Le début des festivités

par Jill Kuchiwa

Quand Rina se réveilla, elle mit quelques secondes avant de se remémorer les derniers événements et ce qu’elle faisait dans cette pièce froide et sombre. Elle regarda autour d’elle malgré sa vision floue et finit par remarquer une personne, un homme, dos à elle et occupé à lire des documents en marmonnant dans sa barbe. C’était lui, le chef, Rina en fut persuadée.

C’était le moment rêvé. Elle n’avait qu’à transmuter un poignard, l’attaquer de dos comme une grosse lâche et tout serait terminé.

« Je modifierais un peu l'histoire pour que ça paraisse plus héroïque »

Elle voulut joindre ses mains, mais constata soudainement que ses poignets étaient liés… Ainsi que ses chevilles et… Son corps tout entier, en fait !

« OK… J’avais pas prévu ça… »

Alors qu’elle était occupée à réfléchir, elle entendit la poignée de la porte s’abaisser et s’empressa alors de fermer les yeux. Elle doutait que faire semblant d’être inconsciente marcherait mais bon…

Mais, contre toute attente…

-Elle est encore dans les vapes ? s’étonna la voix de Yura en entrant dans la pièce.

-Que veux-tu, Zetto n’y est pas allé de main morte, répondit la voix rauque de l’homme.

-Ce sont vraiment des brutes dans cette famille… Vous voulez que je la réveille, boss ?

-Non, elle va avoir un rôle très important, autant la laisser prendre des forces ! Ça m’a l’air très agité dans le couloir supérieur ?

-On a de la visite. Le pote à Hiro est occupé avec Zetto et le reste est en train de faire joujou avec les chimères du doc’.

Rina dû prendre un maximum sur elle pour ne pas tressauter ou faire de mimiques inquiète.

« Le reste ? Quel reste ? » se demanda-t-elle.

-Va voir où ça en est. Je n’ai pas envie d’être déranger maintenant !

-Je ne pense pas qu’il reste grand-chose d’eux, les chimères n’ont rien bouffé depuis la mort du doc ! Faut dire qu’on les avait complètement oubliées…

-Justement, le plan a déjà foiré une fois à cause d’une de ses saloperies. Je n’ai pas envie que ça se reproduise ! On a déjà suffisamment retardé le moment.

-Je comprends. J’y vais.

La porte s’ouvrit et se referma aussitôt. Rina attendit quelques secondes avant d’oser ouvrir les yeux, à nouveau. Elle sursauta lorsqu’elle croisa le regard d’un homme aux cheveux gris, avec un bouc sur le menton de la même couleur et aux yeux d'un bleu saphir. Il avait quelques rides sur le visage prouvant de son âge avancé.

-Je ne suis pas né de la dernière pluie, tu sais, lança-t-il. Je t’ai entendu essayer de te débarrasser de tes liens… Très bonne comédienne, au passage !

-Merci, grommela Rina. Sur ce, vous pouvez détacher quelques-unes de ces cordes ? J’ai l’impression que mon sang ne circule plus !

L’homme fit un sourire narquois et sortit un petit couteau de sa poche. Il le pointa très près du visage de Rina.

« Il veut juste m'intimider » se dit-elle, pas impressionnée pour le moins du monde.

-Je ne suis pas née de la dernière pluie non plus, vous savez, répliqua-t-elle. Vous ne me tuerez pas, je vais avoir « un rôle trop important » !

Nouveau sourire de l’homme. Rina eut l’impression d’avoir réussi un test.

-Bien. C’est bien que tu ais le caractère de ton père ! Ça me fait moins regretter d’être passé à côté de lui !

-Pourquoi vouliez-vous absolument mon père ?

-J’avais besoin de quelqu’un qui avait déjà vu la Vérité. Alphonse Elric habitant dans un autre pays, c’était difficile de compter sur lui. J’ai donc tout misé sur ton père.

Sur ce, il commença à couper la corde, ne lui laissant seulement les cordes qui retenaient ses poignets et chevilles. Ensuite, il la fit s’asseoir sur une chaise et libéra ses poignets seulement le temps de passer ses bras derrière le dossier, avant de les rattacher.

-Si tu veux bien patienter ici le temps que je finisse de régler quelques derniers détails ! Je veux que tout soit parfait, tu comprends…

Tout à coup, il y eut un bruit d’explosion suivit d’un tremblement de terre. Quand sa chaise vacilla, Rina mit tout son poids de côté afin que la chaise se renverse avec elle. En entendant un bruit de chute, l'homme la regarda vaguement avant de se concentrer à nouveau sur la provenance du bruit. Rina en profita pour plaquer ses mains ensemble et les séparer ensuite le plus possible pour les poser sur le sol. Elle essaya d’ignorer les sensations de brûlure que lui provoquait la corde et ne put créer qu’une petite lame à peine tranchante. Il allait falloir un moment avant qu’elle n’arrive à se défaire de ses liens…

-Je veux bien de l’aide, fit-elle ensuite.

L’homme se concentra de nouveau sur elle et redressa la chaise.

-Comment le connaissez-vous ? continua de questionner Rina. Qu’est-ce que vous attendiez de lui ?

-Difficile de ne pas connaître ton père, lorsque tu travailles dans l’armée ! J’ai eu l’occasion de le rencontrer, une fois… Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme prévu, mais c’est de ma faute, j’ai voulu aller trop vite alors que mon plan n’était pas encore fonctionnel.

-Dans l’armée ? s'étonna Rina en ouvrant grand les yeux.

-Eh oui, petite…

« D'où tu me traites de demi-portion, enfoiré ?! » songea Rina avec mauvaise humeur.

Elle n’aurait pas été entravée, elle lui aurait sauté à la gorge.

-Quant à savoir que je t’attendais de lui… Ça, tu le découvriras bien vite.


**

Essoufflé, Darrick recula de plusieurs bonds afin de prendre de la distance avec Zetto. Il était tenace, ce gros plein de muscle... Sans son entraînement intensif avec Izumi, il y serait peut-être passé depuis longtemps ! Mais surtout, il avait pris l'habitude de combattre aux côtés de Rina, se retrouver seul lui faisait bizarre. Penser à Rina lui redonna soudainement du courage. Il devait se dépêcher de se débarrasser de Zetto, afin de rejoindre son amie au plus vite. Quand son adversaire s'approcha de lui en faisant craquer ses doigts, Darrick se jeta au sol afin de récupérer l'une des lances. Un petit sourire se dessina aux lèvres de Zetto, qui empoigna de son immense main la deuxième lance.

-Si tu veux te la jouer comme ça..., fit-il en se mettant en garde.

Darrick ne répondit pas. Il était moins à l'aise avec qu'une arme qu'au corps-à-corps, mais s'il continuait à main nue, ce combat de finirait jamais... Et il n'avait pas le temps pour ça. Darrick s'élança en premier, la lame pointée en direction de la tête de son ennemi. Ce dernier dévia facilement l'attaque avec sa propre lame et le repoussa si fort que Darrick fut emporter sur le côté. Mais l'adolescent se rééquilibra d'un bond et abattit une nouvelle fois sa lance. Les deux adversaires croisèrent le fer. Alors que Darrick devait tenir sa lance à deux mains, comme la plupart des personnes, Zetto, lui, ne l'utilisait qu'à une seule main. D'ailleurs, Darrick comprit bien vite que le jumeau de Berto essayait surtout de le désarmer, afin d'avoir une deuxième lance à utiliser. Quand Darrick songea à la séance de torture qui l'attendait, si Zetto réussissait à attraper sa lance et quand il frissonna d'effroi, les poils de sa nuque se redressèrent. Il se doutait que Zetto n'avait pas l'intention de lui offrir une mort rapide et sans douleur...

Il ne fallait définitivement pas qu'il attrape sa lance.

« Ou alors... » commença à songer l'adolescent.

Il recula d'un bond et accourut vers le mur où le poignard lancé par Yura au début, était encastré. Il le récupéra et continua de courir afin d'échapper à Zetto, qui le regardait d'un air amusé, telle une proie qui observait son déjeuner.

-Ça y est, tu as finis ? lança-t-il lorsque Darrick s'arrêta au bout d'un moment.

-Tu veux venger ton frère, si j'ai bien compris ? lança l'adolescent en se mettant en garde. Tu veux peut-être savoir comment il est mort, avant de me tuer ?

La mâchoire de Zetto se crispa et ses yeux se mirent à lancer des éclairs. Comme tous les jumeaux, il y avait un lien puissant entre lui et son frère et c'était donc son point faible.

-Tu as toutes les raisons de vouloir me tuer, continua Darrick. Il n'a pas eu une mort très digne tu sais... Je l'ai attaqué dans le dos, comme un gros lâche. Puis, je l'ai laissé agoniser dans sa propre mare de sang. Il a beaucoup souffert.

Darrick évita juste à temps la lame de la lance et ne s'en sortit qu'avec une griffure à la joue.

-Je vais te tuer, grommela Zetto entre ses dents serrées.

-Si ça peut te rassurer, tu es plus fort que lui !

Cette fois, il ne put éviter un puissant coup de coude, en plein dans son œil borgne. Un cri de douleur lui échappa et il en lâcha sa lance. Alors que la blessure venait seulement de cicatriser, voilà qu'elle se rouvrait puisqu'il sentit son bandeau devenir humide... Un léger filet de sang glissa le long de sa joue et quelques gouttes tombèrent sur ses vêtements. L'adolescent reprit ses esprits lorsque deux pointes de lames lui piquèrent la gorge.

-Je vais te couper les doigts et les orteils un par un...Puis t'enlever très lentement chaque parcelle de peau, lâcha Zetto. Enfin, je te laisserais te vider de ton sang...

Il fronça les sourcils lorsque Darrick eut un petit sourire. L'adolescent leva ensuite les mains et les posa sur l'une des lances.

-Tu es aussi débile que ton frère, railla-t-il.

Zetto eut un sursaut lorsqu'il sentit quelque chose lui empaler le ventre. Tandis que du sang coulait de sa bouche, il baissa la tête et vit qu'une lame avait été transmutée à partir de la lance.

-Comment..., souffla-t-il.

Il remarqua ensuite un cercle de transmutation, maladroitement gravé sur le manche... C'était donc pour ça qu'il avait pris le poignard et qu'il avait autant courut...

Darrick en profita pour lui donner un tacle et, dès que son ennemi tomba à terre, il attrapa la lance et l'empala dans le cœur, cette fois.

-Pour ma part, je n'ai pas le temps de te faire souffrir, dit-il alors que la vie quittait son adversaire.

Quand il fut certain que Zetto ne se relèverait plus jamais, Darrick lâcha son arme et recula de quelques mètres afin de s'appuyer sur ses genoux pour reprendre son souffle.

« Je me reposerais plus tard, je dois continuer » se reprit-il bien vite.

L’idée que Rina était sûrement en danger le regonfla à bloc. Quand il se redressa, sa main se posa contre son bandeau. Sa plaie franchement rouvert le lançait horriblement, mais ce n'était pas ça qui l'embêtait le plus.

-Décidément, mon premier cadeau finit imbibé de sang, ironisa-t-il.

Il se dirigea ensuite vers les escaliers pour les descendre en vitesse. Pour retrouver les autres c’était simple, il n’avait qu’à suivre les bruits de transmutation et les grognements de bestiaux. Il retrouva bien vite Alphonse et Tara, en train de se démener contre un certain nombre de chimère.

-Vous n’en êtes qu’à là ? ne pût s’empêcher de râler Darrick.

-Tu peux parler ! rétorqua Tara. Tu en as mis du temps à te débarrasser de l’autre gugusse ! Et puis, sans nous, tu seras encore coincé là-haut contre ton mur alors ne te plains pas trop !

« Les Elric sont tous pareil à toujours vouloir avoir l’argument le plus pertinent » grommela l’adolescent.

Cependant il devait bien admettre qu’il avait été injuste sur ce coup-là… Mais il n’y pouvait rien, il s’inquiétait pour Rina.

-Edwin et Elizabeth sont partis devant, lui apprit ensuite Alphonse, on peut essayer de te frayer un chemin si tu le veux.

-Non, je vais vous aider ici. A trois on ira plus vite et plus vite on en aura fini avec ces saloperies, plus vite on retrouvera Rina.

Il évita de justesse une chimère qui voulait lui arracher la tête d’un coup de croc.


**

Edwin descendit discrètement les escaliers et après s’être assuré qu’il n’y avait personne, il se remit à courir, mais ne pût faire plus de quelques mètres puisque Yura apparut devant lui.

-Maintenant ! hurla Edwin.

Yura haussa un sourcil.

-Je crois que je vous ais sous-estimés ! fit-elle en applaudissant lentement. Malheureusement, tout seul, tu ne tiendras pas longtemps contre moi.

-Qui a dit que j’étais seul ?

Comme pour confirmer ses propos, une explosion se produit au-dessus d’eux. Yura et Edwin firent un bond en arrière pour éviter les débris. Puis, une ombre sauta du gouffre crée par la détonation et empoigna le bras d’Edwin pour le guider à travers la fumée.

Yura ne tarda pas à voir deux silhouettes passées à côté d’elle et la dépasser. Elle lâcha un juron et s’élança à leur poursuite. Mais Elizabeth avait déjà allumé une autre dynamite, qu’elle lança derrière elle en plein milieu de sa course. Yura n’eut que le temps de s’arrêter, pendant que la jeune Mustang répétait encore et toujours la même opération.

Enfin, ils arrivèrent devant une porte. Ellie s’arrêta et se prépara à tirer sur Yura, dès qu’elle apparaîtrait. Edwin quant à lui, ouvrit la porte et son regard tomba immédiatement sur sa sœur. Elle était assise sur une chaise, poignets et chevilles attachées, un bout de scotch sur la bouche. Dès qu’elle le vit, elle ouvrit grand les yeux de stupeur et se reprit rapidement afin de lui faire de vifs signes de tête.

Edwin ne connaissait que trop bien sa sœur et savait que ça voulait dire « Derrière-toi, crétin ! ». (Le "crétin", c'était avec son regard noir). Alors, il réagit au quart de tour et se jeta sur le côté au moment où on lui tirait dessus. Rina pesta intérieurement et continua de frotter la petite lame contre les cordes qui liaient ses poignets, afin de secourir son frère au plus vite. Le frottement des cordes avait mis sa chair à vif et malgré la douleur, Rina essayait d'appuyer plus vite et plus fort sur la lame, tout en regardant avec inquiétude se relever après sa petite cascade. Le "boss" avait son arme pointée sur lui.

-Je reconnais ce visage, marmonna-t-il. Tu es le portrait craché de ton père... Vous avez décidé de faire une réunion de famille ?

Ayant entendu le coup de feu, Elizabeth entra dans la pièce. Elle comprit ce qu'il se passait en un coup d'œil et visa le chef.

-Lâchez votre arme ! Vous êtes en état d'arrestation ! lança Ellie.

-Oh ? Et où est donc votre uniforme ? Votre badge ?

-Je ne crois pas que vous êtes en assez bonne position pour pourparlers.

-Je ne crois que vous êtes en bonne position vous non plus.

Elizabeth fronça les sourcils et tressauta lorsqu'elle sentit une lame contre sa gorge. Derrière elle, Yura eut un sourire narquois.

-Finis de jouer.

« Allez ! Allez ! » se pressa Rina en lançant un coup d'œil anxieux à ses poignets pour vous où elle en était.

C'était presque bon.

-Il y en a d'autre ? demanda le chef à Yura.

-Ouaip boss. Mais les chimères ont sûrement eu raison d'eux.

-Je préfère que tu ailles t'en assurer. Il est hors de question que nous soyons interrompus une nouvelle fois.

-Très bien boss. Dois-je me débarrasser d'elle ? ajouta Yura en désignant Elizabeth.

-Non, je vais m'en occuper moi-même.

La femme brune hocha la tête et prit l'arme d'Ellie, ainsi que son sac rempli de dynamite avant de la forcer à s'agenouiller. Un sourire satisfait aux lèvres, elle s'éloigna, sous le regard noir de l'ex adjudant-chef.

-Bien..., commença le patron. Par qui vais-je commencer en premier ? (Il croisa le regard de Rina) Jeune Elric, qui veux-tu voir mourir en premier ? Ta collègue ou ton propre frère ?

Il fronça les sourcils lorsque l'adolescente enleva le scotch de sa bouche.

-Vous ! s'écria-t-elle en claquant ses mains.

Le chef n'eut pas le temps de réagir et il se prit bien vite un pilier, qui explosa le mur derrière lui et l'enfonça davantage.

-Bien joué Elric ! Dégageons d'ici ! lança Elizabeth en attrapant l'arme que le chef avait lâchée.

Rina tenta de libérer ses chevilles, mais ses poignets ensanglantés lui provoquaient une trop grande douleur. Alors, Edwin s'empressa de s'approcher d'elle et la porta dans ses bras.

-Qu'est-ce que vous faites là ? demanda Rina alors que son frère partait en courant, suivit d'Elizabeth.

-On vient te sauver ! répondit Edwin.

-Ouais ben en attendant c'est moi qui vous aie sauvé ! Tu es complètement fou d'être venu !

-Ça compte aussi pour toi ! Qu'est-ce qui t'as pris ?

-Il fallait que je vienne.

-Non, ce n'était pas une obligation !

-Ils auraient attaqué tonton Al, de toute façon !

-Comment ça ? ne comprit pas Edwin.

-Ils veulent quelqu'un qui a vu la Vérité. C'est pour ça qu'ils voulaient papa, puisqu'ils ne savaient pas encore que je l'avais vu, moi.

-Tu as vu la Vérité ? s'étonna Elizabeth, restée silencieuse jusqu'à maintenant.

-C'est une longue histoire... Au fait, c'était quoi ces explosions ?

-C’est Elizabeth Mustang qui développe son côté kamikaze ! fit Edwin avec un petit rire.

L'ex adjudant-chef lui lança un regard complice.

-Vous êtes vraiment flippante, adjudant-chef, fit Rina en ouvrant grand les yeux.

Quand ils furent assez éloignés, ils s'arrêtèrent et Rina pût enfin libérer ses chevilles, sous le regard d'Edwin. Ce dernier remarqua l'état de ses poignets et s'accroupit donc en face de sa sœur tout en déchirant sa manche. Elizabeth, elle, surveillait les alentours. Seules les bougies éclairaient le tunnel, il fallait donc être concentré.

-Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ? murmura Edwin en prenant les mains de sa sœur.

Le cœur de Rina se serra. Combien de fois leur père lui avait sortis cette phrase ?

L'adolescente ne répondit pas et regarda son frère attacher le tissu contre ses poignets.

-Je pensais... Je pensais que... (Elle détourna la tête) Je pensais être capable d'arrêter tout ça... Je voulais qu'il soit fier de moi...

Edwin la dévisagea un instant, avant de faire un petit sourire triste. Il leva la main et la posa avec douceur sur la tête de Rina. Elizabeth, elle, plissa les yeux lorsqu'il lui sembla voir quelque chose, plus loin... Une toute petite flamme...

-Il a toujours été fier de toi, petite sœur... Et il le sera toujours.

Rina resta silencieuse un instant. Puis, les deux Elric sursautèrent lorsqu'Elizabeth cria :

-Reculez ! Vite !

Rina et Edwin se relevèrent précipitamment mais trop tard. Une dynamite atterrit à leurs pieds. Ils n'avaient pas le temps de courir. Alors, Rina joignit ses mains et créa un trou en dessous la dynamite. Celle-ci tomba et quand elle explosa, le sol trembla si fort qu'ils en perdirent l'équilibre. Dans sa chute, Edwin eut le temps de voir une autre petite flammèche s'allumer. Rina, qui n'avait rien vu, sursauta lorsqu'une nouvelle dynamite arriva devant eux. Elle joignit ses mains, mais un mur se forma et les enveloppa avant même qu'elle n'eut le temps de poser ses mains au sol. Et apparemment, le mur était solide puisque quand l'explosion retentit, il s'effrita à peine malgré la proximité de la dynamite. Quand il n'y eut plus de danger, la boule de terre s'ouvrit. Rina bondit en dehors et éclata de rire.

-Waouh, Darrick ! s'exclama-t-elle. Quel sens de la ponctualité ! Tu…

Elle s’interrompit lorsqu’elle remarqua que son ami n’était nulle part… Si ce n’était pas lui qui avait transmuté ce mur pour les protéger… C’était qui, alors ?

Intriguée, Rina se tourna vers Ellie et son frère. Elle fronça les sourcils quand elle vit que la jeune Mustang dévisageait Edwin d’un air bouche-bée… C’est alors que Rina remarqua soudainement le cercle de transmutation dessiné aux pieds de ce dernier.

-... Edwin ?!


**

-Il y en a trop ! pesta Darrick. J’ai l’impression que leur nombre ne descend pas !

Il avait raison. Le petit groupe avaient beau en tuer, il en apparaissait de plus belle, comme lorsque l’on coupait les têtes une hydre : Vous en coupez une, deux autres repoussent. C’était le même effet pour les chimères. Elles étaient beaucoup trop nombreuses. Alphonse lança un regard inquiet à Tara. Sa fille commençait à fatiguée… Il était très fier d’elle, elle avait déjà vaillamment combattu. Mais rester ici devenait trop dangereux pour elle !

-Tara ! On fait que ce qu’on a dit, file d’ici et va chercher des renforts !

-Je ne te laisserais pas ici ! protesta Tara.

-Tu m’avais promis que…

-Oui, mais c’était avant qu’il ne soit question de te laisser au milieu d’une horde de chimère enragées !

-Dîtes, l’entêtement c’est héréditaire chez les Elric ou comment ça se passe ? glissa Darrick.

-J’en ait bien l’impression, soupira Al, avant de s’adresser de nouveau à sa fille. Tara, si nous avons déjà du mal contre des chimères, imagine ce que ça va être contre nos ennemis ! On a besoin de renfort, c’était idiot de croire qu’on aurait pût se débrouiller seuls. Je compte sur toi, d’accord ?

L’adolescente aux cheveux dorés s’apprêta à répliquer, avant de se raviser lorsqu’elle vit la lueur de peur dans les yeux ambrés de son père. Elle ne sût pour qui il avait peur. Lui-même ? Elle ? Ses cousins ? Peut-être tout ce monde à la fois…

Il avait raison. Ils avaient étés complètement fous d’être venus là en petit groupe… Il fallait aller chercher les militaires au plus vite et son père comptait sur elle pour cela.

-D’accord, j’y vais.

Alors qu’elle pivotait sur ses talons pour s’éloigner en courant, elle s’arrêta en voyant des silhouettes, au loin, dans l’obscurité… La lueur des bougies fit briller des armes à feu…

-Papa ! Darrick ! Couchez-vous ! s’écria-t-elle.

-Tous à terre ! hurla en même temps une voix.

Al se retourna et comprit la situation en un rien de temps. Il se jeta sur Darrick et Tara afin de les coucher et peu après plusieurs coups de feu retentirent. Un claquement de doigt se fit également entendre et une étincelle passa à vitesse fulgurante pour embraser les chimères.

Ils entendirent les sifflements de plusieurs dizaines, voire centaines, de balles passer à toute vitesse au-dessus d’eux. Ils n’osaient imaginer le massacre qui se passait derrière eux…

-Attention ! cria soudainement quelqu’un.

Alphonse se tourna rapidement sur le dos et tressaillit lorsqu’il vit qu’une des chimères avait vaillamment bondit vers eux malgré qu’elle soit en feu, espérant faire au moins une dernière victime. Alors qu’il claquait ses mains dans une tentative de transmutation désespérée, la créature s’encastra dans le mur après avoir reçu un puissant coup de pied venant d’une silhouette qui avait déboulée de nulle part. La silhouette dont le feu des bougies faisait refléter les mèches dorées atterrit habilement sur ses pieds, juste devant Al.

-Dire que j’espérais ne plus jamais revoir ces sales bestioles de ma vie, lâcha une voix masculine.

Alphonse en sursauta. Il était capable de reconnaître cette voix entre mille… Il ne pouvait pas se tromper ! Il redressa la tête et bientôt, le visage de son grand frère apparut distinctement devant ses yeux. Tara suivit son regard et lâcha un cri de surprise. Voyant leur air bouche-bée, Ed sourit et tendit la main à Al.

-On ne se débarrasse pas de moi comme ça, petit frère… Tu vas devoir me supporter encore quelques années !

Encore sous le choc, Alphonse attrapa la main de son frère et se releva lentement, sans quitter son regard. Puis, les larmes lui montèrent aux yeux et il s’empressa de serrer Ed dans ses bras.

-Nii-san !

-Oncle Ed ! s’exclama Tara en se joignant à l’étreinte. Quelle idée de nous faire une telle peur !

-Je le savais ! Je savais que tu étais vivant ! Je le sentais ! s’exclama Al.

-Ah oui ? murmura Ed, un sourire amusé aux lèvres. Qu'est-ce que vous faites ici, d'ailleurs ?

Al essuya ses larmes et lui résuma la situation. Quand Ed apprit qu'Edwin était partit devant pour retrouver Rina, il se détendit légèrement. Si Edwin se trouvait avec sa sœur, c'était déjà un peu plus rassurant.

Alors que Darrick se relevait et assistait, ébahi, à la scène qui se déroulait sous ses yeux, Iyoko s’approcha de lui.

-Vous auriez dû me prévenir que vous viendriez ici ! gronda-t-elle, ses yeux rouges lançant des éclairs.

-Nous ne voulions plus te mêler à ça, tu risquais de perdre ton travail et d’être en danger.

-N'importe quoi ! Je crois me souvenir qu'on a commencé cette enquête ensemble, non ? J'en reviens pas que vous m'ayez laissé derrière ! Vous n'êtes que des idiots, tous les deux !

Darrick fit la moue, puis, il croisa le regard d’Edward. Il abaissa les yeux et inclina la tête.

-Je suis navré monsieur... Rina était avec moi et je n’ai pas réagi assez tôt. Du coup elle m’a bloqué et est partie avec cette femme, je n’ai rien pu faire, je… Je suis désolé, je n’aurais jamais dû accepter qu’on vienne ici et…

Ed l’interrompit en posant sa main sur son l’épaule.

-Je pense que désormais tu la connais assez pour savoir qu’une fois qu’elle a une idée en tête, elle ne revient jamais en arrière… Avec toi ou seule, rien ne l’aurait empêché de venir ici ! Sur ce, allons-y ! conclut-il en faisant signe à Roy d’avancer.

Al sourit. Son frère avait l’air d’avoir hâte de retrouver ses enfants, ce qui était compréhensible ! Puis, quand il croisa le regard du président, il se rappela soudainement de quelque chose et lança :

-Au fait Président, votre fille est vraiment incroyable, elle...

Il s’interrompit quand Roy fronça les sourcils.

-Ma fille est ici ? demanda-t-il sèchement.

-Euh oui... Sur le chemin elle nous a dit qu'elle était responsable de cette enquête et...

En voyant le visage de Roy devenir de plus en plus dur, la voix d'Al, elle, devenait de plus en plus basse, conscient qu'il avait fait une bêtise.