Elric au complet

par Jill Kuchiwa

Ed sourit tendrement à sa fille. Il passa ensuite un bras sous ses genoux, puis derrière son dos et la porta. Il s’avança jusqu’à Edwin, qui immobile, restait à l’écart, bouche-bée.

-Tu… Je… C’est bien toi ? ne put-il que bégayer. Je veux dire…

Pour toute réponse, Ed lui fit un grand sourire et lui ébouriffa les cheveux, comme il venait de le faire avec Rina. Les larmes montèrent aux yeux d’Edwin.

-Tu as très bien réagi avec ta dernière transmutation, tu sais, félicita-t-il, les yeux brillant de fierté. Je ne serais pas arrivé à temps donc sans toi, ta sœur aurait fini dans un triste état... Bien joué, fiston.

Des dizaines de pas accoururent vers eux.

-Fullmetal ! Tout va bien ?

Ed hocha la tête.

-Comme convenu, je vous laisse gérer quelques minutes.

-Nous contrôlons la situation, donc prends ton temps… Mais avant, Edwin, où est ma fille ?

-Elle est de l’autre côté de ces rochers, on a été séparés… Elle va bien, elle m’a dit qu’elle partait chercher un chemin pour qu’on puisse se rejoindre. Quand à nos ennemis, je sais qu'ils sont de notre côté, mais je n'ai aucune idée d'où ils se trouvent précisément...

Roy hocha la tête et se tourna vers ses militaires :

-Dispersez-vous en groupe et fouillez le moindre recoin de cet endroit !

Voyant que son fils boitait, Ed se pencha afin de lui permettre de passer son bras par-dessus les épaules, afin qu’il se soutienne.

-Frangin, dit Ed à Al, j’aimerais emmener les enfants à la surface, tu pourrais me créer un escalier ?


Ed posa sa fille dans l’herbe avec douceur et son regard glissa jusqu’à sa jambe blessée. Vu l’étrange forme qu’elle avait, il ne tarda pas à comprendre. Son visage s’assombrit.

-Je suis désolé, murmura-t-il, je ne suis pas arrivé à temps pour ta jambe…

Il tressaillit lorsque sa fille lui jeta un regard noir.

-Tu crois vraiment que je me préoccupe de ma jambe, là ? cingla-t-elle. Tu es vivant ! On s’en fiche de ma jambe !

A ces mots, Edwin retrouva enfin ses esprits et put se joindre à sa sœur :

-Où est-ce que tu étais passé ? Tu en as mis du temps, à revenir !

-Tu aurais pu appeler tout de même !

-J’espère au moins que tu es passé à la maison voir maman, avant de venir ici ?

-C’est vrai ! Comment as-tu pu lui faire ça ?

-As-tu la moindre idée de l’état dans lequel elle était ?

Tu es vraiment complètement inconscient !

Ed soupira. Dire qu’on ne cessait de lui faire des remarques comme quoi ses enfants tenaient entièrement de lui…

« Pourquoi dans ces moment-là, il n’y a jamais personne pour voir qu’ils tiennent aussi beaucoup de Winry ? » songea-t-il en cherchant désespérément autour de lui un témoin qui aurait vu toute la scène.

Malheureusement pour lui, il n’y avait personne… Une fois encore, on ne le croirait pas ! Puis, il sursauta lorsque ses enfants se jetèrent dans ses bras, en larme.

-Je suis tellement soulagée, sanglota Rina.

-Ne nous fait plus jamais un coup pareil ! ordonna Edwin, qui pleurait autant que sa sœur.

Aussi ému que ses enfants, Ed les enlaça de ses deux bras et les serra très fort contre lui.

-Je vous promets que je vous raconterai tout lorsqu’on sera rentré à la maison, leur dit-il. Et soyez rassurés, j’ai vu votre mère et je lui aie déjà tout expliqué. Elle m’a accompagnée jusqu’à Central et nous attend.

-Ça a dû être dur pour elle d’avoir dû te laisser partir peu après, devina Edwin en rompant l’étreinte.

-Winry est forte et courageuse… Elle a déjà dû faire des achats pour qu’on discute de notre victoire autour d’une bonne tarte aux pommes, en rentrant !

Ed s’efforçait de se montrer enjoué… Mais Rina et Edwin n’étaient pas dupes. Il n’était pas dur de comprendre que cela signifiait que la séparation avait été difficile…

« Autant pour maman que pour lui » songea Rina.

-Je dois repartir, dit Ed en se relevant, je vais demander à ce qu'on vous ramène au Q.G, vous y serez en sécurité et en plus, ça fera du bien à votre mère de vous voir...

-Elle sera encore plus heureuse de nous voir revenir tous les trois ensembles, lança Edwin.

-Il a raison, on t’attend là, décida Rina.

Comprenant qu’il n’avait pas le choix, Ed hocha la tête et alors qu’il allait repartir au front, Rina s’exclama soudainement :

-Papa !

Lorsqu’Ed s’arrêta et la regarda, elle en perdit ses mots.

-Euh… Je… Je…

Comprenant ce qu’elle avait à l’esprit, son père lui sourit.

-C’est oublié depuis longtemps, assura-t-il doucement.

-Pas pour moi ! Je… J’en reviens pas de t’avoir dit de telles choses… Je ne le pensais pas ! Je suis si désolée !

Ed revint vers elle et lui caressa doucement les cheveux.

-C’est moi qui suis désolé… Tu avais raison, je n’avais pas à contrôler ta vie… C’est juste que… Je suis resté bloqué dans le passé et de ce fait, je n’ai pas vu ma petite fille grandir… Il y a beaucoup de chose qu’il faudra que je te raconte, lorsque nous rentrerons.

-Je sais déjà tout.

Là, Ed stoppa son geste et ouvrit grand les yeux… Il se sentait très bête, tout à coup.

-Ah bon ? Genre tout… Tout ?

-Edwin m’a donné le journal.

-Excuse-moi, s’empressa de dire Edwin lorsque son père le dévisagea d'un air bouche-bée, on croyait tous que tu étais mort alors j’ai jugé qu’il fallait qu’elle sache et…

Il tomba des nus lorsqu’Ed éclata de rire.

-On dirait bien qu’en moins de trois jours, tu as eu le courage que je n’ai jamais eu en cinq ans ! Quand je te disais que tu serais un très grand chef de famille, fiston !

-Il a assuré pendant ton absence, précisa Rina.

-Je n’en doute pas une seule seconde ! assura Ed en pressant l’épaule de son fils. On dirait bien que je n’ai pas non plus vu mon petit garçon grandir… 

Il enlaça une dernière fois ses enfants.

-Vous êtes ma plus grande fierté, tous les deux…

Quand il se redressa, il remarqua enfin la veste de sa fille et lui fit un clin d’œil.

-Au fait, ça te va très bien le rouge !


Al sourit à son frère quand il le vit redescendre pour rejoindre le groupe de militaire. L’ainé remarqua que Fuery et le reste de l’équipe avaient rejoint le reste du groupe.

-Comment ils vont ? lui demanda Alphonse.

-Je me suis pris l’engueulade de ma vie… Leur mère tout craché !

Son petit frère laissa échapper un petit rire.

-Darrick ! Iyoko ! appela ensuite Ed. Je n’aime pas vraiment l’idée de laisser Edwin et Rina tous seuls en haut… Vous pourriez les surveiller pour moi ?

Ils acceptèrent aussitôt, comme s’ils n’attendaient que ça.

-Tara, j’aimerais que tu ailles avec eux, ajouta Ed. Tes cousins auraient bien besoin de soins.

Alphonse sourit. De cette façon, son frère mettait tous les adolescents en sécurité, loin de l’agitation du sous-sol et il l’en remerciait pour ça.

-D’accord, je m’en occupe, affirma Tara.

Al remarqua ensuite l’air sombre d’Ed.

-Quelque chose ne va pas, Nii-san ?

-J’ai bien peur qu’on doive amputer la jambe de Rina.

Tara, Darrick et Iyoko en sursautèrent.

-C’est pas vrai, souffla Al en pâlissant.

-J’aurais dû arriver plus tôt pour éviter que ça n’arrive... J’essaye de me consoler en me disant que si son frère n’avait pas été là, Rina aurait perdu plus que sa jambe…

-Edwin a très bien gérer, lui apprit Al. Pendant qu’on s’occupait des chimères, il a filé droit devant lui, en ignorant complètement les chimères, pour rejoindre Rina au plus vite. Il n’aurait pas fait ça, il aurait perdu beaucoup de temps et en effet, Rina aurait pu être dans un état beaucoup plus grave que ça.

Une lueur de fierté brilla dans le regard d’Ed.

-J’ai au moins un peu réussi mon rôle de père en leur apprenant la notion qui me tenait le plus à cœur.

Al sourit. Il savait que son frère tenait énormément à leur apprendre à veiller les uns sur les autres, se protéger mutuellement. Après tout, c’était ça qui leur avait permis de survivre, lors de leur quête pour retrouver leurs corps.

-Si je peux me permettre, monsieur, déclara Darrick après s’être raclé la gorge, vous leur avez appris bien plus que ça.

Quand Ed lui lança un regard intrigué, l’adolescent poursuivit :

-Hier, Rina m’a dit que lorsqu’elle a apprit votre mort, elle a eu l’idée de faire une transmutation humaine. (Il vit Ed se crisper) Mais vous avez tellement insisté sur ça durant toutes ces années… Et même si la transmutation aurait marché, elle savait que ce n’était pas ce que vous auriez voulu. Alors, elle a rapidement abandonné l’idée. Vous pouvez être fier de vous, autant que vous l’êtes pour vos enfants.

Puis, gêné d’avoir parlé ainsi à son idole, il lui tourna le dos et s’empressa de monter les marches, sous le regard médusé d’Ed.


-Tara ? s’étonna Rina. Tu es là, toi aussi ?

Tara fronça les sourcils à la vue de la jambe de sa cousine. Son oncle n’avait pas exagéré en pensant à une amputation…

-Oncle Ed m’a envoyé pour soigner vos blessures.

-Je ne pense pas que tu pourras faire grand-chose pour ça.

-Laisse-moi quand même voir…

Elle demanda de l’aide à Edwin pour soulever la jambe droite de Rina, afin de tracer un cercle en dessous. Elle commençait tout juste ses soins lorsqu’Iyoko et Darrick apparurent.

« Aïe… Ça va barder » devina-t-elle en constatant qu’ils avaient l’air aussi furieux l’un que l’autre.

Ce fut Iyoko qui explosa en première.

-J’en reviens pas que tu aies fait ça sans même m’en parler ! Me battre ne me fait pas peur, Rina, ni risquer ma vie, sinon je ne serais pas dans l’armée !

Elle pesta encore un peu. Quand elle eut fini, Rina n’eut pas vraiment le temps de répondre et n’eut même pas de répit, puisque Darrick enchaîna :

-Ne me laisse plus jamais en arrière, comme tu l’as fait ! gronda-t-il. Tu as eu de la chance que ton frère ait rapidement compris où tu étais, sinon tu serais morte !

Rina se crispa en voyant le sang le long de sa joue. Elle devina qu’il avait reçu un violent coup dans son œil borgne… Assez violent pour avoir rouvert la blessure. L’adolescente se mordit la lèvre. Il était vrai que sans son frère, Darrick y serait resté… Elle avait voulu l’aider et au final, elle l’avait condamné. Et le pire, c’est que ce n’était même pas pour cette raison qu’il lui en voulait mais parce qu’il s’inquiétait pour elle et avait eu peur qu’elle ne meurt.

Edwin sourit lorsque sa sœur s’excusa auprès d’eux, rouge comme une tomate. Elle n’avait jamais été très douée pour ce faire des amis… Mais il devait bien admettre qu’elle avait réussi à s’en faire deux très bon à Central. Son sourire s’effaça lorsque du coin de l’œil, il vit sa cousine grimacer.

-C’est aussi grave qu’on le pense ? demanda-t-il.

Les sourcils froncés, Tara hocha tristement la tête. La déception se lut sur le visage de Rina. Malgré elle, elle avait eu un petit espoir que sa cousine pourrait faire quelque chose…

-Je suis désolée, Rina, murmura Tara. Les os sont en mille morceaux et les muscles sont dans un état pire encore… Ça dépasse mes compétences et peut-être même celle de ma mère… On peut ressouder les os, soigner les muscles, les tendons, les articulations mais… Ta jambe ne répondra plus pour autant… Je crains qu’il faille… Enfin…

-Je sais. Je m’y attendais… Tu te sens capable de le faire ?

-Tu veux le faire maintenant ? s’étonna Edwin en sursautant. C’est de la folie !

-Ton frère à raison, ce n’est pas prudent, Rina, intervint Iyoko. Ici ça pourrait s’infecter et ta cousine n’a pas le matériel adéquat.

-L’elixirologie suffira, lâcha Tara.

Darrick croisa les bras et demanda d’un air méfiant :

-Tu as déjà fait une amputation, au moins ?

-Oui, répondit impatiemment l’adolescente. Parfois, j’aide ma mère à soigner les soldats lorsqu’il y a trop de blessés et j’ai déjà eu à faire à des gangrènes… Après, si tu te sens mieux qualifié que moi pour t’en occuper, vas-y, je t’en prie !

-Je n’ai pas dit ça, mais ne serait-ce pas plus raisonnable de le faire dans un hôpital, c’est-à-dire un lieu sain et non pas un champ de bataille, et par des professionnels ?

-Il se peut qu’elle ait une gangrène, rien n’est impossible… Dans ce cas, je ne préférerais pas attendre, surtout que les hôpitaux vont déjà être bien assez chargés !

-Hé ho ! Je suis là ! rappela Rina, agacée qu’on parle pour elle. C’est moi qui lui ait demander de le faire maintenant il me semble, non ? Elle n’a donc pas à se justifier.

-Mais, Rina…, tenta Iyoko.

-De toute façon, ma décision est prise… Vas-y, Tara, j’en ait déjà assez de trimballer ce poids mort.

-Je te préviens, ça ne va pas être très agréable…

-Fais ce que tu as à faire, ne te préoccupe pas de moi.

Edwin frappa son poing contre le sol.

-C’est de ma faute !

-C’est toi qui a lancé ce rocher sur moi ? lui demanda Rina. Ou qui, grâce à la télékinésie, là envoyer droit sur ma jambe pour la mettre en bouille ?

-Euh… Non, répondit son frère, assez déstabilisé par la question.

-Alors ce n’est pas de ta faute.

-Je devais veiller sur toi et faire en sorte que tu rentres entière à la maison !

-Ça aurait pût être pire ! J’ai failli être écrasé comme une crêpe sous cet effondrement ! Grâce à toi, je m’en sors seulement avec la jambe abîmée !

-Non, pas grâce à moi. C’est en voulant me protéger que tu as perdu ta jambe… Ce n’est pas à toi de me protéger…

-Bien sûr que si ! Autant que tu me protège ! Tu n’es pas mon ange-gardien, tu es mon frère Edwin, et entre frère et sœur, on se protège mutuellement ! S’il fallait le refaire, même en sachant à l’avance que j’y perdrais ma jambe, eh bien je le referais sans hésitation ! (Voyant que son frère n’était pas encore très convaincu, elle ajouta :) Et de toute façon, tu seras bien obligé de me la rendre, puisque je ne veux personne d’autre que toi comme mécanicien !

Touché, Edwin lui sourit. Le visage sombre, Darrick se rapprocha de Rina et s’assit à côté d’elle.

-J’espère que tu sais ce que tu fais… Et qu’elle aussi, ajouta-t-il en désignant Tara du regard.

Rina lui sourit. Elle ne s’était pas toujours bien entendu avec sa cousine, mais elle avait totalement confiance en elle pour ce genre de chose.


**

-Bon sang ! Voilà qu'il y a le renfort militaire, maintenant.

-Calme-toi, Yura. Leur présence tombe justement au bon moment.

-Comment ça ?

-Nous allons pouvoir tester la dernière invention du doc.

-Vous pensez que ça va marcher, boss ?

-S'il a parfaitement écouté mes consignes, oui.


**

-C’est bizarre, marmonna Ed, les sourcils froncés, lorsque des sergents revinrent bredouille de leur recherche.

-Quoi donc ? demanda Al en suivant son regard.

-Les ennemis sont censés être de ce côtés et il n’y a pas énormément de salle, ici… Alors pourquoi personne ne les trouve ?

-Il y a peut-être des salles cachées… Cet endroit est un vrai labyrinthe.

-Ça se trouve, on perd notre temps ici… Ils se sont sûrement enfuis depuis longtemps !

-Patience, Fullmetal, fit Roy en s’avançant vers les deux frères. J’ai des hommes à la surface et à l’entrée du sous-sol, dans l’entrepôt. Ils se seraient enfuis, on les aurait certainement interceptés.

-C’est bien beau tout ça mais qui surveille la sortie ? lança Ed en haussant un sourcil.

-Il n’y en a peut-être même pas.

-On doit en être sûr, on ne peut pas se permettre de laisser ces fous furieux dans la nature, même s’ils ne sont plus que deux !

-Je le sais aussi bien que toi, Fullmetal, mais…

-Votre Excellence ! s’exclama un homme accourant dans leur direction. Je crois que je viens de découvrir quelque chose !

-L’endroit où se situe la sortie par laquelle nos ennemis se sont sûrement échappés ? ironisa Ed.

Al lui donna un léger coup de coude, une lueur amusée dans les yeux. Son grand frère était bel et bien de retour ! Comme s'il lisait dans ses pensées, Ed le regarda et lui fit un clin d’œil.

L’homme déplia une immense carte. Ed et Al supposèrent qu’il était donc cartographe ou quelque chose du genre.

-Le fait que nous soyons en souterrains me fait penser à quelque chose… Vous vous souvenez du jour où il y a eu les explosions ?

-Ça, oui, fit Roy en croisant le regard d’Ed.

-Comment oublier ? grommela ce dernier entre ses dents serrées.

Conscient de la stupidité de sa question, le cartographe se racla la gorge d’un air nerveux avant de reprendre :

-Nous nous étions demandés comment notre homme faisait pour se déplacer aussi vite, n’est-ce pas ?

-Le fait qu’il était seul n’était pas une certitude, justement.

-Eh bien ça va en devenir une… Regardez cette carte. J’ai entouré en rouge les lieux où étaient situés les explosions… Que remarquez-vous ?

-… Ce n’était pas près des lieux trop fréquentés ou habités… Mais ça nous apprend rien, on sait déjà qu’il ne cherchait pas à faire des morts, seulement à faire diversion.

-Mais encore ? insista le cartographe.

Roy plissa les yeux et chercha ce qu’il était censé apercevoir. Curieux, Ed et Al se penchèrent pour observer la carte, eux aussi.

-Il y a des plaques d’égouts à proximité de chaque explosion, remarqua enfin Alphonse.

-C’est vrai, approuva Ed, et regardez… Si on oublie les bâtiments et autres, les plaques d’égouts sont presque en ligne droite. Ça veut dire qu’il n’a eu qu’à filer droit pour se diriger d’un lieu à un autre.

Roy se mordit la lèvre inférieure. Ils auraient trouvé cela avant, ils auraient eu l’idée de chercher un passage souterrain plus tôt… Mais au moins, ils savaient dorénavant comment Zetto avait fait pour se déplacer.

-Vous n’entendez rien ? lança soudainement Elysia, sur ses gardes.

Roy et les autres tendirent l’oreille. On pouvait effectivement entendre des pas se rapprocher, venant du tunnel… De façon très lente… Et beaucoup, beaucoup de pas…

-Pitié, pas encore des chimères, soupira Ed d’un air désespéré.

-Je ne crois pas que ça en soit, murmura Al. On aurait entendu des grognements… Et elles se seraient rapprochées beaucoup plus vite…

-Que tout le monde se mette en place ! ordonna Roy. Que personne ne tire ou n’attaque avant mon signal !

Pendant que les rangs se formaient, Roy s’avança pour se mettre en première ligne. Ed voulut le suivre, mais on lui attrapa le bras avant le faire reculer d’un geste ferme.

-Dis donc, toi ! gronda Elysia d’un ton faussement autoritaire. Tu crois aller où, comme ça ?

-Qu'est-ce que tu fais ? ronchonna Ed. Laisse-moi y aller !

-J'ai promis à ta femme que je garderai un œil sur toi et si tu pouvais me simplifier la tâche, j'apprécierai grandement ! Tu restes donc ici que ça te plaise ou non !

Ed fit la moue et grommela dans sa barbe. Elysia pouffa et attrapa au vol le col du manteau d’Al, qui avait également essayé de suivre Roy.

-Toi aussi tu restes là, jeune homme ! ordonna-t-elle en tirant le cadet Elric vers elle.

-Oui maman, soupira Al.

Sentant que les pas se rapprochaient, Elysia et les deux frères se reconcentrèrent et fixèrent leur regard sur le tunnel.

L’attente sembla interminable. La tension montait au fur et à mesure que les pas se rapprochaient de plus en plus proches d’eux. Bientôt, on put distinguer un ombre… Puis, très vite, plusieurs se joignirent à elle.

« Il y en a combien, là-dedans ? » se demanda Ed.

Il ne restait plus qu’un mètre avant d’enfin pouvoir distinguer ce qu’ils allaient devoir affronter…

Bientôt, une première chose apparut enfin… Roy, Ed, Al ainsi que tous ceux qui les avaient déjà affrontées en sursautèrent.

-Qu’est-ce que…, souffla Al.

-Comment c’est possible ? se demanda Ed à voix haute.

Plusieurs personnes commencèrent à s’agiter, nerveuses. Roy ne se laissa donc pas déstabiliser et se reprit rapidement afin de calmer les troupes.

-Restez concentrés ! Et quoiqu’il arrive, tachez de rester grouper !

Le cauchemar recommençait. Devant eux, se dressaient par centaines des « automates animés » … Des corps artificiels que la pierre philosophale pouvait animés. Les mêmes que ceux dont les militaires avaient dû se battre, lors du Jour promis. (nda : voir mangas)

-Ils ont donc réellement une pierre philosophale en leur possession, marmonna Ed.

-Comment est-ce qu’ils ont eues connaissance de ces choses ? lança Havoc. Comment ont-ils pût les créer ? Ces informations n’ont jamais quitté le Q.G et sont dans les dossiers secrets des archives !

-Soit notre homme à un complice dans l’armée, fit Breda, soit il vient de l’armée, carrément.

-Dans tous les cas, il y a un traître dans notre établissement, lâcha Falman.

Le visage de Roy s’assombrit et, avec un grand geste du bras, claqua les doigts afin de lâcher ses flammes. Ce fut le signal pour commencer à attaquer.


**

Ce fut des coups de feu qui réveillèrent Rina, qui s’était évanouie à cause de la trop grande douleur de son amputation. Elle était blottie dans des bras mais était incapable de deviner à qui ils appartenait. Elle savait seulement qu’elle se sentait en sécurité… Comme si rien ne pouvait l’atteindre.

-Ça a commencé, fit la voix d’Edwin, nerveux.

-…’qui se passe ? murmura Rina en émargeant difficilement.

La personne qui la tenait sursauta en l’entendant.

-Elle s’est réveillée !

Rina reconnut Darrick. Vu la proximité de la voix, c’était contre lui qu’elle était. Soudainement gênée à l’idée d’être dans ses bras, l’adolescente se redressa sous le regard inquiet du petit groupe.

-Rina, tu devrais y aller doucement, conseilla Darrick en tentant de la retenir par l’épaule.

-Je vais bien… Ça va, dit-elle en se dégageant doucement.

Son regard tomba soudainement sur sa jambe, et elle se crispa. Elle faillit s'évanouir à nouveau rien qu'à la vue d'un moignon juste en-dessous du genou. A côtés de sa jambe, il y avait un morceau de tissus -sûrement un morceau de tee-shirt déchiré- qui avait servi de garrot, et le bandana rouge que son frère mettait au travail était fichu. C’était ce qui avait dû servir de bandage le temps que Tara referme le moignon. D’ailleurs, l’adolescente était encore très essoufflée de son exploit, à tel point qu’assise, Edwin devait la soutenir pour ne pas qu’elle s’effondre.

-Je ne pensais pas que tu refermerais la plaie de suite, s’étonna Rina en glissant son regard du moignon à sa cousine.

-Quitte à ce que le travail soit bien fait, autant bien le faire jusqu’au bout, fit Tara en lui faisant un sourire fatigué.

-Elle a assuré ! s’exclama Iyoko.

-Ça m’en a tout l’air, dit Rina en constatant qu’elle ne ressentait même pas de douleur.

-J’avoue que je m’attendais à pire, lâcha Darrick.

-Je vais prendre ça pour un compliment, ricana Tara.

L’adolescent borgne lui fit un (très) petit sourire pour lui faire signe que c’en était un (mais refusait de l’admettre à voix haute). Quand Rina lâcha un rire nerveux, tous les regards se tournèrent de nouveau vers elle.

-C’est drôle… J’ai l’impression d’avoir encore ma jambe… Tenez, je suis en train de bouger les orteils, là !

-La sensation du membre fantôme, murmura Tara.

Darrick posa sa main sur l’épaule de son amie et la pressa avec douceur. Après une légère hésitation, Rina leva son bras afin de poser sa main sur celle de l’adolescent.

Ils sursautèrent tous en entendant les premiers cris d’agonie. Les premières victimes.

-Contre quoi ils se battent, là-dedans ? se demanda Iyoko.

Rina eut un frisson d’effroi en songeant que l’un de ses cris pouvaient venir de son père ou de son oncle… Quand elle croisa le regard d’Edwin, elle constata qu’il avait eu la même pensée.


**

Roy regarda d’un air désespéré le spectacle affligeant qui s’offrait à lui. Si au départ, les choses avaient marché de façon lente, dès qu’elles avaient aperçu leurs ennemis, leur vitesse avait décuplée… A tel point que c’était limite s’il fallait prévoir leurs attaques pour espérer les avoir. Ils étaient dur à battre, mais n’était pas immortels, eux. Soit la pierre philosophale que leurs ennemis détenait n’était pas assez puissante… Soit c’était volontaire, pour servir une nouvelle fois de diversion.

Les soldats s’étaient séparés en plusieurs groupe et formés en cercle. Ed et Al étaient chacun vers un groupe, s’efforçant d’assurer les arrières des soldats. Si les pertes étaient encore minimales, c’était bien grâce à eux et à la vitesse à laquelle ils réagissaient et attaquaient.

Bien sûr, Roy avait également largement sa part de mérite. Ses déflagrations ralentissaient considérablement l’arrivée des automates animés

-Président ! s’écria soudainement Falman.

Roy sursauta. Il avait été tellement occupé avec les choses devant lui, qu’il n’avait pas entendu celle qui s’était approchée discrètement dans son dos et fonçait droit sur lui à toute vitesse. Alors qu’il allait se retourner et faire une tentative désespérée pour carboniser la créature, il entendit un coup de feu… Puis l’automate s’effondra lourdement sur le sol après avoir laissé échapper un gémissement plaintif. Roy se raidit. Il n’y avait qu’une personne pour aussi bien gérer ses arrières et intervenir ainsi pile au bon moment… Mais c’était impossible, il lui avait fermement ordonné de rester à Central, près de leur fille…

Alors, il se retourna et son cœur fit un bond dans sa poitrine lorsqu’il ne découvrit pas Riza derrière lui… Mais Elizabeth. Malgré la distance, il pouvait aisément la reconnaître. Le canon encore fumant à cause de coup de feu, l’ex adjudant-chef était essoufflée. Elle avait sûrement couru afin de les rejoindre au plus vite. Tandis qu’elle s’approchait de lui, Roy lança un regard consterné au cadavre de l’automate animé. Une seule balle avait suffi à Ellie. Une balle parfaitement bien visée malgré la distance, le mouvement de la chose et l’obscurité.

« La fille de sa mère » se dit-il, le cœur gonflé de fierté.

Mais la honte le recouvra aussitôt. Il ne savait même pas que sa propre fille était capable d'un tel exploit.

-Vous devriez faire attention, président, lui lança Elizabeth lorsqu’elle fut près de lui. Dès que votre garde-du-corps n’est pas avec vous, ça devient trop facile de vous avoir.

Le cœur de Roy se fit plus léger quand il constata qu’il n’y avait aucun mépris dans sa voix. Il ricana.

-On dirait que j’ai trop pris l’habitude de me reposer sur quelqu’un… Mais ma garde-du-corps n’est pas là, il va donc me falloir de l’aide d’une personne de confiance et aussi compétente qu’elle. Vous pensez être à la hauteur… Adjudant-chef ?

Ellie lui sourit (depuis combien de temps n’était-ce pas arrivé ?) et se mit au garde à vous.

-C’est avec plaisir que je me chargerais de cette lourde tâche, président !

Ce dernier abaissa sa visière afin de cacher ses yeux, dont les larmes commençaient à humidifier. Sa fille acceptait qu’ils repartent de zéro. Il avait sa seconde chance.

-Merci, Ellie...

Voyant les choses qui se rapprochaient d’eux, le père et la fille se mirent dos à dos, prêt à les accueillir.


Alors qu’Ed était en train d’aider un soldat, il ne vit pas l’automate qui s’était diriger vers lui. Il évita de justesse une morsure mais fut déséquilibrer et se retrouva par terre. Il tendit les bras afin de repousser la chose, qui avait suivi son mouvement. N’étant pas encore parfaitement remis de son dernier combat avec la chimère immense, il sentit qu’il commençait déjà à faiblir. Il lança un regard désespéré à Al, priant intérieurement pour que celui-ci le voit et vienne à son secours, mais son frère n’était guère en meilleure situation que lui et était complètement encerclé par les choses.

Ed vit avec horreur ses bras se plier, petit à petit, faisant se rapprocher la chose. Une désagréable sensation de déjà vu s’empara de lui, et il se vit de nouveau proche de la mort. Il ferma instinctivement les yeux, tachant de trouver une solution et tout à coup, il sentit quelque chose se rapprocher de lui… Il rouvrit les yeux au moment où l’automate se prenait en pleine tête une… clé à molette ?! Désabusé, Ed regarda la chose s’effondrer au sol. Pas morte, mais bien assommée.

-Madame ! Comment avez-vous réussi à venir jusqu’ici ?! entendit-il, venant d’un soldat.

-Pitié que ne soit pas ma madame à moi, maugréa Ed en se retournant, espérant se tromper. Ne me dîtes pas qu’elle a fait ça…

Et pourtant, son cœur rata un battement lorsqu’il découvrit effectivement une femme blonde qu’il ne connaissait que trop bien, en plein milieu du champ de bataille.

-Et si, elle l’a fait ! Winry ! Mais qu’est-ce que tu fiches, idiote ?! rugit-il.