Me battre pour lui

par Jill Kuchiwa

Rina entra dans la chambre de ses parents avec un certain malaise. C’était étrange de venir ici… Elle n’y entrait que rarement…

Après avoir avalé sa salive avec difficulté, l’adolescente s’avança d’un pas hésitant vers l’armoire. Elle savait que c’était par ici que sa mère avait rangé l’album photo. Elle voulait regarder les clichés afin de mettre des images sur ce qu’elle avait écrit sur le journal, qu’elle tenait toujours dans sa main, d’ailleurs… Elle ne s’en séparait plus.

Après quelques minutes, elle trouva enfin l’album et partit s’installer dans sa chambre pour le regarder.


Edwin regarda sa mère avec inquiétude. Elle n’avait pas voulu fermer la boutique prétextant que le boulot l’aiderait à penser à autre chose… Mais elle était avachie sur son bureau de travail, en train de faire rouler un boulon avec une clé… Comment pouvait-elle penser à autre chose, ainsi ? Elle était même beaucoup trop plongée dans ses pensées pour pouvoir se plonger dans le travail et ainsi penser à autre chose...

Et s’il n’y avait que ça… Elle ne mangeait plus, ne parlait plus… C’était encore pire que la dernière fois qu’Ed était partit, Edwin s’en souvenait encore... Et il ne savait pas ce qu’il devait faire. Il était complètement perdu… Son père s’était trompé, il n’était pas digne d’être chef de famille.

-Maman, tu ne peux pas rester comme ça…

Elle resta silencieuse. Alors Edwin soupira et lui pressa l'épaule en déclarant qu’il prenait une pause. Winry ne réagit pas. Peut-être ne l’avait-elle-même pas entendu. Ainsi, son fils sortit de l’atelier après un dernier regard inquiet pour elle.

Quelques secondes après son départ, les pupilles de Winry tombèrent sur la boite contenant les pièces de l’auto-mail d’Edward… Elle l’attrapa et la tira vers elle… Elle observa les morceaux de métal, la tête remplie de pensées. Puis, elle prit chacune des pièces et les posa devant elle… La plupart était inutilisable… Mais quelques-unes pouvaient encore servir…

Elle prit machinalement toutes les pièces dont elle avait besoin. Elle n’avait pas besoin de schéma… Elle connaissait par cœur l’auto-mail qu’elle s’apprêtait à faire…

-Winry...

Cette dernière sursauta et regarda derrière elle. Son cœur bondit dans sa poitrine quand elle croisa le regard d'Ed. Ça ne pouvait pas être une hallucination... Il semblait trop réel... Alors, elle s'approcha de lui en tendant la main. En la voyant s’avancer vers lui, Ed sourit et ouvrit ses bras pour l'accueillir contre elle. Mais alors que la main de Winry était censée le toucher, elle fut soudainement dans le vide, Ed n'étant plus là...

Elle ne l'avait pas vu disparaître...

Mais pourtant, elle l'avait parfaitement bien entendu... Et il avait été là, jute devant elle !

« Non... C'était dans ta tête, tout comme l'autre soir... Tout est dans ta tête... Ed est mort...»

Tremblant de tout ses membres, elle retourna à son atelier.

« Tu es simplement en train de devenir folle... »

A peine eut-elle empoigner sa clé anglaise que sa main se mit trembler de façon incontrôlable…

-Winry, persista la voix dans sa tête.

« Ne te retourne pas... Tu sais que ce n'est qu'une illusion »

-Winry...

Les larmes lui montèrent aux yeux.

-Arrête, murmura la mécanicienne. Ce n'est pas toi...

Et sa vision devint flou, embuée par les larmes…

-Winry...

-Arrête... Je t'en supplie... Arrête...

« Tu deviens folle... »


-Rina ? Qu’est-ce que tu fais ? demanda Edwin quand il passa devant sa chambre, dont la porte était ouverte.

-Je voulais voir les photos correspondant à tout ce que j’avais écrit… Mais je n’ai pas pu m’empêcher de regarder les photos de papa et maman, bien avant notre naissance… Comme ils étaient beaux à leur mariage ! J’aurais tellement aimé voir ça…

Edwin sourit tristement et entra pour s’asseoir à côté de sa sœur. Même si elle prenait un air enthousiaste, il était évident qu’elle venait de pleurer…

L’adolescent laissa tomber son regard sur l’album. Rina en était aux photos de sa naissance.

-Oooh, comme tu étais mignonne avant que tu n'apprenne à parler ! taquina-t-il.

Rina sourit et le poussa gentiment avec son épaule.

-Te moque pas trop, Joli-Cœur… Regarde la photo d'après… La petite fille avec qui tu es ne te dit rien ?

Edwin se pencha pour mieux voir. Il était effectivement assis à côté d’une fille aux cheveux noirs de jais, qui semblait avoir au moins deux ou trois ans de plus que lui…

-Hum… Non, pas tellement, pourquoi ?

-C’est Elizabeth Mustang ! Tu me déçois Roméo, on reconnaît quand même bien son regard !

-C’est vrai... Mais elle n’est pas brune, pourtant…

-Elle se les teint pour ressembler à sa mère, assura Rina en se souvenant de l’histoire de l’adjudant-chef. Ou pour moins ressembler à son père, au choix… Bref, tu as vu comment vous vous regardez ? Ça m’a tout l’air d’être un vrai coup de foudre !

-Tais-toi, grommela Edwin en rougissant.

-Ce serait mignon que tu sortes avec ton amour d’enfance !... Mais je maintiens que tu aurais pu me trouver une meilleure belle-sœur…

-Moi ça va, niveau beau-frère, je n’ai pas à me plaindre… Darrick est sympa.

Cette fois, ce fut au tour de Rina de rougir. L’adolescente ne répondit pas et s’empressa de tourner la page, comme pour clore la discussion.

Ils continuèrent de regarder les photos avec émotion. Parfois, Edwin les commentait et lui racontait ce qu’il s’était passé au moment de la photo…

-C’est quoi, ça ? demanda Rina posant son index sur une photo pour la désigner.

Un sourire nostalgique se dessina sur les lèvres de son frère.

-Ta toute première transmutation, répondit-il doucement.


~ Flash-Back ~


-… Comment tu fais pour faire l’auto-mail aussi vite ? demanda Edwin à sa mère. Y a pleins de trucs à faire et c’est compliqué…

Il observait sa mère travailler, non sans une certaine admiration. Winry accueillit sa remarque avec un petit rire.

-Rassure-toi, j’étais perdue moi aussi, au début ! Mais à force d’en faire, tu prends vite l’habitude.

-Tu apprends vite parce que tu fais toujours la même chose ?

Winry secoua la tête et se pencha pour se mettre à la hauteur de son fils.

-C’est ça qui est magique avec les auto-mails… Tu ne fais jamais la même chose, dit-elle, les yeux brillant comme à chaque fois qu’elle parlait de son métier. Chaque prothèse est différente et unique.

Tout à coup, ils entendirent des pas se rapprochèrent précipitamment.

-MAMAN-MAMAN-MAMAN-MAMAN-MAMAN-MAMAN ! s’écria Rina.

-WINY-WINRY-WINRY-WINRY-WINRY-WINRY! renchérit la voix d’Ed.

La porte de l’atelier s’ouvrit d’un coup dévoilant un Edward survolté et une Winry version miniature dont les yeux bleus brillaient d'excitation.

-MAMAN !

-WINRY !

-Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Winry.

Pour toute réponse, Rina attrapa la main de sa mère et la tira pour l’inviter à la suivre.

-Viens vite voir ! Viens vite voir !

Ed, qui était aussi impatient que sa fille, se mit derrière Winry pour la pousser dans le dos.

-Oui ! Viens voir ! Toi aussi, Edwin, viens ! ajouta-t-il en prenant la main de son fils.

Winry éclata de rire en voyant son mari et sa fille aussi excités ! Restait à savoir ce qui les mettait dans cet état, maintenant…

Une fois devant la porte, Ed posa ses mains contre les yeux de Winry et la guida dans la pièce. La jeune mère de famille marcha avec hésitation. Depuis qu’il s’était consacré à ses recherches, le bureau d'Ed était un véritable foutoir… Alors depuis qu’il avait en plus décidé d’entraîner Rina à l’Alchimie… Il fallait faire attention où mettre les pieds.

-Tu es prête ?... Attention…, fit Ed.

Il enleva sa main et pris une pose théâtral en désignant quelque chose au sol.

-TA-DA !

Rina était assise en tailleur, par terre. Devant elle, un cercle de transmutation avec un oiseau miniature -fait avec le plancher- en plein milieu.

-C’est toi qui a fait ça, Rina ? dit Winry en écarquillant les yeux.

La petite fille approuva d’un vif hochement de tête.

-Tu as vu ça ! s’extasia Ed en s’asseyant à côté de sa fille. Sa première transmutation ! Et elle est très réussie, en plus !

Le regard de Winry se balada d’Ed à Rina… Il était très difficile de savoir lequel du père ou de la fille était le plus fier !

-Et si tu me montrais ça ? demanda-t-elle en s’asseyant également. J’aimerais beaucoup te voir faire de mes propres yeux !

-Bonne idée, approuva Ed.

Mais Rina ne semblait pas être de cet avis-là. Son visage se renfrogna.

-Tu penses ? J’ai mis un moment avant de réussir à faire celle-là, alors…

-Même si tu n’y arrive pas, ce n’est pas grave, dit Winry en souriant. Je veux surtout voir comment tu t’y prends.

-D’accord…

Elle traça son cercle avec une craie, sous l’œil attentif de son père. Winry ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil amusé à son mari… Assis en tailleur avec le dos droit, les bras croisés, le regard pétillant et le sourire aux lèvres, il semblait totalement confiant de la réussite de sa fille… Il semblait même en être fier à l’avance !

-Tu vas y arriver, petite sœur ! encouragea Edwin lorsque Rina posa ses mains près du cercle.

La petite aux couettes blondes prit une grande inspiration et ferma les yeux pour se concentrer. Une lumière aveuglante jaillit et lorsqu’elle disparut, un nouvel oiseau avait été créé… Et il était même encore mieux réussit que l’autre.

-Waouh ! s’exclama Edwin en applaudissant.

-Bravo ma chérie ! félicita joyeusement Winry.

Ed se pencha et attrapa sa fille dans ses bras pour la serrer fort contre lui, ce qui provoqua l’hilarité de Rina.

Winry sourit. A bien réfléchir, c’était le père, le plus fier !

Ed regarda ensuite son fils, qui observait les transmutations de sa sœur d’un air joyeux… et triste à la fois. Il devina tout de suite ce à quoi il pensait.

-L’Alchimie est plus facile que les auto-mails, Edwin, lança-t-il. Mais avec ta mère à tes côtés, tu vas très vite progresser et le prochain qu’on admirera, ce sera toi (Il tendit son poing) J’ai hâte de voir ton premier auto-mail, fiston !!

Edwin fit un grand sourire et mit son poing contre celui de son père.


~ Fin Flash-Back ~


-J’aurai adoré me souvenir de ça, s’esclaffa Rina, ça devait vraiment être quelque chose de le voir comme ça !

-C’était limite si on se demandait lequel de vous deux venait de réussir à faire sa première transmutation !

Ensuite, Edwin sourit, se remémorant le jour où il avait fait son premier auto-mail, sous les directives de Winry bien sûr. Son père était venu le voir régulièrement (pour ne pas dire, toutes les dix minutes...) afin de voir l'avancement, impatient de le voir terminé. Après toute une journée ainsi, Winry avait fini par perdre patience et lui avait interdit d'entrer avant qu'elle ne vienne le chercher. Il avait alors pris son mal en patience et lorsqu'Edwin lui avait enfin présenter son auto-mail, Ed avait été aussi fier que lors de la première transmutation de sa fille. Mais il était évident que la plus fière avait été Winry !

Edwin mit sa main dans sa poche et frôla son bandana de travail. Son père le lui avait offert dès qu'il lui avait présenter son premier auto-mail et apparemment, il l'avait acheter depuis un moment. Il savait que son fils voulait en avoir un pour travailler, tout comme sa mère.

« Maintenant que tu entres dans la cour des grands, il faut être parfaitement équipé ! » avait dit son père, en lui offrant le bandana.

Évidemment, Ed avait tenu à ce qu'il soit rouge, ce qui ne l'avait jamais déranger puisqu'il se sentait encore plus proche de son père, à chaque fois qu'il le portait. Et puis, de cette façon, même s'il avait décidé d'opter pour les auto-mails plutôt que l'Alchimie, il tenait au moins quelque chose de son père !

Le cœur lourd, Edwin serra fort le bandana dans sa main, se geste l'aidant à retenir les larmes qui commençaient à embuées sa vue.

-Dis-moi…, fit Rina, sortant ainsi Edwin de ses pensées. Il a toujours été aussi… protecteur ?

-Il a toujours été un « Papa –poule », comme dis maman, mais pas aussi il n’était pas aussi excessif que ça, avant, c’est vrai… Il était du genre à nous pousser en avant. Je me souviens qu’une fois, lorsque tu avais cinq ou six ans, tu étais tombé par terre pendant qu’on jouait… Ce n’était qu’une petite chute de rien du tout, tu avais le genou à peine égratigné et pourtant, tu as éclaté en sanglot et tu regardais papa, qui nous surveillais, de tes yeux tous tristes pour qu’il t’aide. Comme il ne venait pas, j’allais t’aider mais il m’a dit que je devais te laisser te relever toute seule. Ensuite il s’est rapproché et t’a encouragé. Comprenant qu’il n’interviendrait pas, tu as fini par te relever… Il faisait toujours ça lorsqu’on tombait, et à chaque fois qu’on se remettait sur nos pieds, il nous prenait toujours dans ses bras, nous félicitait pendant des heures et jouait avec nous pour nous faire penser à autre chose… Et bien sûr, malgré tout, il allait toujours nous montrer à maman pour vérifier qu’on n’avait rien, ajouta Edwin en éclatant de rire.

Rina pouffa, imaginant son père montrer à Winry d’un air paniqué un simple bleu sur un de ses enfants et la supplier de les soigner !

-C’était sa façon de nous apprendre à toujours nous relever, quel que soit les problèmes, continua son grand frère. Mais ensuite, il y a eu cette transmutation qui a mal tournée et c’est à partir de là qu’il est devenu très protecteur, surtout vis-à-vis de toi et qu’il s’est mit en tête de te protéger du monde… Là, il est devenu du genre à foncer vers nous d'un air paniqué, lorsqu'on tombait.

Rina sourit et essuya ses yeux humides.

-Je... J’ai du mal à me dire qu’on ne le reverra plus, murmura-t-elle. Tu sais… Tu vas peut-être trouver ça idiot… Mais je m’attends à tout moment à ce qu’il rentre à la maison, comme si de rien n’était… Et que tout redevienne comme avant…

-Ce n’est pas idiot. Moi aussi je m’attends à le voir arriver d’une minute à l’autre… (Il soupira) Quand on était petit, j’avais hâte de devenir adulte, d’avoir des responsabilités, qu’on me prenne enfin pour un grand… Alors qu’aujourd’hui, je ne rêve que de retrouver l’innocence et la naïveté de l’enfance…

Rina le regarda d’un air compatissant et laissa tomber sa tête contre l’épaule de son frère.

-Il me manque déjà tellement…

Alors qu’Edwin allait répondre, lui et sa sœur sursautèrent lorsqu’un énorme bruit retentit.

-Maman ! devina l’apprenti-mécanicien en bondissant.

Il accourut jusqu’à l’atelier, suivit de sa sœur. Edwin rentra dans la pièce et lança un regard effaré au désordre qui y régnait. Dans un geste de rage, elle avait balancé tout ce qui se trouvait sur sa table, outils comme pièces… D’ailleurs, parmi les morceaux de métal qui étaient éparpillées par terre, l’adolescent reconnu certaines pièces de l’auto-mail de son père. Alors, il comprit ce que Winry avait voulu faire… Mais ça avait été plus fort qu’elle, elle ne pouvait pas le réparer… Pas maintenant…

La mécanicienne était avachie sur son bureau et pleurait toutes les larmes de son corps. Par moment, elle donnait un coup de poing contre la table…

-Maman, murmura-t-il d’un air attristé.

Il s’approcha d’elle, tandis que Rina restait au seuil, regardant tristement l’atelier, dont le désordre dans lequel il se trouvait reflétait l'état de sa mère… Un néant absolu…

Jamais, elle ne l’avait vu ainsi… Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même…

Soudainement, elle se rappela du jour où elle avait dit qu’à ses yeux, c’était Winry le pilier de la famille… Celle-ci lui avait répondu :

« Je vis pour mes enfants et mon mari… Je suis en équilibre sur vous. De ce fait, si l’un de vous trois tombe, je m’effondrerai aussitôt… »

C’était ce qui était en train de se produire… Ed était tombé, alors Winry s’effondrait.

Rina serra fort ses poings. Tout était de sa faute... Sa famille était en train de se déchirer entièrement, petit à petit... Elle ne pouvait pas rester ici, à faire tranquillement son deuil, elle devait agir, se venger… Edwin venait juste de lui dire que son père leur avait appris à se relever quand ils tombaient... Elle devait donc se relever. Et réparer le mal qu'elle avait causer.

Sa décision était prise. Au fond d'elle, elle était prise depuis longtemps.

« Ils vont payer ce qu'ils ont fait » songea-t-elle en pivotant sur ses talons, une certaine rage lui serrant le cœur.

Du coin de l’œil, Edwin vit sa sœur s’éloigner. Il supposa qu’elle ne supportait pas de voir sa mère comme ça… Et il la comprenait… Lui aussi aurait aimé s’éloigner, peut-être même fuir tout cela… Mais il ne pouvait pas. Il était l’épaule sur laquelle sa famille devait se poser, désormais.

-Tu n’as plus le choix maintenant maman, je vais prévenir les clients dont on a les commandes qu’on a en cours qu’il va y avoir du retard et on ne prendra plus d’appel, on ferme jusqu’à nouvel ordre !

Winry se leva brutalement de sa chaise et, sans un mot, elle ramassa les pièces dont elle avait besoin.

-Maman… Réparer l’auto-mail de papa ne t’aidera pas à te sentir mieux… Bien au contraire…

Mais Winry l’ignora et continua de récupérer les pièces. Edwin retint un soupir et la regarda faire, le cœur serré.

-C’est tout ce qu’il nous reste de lui, Edwin, déclara tout à coup Winry, d’un ton si bas qu’il l’entendit à peine. Il n’y a qu’avec ça que je peux me sentir proche de lui, désormais…

Le cœur de son fils fit un bond dans sa poitrine. C’était la première fois qu’elle parlait, depuis que ce cauchemar avait commencé.

Peut-être bien que réparer cet auto-mail l’aiderait, après tout…

Edwin sortit le bandana de sa poche et le regarda un instant, le cœur serré. Il finit par lâcher un long soupir.

-D’accord…, accepta-t-il en nouant le bandana autour de son front. Mais laisse-moi t’aider, alors… Tu n’y arriveras pas seule.

La mécanicienne regarda longuement son fils, l’air d’hésiter. Finalement, elle hocha doucement la tête.


**

Tard le soir, Edwin quitta l’atelier pour monter à l’étage. Son ventre gargouilla. Après tout, il s’était contenté de grignoter lors des repas, aujourd’hui…

Quand il passa devant la chambre de sa sœur, il toqua doucement à la porte.

-Rina ? Tout va bien ?

Il ne l’avait pas revue depuis qu’ils avaient vu les photos, c’est-à-dire le matin même… Il s’inquiétait pour elle.

-Ça te dit de manger un morceau avec moi, sœurette ?

Il n’y eu aucune réponse. Edwin fronça les sourcils.

-Rina ? J’entre…

Il s'arrêta sur le seuil, effaré. La chambre était vide… Et la fenêtre, grande ouverte… Même Nori n'était pas là. Le cœur d’Edwin fit un bond dans sa poitrine. Où était-elle partie ? Et pourquoi passer par la fenêtre ?

« Questions idiotes, imbécile ! Elle est partie à Central et elle ne voulait pas que tu t’en rendes compte… » se dit-il.

« Donc je suis désolé frangine, mais désormais, dès que tu prévois de faire quelque chose de louche, soit tu préviens tout le monde, soit tu ne préviens personne ! Mais ne préviens pas que moi ! Ça a l’air de te porter malheur… » lui avait-il dit, deux jours plus tôt.

-J’y crois pas ! grommela-t-il. Elle m’a prit au pied de la lettre ! C’est pas vrai, elle n’écoute jamais quand il faut…

Il dégringola les escaliers et déboula dans l’atelier, où Winry s’affairait toujours.

-Maman ! Rina est…

Il s’interrompit. Sa mère était déjà assez au bord du gouffre comme ça… Il ne pouvait pas lui dire que sa fille risquait d’être en danger…

-Rina est... Elle est allée voir Darrick, cette petite cachottière, héhé… Euh, je vais la chercher avec ce qui se trame à Central, je ne préfère pas qu’elle reste là-bas…

Winry se crispa et tourna lentement la tête dans sa direction.

-Je ne préfère pas non plus, dit-elle d’une voix tremblante.

-Je sais. Je vais partir maintenant, comme ça j’arriverais sûrement à l’aube à Central et on pourra vite rentrer.

-Edwin… Tu es sûr qu’elle ne prépare rien ? Ce n’est pas le moment pour faire des folies, on…

-Dans tous les cas, si elle prépare quelque chose, elle ne le mettra pas en exécution avant demain matin, coupa Edwin. Je vais la ramener avant qu’elle n’ait le temps de faire quoique ce soit… Mais toi ? Tu es sûre que ça va aller ?

-Oui.

Edwin ne fut nullement convaincu. Mais il n’avait pas le choix.

-Ne veille pas toute la nuit… Il faut que tu penses à te reposer… Et je veux que tu manges, aussi !

-Va chercher ta sœur au lieu de t’inquiéter pour moi, répondit doucement Winry en détournant le regard.

-Je reviens le plus vite possible avec elle ! s'exclama Edwin en sortant de l'atelier.

Quand il ouvrit la porte d’entrée, il tomba nez à nez avec Alphonse, qui s’apprêtait à frapper.

-Tont… (Il vérifia que sa mère ne l’avait pas entendu avant de sortir dehors et de refermer doucement la porte derrière lui) Tonton Al ? Tara ? Qu’est-ce que vous faites ici ? demanda-t-il en chuchotant.

-Winry m’a tout apprit pour Ed et… Pourquoi est-ce que tu chuchotes ?

-Il faut que j’aille chercher Rina ! Elle est partie à Central et je suis sûre qu’elle veut en finir avec tout ça !

-Comment tu le sais ?

-Je le sais, c’est tout !

-D’accord, mais et ta mère ?

Bien que pressé, Edwin les emmena un peu plus loin et leur résuma la situation.

-… Et j’avoue que c’est bien que tu sois là parce que je risque d’avoir besoin de ton aide, conclut Edwin. Rina n'a aucune chance contre eux !

Al ne put retenir un soupir. Il était venu pour apporter son soutien à sa famille, pas pour se battre… Mais si Rina était en danger, il n’y avait pas à hésiter une seule seconde.

-D’accord, mais toi Tara, je veux que tu restes ici.

-Quoi ? Hors de question, je viens avec toi.

-On ne peut pas laisser Winry dans cet état, toute seule ! Et tu es trop jeune pour participer à un combat de ce genre.

-La bonne blague ! Je te rappelle que tu avais exactement mon âge lorsque tu as fait des « combats de ce genre », toi ! Et maman, je ne t’en parle même pas !

-Je pense qu’il vaut mieux laisser maman seule, murmura Edwin. Elle a besoin de se retrouver et…

-Si je comprends bien, le plus d’aide possible serait franchement utile à Central, coupa Tara. Et puis rien ne m’oblige à me joindre à la bataille, si ça peut te rassurer papa, je peux rester en retrait et vous soigner quand il le faut. De toute façon, tu n’as pas le choix, je viens, ajouta-t-elle lorsqu’Al ouvrit la bouche.


**

Rina prit une grande inspiration et, alors qu’elle allait frapper à la porte de la cabane fraîchement refaite, elle évita de justesse un pilier qui apparut d’un coup par la porte, et qui aurait pu le briser le crâne si elle n’avait pas eu le reflex de se jeter sur le côté. Elle regarda ensuite la porte et vit qu’un cercle de transmutation avait été gravé sur la porte et sur… Un peu de partout sur la cabane, en fait…

-Darrick ! rugit-elle. Ça va pas, non ?

-Rina ?! entendit-elle à l’intérieur de la petite maison.

Peu après, la porte s’ouvrit, dévoilant un Darrick ébahi.

-Eh bien, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu le droit à ton accueil légendaire ! grogna l’adolescente.

Puis, elle repoussa doucement Nori qui essayait de lui lécher le visage et se releva.

-Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Darrick. On est en plein milieu de la nuit !

-J’ai besoin de te parler… Tiens, Ayame n’est pas là ?

Malgré la pénombre, elle vit le visage de Darrick s’assombrir.

-Non, elle est dans la famille d’accueil que le Führer lui a trouvé depuis ce matin.

-Oh…

L'adolescente détourna le regard, attristée par cette nouvelle.

-J'ai passé un moment avec eux, ils ont l'air gentil mais... Je ne suis pas sûr que ce soit la famille dont a besoin Ayame... Elle a besoin de beaucoup d'amour, ce que ces gens sont visiblement capable de donner, mais elle a son caracètre et a aussi besoin qu'on lui fixe des limites... Ils ont l'air de vouloir tout faire pour qu'elle soit heureuse et j'en suis soulagé, mais j'ai peur que ces gens ne se laisse trop déborder par elle... (Il secoua la tête) Viens, entre.

Rina esquissa d’un pas et finalement, se ravisa. A l’intérieur, Darrick risquerait d’être trop concentré par la conversation pour faire attention si quelqu’un approchait. Il fallait qu’ils discutent à un endroit où ils pourraient guetter l’extérieur… L’adolescente eut alors un sourire espiègle puis, elle claqua ses mains et les posa au sol. Une plateforme se créa et les suréleva afin de leur faire atteindre le toit. Durant l'ascension, ne s'attendant pas à ça, Darrick avait dû s'agripper à l'épaule de l'adolescente pour garder son équilibre.

-Là, on sera bien ! fit-elle en se posant sur le toit de la cabane.

-Je ne sais pas si j’hallucine à cause de manque de sommeil, mais est-ce que tu ne viens pas d’utiliser l’Alchimie sans tes gants ? Et donc, sans cercle ? s’étonna son ami en la rejoignant.

-C’est une longue histoire…

Darrick l’écouta attentivement, tout en resta à l’affût du moindre bruit. Il lui arrivait de tressauter dès qu’une chouette hululait, ou lorsque les branches des arbres craquaient de façon sinistre... Ou même lorsque Nori laissait échapper des petits aboiements plaintifs, triste que sa maîtresse soit là mais dans un endroit où il ne pouvait l'atteindre.

-Je vois, murmura-t-il quand elle eut fini. Tu as vraiment eu de la chance, cette transmutation aurait pu très mal tourner. (Il lui lança un regard inquiet) Comment tu vas ?

-Je donnerais n’importe quoi pour le revoir, même seulement pour quelques secondes… Juste de quoi avoir le temps de lui dire à quel point je m’en veux et que c’est lui qui avait raison… Quand j’ai appris sa mort, et que je ne savais pas encore ce qu’il m’était arrivé… J’ai pensé à la transmutation humaine pour le ramener…

-Rina…

-…Mais mon père m’a tellement répété qu’on ne pouvait faire revivre les morts, que je savais que ça ne marcherait pas… Et même si par miracle ça marchait, je savais qu’il serait furieux contre moi… Alors j’ai tout de suite arrêté de penser à ça.

-Je vois que les enseignements de ton père ont portés leur fruit.

-Oui… Je râlais à chaque fois qu’il me faisait répéter les règles de l’Alchimie et qu’il insistait bien dessus… Mais il faut croire que ce bourrage de crâne a été efficace… Sans ça, j’aurais sûrement fait la même erreur une deuxième fois…

-Et ta mère ? Ton frère ? Comment vont-ils ?

-Je sais qu’Edwin essaye de tenir le coup… Et qu’il tente de se montrer fort dès qu’il est avec nous… Et je l’en remercie. Sans lui, je serais sûrement dans le même état que ma mère. Elle m’inquiète vraiment, j’ai peur qu’elle ne soit plus jamais la même…

-Ta mère est forte et avec votre soutien, je suis sûr qu’elle ira mieux, un jour… Laisse-lui le temps. Mais il faut que tu gardes en tête que c’est dur de redevenir le même après une telle épreuve…

-C’est ton cas ? demanda Rina avec douceur.

Regrettant d’avoir posé cette question, l’adolescente se mordit la lèvre. Darrick n’était peut-être pas encore prêt à parler de son passé…

-Excuse-moi, c’est sorti tout seul, je ne…

Darrick l’interrompit en levant doucement la main. Après un long silence hésitant, il répondit, les yeux fixés droit devant lui :

- Mes parents ont toujours eu des difficultés financières et ils ne me l’ont jamais avoué, mais je sais que c’est mon arrivée dans leur vie qui a tout aggravé. Si je n’étais pas né, ils auraient peut-être eu tout juste de quoi s’en sortir… Ce qui devait arriver arriva et nous nous sommes retrouvés dans la rue. Ce jour-là, j’ai demandé à ma mère pourquoi ils m’avaient gardé, puisque ça leur faisait une bouchée supplémentaire à nourrir… (Il eut un petit sourire) La réponse à fusée, elle m’a donné une si grosse gifle que j’en aie encore mal à la joue ! Elle m’a dit que je n’étais pas « une bouche supplémentaire », mais un membre de la famille et… Et elle m’a dit qu’avec mon père, ils avaient raté beaucoup de choses dans leur vie, mais que moi, j’étais leur plus belle réussite.

Rina sourit enroula ses bras autour de ses jambes repliées contre elle, et posa sa tête contre ses genoux. Nori avait fini par se calmer et se coucher, jetant néanmoins des coups d'œil sur le toit de temps en temps.

- J’ai toujours eu du mal à faire confiance aux autres, même tout petit, continua Darrick. Mais avant, j’avais un profond respect pour les militaires, surtout pour les Alchimistes d’Etat. Un jour, quand il était plus jeune, mon père a été aidé par le tien, sans que celui-ci ne lui demande de l’argent. Il avait entendu parler de cet Alchimiste qui avait intégrer l’armée aussi jeune donc il était très fier de faire sa rencontre, surtout quand il a apprit tout ce qu'il avait accompli, par la suite. Tellement fier, qu’il n’arrêtait pas de me parler de lui. Il m’a dit que s’il y avait bien un militaire en qui on pouvait faire confiance, c’était lui, car il n’était pas comme les autres.

-C’est de lui que tu tiens une telle admiration pour mon père ?

-Oui. Il a fini par me la transmettre… A tel point, que j’ai voulu intégrer les Alchimistes d’Etat, moi aussi et je me suis donc mis à l’Alchimie, c’était un peu avant qu’on soit à la rue.

-Toi ? s’étonna Rina. Alchimiste d'Etat ?

-Eh oui… Après, quand on a fini par devoir vivre dehors, j’ai créé une maison avec l’Alchimie, à l’écart de la ville, comme pour cette cabane. Un jour, après avoir fait un tour avec mes parents, nous avons découvert un militaire devant la maison… en flamme. Il nous a dit que nous n’avions pas le droit de construire une maison sans autorisation et que, sur ordre du président, il fallait la détruire…

-Qui était le président, à cette époque ?

-Roy Mustang l'était déjà.

-Non… Il n’aurait jamais ordonné une telle chose !

-Le pouvoir peut faire tourner la tête à certains, Rina.

-Le président ne ferait jamais ça, j’en suis persuadé.

Il haussa les épaules, l’air pas très convaincu.

-Mon père s’est farouchement opposé au soldat, reprit-il, et il l’a embarqué avec ma mère pour les mettre en prison. Moi, il m’a planté là, avec ma maison en feu…

-Que… Que sont devenus tes parents ?

-Je ne les ait jamais revu… Mais j’ai entendu des rumeurs comme quoi ils avaient étés exécutés.

Le cœur de Rina fit un bond dans sa poitrine.

-C’est impossible c’est… C’est excessif juste pour une maison…

-Et une agression sur personne gradée…

-Certes mais ça reste très excessif…

-Malheureusement, je ne saurais jamais ce qui est passé par la tête de ce tordu… Je ne me souviens pas de son nom, seulement son visage… Et je ne l’ai jamais revu, cet enfoiré... Mais le Führer, lui, me le paieras, un jour...

-C’est horrible, Darrick, je suis désolée…

Ce n’était pas étonnant qu’après ça, il développe une grande haine pour l’armée…

-Et vous n'avez jamais eu de problèmes, pour cette cabane-ci ?

-Non, puisqu'elle existait déjà avant. La mère de Hiro à pu l'acheter pour trois fois rien parce qu'elle tombait en ruine et n'avait même pas de toit. Quand j'ai rencontré Hiro et sa mère, je l'ai consolidée un peu plus... Mais j'ai toujours eu peur qu'il leur arrive la même chose qu'à mes parents, c’est pour ça que je n’ai fait les réparations que petit à petit. (Il soupira) Tu sais, je n’arrête pas de me dire que si je n’étais pas né, mes parents n’auraient pas eu tous ces problèmes… Ils seraient sûrement toujours en vie, aujourd’hui. Je suis loin d’être la plus belle chose qui leur soit arrivés… J’ai été un fardeau. C’est pour ça que je me suis éloigné de Hiro et de sa mère, lorsque celle-ci est tombée enceinte. Je ne voulais pas encore être ce fardeau, cette bouche supplémentaire… J’aimais mes parents et j’adorais la mère de Hiro… Mais je ne peux pas m’empêcher de vouloir savoir ce que ça fait d’être dans une famille... Eh bien... Normale… Toujours vivante...

-Tu sais… On a été une sorte de famille d’accueil pour Ayame… Qui est comme ta sœur… Donc, en quelque sorte, on a été ta famille pendant un laps de temps… Et si tu es prêt à nous accepter, on peut continuer à l’être… Tu seras toujours le bienvenu à Resembool, autant toi qu’Ayame.

Quand Darrick tourna la tête pour croiser son regard, Rina rougit, soudainement gênée de ce qu’elle venait de dire. Elle détourna la tête et s’empressa d’ajouter :

-Enfin, on n’est pas ce que je qualifierais de « normaux », vu qu’on a tous notre côté un peu foufou, mais on se débrouille pas mal et puis… On peut être normaux quand il le faut et puis bon, on n’est peut-être pas la famille parfaite et idéale mais je trouve qu’on s’en sort quand même bien et…

Elle s’interrompit et s’empourpra davantage lorsque Darrick éclata de rire.

-Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? grommela-t-elle, embarrassée comme jamais.

-C’est vrai que vous êtes tous complètement fou, chez vous… Même ton frère ! Il a beau essayer de paraître mature et sage, ça se voit comme le nez au milieu de la figure qu'il a un grain de folie, lui aussi.

Quand il cessa de rire, il fixa l’horizon, un sourire rêveur et une lueur amusée dans les yeux.

-Mais si tu le veux bien, je passerai vous voir de temps en temps, lorsque ce sera un peu plus calme, ici.

Après un instant de silence, Rina dit :

-Je n’aurais jamais dû venir à Central… mon père, Hiro et le colonel Jon seraient encore en vie et Ayame n’aurait pas à atterrir dans une famille d’accueil…

Elle regarda tristement autour d’elle. Avant, c’était si beau ici, entouré de la forêt, des fleurs sauvages … Et maintenant… Tout était carbonisé, il ne restait plus rien… Tout était en cendre…

- Tu vois, j’ai l’impression d’être un peu comme l’incendie qu’il y a eu ici… Je suis arrivée et en un rien de temps, j’ai tout ravagé.

Darrick la regarda un instant, et se leva en lui faisant un signe de tête afin de l’inciter à le suivre.

-Viens, j’ai quelque chose à te montrer…

Intriguée, Rina ne posa néanmoins aucune question et descendit du toit avec lui. A peine mit-elle pied au sol que Nori s'empressa de courir autour d'elle. Elle se pencha pour lui donner une caresse rapide avant de suivre Darrick, qui la guida vers un des arbres calcinés. Ensuite, il s'accroupit.

-Regarde ça… Je l’ai vu en début de soirée, pendant ma ronde.

Rina s'accroupit également et plissa les yeux. Dans l’obscurité de la nuit, c’était dur de distinguer quoique ce soit… Puis, ses yeux s’habituèrent… Devant elle, il y avait une petite fleur. Elle se dressait timidement sur sa tige, mais elle était là. En observant bien, Rina pouvait apercevoir plusieurs autres tiges, qui commençaient à sortir de la terre, bientôt prêtes à bourgeonner. Darrick cueillit délicatement la fleur et la tendit à Rina, qui l'accepta en rougissant.

Rina observa la fleur, songeuse... Puis, elle croisa le regard de Darrick.

-C’est ce que je compte faire.

-… Hein ?

Rina se releva, vite imité par Darrick, prit une grande inspiration et annonça :

-Je veux en finir avec ça… définitivement.

-Tu veux en finir… Ou tu veux venger ton père ?

L’adolescente détourna le regard et garda le silence. Il n’en fallut pas plus pour que Darrick comprenne qu’il avait tapé en plein dans le mile.

-Ce n’est pas une bonne idée.

-Pourquoi toi tu aurais droit d’avoir envie de te venger et pas moi ?

-Parce que j’ai promis à ton père que je ne te mènerais pas sur le chemin de la vengeance. Il a raison tu sais, la vengeance est quelque chose qui te consume, petit à petit… Il voulait que je te tienne éloigné de cette voie et je respecterai sa volonté, que ça te plaise ou non. Et de toute façon, tu ne peux pas te battre contre eux toute seule… Enfin, tous les deux puisque je t’accompagnerais, évidemment…

-On ne se débrouillait pas si mal l’autre jour !

-Oui et on était quatre, ce jour-là.

-Je ne peux pas demander à Elizabeth Mustang de nous aider, elle a déjà été trop impliquée dans cette affaire et de toute façon, elle a été virée de l’armée… Je ne peux pas demander des renforts au Führer… A la base j’ai interdiction de revenir à Central et en plus, il refuserait que j’aille à l’entrepôt… Et je ne peux pas non plus demander à Iyoko, elle risquerait de se faire virer.

-De toute façon, ça ne sert à rien de chercher une solution, je ne te laisserais pas y aller !

-Darrick… Si tu ne veux pas que je me batte pour venger mon père… Est-ce que je peux au moins me battre pour lui ?

Tout en parlant, elle le regardait avec un air de supplication. Darrick parvint à soutenir son regard quelques secondes… Avant de détourner la tête en claquant la langue d’agacement. Étrangement, il n’arrivait pas à résister à ce regard. Il ne parvenait pas à lui résister...

-Tu m’énerve, grommela-t-il.