La décision d'un père

par Jill Kuchiwa

Après avoir laissé son regard fixé sur le cadavre de son ennemi, comme pour être sûr que tout était réellement fini, Ed se tourna vers Rina. Cette dernière n'avait toujours pas lâché la pierre de Vérité, sa main étant trop crispée sur la pierre dorée. La respiration saccadée, son regard était fixé sur un point précis, comme pour l'obliger à se concentrer et à ne pas se laisser submergé par tout ce pouvoir qui l'envahissait.

Ed s'empressa d'accourir vers elle et lui prit doucement la main qui tenait la pierre.

-Rina, murmura-t-il, c'est fini... On a gagné... Lâche la pierre...

-Je... n'y arrive... pas..., lâcha difficilement Rina. Trop... de puissance... Je ne vais... Pas tenir...

-Calme-toi et force-toi à respirer profondément et lentement... (Il sentit la main de sa fille se détendre) Encore plus lentement... Voilà... Reste calme...

Grâce aux paroles apaisantes de son père, Rina parvint enfin à lâcher la pierre. Soudainement, elle eut l'impression d'être complètement vidée de ses forces. Ses jambes cédèrent sous son poids et Ed la rattrapa au moment où elle allait s'écrouler au sol. L'adolescente essoufflée sentit son père la blottir fort contre lui.

-On dirait que l'élève à surpasser le maître, murmura-t-il.

-Dis pas n'importe quoi, souffla Rina, peinant à ne pas sombrer dans l'inconscience. Tu semblais comme un poisson dans l'eau avec cette pierre... Moi j'ai cru que je brûlais de l'intérieur tellement j'avais du mal à canaliser tout ce pouvoir.

-A ton âge, je n'aurais pas aussi bien tenu que toi...

-Tu dis ça pour me faire plaisir.

-Non, je suis sincère... Tu es bien plus forte que je ne l'étais.

De son côté, Roy se leva et s’avança jusqu’au précipice en boitant, rendant son avancée longue et difficile.


-Ça suffit, j'y vais, décida Al.

-Attends, fit Winry. Tu ne trouves que c'est étrangement silencieux, d'un coup ?

-Si, tu as raison, approuva Riza.

Puis, ils entendirent des pas approcher... C'était une démarche étrange, comme si la personne boitait fortement...

Méfiant, Al se plaça devant Winry pour la protéger d'une éventuelle attaque. Puis, lui et d'autres militaires s'apprêtèrent à faire feu.

Le soulagement s'empara de tous lorsque Roy apparut, tout en haut du cratère.

-Rayg a été vaincu, Fullmetal et sa fille lui ont donnés le coup de grâce. Nous avons gagné !

Winry poussa un profond soupir de soulagement et échangea un regard rassuré avec son fils.

Malgré l’épuisement des troupes, ils trouvèrent tous la force de pousser des acclamations de joie.

En les entendant, au loin, Ed échangea un sourire complice avec sa fille.

-Je crois qu'on nous attend, dit-il en la portant dans ses bras. Allons-y.

Lorsqu'ils entrèrent dans le précipice, une nouvelle ovation s’éleva. Winry fut tellement soulagée de les voir que les larmes coulèrent toutes seules. Al s'empressa d'aller voir son frère. Voulant l’imiter, Winry esquissa d’un pas, puis se ravisa, songeant qu’il y avait encore besoin d’aide avec les blessés.

-Vas-y, dit Elysia en lui faisant un clin d’œil. Nous contrôlons la situation… Va vite retrouver nos héros !

Winry la remercia d’un sourire et partit en courant. Elizabeth, elle, alla rejoindre Riza, qui avait déjà retrouvé Roy.

-Tes mains, murmura-t-elle, effarée.

-Rien qui ne puisse être soigné, ça va aller, assura son père.

-Vous l'avez vraiment vaincu ? C'est fini ?

-C'est fini, oui... En tout cas, jusqu'à la prochaine catastrophe !

-Ne parle pas de malheur s'il te plaît, soupira Riza.

Grâce aux soins de Tara et des secouristes, Edwin avait trouvé la force de s'asseoir contre un mur. Rina était assise à côté de lui et lui racontait la fin du combat. Ed, resté debout, les observaient avec une lueur fière dans les yeux. Quand il entendit quelqu’un s’approcher, il tourna la tête et eut un grand sourire quand il vit sa femme. Cette dernière pressa le pas et, dès qu’elle arriva au niveau de ses enfants, se laissa tomber à terre afin de les serrer dans ses bras.

-Mes bébés…, murmura-t-elle, une voix tremblante d’émotion.

-Pas mal pour un premier sauvetage du monde, tous les deux… Pas mal, taquina Ed en ricanant.

-Avec nos gênes, on ne pouvait qu’assurer ! s’esclaffa Edwin en croisant le regard de sa sœur.

-C’est vrai ! approuva Rina en riant. Chez nous, on est des héros de parents à enfants !

Winry sourit et les serra davantage contre elle.

-J’espère quand même que la prochaine fin de monde pourra se passer de vous, fit-elle.

Elle rompit ensuite l’étreinte et embrassa ses enfants sur le front avant de se redresser. Une fois debout, elle croisa le regard d’Ed. Elle sourit et tendit son bras afin d’appuyer sa main contre l’arrière de la tête de son mari, l’attirant ainsi vers elle.

-Viens là, toi, murmura-t-elle avant de capturer ses lèvres.

Ed lui rendit son baiser avant de poser son front contre le sien.

-Je t’avais dit que je reviendrais avec eux… Enfin, c'est plutôt toi qui nous a rejoins, mais...

Winry pouffa et l'embrassa de nouveau.

-Qu'est-ce que je t'aime, déclara-t-elle, contre ses lèvres.

Rina sourit, heureuse de voir ses parents réunis alors qu'elle avait cru que ce ne serait plus jamais le cas. Puis, elle se leva et alla près de Darrick, à peine quelques mètres plus loin. Dormant d'un sommeil léger, il ouvrit les yeux quand il entendit quelqu'un s'approcher. Quand il reconnut Rina, il sembla perdu.

-Ne me dis pas que toi aussi tu es morte, dit-il d'un ton inquiet.

-Je ne suis pas morte... Et toi non plus, murmura Rina.

-Tu as réussis ?

-Mon père et moi avons réussi, oui. Rayg a payer... pour tout, conclut-elle.

Darrick comprit. Ses parents étaient vengés.

-Merci, souffla-t-il.

Rina lui sourit avec douceur et se tourna ensuite vers son père. Celui-ci avait justement le regard fixé sur elle, une petite boite dans ses mains. Ed avait remis la pierre de Vérité dedans avant de rejoindre les autres.

-Qu’est-ce qu’on va faire, maintenant ? demanda Rina.

-On va libérer nos Vérité… et leur rendre leur dû, annonça Ed.

Roy approchait avec Riza à ses côtés. En voyant l 'état des mains du président, Alphonse s'approcha de lui et commença à les soigner.

-Est-ce que vous êtes obligés ? demanda Riza, qui avait entendu la réponse d'Ed à sa fille.

-C’est la meilleure chose à faire, affirma Edward. C'est un peu comme si on l’avait volé… Et je n’ose pas imaginer la façon dont elle peut se venger et nous le faire payer…

-Dire que tu avais enfin récupérer ta jambe, murmura Alphonse, attristé. Après toutes ces années...

Sans oublier qu'il allait aussi rendre sa porte de la Verité... Et que, pour la deuxième fois, il allait perdre sa maîtrise de l'Alchimie.

-Je préfère être honnête avec la Vérité. Et puis, j’ai renoncé à ma jambe depuis longtemps… (Il haussa les épaules) Je pense même que mon auto-mail aurait fini par me manquer et puis, imagine l’état de ma mécanicienne si elle perdait son meilleur client, conclut-il, essayant de plaisanter pour alléger le poids de sa décision.

-Idiot, soupira Winry en posant sa tête contre son torse.

Le fait qu'il ne fasse aucune allusion sur la perte de son Alchimie voulait tout dire sur le déchirement qu'il ressentait. Mais l'air de rien, Ed sourit à Winry, et questionna ensuite Rina du regard. L’adolescente n’hésita pas et hocha la tête.

-Je te suis. Allons-y, le plus tôt sera le mieux.

Ed hocha la tête et traça le cercle de transmutation humaine. Un frisson l’envahit lorsqu’il le regarda, une fois terminé. Dire qu’il aurait aimé ne plus jamais revoir ce cercle. Lorsqu'il se tourna vers sa fille, il vit qu'elle avait fermer les yeux...Comme si elle voulait visualiser une dernière fois un maximum de souvenirs… Avant de les oublier encore une fois. Le cœur d’Ed se serra. Il aurait tellement aimé qu’elle puisse garder ses souvenirs… Inconsciemment, sa main s'agrippa à sa jambe gauche. Même s'il aurait donné n'importe quoi pour la garder, il tenait beaucoup plus au fait que sa fille garde ses souvenirs, plutôt que de garder sa jambe. Soudain, il eut une idée… Et si... Oui, pourquoi ne pas essayer... Il médita dessus le temps que Rina le rejoigne.

Quand cela fut fait, ils changèrent un regard entendu et, en même temps, ils joignirent leur main.

-Voici la dernière transmutation du Fullmetal Alchemist... Pour de vrai, cette fois ! lança Ed d'un air théâtral en posant ses mains près de la pierre.

Vu l'étrange lueur dans les yeux de son frère, Alphonse eut le pressentiment que cette dernière transmutation serait aussi mémorable que la précédente...

« Qu'est-ce qu'il a en tête ? »

Rina imita son père. La pierre se mit à briller si fort qu’elle les aveugla tous, suivit du flash indiquant que la transmutation se réalisait.


Quand Rina ouvrit les yeux, elle eut un moment de panique quand elle réalisa que la Vérité n’était pas là.

« Ça se trouve, on s‘est trompés… On ne peut peut-être pas libérer la Vérité et maintenant qu’on est ici, on ne pourra peut-être plus jamais partir ! »

L’idée d’être coincer ici pour toujours lui donna le vertige… Le soulagement s’empara d’elle quand une silhouette se forma enfin devant elle.

-Alors, que vas-tu me donner en guise de droit de passage ? lâcha-t-elle.

Rina garda un silence médusé. Elle lui parlait comme s’il ne s’était rien passé, reprenant leur discussion là où elles l’avaient laissée ! C’est comme si, pour elle, le temps c’était arrêter juste avant l’arrivée de Rayg.

-Euh… Vous prenez assez bien la situation, je trouve… On vous a capturé, tout de même…

La Vérité éclata de rire.

-Tu est naïve ! Personne ne peut me capturer !

-Eh bien quelqu’un l’a fait ! Rayg, le gars qui à débarquer ici pendant qu’on parlait ! Il a réussi à se servir de vous pour créer la pierre de Vérité !

-Que racontes-tu, pauvre folle ?

-C’est la vérité -si je peux me permettre- ! Sinon, comment expliquez-vous le fait que j’ai retrouvé mes souvenirs, hein ?

-Effectivement, tu les as retrouvés, marmonna la Vérité, soudainement songeuse. Et pourquoi ne pourrais-je pas croire que tu me les as volés ?

-Ben… Je ne serais pas venu vous les rendre, sinon…

La Vérité garda le silence, comme pour réfléchir à la situation.

-Je vois…Tu es honnête pour une humaine… C’est une sage décision. Tu me rends ce que tu m’as pris, mais avec quoi vas-tu payer le droit de passage ?

-Dis donc, vous avez une drôle de façon de me remercier de vous avoir sauver les fesses ! Vous pourriez laisser de côté le droit de passage pour cette fois, non ?

Nouveau silence.


-… Et du coup, c’est pour ça que je suis revenu ! Pour vous rendre ma jambe et ma porte ! fit Ed, qui avait dû lui aussi résumer la situation à sa Vérité.

Cette dernière resta silencieuse, méditant sur le récit qu’elle venait d’entendre.

-Puisque tu es ici, je vais te croire…, finit-être par lâcher. Mais tu sais que ta porte pourrait largement compenser ? Risquerais-tu de perdre l’occasion de perdre à nouveau ta jambe alors que tu pourrais repartir avec ?

Ed sentit que c’était un test.

-Bien sûr que c’est tentant… Mais je ne m’y risquerais pas. Qui sait ce que vous seriez capable de me faire subir pour me punir de vous avoir voler ! Par contre… Dîtes, je suis bien lié avec Rina ?

-Oui, nous venons juste d’en parler.

-Oui eh ben excusez-moi, mais entre temps j'ai dû sauver le monde ! Bref, du coup, nos Vérité sont donc elles aussi liés, en quelque sorte ?

-On peut dire ça comme ça.

-J’aimerais donc vous proposer un marché.

La Vérité éclata de rire.

-Tu ne cesseras jamais de m’étonner, Edward Elric ! Tu oses marchander avec la Vérité ?

-Eh bien… Je vous aie tout de même sauver, donc vous me devez bien ça… Ce serait, disons… Comme un gage de votre gratitude ?

Une fois qu'Ed lui eut résumé son idée, la Vérité sembla perplexe.

-Hum… Tu ne demandes pas une chose aisée…

-C’est très important pour moi. Si j'ai ne serait-ce qu'une toute petite chance, je refuse de la laisser passer !

-Tu as conscience que ça ne pourra peut-être pas marcher ? Peut-être même que ça empirera pour elle... Es-tu prêt à prendre ce risque ?

-Vous y arriverez, quelqu’un de votre trempe de peux pas échouer.

La Vérité eut un grand sourire, l'air bien d'accord avec cela.


-Bien… C’est d’accord, admit finalement la Vérité, du côté de Rina. Mais la prochaine fois que tu viendras, je te prendrais deux choses !

-Je suis désolée, mais je ne compte pas revenir… Je crois que j’ai eu ma dose de cet endroit !... Bon, on est ok alors ? Vous pouvez me faire partir d’ici ?

Elle sursauta lorsqu’une porte se forma, derrière elle.

-La sortie est pas là, tu… (La Vérité s’interrompit… Bientôt, elle eut un large sourire) Tu as décidément un père très malin, Rina Elric…

-Qu’est-ce que mon père à a voir avec la sortie ? demanda Rina, perdue.

-C’est bien parce que je suis d’humeur généreuse, aujourd’hui…

-Qu’est-ce que vous racontez ?!


Ed fut le premier à se réveiller. Il avait la tête posée sur les jambes repliées de Winry. Quand il se redressa doucement, il réalisa qu'Al et Tara avaient déjà arrêter les saignements se sa jambe. Sa nièce était au bord de l’évanouissement, à cause de l’épuisement, et était calée dans les bras de son père, ne tenant même plus assise.

-Comment tu vas ? demanda Winry.

-Tout est réglé… J’espère.

Il se tourna pour regarder Rina, qui était dans les bras de son frère, et son cœur fit un bond dans sa poitrine quand il vit qu’elle n’était pas encore réveillée… Ils étaient pourtant revenus à eux-mêmes en même temps, avant ?

-Quelque chose cloche, murmura Ed en fronçant les sourcils. Elle devrait être réveillée !

Il rampa jusqu’à elle, paniqué. Quand Edwin la lui confia, Ed la serra fort contre lui.

-Allez, réveille-toi… Ne me fais pas ça, s’il te plaît…

A cause de lui et de son idée, il y avait peut-être eu un problème… Ou peut-être qu’elle était restée coincée là-bas.

-Si c’est le cas, j’irais te chercher, murmura-t-il. Je donnerais mon autre jambe et mes deux bras en échange, mais je te ferais sortir de là-bas… 

Mais Rina ne bougeait pas. Ed sentit les larmes lui monter aux yeux. Il n’avait même pas conscience qu’un attroupement de militaire s’était rassemblé autour d’eux.

-Allez, mon bébé, réveille-toi…

Darrick regardait la scène, le cœur serré.

« Fais pas de conneries, sale emmerdeuse... » songea-t-il.

A côté de lui, Iyoko lui pressa le bras, aussi angoissée que lui.

-Quelle idée j’ai eu, encore…, marmonna Ed.

-De quoi tu parles ? ne comprit pas Winry, qui caressait nerveusement les cheveux blonds de Rina.

-J’ai…

Il s’interrompit quand il vit Rina bouger ses doigts et serrer ses paupières. Quand elle ouvrit enfin les yeux, dévoilant ses pupilles bleus, elle croisa immédiatement le regard de son père. Elle fronça les sourcils, comme si elle réfléchissait…

-Qu’est-ce que tu as fait ? murmura-t-elle d’une voix enrouée. C’est quoi cette histoire de marché ? Et pourquoi je me souviens encore de tout ?

-Ça… Ça a fonctionner ? demanda Ed, n’osant pas y croire.

Elle baissa les yeux et remarqua qu’il manquait la jambe gauche de son père. Tout à coup, elle fut beaucoup plus réveillée et se redressant en un mouvement.

-J’y crois pas ! Tu l’as vraiment fait ?! Tu as vraiment donner ta jambe contre mes souvenirs ?!

-C'est quoi cette histoire ? ne comprit pas Winry.

-Papa à réussi à convaincre la Vérité de me rendre mes souvenirs en échange de sa jambe !

-Attends, tu as fais du troc avec la Vérité ?! s’écria Edwin à l'intention de son père, médusé.

-C’est tout Fullmetal, ça, glissa Roy.

Ed poussa un profond soupir de soulagement.

-Ça a bel et bien fonctionné ! C’est génial ! s'extasia-t-il.

-Et il est content, en plus ! râla Rina. Qu’est-ce qui t'a prit ? Elles sont où tes belles paroles sur l’honnêteté et de rendre à la Vérité ce qui lui appartiens ?

-J’ai toujours regretté de ne pas avoir de solution pour te rendre tes souvenirs, Rina. J’avais l’occasion de te les rendre, alors je l’ai fais… Ne me regarde pas comme ça ! Si c’était à faire, je le referais !

-Nii-san est comme ça, fit Al, un petit sourire aux lèvres, bien placé pour le certifier.

-Bien peu de personnes aurait eu le courage de prendre cette décision, pleurnicha Armstrong. Vous pouvez être fier de votre père, Rina Elric !

-Ça veut dire quoi ? Je suis censée me réjouir du fait que mon père ait sacrifié sa jambe pour moi ? Désolée, ce n’est pas le cas ! (Elle joignit ses mains) Si c’est comme ça, je vais tout de suite changer ça !

-Non ! s’écrièrent Winry et Edwin en attrapant les bras de l’adolescente.

-Rina, écoute-moi, déclara Ed, patient. La terrible nuit de ta tentative de transmutation humaine nous a toujours hanter. Elle ne sera jamais oubliée et on ne peut pas revenir en arrière… Et le fait que tu aies tes souvenirs ne veut pas dire qu’on peut faire comme s’il ne s’était rien passé… Mais au moins, nous nous sommes racheter et allons enfin avoir moins de regrets… Je me passe de ma jambe depuis longtemps et ça fais des années que j’ai renoncé à elle… Mais pour tes souvenirs… Jamais je n’aurais pu faire une croix dessus...

-Mais quand même… Ta jambe… C’est plus important que des souvenirs… J’en aurait d’autre alors que toi…

Ed sourit et lui ébouriffa les cheveux.

-Le jour où tu auras des enfants, tu comprendras, murmura-t-il.

Le cœur serré, Rina abaissa les yeux. Des paroles de Winry lui revinrent en mémoire :

« Essaye de comprendre et d'imaginer ce que ça fait lorsque tu te sens responsable du malheur d'une personne que tu aimes plus que tout »

C'était donc ça qu'elle voulait dire...

Tout à coup, elle se rappela de quelque chose.

-Papa ! s’exclama-t-elle, alarmée. Je dois te dire que tu es le meilleur père du monde, que tu mon modèle, mon héros, mon… oh et puis zut ! Je t’aime, papa ! conclut-elle en se jetant en cou de son père.

Le cœur d’Ed fit un bond dans sa poitrine. Le père de famille avait les yeux écarquillés d’étonnement… Sa fille n’avait pas dû lui dire qu’elle l’aimait depuis des années… Depuis qu’elle n’avait plus ses souvenirs…

Quand il réalisa enfin, une vague de chaleur s’empara de lui et il serra fort Rina dans ses bras, les larmes aux yeux.

-Je t’aime aussi, ma fille…

Attendrie, Winry sourit. Au diable les risques qu’elle avait pris en venant ici… Si elle ne l’avait pas fait, elle n’aurait pas assisté à cette scène et s’en serait mordu les doigts toute sa vie ! Elle s’approcha d'Ed et lui pressa le bras. Son mari ne la regarda pas mais en revanche, il lui attrapa la main afin de la serrer dans la sienne.

En voyant la scène, Roy et Riza échangèrent un regard complice. Puis, le regard du Führer glissa jusqu’à sa fille, qui observait la famille Elric. Devinant qu’elle était perdue dans ses pensées, Roy s’approcha d’elle afin qu’il lui en fasse part. Il n’eut même pas à lui demander, puisque dès qu’elle vit son père approcher, elle lâcha, sans quitter Ed des yeux :

-Il aurait pût être un très bon Alchimiste d’Etat… J’ai toujours trouvé que c’était du gâchis qu’il arrête votre collaboration. Maintenant, je comprends que ce n’était tout simplement pas son destin… Regarde-le ! Il est né pour être chef et père de famille, c’est évident… Tout comme toi, tu as toujours été destiné à devenir Führer et à protéger ce pays du mieux possible.

-Et pour toi, alors ? Quel est ton destin ? demanda Roy avec douceur.

Elle réfléchit un instant, et tourna la tête pour croiser le regard de son père.

-Je suis née pour gravir les échelons et être dans ton équipe afin d’être celle qui te protégeras lorsque maman ne pourras pas être auprès de toi. Voilà ce qu’est mon destin… C’est dans mon sang… Et c’est ce que je veux faire.

-Donc si je comprends bien, entre Elysia, ta mère et toi, je n’ai pas fini de m’inquiéter, grommela Roy.

Elizabeth sourit, puis, après une seconde d’hésitation, elle avança d’un pas afin d’enlacer son père. Ce dernier en resta baba… avant d’entourer Ellie de ses bras, devenus tremblants.

-Désolé, s’excusa-t-il en riant nerveusement, je te l’ai dit, je n’ai jamais été à l’aise quand je te prenais dans mes bras…

Un grand sourire illumina le visage de Riza. Le père et sa fille avaient enfin enterrés la hache de guerre… Ce n’était pas trop tôt !

-Hey ! Président ! appela Ed.

Roy tourna la tête et vit qu'Al et Tara avaient rejoint la petite famille.

-Ma belle-sœur n’est pas au courant que je suis vivant et je dois l’appeler pour la rassurer, continua Ed. Vous auriez de la monnaie à me dépanner ? Genre... 520 Cenz ?