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par venusia45

Bleu


Céruléen, profond comme le bleu de l'océan, lointain comme les abîmes où je me laisse couler sans vouloir revenir à la surface. Comme je m'en souviens, de ce premier regard que tu m'as adressé, qui m'a emportée sans retour. Tu te tenais devant moi, accompagné de ton père. Et je t'ai vu. Et plus jamais je n'ai dormi de la même façon. Et plus jamais je n'ai pensé à moi sans toi.


Le bleu de tes yeux.


Saphir, brillant et précieux comme ces deux gemmes qui vous transpercent de leur éclat mystérieux, de leur intensité hypnotique, de leur étincellement envoûtant. Lorsque tes prunelles croisent les miennes, lorsque je m'oublie dans les tiennes. Et ce vide lorsque tu détournes les yeux de moi, lorsque tu ne me comprends pas.


L'or de ton regard.


Aigue-marine, transparence bleutée, clarté diaphane, limpidité dans laquelle je rêve de me fondre, de me dissoudre, de m'épuiser. Source luminescente à laquelle je brûle de m'abreuver. Phare dans ma nuit, feu dans mes ténèbres.


La force de tes yeux.


Azur, orbes scintillantes qui me portent au firmament, qui me transpercent l'âme à en mourir, qui m'emmènent au-delà de ce que j'ai toujours connu, au-delà de moi, au-delà de nous. Flèche qui me paralyse, poison bienheureux qui me transporte et que je révère.


L'amour dans tes yeux.


Ce regard que j'ai cru ne plus revoir, bien des fois, lorsque tu tardais à rentrer, cible d'un engin de malheur dont je ne voulais pas même savoir le nom et qui m'aurait pour toujours arraché à toi, dispersant les miettes de mon cœur comme autant d’éclats de ta lumière à jamais éteinte.


Ce regard venu de si loin, rappel entêtant et enivrant de ta noble condition, azur écartelé sur l'or qui paillette tes iris, loyauté, justice et vérité, blason de ton cœur et de ton âme, héraldique qui porte tes origines à jamais. Prince des nuées.


Ce regard qui me fusillait lorsque je voulais à toute force venir avec toi, innocente et naïve que j'étais, qui aurais tout risqué pour suivre son éclat par-delà le firmament, l'espace et le temps. N'avais-tu pas compris que sans tes yeux je ne voyais plus le monde autour de moi ?


Ce regard qui me sonde, me transperce l'âme, me vrille le cœur tant il devient braise et flamme. Feu de mon corps et de mon cœur, brasier incandescent que nulle eau ne peut éteindre, nul onguent apaiser.


Ce regard que je voudrais faire mien, quand je voudrais me faire tienne, reflets marins, noir de nuit et de désir, sombre comme l'abîme insondable de ton cœur et de ton corps qui m'emporte toute entière vers les abysses, vers ce tréfonds où l'on se perd, où l'on se retrouve, où j'aspire à me noyer.


Tes yeux, ton reflet, Toi. Et peut-être un jour, Nous. Qui sait ?