire un mot, Procyon s'approcha de son fils et l'enlaça. La douleur était palpable, renforcée, même s'il ne le savait pas, pas la fatigue extrême d'Actarus, par ses nuits sans sommeil ou peuplées de ce cauchemar récurrent, par ce dilemme qui lui torturait le cœur. Les deux hommes se tinrent un moment embrassés, avant qu'Actarus ne se dégage de l'étreinte paternelle pour demander :


« Mais alors, ce point brillant ? C’est juste le radar ? Ou il y a autre chose que tu veux m'apprendre ? »


Procyon hésita un instant, se racla la gorge et se résolut à parler :


« Hé bien mon fils, il y a peut-être une chance que notre radar ait détecté des éléments vivants. Nous n'en sommes pas complètement sûrs, mais là, sur cette planète, il se peut qu'il y ait des survivants.


–Et...quelle est cette planète, Père ? Je t'en prie, ne me fais pas languir plus longtemps...


–C'est...C'est Akereb »...