Chapitre 7 : Rêves et Apparitions

par Maggie31

Chapitre 7 :


Rêves et apparitions




Une petite fille courrait dans les ruelles étroites. Elle courait tellement rapidement qu'elle ne reconnaissait plus les murs devant lesquelles elle passait. Ses pas résonnaient dans l'obscurité oppressante. Sa longue chevelure châtain dansait derrière elle alors qu'elle se dégarnissait à vue d'oeil. Sa peau blafarde noircissait à cause de l'apparition de fines veines noires et ses yeux rougissaient.

Soudain, elle entendit un hurlement mais elle ne s'arrêta pas pour autant lorsqu'elle reconnu qui en était à l'origine. La forêt approchait de plus en plus au fur et à mesure que ses jambes la guidaient vers elle comme l'attraction de deux aimants.

Lorsqu'elle franchit la lisière de la forêt, elle ne vit pas l' homme qui l'observait sans bouger. Il n'était pas caché mais la fillette ne put le voir. Elle était déjà partit dans le bosquet lorsqu'il commença à s'avancer vers la personne qui regardait la scène. Les cheveux de l'étrange apparition voletaient au gré du vent et son uniforme bleu marine lui donnait un air solennel figé à tout jamais. Son visage s'approchait de plus en plus et quand il ne fut plus qu'à deux centimètres, il hurla d'une voix glaciale et démente :

- « Espèce de lâche ! »

La porte du cockpit se referma et un bruit assourdissant retentit. Soudain l'appareil prit de la vitesse et se pencha en avant. Les passagers hurlèrent. Les objets qui n'étaient pas dans les valises s'amassèrent sur le mur d'en face. Un autre homme en uniforme bleu marine accouru dans la pièce.

Personne n'arrivait à contrôler l'avion. Le pilote qui venait d'entrer prit la place d'un autre et appuya sur plusieurs boutons tout en appelant les tours de contrôle sans aucune réponse. Son voisin tirait de toutes ses forces sur la manette de pilotage. Quelqu'un derrière eux s'approcha de la vitre et montra quelque chose dans l'épais brouillard. Il hurla et les lumières s'éteignirent. Le bruit assourdissant des réacteurs s'accentuaient davantage puis un horrible craquement se fit entendre vers le centre de l'appareil. Un d'eux venait d'exploser suite à la forte pression et au mauvais temps qui s'exerçait sur lui. L'avion tanguait.

Les passagers hurlaient la mort, certains priaient et d'autres essayaient de rassurer les enfants. Puis brusquement un homme se leva et se suicida en se tirant une balle dans la tête. Personne ne se demanda comment cet homme se trouvait en possession d'une arme dans un avion où la sécurité était accru. En vérité, peu de gens l'avaient vu faire car ils étaient trop paniqués pour cela. Cependant, seuls ceux qui était proche de lui s'en étaient rendu compte. Les parents cachaient les yeux de leurs enfants pour leurs éviter cette scène d'horreur et plusieurs femmes se mirent à pleurer alors que leur mari s'énervaient ou essayaient de les consoler.

Deux pilotes mirent le corps à l'abri des regards et retournèrent rapidement dans le cockpit. L'homme qui essayait de remonter l'avion fatiguait mais tenait bon. De la sueur perlait sur son visage.

Le pilote qui avait pointé quelque chose dans le brouillard avait les mains crispées sur le bord du siège de l'homme qui essayait d'alerter les tours de contrôle alentours. Puis soudain, son collègue, totalement tétanisé, se mit à s'agiter et à hurler des paroles incompréhensibles. Les autres pilotes regardèrent ce qu'il montrait du doigt et ouvrirent de grands yeux. L'avion fonçait droit sur une île couverte d'arbres.

La jeune femme se réveilla en sursaut. Elle mit du temps à comprendre qu'elle était allongée dans son lit et qu'elle venait de faire un énième cauchemar. Ses yeux fixèrent le plafond un long moment. Puis soudain, elle se rendit compte que sa gorge était en feu car elle était complètement sèche et déshydratée. La voyageuse n'avait vraiment aucune envie de se lever mais le besoin était plus fort que l'envie. Elle alluma donc la lumière et attendit un peu afin d'habituer ses yeux à la nouvelle clarté. Elle retira ses couvertures et s'assit au bord du lit pour mettre ses chaussons. Comme il faisait froid en dehors de son lit, la jeune femme enfila un peignoir et sortit de sa chambre.

Elle avait peur de se retrouver toute seule et d'être dans le noir complet, or il était tard et donc il faisait nuit. La voyageuse se mit à allumer toutes les lumières puis alors qu'elle arrivait devant les escaliers, elle repensa à ce qui s'était passé dans la salle-de-bain et décida de prendre sa lampe de poche si jamais les lumières s'éteignaient encore une fois. Elle espérait au fond d'elle que sa lampe ne subirai pas le même sort et qu'elle se retrouve dans le noir complet.

Lorsque la jeune femme fut en bas des escaliers, elle scruta les alentours et comme elle ne vit rien d'anormal, elle alla dans la cuisine en s'efforçant de ne pas regarder dans le miroir accroché sur le mur qu'elle longeait. La voyageuse se servit un verre d'eau et s'assit sur une chaise. Elle releva les yeux et vit l'heure : trois heures du matin.

Soudain, elle entendit du bruit dans le salon. La jeune femme se figea et attendit. Rien ne se produisit. Le bruit recommença. Elle sursauta puis se rendit compte qu'il ne s'agissait en fait que de l'horloge qui sonnait l'heure. Elle se détendit légèrement et se resservit de l'eau. Elle vida rapidement le liquide et mit le récipient dans le lave-vaisselle. La voyageuse se retourna. Elle ne se rendit pas compte tout de suite que quelque chose avait changé. Les chaises étaient-elles aussi écartées de la table ? Les mouchoirs avaient-ils été là où ils était posés à l'instant ? La poubelle n'était-elle pas à côté du réfrigérateur lorsqu'elle était entré ? Non, son imagination lui avait fait croire cela mais ce qui était sûr c'était que l'ambiance ou l'atmosphère avait changé depuis qu'elle avait rangé son verre. Elle n'arrivait pas à savoir précisément de quoi il s'agissait mais son instinct lui criait de sortir de la maison alors elle se dirigea lentement, avec la lampe de poche toujours à la main, vers la porte qui menait vers l'extérieur. La jeune femme déverrouilla la serrure alors que la lumière s'éteignait. Elle s'apprêtait à franchir le seuil lorsqu'une grande bourrasque lui claqua la porte au nez. Elle était de nouveau coincée. La voyageuse se rappela qu'elle avait toujours la lampe et l'alluma rapidement. Le faisceau lumineux parcouru toute la pièce sans rien voir d'anormal. La jeune femme frissonna et frotta ses bras alors que la lampe était empoignée fermement. Le froid s'insinuait dans ses chaussons jusqu'à ses pieds et remonta sur tout son corps. Il avait envahit la pièce. La voyageuse pensa que toute la maison devait présenter une température très basse mais elle se doutait que dans la pièce où elle se trouvait, il faisait encore plus froid.

Soudain, la jeune femme tomba par terre. On aurait dit que quelqu'un lui avait fait un croche pied. Elle se recroquevilla et monta la lampe de poche vers le plafond. Elle n'aurait pas du puisqu'un visage tout près d'elle qui l'observait lui sourit. La voyageuse hurla à plein poumon. Elle recula mais la lumière de sa petite lampe s'éteignit à son tour. Elle se figea mais son corps tremblait comme une feuille. Cependant, rien ne se produisit pendant quelques secondes. La jeune femme tenta vainement de refaire fonctionner la lampe. Elle gémit de désespoir.

Soudain, la voix glaciale qui hantait ses rêves retentit dans l'obscurité.

- « Misérable vermine ! »

La voyageuse retint son souffle. Un courant d'air froid tourna autour d'elle comme une tornade. Les meubles tremblaient autant qu'elle ainsi que les vitres. Les portes des placards et du réfrigérateur et les tiroirs s'ouvraient et se refermaient sans cesse. Les chaises tombèrent ainsi que la poubelle qui s'ouvrit et déversa son contenu sur le sol.

Soudain, la voyageuse sentit un forte pression sur sa cheville droite, quelque chose de froid l'entourait. À travers le tumulte environnent, elle entendit l'os craquer alors qu'une douleur fulgurante apparu à cet endroit. Elle hurla une seconde fois. Cependant, l'effet fut immédiat, la jeune femme fut tirée par la cheville brusquement et se retrouva dos au sol. Sa tête heurta le carrelage dans sa chute ce qui la sonna légèrement mais elle n'eut pas le temps de reprendre ses esprits puisqu'on la traînait vers le salon. Elle sentit qu'elle emportait une chaise et des détritus au passage mais elle s'en fichait. La jeune femme se débattait de toutes ses forces et mit ses mains sur sa cheville droite. Elle sentit une autre main glacée. Son réflexe fut de retirer rapidement les siennes mais la pression sur son articulation s'intensifia et elle se retrouva de nouveau dos au sol puisqu'on l'avait tirée plus fort et d'un coup. La voyageuse ne se découragea pas pour autant et essaya de desserrer l'emprise de la main sur son os cassé. Sans succès.

La personne qui la tirait accéléra la cadence soudainement et la voyageuse se prit de plein fouet l'encadrement de porte et une partie du mur sur le côté droit. À nouveau étourdit, elle se laissa traîner dans le couloir qui menait au salon. Puis sans qu'elle l'eut anticipé, sa progression s'arrêta mais la pression sur la cheville était toujours présente. Comme si on l'avait entendu, la main resserra soudain encore plus fort l'articulation ce qui arracha un cri à la voyageuse puis relâcha lentement son emprise et cessa d'infliger une douleur atroce à la jeune femme.

Pendant quelques secondes rien ne se produisit puis un courant d'air glacial se leva et se calma rapidement. La voyageuse frissonna. Maintenant qu'un silence s'était installé et qu'il n'y avait aucun mouvement autour d'elle, un nouveau mauvais présentiment l'envahit. Elle n'était pas à l'abri d'une nouvelle attaque. Son corps tremblait comme une feuille. La jeune femme se recroquevilla sur elle-même puis cacha son visage à l'aide de ses mains. Elle resta dans cette position pendant plusieurs minutes qui pour elle avaient l'allure de l'éternité.

Soudain, la voyageuse entendit du bruit à l'étage. Elle ne se retourna pas. Des pas s'approchaient atténués par la moquette. Puis les oreilles de la jeune femme perçut le bruit d'un interrupteur qui s'ouvrait. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qui se passait.

- « Arina ? »

La voyageuse avait hurlé à l'entente de son prénom et s'était retournée quand même. Les lumières était de nouveau allumées et en haut des escaliers, son frère la regardait avec un air ahuri sur le visage. Il releva légèrement la tête pour fixer ses yeux sur un point invisible derrière elle. La jeune femme suivit son regard malgré sa peur grandissante et son hésitation. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle s'aperçut qu'une écriture rouge sang sur le mur lui faisait face.

« GARCE »

(...)

Le lendemain matin, la voyageuse dormait dans sa chambre alors que sa mère s'évertuait à nettoyer le mur pendant que son mari était partit travailler et que son fils était allé acheter des croissants.

Ce qui s'était passé la veille avait laissé la famille de la jeune femme inquiète et perplexe. Son frère l'avait aidée à remonter les escaliers et lui avait demandé en même temps des explications. Cependant, la voyageuse n'avait pas réussit à parler tellement elle avait été choquée. Elle avait passé le reste de la nuit à lire son livre sans vraiment réussir à se concentrer. Au petite matin, épuisée, elle s'endormit avec la lumière allumée et la livre sur son ventre. Sa mère était entré dans sa chambre et en la voyant assoupit elle décida d'éteindre la lampe et enlever l'ouvrage.

Inquiète après la brève conversation qu'elle avait eut avec son fils et son mari sur l'étrange comportement que la jeune femme avait récemment, elle était allée la voir pour éclaircir ce mystère mais elle avait du capituler face à l'épuisement visible de sa fille. Depuis le voyage qu'elle avait effectué, son attitude et son humeur se dégradaient inévitablement. Sa mère avait remarqué cela et était de plus en plus préoccupée. D'ailleurs, elle avait pensé prendre un rendez-vous chez un médecin ou un autre spécialiste mais le père de la voyageuse l'en avait dissuadée. La jeune femme avait surprit une conversation à ce sujet un jour.

Plus tard, en début d'après midi, quelqu'un avait été toqué à la porte, sûrement sa mère, et elle n'avait pas répondu. Elle voulait être seule mais vers seize heures, la personne était revenu et sans surprise la voyageuse vit que c'était sa mère qui lui apportait une assiette couverte d'un film plastique et des couvert. Elle essaya de lui soutirer des informations mais sa fille resta muette comme une carpe. Cependant, lorsqu'elle lui demanda de retirer ses couvertures pour lui montrer sa cheville, elle refusa net. Elles se bagarrèrent puis la mère réussit tant bien que mal à enlever le drap sur les jambes de la jeune femme. Elle examina la blessure même si elle connaissait déjà le diagnostic.

- « Comment est-ce que tu t'es fait ça ? Demanda la mère soudainement.

- Je suis tombée dans les escaliers hier soir, répondit la voyageuse du tac au tac.

- Ah bon ? Pourquoi n'as-tu rien dit à ton frère alors ? Dit la plus vieille qui visiblement ne la croyait pas.

- J'étais fatigué et sonnée.

- D'accord mais tu aurais pu nous dire que tu t'étais foulé la cheville, répondit sa mère tout en la regardant dans les yeux comme si elle pouvait comprendre l'état de sa fille dedans.

- Elle est foulée ? Je pensais qu'elle était peut être cassée comme je n'arrive pas à poser le pied par terre »

Un silence s'installa entre elle puis la voyageuse énervée le brisa.

- « Tu n'es pas obligée de me croire. Je n'ai pas envie que tu fasse semblant. Maintenant, j'aimerais bien être seule, merci, dit elle en se recouchant et en se couvrant avec ses couvertures.

- Je suis ta mère ne me parle pas comme ça » ordonna son interlocutrice.

Un nouveau silence s'installa plus pesant que le précédant puis la jeune femme l'entendit se lever.

- « Très bien. Fais ta tête de cochon. On parlera après que tu te sois calmée »

Lorsque la porte fut fermée, la voyageuse poussa un long soupir avant de se rendormir.

Le Temple maudit était en face d'elle. Il avait l'air différent. En effet, les herbes et plantes montantes n'y était pas, la fontaine en ruine était comme neuve et les peintures des murs étaient visibles contrairement à ce qu'elle avait pu voir la dernière fois. Après l'avoir bien détaillé du regard, la jeune femme décida d'y entrer. Rien avait changé. Cependant, l'ambiance morne d'auparavant était moins marquée. Elle parcourra le même chemin qu'elle avait prit pour aller à la salle du bouddha et alla dans la pièce aux corps en décomposition. La voyageuse poussa la porte et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle vit la fillette au centre de la salle vide de cadavre. Son visage était triste. Puis les monstres lentement apparurent à côté d'elle, ils étaient aussi calme que la petite. La jeune femme les dévisagea un instant puis soudain un homme apparu également aux côtés de la petite. Cependant, ce qui la frappa c'était qu'il fit comme si de rien n'était. La fillette esquissa un geste vers lui mais il ne réagit pas.

« Il n'arrive pas à me voir »

La voyageuse se réveilla en sueur, elle ne s'aperçut pas tout de suite que quelqu'un d'autre était présent dans la pièce. Lorsqu'elle le vit, elle sursauta. Son frère la regarda une nouvelle fois d'un air ahuri. Il avait passé la tête dans l'entrebâillement de la porte ce qui avait surpris la jeune femme.

- « Maman veut que tu te lèves et que tu ailles te doucher pour aller manger avec nous en bas, déclara-t-il.

- Ah.

- Maintenant, insista-t-il.

- Oui, c'est bon j'arrive » s'énerva-t-elle.

Son frère ferma la porte la laissant seule. Elle se leva et prit des vêtements propres puis alla dans la salle-de-bain. Lorsqu'elle eut terminé, elle retourna dans sa chambre et ouvrit son volet et sa fenêtre pour aérer la pièce. La voyageuse n'avait pas vraiment faim et n'avait pas touché à la nourriture. Elle descendit avec lui à cloche-pied et se dirigea vers la cuisine. La jeune femme entendit qu'on parlait d'elle alors elle voulut se rapprocher sans bruit mais elle fit tomber sa cuillère et échoua dans son lamentable plan d'espionnage. Pendant qu'elle la ramassait, son père apparut dans l'encadrement de porte. Il lui prit l'assiette des mains et demanda :

- « Tu n'as rien mangé ?

- Je n'avais pas f.. commença la voyageuse.

- Comment ça ? S'écria sa mère derrière son paternel.

- Bah je sais pas.

- Vas t'asseoir à table et tu as intérêt à manger sinon tu auras affaire à moi, répondit sa mère ce qui la fit rire. Je ne vois pas ce qui te fait rire, jeune fille, poursuivit-elle visiblement en colère.

- D'accord, j'y vais » dit la voyageuse résignée.

Elle s'installa sur une chaise mais comme elle se sentait seule elle mit la télé en marche. La jeune femme regardait la météo qui annonçait, soit dis en passant, un temps maussade pour la semaine. Sa mère arriva quelques minutes plus tard avec un plat qu'elle posa sur la table puis elle éteignit le téléviseur.

- « Nous devons parler Arina »

La voyageuse fut tellement étonnée qu'elle la regarda avec des yeux ronds pendant qu'elle allait s'asseoir et que son frère et son père s'installaient eux aussi.

- « Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda la jeune femme abasourdie.

- C'est nous qui devrions te poser cette question, répondit sa mère ce qui l'étonna encore plus. Depuis que tu as fais ce voyage nous ne te reconnaissons plus. Alors nous nous demandions ce qui avait pu se passer la-bas.

- Rien. J'ai mûri c'est tout.

- Arrêtes, ne dis pas de bêtises pareilles voyons. Ne nous prends pas pour des imbéciles. Tu es arrivée épuisée, après tu as été odieuse avec Ichiro et hier tu es soit-disant tombée dans les escaliers. Tu ne vas pas me dire que ce n'est rien. Ton comportement m'inquiète, NOUS inquiète, insista-t-elle tout en jetant des regards à son mari. Ton père s'inquiète ainsi que ton frère, n'est-ce pas ?

- Oui, c'est vrai. Ta mère m'a dit que tu t'était blessée hier mais que tu n'as voulu rien dire. Pourquoi te renfermes-tu ? Nous sommes ta famille, nous pouvons t'aider, intervint son père posément.

- Je le sais bien mais je n'ai pas de problème.

- De toute façon, elle ne dira rien alors ça ne sert à rien, répliqua son frère d'un air désinvolte voire blasé.

- Mais ... commença sa mère.

- Ne la force pas. Si c'est grave elle nous le dira. Et puis elle ne veut peut être pas en parler devant tout le monde » apaisa son père.

Le repas se fit dans le silence puisque chaque membre de la famille était dans leurs pensées. Lorsqu'ils terminèrent leur assiette, la mère les ramassa puis les mit dans le lave-vaisselle. Les autres rangèrent ce qui restait et vaquèrent chacun à leur occupation habituelle du soir.

La jeune femme remonta dans sa chambre et alluma son ordinateur. Elle s'installa sur son siège de bureau et attendit.

C'était comme cela tous les vendredis soirs, la voyageuse passait son temps sur des conversations en ligne, son frère jouaient aux jeux vidéos, son père regardaient un film dans le salon et sa mère le rejoignait parfois ou allait lire un livre dans son coin. En somme, la famille aimait être tranquille ce soir de la semaine. Étant en vacances, le frère et la soeur pouvaient appliquer leur programme de cette soirée en particulier sur tout les soirs de la semaine.

La jeune femme se connecta et s'aperçut qu'elle avait beaucoup de messages sur sa boite mail. Elle tria et vit que la plupart était des publicités inintéressantes. Puis après avoir tout regardé, elle répondit à quelques personnes. Quelqu'un vint lui parler en direct et lui demanda comment elle allait. C'était une amie de sa classe, Kara. Mais elle n'avait aucune envie de parler. Elle s'excusa auprès d'elle puis éteignit l'ordinateur.

C'est à ce moment là que choisit sa mère pour aller frapper à sa porte.

- « Tu ne veux toujours pas en parler ? Demanda-t-elle timidement. Voyant que sa fille ne prenait pas la peine de répondre, elle poursuivit. En fait, j'ai eu une idée. Puisque tu ne sors plus en ce moment et que tu t'enfermes sur toi-même, j'ai pensé que tu pouvais aller faire les boutiques ou aller au parc d'attraction avec ton frère et Ichiro. Tu n'as pas l'air de voir tes amies alors j'ai pensé à eux qui te sont le plus proche.

- Maman, Ichiro et moi ne sommes pas proche du tout, répondit la voyageuse désespéré.

- Pourquoi ?

- Eh bien ... Je ne l'aime pas c'est tout, dit la fille bêtement.

- Ça ne répond pas à la question, répondit malicieusement la plus vieille.

- D'accord je n'ai pas beaucoup d'arguments mais je n'ai pas envie d'être proche de lui, il m'agace. Je ne suis pas amoureuse de lui et il n'y a rien entre nous, je te préviens »

La mère lui lança un regard ironique qui voulait dire : « Arrête de mentir, je sais très bien que c'est le contraire » mais la fille n'était pas du tout d'accord et se révolta :

- « Maman ! Tu sais bien que c'est faux !

- Je rigole. Ne t'inquiètes pas. Cependant, réfléchis bien à ce que je t'ai dis. J'aimerais que tu sortes un peu pour te changer les idées. J'en ai parlé à ton frère et il est d'accord.

- Je paris que tu avais tout préparé à l'avance et que tu l'as déjà proposé à Ichiro, soupçonna la jeune femme.

- Eh bien ...

- J'y crois pas. T'es vraiment pas croyable et tellement prévisible. Mais tu as raison, j'ai envie de sortir mais pas avec l'autre idiot. Il va plomber l'ambiance et il va être lourd, désespéra-t-elle.

- Arina, n'insulte pas un homme amoureux. Tu sais, il est gentil et très intelligent, complimenta la mère.

- Moui, ça dépends pour qui, ricana la plus jeune.

- Arina, tu vas trop loin. Il est très gentil et patient avec toi. Plus d'un homme t'aurais laissé tomber face à ta méchanceté et lui il reste et subit en silence. Il est très courageux.

- Méchanceté ? Courageux ? Il ne faut pas exagérer quand même, répondit la voyageuse.

- Il n'y a que la vérité qui blesse, jeune soeur, intervint son frère qui venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte. Demain, je t'emmène avec Ichiro dans un nouveau magasin de jeux vidéos.

- Sûrement pas. De toute façon, à chaque fois c'est toujours moi qui gagne puisqu'à la fin on va dans les magasins que je choisis.

- Peut être que les magasins, ce n'est pas une bonne idée. Le cinéma ou la patinoire, ça vous dis ? Proposa la mère.

- Le cinéma, comme ça, ça m'évitera de voir l'autre crétin ou de l'entendre parler » cracha pratiquement la voyageuse.

Soudain, elle se rendit compte de ce qu'elle venait de dire. Elle avait touché le fond. La jeune femme s'acharnait sur ce garçon qui n'avait rien demandé à part peut être un peu d'attention. Depuis qu'elle était revenu de son voyage, cela s'était amplifié.

Ils se connaissaient depuis qu'ils étaient petits puisqu'ils sont voisins et que leurs parents s'entendent très bien. Dès qu'ils s'étaient vu, le garçon était tombé amoureux d'elle. Au début, il la maltraitait puisque tout les petits garçons pour montrer leur affection réagissent ainsi puis petit à petit, il s'était mit à la suivre comme un petit chien. Cependant, comme la jeune femme aimait la solitude, elle l'avait repoussé plusieurs fois sans succès. Depuis le jour de leur rencontre, le jeune homme avait toujours eut le même regard sur elle. Un regard plein d'amour, ce qui l'écoeurait et lui donnait envie de le repousser davantage. De plus, à cause de cela, ils n'avait pas pris le temps de se connaître mais elle était sûr que lui savait plus de choses sur elle qu'elle ne le pensait. Cela lui faisait un peu peur tout de même.

Bref, la voyageuse se promit d'arrêter de s'acharner sur lui.

- « Je ne m'excuserais pas pour autant, déclara-t-elle soudain.

- Quoi ? S'étonna son frère.

- Rien, répondit la jeune femme avec un sourire. En fait je veux bien aller à ton magasin de jeux vidéos. J'ai bien envie d'y jeter un oeil.

- Pourquoi est-ce que tu changes d'avis tout d'un coup ? C'est suspect, demanda son frère.

- Je veux faire des efforts. Par contre, je vais avoir beaucoup de mal avec ... Ichiro mais je vais essayer »

Sur ce, elle alla dans la salle-de-bain laissant son frère et sa mère pantois. La jeune femme se démaquilla, se lava le visage et se brossa les dents pendant qu'ils parlaient encore dans sa chambre. Elle n'entendais rien d'où elle était et donc elle se rapprocha discrètement lorsqu'elle eut terminé. La voyageuse colla son oreille à la porte entrebâillée. Son frère chuchotait quelque chose, elle voulut avancer encore un peu plus mais elle trébucha et tomba par terre tout en se cognant la tête contre le panneau de bois. Sa chute les avait fait se retourner vers elle. Cette dernière remonta la tête et souris bêtement devant leur regard surpris. Soudain, il éclatèrent de rire alors que la jeune femme se relevait tant bien que mal.

- « Oh ça va. Ça peut arriver à tout le monde, dit-elle en s'époussetant.

- Non, ce genre de chose n'arrive qu'à toi, rigola son frère.

- Oui, bien sûr. Maman est la seule encore à se prendre la poutre au-dessus de la porte dans le garage alors que ça fait vingt ans qu'elle vit ici, contre-attaqua la voyageuse.

- Pour ma défense, je n'y vais pas souvent donc j'oublie son existence, répondit sa mère faussement en colère. Bon allez il est temps d'aller se mettre au lit.

- Maman, on est plus des gamins, s'indigna le jeune homme.

- On ne discute pas. Surtout toi, Arina tu as souvent l'air fatiguée en ce moment alors raison de plus pour aller te coucher maintenant, répliqua la mère en se tournant vers la voyageuse.

- De toute façon, j'y allais. Bon allez bonne nuit à demain, dit la fille en les poussant en dehors de sa chambre.

- Bonne nuit », répondirent en choeur les deux autres.

La jeune femme se changea et ferma les volets. Elle se mit rapidement dans son lit pour rejoindre les bras de Morphée.

De nouveau dans le Temple, la jeune femme sortit de la pièce aux cadavres et se retrouva dans la salle du bouddha. Puis elle se dirigea vers la pièce dédiée aux sacrifices qui avait été construite dans les sous-sol. La voyageuse parcouru le même chemin que la dernière fois. Elle n'eut pas besoin de poser sa main sur la porte de purification puisqu'elle s'ouvrit d'elle-même. Ses pas résonnaient dans le silence illusoire voire chimérique. On la surveillait, elle le sentait. Mais elle continua son chemin sans vraiment faire attention à ce détail. Le temps était réduit ou différent puisqu'elle arriva rapidement devant la porte de la pièce contrairement à la dernière fois. Elle l'ouvrit mais fut surprise de se retrouver dans sa maison. La voyageuse observa le décor et essaya de déceler quelque chose d'anormal. Cependant, elle ne trouva rien. Soudain, une silhouette blanche apparut face à la voyageuse. Ses traits et contours se dessinèrent petit à petit. La petite fille qu'elle avait rencontré quelques semaines plus tôt la regardait avec tristesse. Elle ressemblait un hologramme puisque son corps avait l'air translucide.

- « Fais attention à toi ! »

Soudain, elle se réveilla en sursaut mais cette fois c'était différent. Une main était posée sur son bras et une ombre la surplombait. La jeune femme hurla alors que la pression des doigts lui coupait la circulation du sang de plus en plus.