La fin d'une chose, le début d'une autre [FIN]

par Jill Kuchiwa

Un an avait passé. La rééducation de Rina était désormais finie… Pour la conclure et la célébrer à la fois, elle avait demandé à faire un combat contre son père, ce que ce dernier avait accepté avec plaisir.

Roy ayant demandé à être au courant des progrès de Rina, Ed l’avait donc appelé pour qu’il vienne les constater de ses propres yeux. Il était accompagné d'Elizabeth et assistaient donc tous au combat avec Winry, Ayame, Edwin, , ainsi qu'Izumi, qui avait également fait le déplacement suite à l'appel d'Ed.

-Qu'en pensez-vous ? demanda Winry au maître de son mari.

-Elle a mit un moment avant de reprendre ses reflex, avoua Izumi sans quitter des yeux le combat. Mais elle est plus a l'aise, maintenant.

-C'est vrai, elle a retrouvé sa fougue, approuva Edwin.

Cela lui faisait du bien de la voir enfin sur pied, en train de combattre.

Comme si elle lisait ses pensées, Ellie lui pressa doucement le bras. Il tourna la tête et lui sourit. Tous deux sortaient ensemble depuis six mois.

Quand à Darrick et Rina, eh bien... Allez savoir quand est-ce qu'ils allaient se décider, tous les deux. Ils se contentaient de se tourner autour, aucun des deux n'osant se déclarer, alors que tout leur entourage n'attendait que ça.

-Dis donc, tu as une garde du tonnerre ! félicita Ed. Je peux savoir qui est le coach qui t’a aussi bien formé ?

-Bof, un type…, taquina Rina en haussant les épaules.

-J'ai aussi ma part de mérite, même si je ne l'ai entraînée qu'une semaine, non mais, grommela Izumi.

Ed se remit en garde, prêt à attaquer.

-Par contre tu devrais y aller à fond, et ne pas te retenir ! Il faut bien tester cet auto-mail !

-Je veux bien mais… Mon coach veut que je contrôle mes coups !

Amusé, Ed sourit.

-Vas-y papa ! Vas-y Rina ! lança Ayame.

Winry regarda sa fille adoptive en souriant. Elle appelait Ed et Winry par leur prénom, mais de temps en temps « papa » ou « maman » lui échappait. Il fallait laisser faire le temps.

-Ça va, tu ne te mouilles pas trop pour les encouragements, sœurette ! taquina Edwin en ébouriffant les cheveux de la petite, qui pouffa.


**

-Alors ? fit Ed à Roy, lorsque le combat fut fini.

Rina fronça les sourcils. Pourquoi son père demandait plus particulièrement l’avis du Führer ?

-Si c’est O.K pour elle, c’est O.K pour moi.

-Comment ça ? De quoi vous parlez, tous les deux ? ne comprit pas l’adolescente.

Roy désigna Ed du regard.

-Fullmetal… C’est ton idée.

-Quelle idée, papa ?

Edwin, Winry, Izumi et Ellie échangèrent un regard entendu et se rapprochèrent. Ils étaient déjà au courant de tout mais voulaient guetter la réaction de Rina.

-J’en ai beaucoup parler avec le président et... Si tu as toujours autant envie de devenir Alchimiste d’Etat et de repartir à Central… Eh bien tu en as l’occasion.

-Je ne comprends toujours pas…

-Ton essai a été validé, expliqua Roy. Tu as fait plus de dossier qu’il n’en faut et certes, tu n’as quasiment pas fait de patrouille et la seule que tu as faites a été assez catastrophique... Mais avec ton équipe, nous avons décidé de prendre en compte l’affaire Rayg comme dernière partie de ton essai, la mission sur le terrain… Et elle rattrape largement la patrouille. Une fois à Central, je devrais seulement te faire passer l’oral dont nous avons parlé histoire de rester dans les règles et après, tu auras ton diplôme, Alchimiste d’Etat !

Rina resta interdite quelques secondes avant de secouer la tête, comme pour essayer de retomber sur terre, et regarda son père avec étonnement.

-Et tu es d’accord ?!

-Tu y retourneras de toute façon, répondit Ed en haussant les épaules. J’ai seulement pris l’initiative afin de ne pas avoir de mauvaise surprise, cette fois.

-D'accord, mais… Tu es d’accord ?!

Ed sourit, amusé de voir qu’elle n’en revenait pas.

-Tu m’as largement montré tes preuves et puis… (Il soupira) Je dois arrêter de rester dans le passé. Tu as grandi, tu as mûri… Tu connais tout de mon passé, les Alchimistes d’Etat ne sont définitivement plus des chiens de l’armée grâce au Führer et j'ai vu de mes propres yeux que tu pouvais te débrouiller toute seule et que tu n'avais plus besoin de moi… Je n’ai plus aucune raison de m’opposer à ce que tu ailles dans l’armée.

Le cœur de Rina se serra. Son père avait beau dire ça, elle voyait très bien la lueur de douleur dans son regard.

-Tu n’as plus aucune raison de t’opposer, certes… Mais est-ce que tu es d’accord avec ce choix ? insista-t-elle doucement.

-Si c’est que tu veux faire, oui. Et je ferais tout pour te soutenir.

-Et toi, maman ? demanda l’adolescente en se tournant vers Winry.

-Je dis à ton père de te laisser plus de liberté depuis des années, tu crois vraiment que je vais m’opposer maintenant ? pouffa Winry. Rappelles-toi, une fois je t’ai dit que ton destin se fera par rapport à tes choix…

-Et selon les choix que je fais, je peux devenir ou faire tout ce que je veux, récita-t-elle, se souvenant de ces paroles.

-Exact. Donc si devenir Alchimiste d’Etat est ton choix… Alors fonce.

-En fait… J’avais pensé à autre chose aussi… (Elle se tourna vers Ed) Cette année, j’ai réalisé la chance qu’on avait de pouvoir tenir debout… Alors, j’ai eu envie de voyager. D’abord voyager dans le pays, puis dans le monde et de mes propres jambes. Je veux voir tout ce que tu as vu, durant tes voyages !

-Ça m’a l’air d’être un très bon projet, approuva Ed.

-Raaa… Mais j’ai tellement envie de devenir Alchimiste d’Etat aussi…

-L’avenir est un champ infini de possibilité, approuva Roy.

-Je peux devenir ou faire tout ce que je veux, répéta Rina en réfléchissant intensivement. Je peux devenir ou faire tout ce que je veux… (L’illumination arriva) Je sais ! Voilà le plan !

Edwin croisa les bras tout en échangeant un regard complice avec son père. Qu’est-ce qu’elle allait encore imaginer comme plan tordu ?

-Je vais devenir Alchimiste d’Etat, décida-t-elle. J’ai d’abord besoin d’apprendre comment marche notre pays. Ensuite, je commencerais mes voyages ! J’en apprendrais plus sur le monde et j’utiliserais donc ces connaissances pour m’améliorer dans mon métier d’Alchimiste d’Etat… Je ferais genre un voyage par an pendant… un mois… Puis deux mois, lorsque je voyagerais dans le monde !

Suite à cette déclaration, il y eut un silence dépité. Roy se tourna finalement vers Ed, bouche-bée.

-Elle est encore plus ambitieuse que toi, Fullmetal, l­âcha Roy.

Winry sourit en voyant une lueur pétillé dans le regard de son mari. Visiblement, il aimait beaucoup le plan farfelu de sa fille ! La mécanicienne vit Ayame s’accroupir et cajola Nori, qui passait juste devant elle.

-Ça veut dire que tu vas partir toi aussi ! se lamenta-t-elle.

Winry la comprenait. Elle s’était rendue compte à quel point la présence d’un chien dans la maison lui faisait du bien. Il fallait dire qu’elle avait grandie auprès de Den…

-Tu veux un chien ? demanda Elizabeth.

-Oh oui ! Un chien ! s’exclama Ayame.

-Non, pas de chien, répondit aussitôt Ed.

-Vous en auriez un à donner ? s’enquit Winry, ignorant son mari.

-Oui, Riza à encore fait faire une portée, soupira Roy d'un air blasé.

-Le père est notre Shiba roux, ajouta Ellie.

-Oh, celui avec lequel jouait Nori quand je vous l’amenais ? réalisa Rina.

Elizabeth approuva d’un hochement de tête.

-Eeeeeeeeed ! supplia Winry.

-Winry, je comprends mais on ne retrouvera jamais de chien aussi brave et loyal que Den.

-Il est vrai qu’aucun chien de pourra remplacer le vôtre, tout comme aucun ne pourra remplacer Black Hayate dans le cœur de ma mère, approuva Ellie. Mais l'un des chiots, un petit rouquin, est déjà très brave, je pense qu'il vous correspondrait bien.

Roy regarda sa fille avec gratitude. C'était toujours elle qui parvenait à refiler les chiots !

-Et puis, il est très bien dressé, vous savez, précisa Ellie, l'air de rien. Ma mère se charge personnellement de l'éducation de ses chiots et vous savez qu'elle ne laisse rien passé.

Roy tressaillit. Il se rappelait toujours du jour où Riza avait décidée d’adopter ce bon vieux Black Hayate… Ce dernier avait uriné contre le mur et Riza avait réagi au quart de tour en tirant contre le mur, très près du chiot, afin de lui faire comprendre qu’il n’avait pas à faire ça.

-Ed, s’il te plaiiiiiiiiiiiiiit ! fit Winry avec une moue irrésistible.

Le père de famille détourna le regard, embarrassé. Il pouvait résister lorsque que c’était sa fille, mais avec sa femme… Surtout lorsqu’elle faisait cette bouille…

-Bon… D’accord, grommela Ed.

-Ouaiiiiiiiiis ! s’écria Ayame.

-Cool, Nori va avoir un nouveau copain, fit Rina en se penchant pour caresser son chien.

Puis, elle se tourna vers Roy.

-Sur ce, quand est-ce qu’on part ? demanda-t-elle, reprenant ainsi le sujet de conversation initial.

Edwin sourit et se dirigea dans la maison pour en ressortir, quelques secondes plus tard… Avec une valise pleine à craquer.

-Tout de suite, répondit le Führer.

-Attendez, vous me mettez dehors ? s’écria Rina en dévisageant sa famille.

-Pas du tout ! pouffa Winry en s’approchant de sa fille. Mais que veux-tu, tu es comme ton père ! On savait tous que tu accepterai l’offre du Führer et que tu repartirai bien vite à Central. Et ne fais pas cette tête d’ahuri, avoue que tu t’apprêtais à aller préparer tes affaires pour partir immédiatement !

Rina devait bien admettre que sa mère avait raison… En effet, elle allait dire au président de l’attendre quelques minutes le temps qu’elle fasse ses bagages…

-Vous commencez à me faire flipper à prévoir et devancer mes actions !

Winry sourit et l’enlaça tendrement. Rina ferma les yeux, savourant l’étreinte de sa mère.

-Mais attention ! lui chuchota celle-ci à l’oreille. Je veux que tu rentres tous les week-ends et que tu m’appelles au moins tous les deux jours pour me donner des nouvelles, d’accord ? Et plus de cachotteries...

-Promis…

-Je t’aime, ma chérie…

-Moi aussi, maman…

Rina serra ensuite Ayame dans ses bras, avant de se tourna vers son frère, le visage sombre.

-Si je comprends bien, on ne va plus se voir beaucoup ? Tu vas bientôt partir en formation…

-Ne t’inquiète pas, on aura largement le temps de se voir après ! assura Edwin, un grand sourire aux lèvres.

Le visage de Rina s'illumina, se rappelant qu'Edwin allait ensuite s'installer à Central.

-Mais ne te fais pas d'illusion, taquina Edwin. Ce n'est pas pour toi mais juste pour veiller son ton auto-mail !

Rina éclata de rire.

-Tu es bien comme maman ! Un vrai obsédé des auto-mails !

-Fais gaffe à ce que tu dis… Accro de l’Alchimie !

Rina sourit et serra très fort son frère dans ses bras. Quand il fut le moment de dire au-revoir à son père, une boule se forma dans la gorge de l’adolescente.

-On se revoit ce week-end ? demanda-t-il doucement.

Rina hocha la tête, soudainement incapable de parler. Après quelques secondes d’hésitation, elle se jeta dans les bras de son père.

-Je suis fier de toi, tu sais... Ma petite fille…

-Papa, je ne suis plus une pe…

Elle s’interrompit lorsqu’elle vit le voile de tristesse dans ses yeux. Alors, elle sourit et se lova davantage contre lui.

-D’accord… Je resterais toujours ta petite fille… C’est promis… Je t’aime, papa.

-Je t’aime aussi.

Quand ils rompirent l’étreinte, Winry ne put s’empêcher d’embrasser une dernière fois sa fille.

-Tu diras au-revoir à Hikari pour moi ?

L'apprentie de Winry était en repos aujourd'hui.

-Bien sûr.

Rina hocha la tête et s'avança vers Roy.

-Au fait, président, lança Rina. J’ai une condition…

-Pour changer, maugréa l’intéressé.

-Je veux choisir mon surnom d’Alchimiste.

-Vraiment ?

-Bah j’avoue que j’y aie déjà réfléchit, parce que vu vos idées ringarde…

-Fais attention à ce que tu dis si tu ne veux pas que je change d’avis, grommela le président.

-Mon père était surnommé Fullmetal cause de son bras et de sa jambe de métal, n’est-ce pas ? l'ignora Rina. Moi, je n’ai qu’une jambe… Je serais donc Halfmetal !

Le visage d’Ed s’illumina et il avait tellement de fierté dans les yeux que Winry jurait voir des étoiles dans ses pupilles dorées.

-Ai-je vraiment le choix ? fit Roy, amusé.

-Non, conclut Rina, tout sourire.

Quelques minutes plus tard, la famille Elric regarda la voiture du président s’éloigner, Rina à l’intérieur. Ils restèrent ainsi, même lorsque le nuage de fumée qu’avait soulevé la voiture en partant s’était évaporée depuis longtemps.

-Dire que la semaine prochaine, tu pars aussi, soupira tristement Winry à l’intention d’Edwin. La maison va être bien vide, tout à coup…

-J’aurais tous mes week-ends, lorsque je suis au centre de formation, et j’aurais bien un jour de repos durant les stages, rappela Edwin. Tu verras ça passera vite !

Ed ne dit rien, aussi ému que sa femme à l’idée de bientôt se séparer de son fils. C’était aussi douloureux que de se séparer de sa fille… Mais il le fallait, c’était ainsi que la vie fonctionnait : Quand les enfants étaient assez grands, ils prenaient leur envol.

-Et puis je ne suis pas encore partit, ajouta le futur apprenti mécanicien. Je suis encore là une bonne semaine ! D’ailleurs, il faut que je retourne au boulot…

Sur ce, il pivota sur ses talons. Ayame le suivit pour rentrer à l’intérieur. Winry se tourna vers son mari et vit qu’il fixait toujours l’horizon, droit devant lui. La mécanicienne eut un petit sourire et s’approcha de lui afin de l’enlacer.

-Je ne te l’ai jamais dit mais… Elle va accomplir de grandes choses, murmura-t-elle. Elle est… de ce genre personne qui arrive à faire changer le monde.

-Comment tu peux savoir ça ? s’étonna Ed.

Sa femme haussa les épaules.

-Une sorte de pressentiment, que j’ai eu dès le moment où je l’ai eue dans mes bras, la première fois… Et crois-moi, rien n’est plus véridique que le pressentiment d’une mère !

Elle croisa le regard d'Ed et sourit de nouveau.

-Et puis… C’est la fille de son père...


**

Accoudée contre la fenêtre, Rina regardait le paysage défiler devant ses yeux. Plusieurs émotions se mélangeaient en elle telles que la joie, la tristesse, l’angoisse… Mais surtout, mais de l’excitation, de l’impatience. Elle avait hâte d’être à Central, hâte de retrouver Iyoko et Darrick (elle rougit en pensant à ce dernier). Hâte de partir découvrir le monde, dans quelques années… Hâte de voir ce que la vie lui réservait !

Elle fouilla alors dans son sac à dos et en sortit le journal intime. Même si elle avait retrouvé ses souvenirs, elle avait refusé de le jeter. Elle voulait continuer à écrire dedans. Écrire des anecdotes, ses pensées du moment…

Après avoir attrapé un stylo, elle eut un moment de réflexion, cherchant ses mots. Enfin, elle sourit et écrivit :


Un cœur Fullmetal...

L’année dernière, mon père m’a dit que je faisais partie des personnes qui en avait un. Mais avec toute cette expérience, je suis de plus en plus persuadée que chaque personne est dotée de ce cœur Fullmetal. Si je devais trouver ma propre définition, je dirais que c'est une force unique… Une sorte d’instinct qui s’éveille lorsqu’il faut fournir un ultime effort pour survivre, ou faire survivre des êtres chers et aimés… Comme cette fleur, que m’a montrée Darrick : Elle a repoussé malgré le violent incendie qui avait carbonisé la forêt et aujourd'hui, la forêt regorge de fleurs plus belles les unes que les autres !

C’est pareil pour les humains. Je pense que nous avons tous connaissance de cette force que nous avons en nous… Mais que la plupart des personnes en ont peur et préfèrent la garder au plus profond d’eux, comme pour l’ignorer… ou l’oublier.

Mais il restera toujours quelques personnes qui garderont à jamais conscience de cette force et de ce fait, qui auront toujours le courage d’affronter quelque chose qui les effraient ou d'aimer quelque chose qui les révoltent profondément...


L’une de ces personnes…

... Est mon père.



Cette histoire se termine ici… Et pourtant, ce n’est que le début de l’aventure…

Car ainsi commença la légende de la Halfmetal Alchemist !



Je n'arrivais pas à me décider et du coup, pour conclure cette histoire, vous avez deux citations :

"L'union fait la force ; les membres d'une famille ne devraient jamais l'oublier."

Citation de Emile Mathieu ; Lettre LXIV, L'esprit de famille (1863)

"Un papa va au bout de ses forces pour porter sa famille le plus loin possible."

Citation de Jean Gastaldi ; Le petit livre de papa, 73 (2000)