Le passé oublié

par Jill Kuchiwa

Chapitre 31

Le passé oublié


-Pourquoi tu me donnes ça ? demanda Rina en constatant que le carnet était un journal intime. Tu crois vraiment que je vais écrire mes malheurs dans ce truc ?

-Il était à toi, tu ne t’en séparais jamais, avant.

-C’est vrai ? Mais c’est ringard…

Edwin ne put s’empêcher de sourire.

-Pas tant que ça. Lis-le et tu comprendras tout… Si tu as encore des questions après, je serais dans ma chambre, déclara-t-il en pivotant sur ses talons.

-Quoi ? Comment ça, des questions ? Quels genres de questions ?

Mais son frère ne répondit pas et ferma la porte derrière lui, plantant là sa sœur. Cette dernière soupira puis s'installa sur son lit avant d'ouvrir le journal intime.

Au départ, elle eut du mal à déchiffrer les lignes, à cause de son écriture illisible due à son jeune âge. Cependant, elle prit vite le coup… Mais ne put s’empêcher de grimacer à chaque fois qu’elle voyait des fautes d’orthographes flagrantes, voir même inimaginables !

En premier lieu, elle expliquait le pourquoi du comment de ce journal intime : Elle s’était rendu compte qu’en grandissant, on pouvait oublier des choses. Pour éviter cela, elle avait alors demandé à ses parents de lui acheter quelque chose qui lui permettrait d’écrire les meilleurs moments de sa vie afin de toujours s’en souvenir…

« Eh ben, c’est raté, je ne me souviens de rien du tout de mon enfance » songea-t-elle

Visiblement, elle avait été très heureuse le jour où son père était revenu à la maison avec ce journal intime !

Cher journal, tu et tro bo ! avait-elle écrit. Je vai te garder toute ma vie ! Merci Papa, tu es tro jentil et tro coul !

Rina détourna le regard devant le mot « Papa », les larmes lui montant soudainement aux yeux. Elle caressa la tête de son chien pour s’occuper l’esprit et lorsqu’elle fut calmée, elle continua sa lecture, se doutant qu’elle aurait du mal à finir le journal…

Le début fut effectivement psychologiquement difficile à lire pour elle mais elle parvint finalement à se plonger dans la lecture. Les fautes d’orthographes ne l’interpellaient même plus, trop occupée à essayer de visualiser dans sa tête les scènes qu’elle avait écrite. Elle souriait, amusée de ses réflexions enfantines et du nombre de blagues et bêtises qu’elle avait fait avec Edwin… Elle vouait également déjà une admiration très forte pour son père, et beaucoup de tendresse pour sa mère… Elle avait grandi auprès d’un père aimant, qui prenait toujours le temps de jouer avec ses enfants et d’une mère chaleureuse, toujours prête à écouter les malheurs de ses enfants et les réconforter. En fait, ils n’avaient pas tellement changé, ils restaient des parents attentionnés, prêt à tout pour leurs enfants. Elle lâcha un petit rire quand elle découvrit que toute jeune, elle essayait déjà de ramener des chiens à la maison, au plus grand malheur de son père ! Rina apprit ensuite qu’elle avait commencé l’Alchimie à sept ans suite à une punition (elle-même suite à une bêtise).

Elle fronça les sourcils. Sept ans ? Mais non, elle avait commencé à douze ans… Elle se rappelait très bien du jour où elle l’avait demandé à son père, même que celui-ci avait refusé, au départ… Et à force d’insister, elle avait finalement réussi à le convaincre.

Pourtant, elle avait noté régulièrement ses progrès et ne cessait de dire à quel point elle était fière que son père lui enseigne son savoir !

Mais pourquoi ne se rappelait-elle de rien ? Ce n’était pas normal…

La tristesse l’envahit de nouveau lorsqu’elle arriva au passage de la mort de son arrière-grand-mère.

« Je ne me souviens même pas d’elle… Alors que visiblement, je l’ai bien connu, quand même… Mais qu’est-ce qui cloche avec moi ? »

Puis, elle eut un petit sursaut lorsqu’elle découvrit qu’un jour, alors qu’elle revenait avec un énième chiot, son père avait accepté de le garder. Elle lui avait même donné le nom de Denny, en hommage au défunt chien de Winry.

« Qu… Je devrais me souvenir d’un truc comme ça, tout de même » se dit-elle, choquée.

Cette grande perte de mémoire commençait sérieusement à la faire paniquer. Maintenant, elle lisait fébrilement les pages, le cœur battant à la chamade. La sueur perlait son front.

Cher journal, je suis triste, Denny est malade… Papa pense qu’on ne peut rien y faire et qu’il ne vivra peut-être plus très longtemps… Je ne veux pas que mon chien meurt !

Rina avala avec difficulté sa salive et tourna la page. Son autre main était posée sur Nori, dont elle agrippait les poils, sans s’en rendre compte. Nori, pas farouche du tout, ne réagit pas.

Cher journal, Denny est mort dans mes bras… Papa l’a enterré derrière le jardin et maman m’a aidé à cueillir des fleurs, pour lui. Je n’arrête pas de pleurer, je suis tellement triste… Papa et maman m’ont dit qu’ils m’achèteront un chien dont on sera sûr qu’il sera en bonne santé, mais je ne suis pas sûre de revouloir un chien… Je ne veux pas remplacer Denny.

~

Cher journal, j’ai pris une décision, papa m’a dit qu’on ne peut pas faire revivre les humains, mais il n’a pas précisé qu’on ne peut pas faire revivre les chiens ! Alors je vais faire une transmutation pour le ramener à la vie ! Je ne peux pas ramener mémé, alors je vais ramener Denny ! Mais je ne vais pas en parler à papa, je vais lui faire la surprise. Comme ça, il verra que je suis super-forte, exactement comme lui !

-Oh non, murmura Rina.

Elle sursauta lorsqu’elle entendit un aboiement plaintif et se tourna vers Nori. Le chiot avait beau être passif, à force de s’agripper ainsi à lui, Rina avait fini par lui faire mal. L’adolescente lui gratta derrière l’oreille.

-Désolée...

Puis, elle se concentra à nouveau sur le journal et, d’une main tremblante, elle tourna la page presque à contrecœur. Elle avait très peur de ce qui allait suivre…

Cher journal, j’ai fait beaucoup de recherches et j’ai convaincu Edwin de m’aider. Je lui aie juste dit que c’était pour une expérience parce que sinon, il aurait refusé de m’aider… Et en fouillant le bureau de papa, on a trouvé le cercle de transmutations pour ressusciter les gens ! Heureusement que je me suis rappelé que je l'avais recollé, quand j'avais tout déchirer ses affaires ! Ça devrait marcher pour les animaux… Edwin va m’aider à déterrer Denny et à tracer le cercle. Souhaite-moi bonne chance, je le fais ce soir ! La prochaine fois que j’écrirais, ce sera tout à l’heure avec Denny à côté de moi !

Mais pourtant, la page d’à côté était blanche, vide…

« J’avais onze ans… C’est à partir de cet âge-là que je commence à avoir des souvenirs… »

Elle commençait à comprendre ce qu’il s’était passé… Elle tourna la page, pour vérifier définitivement qu’il n’y avait plus rien et découvrit avec stupeur qu’il y avait encore plusieurs pages d’écrites. Étrange, elle n’avait pas l’impression qu’il s’agissait de son écriture, pourtant… Quand finalement elle reconnut l'écriture, elle sursauta et ferma précipitamment le petit livre. Elle prit ensuite de grand respirations, pour essayer de reprendre ses esprits et digérer tout ce qu’elle venait d’apprendre.

Cette écriture était celle de son père...

Après plusieurs minutes, elle rouvrit le journal intime et revint là où elle en était. Elle devait lire ce que son père avait écrit. Il le fallait.


Ma petite fille… J’espère que tu me pardonneras mais lorsque j’ai vu ton journal ouvert sur ton lit, je n’ai pas pu m’empêcher d’y jeter un coup d’œil. J’ai beaucoup sourit et rit devant la plupart de tes écrits… Il y a des choses que j’avais moi-même oublié. (C’est quoi cette histoire de moustache que vous aviez dessinée sur moi, lors d’une sieste, sur « ordre » de votre mère ?... Hum… Il faudra que j’aie une petite conversation avec elle…).

Si tu lis ces lignes, il y a deux solutions : Soit je t’ai donné ce journal parce que je n’avais pas le courage de te le dire en face (J’espère quand même que j’arriverais à te le dire avant ta majorité !), soit je ne suis malheureusement déjà plus de ce monde et Edwin t’a alors donné ce journal, comme je le lui ait demandé… Ou alors, tu l’as trouvé par hasard et tu es en train de le lire dans mon dos ! Il faut donc que je me prépare à tout moment à ce que tu me demande des explications… Explications que je vais commencer à te donner ici.

Ma fille, comme tu l’as écrit précédemment, tu as voulu faire une transmutation afin de faire revivre ton chien. Je t’ai dit qu’on ne pouvait ressusciter les morts et connaissant ta passion pour les animaux, j’aurai dû préciser que c’était pareil pour eux… Tu as donc payé le prix d’une énorme faute de ma part. Comme tu le sais, lorsque tu réalises une transmutation humaine, tu atterris devant la porte de la vérité et rencontre la Vérité pour payer ton prix de passage. Heureusement, Denny était d’un gabarit petit et il y avait le plus gros de son corps… Tu n’as donc pas eu à payer de ton corps entier, comme Alphonse, ni un bras ou une jambe. Et Dieu merci, elle n’a pas non plus transférer ton âme dans le corps de Denny…

La Vérité t’a pris tes souvenirs, une chose à laquelle tu tenais beaucoup, la preuve est ce journal… Nous avons échappé de peu à la catastrophe et nous avons encore une fois faillit te perdre… C’est pourquoi, à partir d’aujourd’hui, tout va changer. Je ne veux plus jamais qu’il t’arrive quelque chose, je ne veux plus jamais te savoir en danger.

Déjà, je ne te raconterais mon passé qu’en temps voulu. Je l’avais déjà conté, à toi et ton frère, quelques années plus tôt et c’est peut-être ça qui t’a donné envie d’essayer cette transmutation. Je ne referais pas cette erreur et te raconterais tout lorsque tu seras assez grande pour l’entendre. De cette façon, je cherche aussi à te protéger… Tu as déjà soif d’aventure et d’action, donc si je t’expliquais tout ce que j’ai vécu en tant qu’Alchimiste d’Etat, je suis sûr que tu bondirais au QG le plus proche pour demander à devenir Alchimiste d’Etat ! Désolé, mais pour le moment, c’est hors de question que ma petite fille devienne un chien de l’armée. Tu as déjà assez été en danger comme ça…

Au départ, je voulais même ne plus jamais te faire faire de l’Alchimie. Mais ta mère m’a dit que je ne pourrais rien faire contre ça, puisque tu es aussi passionnée que moi ! Elle pense que si je refuse, tu iras t’exercer en cachette, dans mon dos… Hum… Si elle a raison, je préfère alors t’entraîner moi-même ! Mais attention, je surveillerais attentivement ta progression et ne cesserais de te questionner au sujet des règles de l’Alchimie afin d’être sûr que cette nuit épouvantable ne se reproduise pas…

Ah et tu ne seras pas être contente mais il n’y aura plus de chien… Je ne veux pas que cet incident se reproduise. Si tu savais à quel point j’ai mal depuis deux jours, lorsque je croise ou entend un chien ou lorsque je t’imagine déjà revenir avec un dans tes bras, tes magnifiques grands yeux bleus me suppliant d’accepter de le prendre…


En fait, je veux te protéger du monde. Certes, c’est un projet ambitieux et je ne sais même pas pour combien de temps je vais réussir à te garder près de moi, en sécurité. Tu sais, il se passe des choses horribles dans le monde et surtout dans le monde de l’Alchimie. Je veux t’en préserver le plus possible, je veux que tu restes le plus longtemps possible dans la tranquillité.

Me connaissant, je me doute que je vais te protéger un petit peu trop et j’espère que tu ne m’en voudras pas ! Mais vois-tu, je n’ai eu ni enfance, ni adolescence normale. Et à cause de moi, tu n’as pas eu une enfance que tu devais avoir… Je veux donc simplement te donner la chance d’avoir une adolescence normale…

Ne m’en veut pas de tous ces mensonges et de cette protection exagérée… C’est juste que… Nous avons failli te perdre pendant la grossesse… Nous avons failli te perdre à ta naissance… Et nous avons failli te perdre il y a maintenant deux jours…

Je ne veux plus jamais avoir peur de te perdre, mon bébé…


Un jour, me pardonneras-tu, ma fille ?

Ton père, qui t’aime plus que tout.


Une larme tomba sur la page, puis une deuxième… Rina posa le journal contre son cœur et replia ses jambes contre elle.

Elle éclata en sanglot.

Sentant la tristesse de sa maîtresse, Nori se roula en boule tout près d'elle, comme pour lui assurer son soutien.


**

Une heure plus tard, Rina entra dans la chambre de son frère, en serrant fort le journal intime contre elle. Le chiot restait près de l'adolescente. Edwin se leva de son lit et s’approcha d’elle afin de la serrer dans ses bras.

-Il aurait dû me dire tout ça lorsque je m’en suis prise à lui, murmura Rina, ça m’aurait cloué le bec et je ne lui aurais pas dit de telles choses… J’aurais mieux comprit…

-Je le sais… Mais il n’y arrivait pas… Et plus tu grandissais, plus il avait peur de ta réaction et donc, moins il osait t’en parler…

Rina rompit l'étreinte et essuya ses larmes.

-Je suis si insupportable que ça ? Je veux dire... Au point que vous n'osez même plus me parler ?

Edwin lui fit un petit sourire et secoua doucement la tête.

-Non, ce n'est pas ça. Il s’était enfermé dans un cercle vicieux et n’arrivait plus à sortir de son mensonge… Maman et moi attendions qu’il soit prêt, mais je crois qu’il ne l’aurait jamais été, si tu ne l’avais pas finalement découvert par toi-même...

-Il a du tellement être triste et si déçu quand il a vu que tout ce qu’il craignait s’est réalisé, murmura-t-elle.

Edwin s’assit au bord de son lit et invita sa sœur à le rejoindre. Nori se permit également de s'inviter sur le lit, refusant de lâcher sa maîtresse ne serait-ce que de quelques centimètres, comme s'il sentait à quel point elle ne se sentait pas bien. Edwin lança un regard amusé au chiot et tendit sa main dans sa direction pour le cajoler.

-Triste, en colère, certes, lâcha-t-il en caressant pensivement la tête de Nori. Mais pas plus étonné que ça, au final. Vous êtes pareil, tous les deux, il savait ce qu’il se passerait et je pense qu’il savait aussi qu’il ne ferait que de le retarder et pas à l’en empêcher entièrement.

Il hésita, et ajouta finalement :

-Je suis désolé, Rina, j’aurais dû essayer de t’arrêter au lieu de t’aider, ce soir-là. On n’en serait pas là, aujourd’hui…

-On était petit… Et je suppose que je t’ai forcé la main, non ? A mon avis, je ne t’ai pas bien laissé le choix…

-Disons que tu avais déjà ton petit caractère, lâcha Edwin en riant.

-Alors tu n’as pas à t’en vouloir. Ce qui m’est arrivé est de ma faute et ma faute seule…

-Je me sentirais toujours coupable, Rina… Comme je l’ai dit à papa, entre la transmutation et ce qu’il s’est passé à Central City lors de ton essai, à chaque fois que je te couvre, il t’arrive quelque chose ! Donc je suis désolé frangine, mais désormais, dès que tu prévoiras de faire quelque chose de louche, soit tu préviens tout le monde, soit tu ne préviens personne ! Mais ne préviens pas que moi ! Ça à l’air de te porter malheur…

-Promis, pouffa Rina.


**

-Winry...

La mécanicienne ouvrit les yeux en sursautant quand elle reconnut la voix. D'un bond, elle se redressa sur son lit et chercha du regard la personne qui venait de parler. Mais il n'y avait personne dans la chambre. Personne d'autre qu'elle.

La voix venait de ses rêves...

Les larmes aux yeux, elle se recoucha. Elle aurait tellement aimé que ce soit réel... Ça avait eu l'air si réel...

Quand elle ferma à nouveau les yeux, une larme coula lentement sur sa joue. Elle pria pour retourner dans son rêve... Ce rêve où elle était blottie dans ses bras... Ses lèvres se posant sur les siennes... Lui, dont la chaleur l'apaisait toujours, comme par magie...

-Winry !

La mère de famille sursauta à nouveau et cette fois, bondit sur ses pieds, sortant ainsi de son lit, son cœur battant à la chamade. Elle n'avait pas eu le temps de se rendormir... Cette voix n'était donc pas dans ses rêves...

-Ed, murmura-t-elle.

Winry sortit alors de sa chambre et dès qu'elle ouvrit la porte, elle tomba sur lui. Son ami d'enfance, l'homme de sa vie, le père de ses enfants ! Ses yeux dorés la fixait avec l'amour dont il lui a toujours fait preuve... Il était là, juste devant elle !

Il n'était pas mort, elle le savait !

Alors qu'elle lui sautait dans les bras, elle cligna des yeux et, quand elle les rouvrit après les avoir fermés ne serait-ce qu'une demie-seconde... Ses bras se refermèrent dans le vide et elle constata qu'Ed avait disparu.

-Non... Reviens, souffla-t-elle en sortant dans le couloir.

Son cœur se fit de plus en plus lourd quand elle réalisa, petit à petit, qu'Ed n'était pas là... Il n'avait jamais été là...

Il était mort.

Ce Ed-là n'avait été qu'une illusion... Qu'une hallucination...

Puisque son Ed était mort.

-Maman ? l'appela-t-on doucement, derrière elle. Tu ne dors pas ?

Pas encore remise de ce qu'elle venait de vivre, Winry essuya rapidement ses larmes, et se tourna pour découvrir sa fille.

-Non, toujours pas…, répondit Winry en se forçant à sourire. Comme ton frère et toi, visiblement. J’allais me faire un thé… Ou un café, je ne sais pas encore… Tu veux quelque chose ?

Rina eut un pincement au cœur. Sa mère avait l'air complètement perdue... A la ramasse, ne semblant même pas être dans la réalité. Tout comme sa fille, elle avait tellement pleuré que ses yeux étaient rouges et gonflés.

-Non..., répondit Rina en avalant difficilement sa salive. Non, je ne veux rien...

Winry fronça les sourcils quand elle remarqua que Rina tenait un livre dans ses mains… Elle reconnut aussitôt le journal intime et eut l'air plus éveillé, soudainement.

-Est-ce que c’est…

Pour toute réponse, Rina bondit pour se blottir contre elle.

-Je suis désolée, maman… Je suis désolée… Je suis désolée…

Quand elle éclata en sanglot, Winry sourit tristement et l’enlaça d’un geste tendre.

-Tu avais raison, je ne pensais pas ce que j’ai dit l’autre jour, continua Rina. Il est parti en croyant que je le détestais… Alors que je voulais juste lui faire mal… Mais je ne pourrais plus m’excuser envers lui et même pire, je ne lui aie jamais dis que je l’aimais et je n’en aurais plus jamais l’occasion !

-Il le savait, ma chérie....

-Comment en être sûr ? s’exclama Rina en redressant la tête, le visage inondé de larmes. On ne le sait pas et à cause de moi, on ne le saura jamais ! Maman, je suis tellement désolée !!

-Ce n’est pas de ta faute, tu ne pouvais pas prévoir ce qui allait lui arriver, murmura Winry en caressant les cheveux de sa fille. Les disputes, ça arrive, Rina…

L’adolescente ne répondit pas, se contentant de pleurer doucement dans les bras de sa mère.


Un bras appuyé contre la fenêtre, Edwin fixait le ciel, comme s'il espérait y voir un signe de son père. Il ne savait toujours pas s'il avait pris la bonne décision... Ed lui avait toujours dit que s'il arrivait quelque chose, ce serait à lui de dire la vérité à Rina... Il le lui avait même répéter avant de partir et lui avait confier la clé... Mais il ne cessait de se demander si c'était le bon choix.

En fait, rien n'était clair dans son esprit. Il se posait une tonne de question.

Sa plus grand interrogation était : Allait-il réussir à faire relever sa famille ?

Winry semblait inconsolable et Rina était envahie de remords et de regrets, s'en voulant pour ce qu'il s'était passer.

Et lui... Et lui, il ne savait pas. Il ne savait plus. Il voulait tellement être fort pour sa famille qu'il ne savait même plus ce qu'il ressentait.

Et puis, à quoi bon être fort ? Ce n'était pas lui que Winry et Rina voulaient, c'était Ed... Et ça, Edwin aurait beau se montrer aussi fort qu'il le pouvait, jamais il ne pourrait remplacer un père et un mari. Il avait beau lui ressembler comme deux gouttes d'eau... Il n'était pas lui.

-Non, déclara-t-il pour lui-même, je n'y arriverait pas...

Alors, des larmes coulèrent sur ses joues. Il n'avait cesser d'observer son père depuis toutes ces années afin d'être prêt de prendre sa relève. Il avait toujours été une figure emblématique pour lui,, un formidable exemple de détermination à suivre... Un modèle.

-Je n'y arriverait pas sans toi, papa...

Voilà ce qu'il ressentait.

Un vide.

Un vide qui ne se remplirait plus jamais.



~*Le lendemain matin*~

-Je vais répondre ! dit Al, lorsque le téléphone sonna.

Il se leva du canapé, sur lequel il était assis à côté de May et se dirigea d’un pas précipité vers le combiné.

-Allô ? fit-il en décrochant. Oh, coucou Winry ! Tu vas b… Mais… Tu pleures ?

May fronça les sourcils et se rapprocha de son mari. Elle échangea un regard inquiet avec lui.

-Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle tout bas. Il y a un problème avec Ed ? Les enfants ?

-Je ne sais pas, elle... Pardon, Winry ? Je ne comprends rien, tu… Que… Une chimère ?... Qu-Quoi ?!... C’est… C’est impossible…

En voyant le visage d’Al se décomposer, May se crispa, redoutant le pire. Le cadet Elric raccrocha silencieusement le téléphone d’un geste lent, les yeux dans le vague. Le monde semblait plus exister autour de lui.

-Al ? Qu’est-ce qu’il se passe ? s’inquiéta May.

Il ne répondit pas tout de suite. Il se tourna pour s’adosser au mur et se laissa doucement glisser au sol, le regard fixé droit devant lui, le visage de plus en plus blême. Il semblait en état de choc. Retenant difficilement son angoisse, la Xinoise s’agenouilla à côté de lui.

-Al… Parle-moi, tu m’inquiète…

-C’est Nii-san… Il… Il voulait aider Rina pour une enquête… Il s’est retrouvé face à une chimère… Et… Il…

Al laissa sa fin et suspens et de ce fait, May ne comprit pas tout de suite ce que cela voulait dire.

-Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Il va bien, dis-moi ?

Aucune réponse. Ce fut seulement lorsqu’il tourna la tête vers elle, qu’elle vit ses yeux dorés embués de larmes. Alors, elle réalisa, petit à petit…

-Al… Ne me dis pas qu’il est…

-Il… Il est mort…, déclara Al, les larmes coulant sur ses joues. Mon… Mon frère… Mon frère est mort, May.

La Xinoise porta sa main à sa bouche pour retenir un cri.

-Oh mon dieu, chéri…

Les larmes aux yeux, elle se força à étouffer un sanglot et se pencha pour serrer fort Al contre elle.

Alors que son mari pleurait dans ses bras…

-Maman ! appela Tara en entrant dans la pièce. Tu es là ?

-Ou-Oui, dans le salon, répondit May en sursautant.

En entendant les pas de sa fille se rapprocher, elle essuya rapidement ses larmes et Al, lui détourna la tête, afin que Tara ne voit pas son visage.

-Je vais avoir besoin d’un coup de main, y a Su qui a eu l’excellente idée de faire un croche-pied à Rei, la pauvre est tombée la tête la première dans un seau qu’elles ont laissé traîner et je n’arrive pas à le lui enlever ! Tu… (Elle s’arrêta net en voyant l’état de ses parents) Ça va, maman ?... Et toi papa, tu es tout pâle…

May se tourna vers son mari. En effet, le visage anormalement livide, Al semblait à deux doigts de s’évanouir. Sans répondre à sa fille, il se leva lentement et se dirigea vers son bureau d’un pas lent et mal-assuré…. Il n’avait plus l’air d’avoir conscience de son entourage.

-Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Tara lorsque son père fut éloigné. Pourquoi il pleure ?

May ne répondit pas de tout de suite, hésitant à lui dire la vérité ou non.

-Winry à appeler.

-D’accord, et ?

-Il est arrivé quelque chose à ton oncle… Il… Il est…

-Ben alors Tara ! s’impatienta Su-Yin en les rejoignant. Tu amènes maman oui ou non ?... Oh, tu pleures maman ?

-Non, ce n’est rien, mentit-elle en essuyant ses yeux. J’ai eu un grain de poussière dans l’œil et ça m’a fait pleurer !

-Tu es sûre ? Ça va mieux ?

-Oui, il est parti… (Elle tourna la tête vers Tara) Il nous a quittés…

Tara se crispa et écarquilla les yeux lorsqu’elle comprit le message. Elle partit ensuite en courant, pour rejoindre son père. May, quant à elle, suivit Su, le cœur serré et les jambes tremblantes.

Elle avait l’impression d’être en plein cauchemars et espérait bientôt se réveiller… Mais malheureusement c’était la réalité… Et elle avait du mal à l’accepter.

Ce n’était pas qu’un beau-frère qu’elle avait perdu… C’était un vrai frère à ses yeux…


Al, effondré sur son bureau, ne réagit pas lorsqu’il entendit la porte s’ouvrir puis se fermer. Il ne réagit pas non plus lorsqu’il sentit quelqu’un arriver dans son dos pour l’étreindre fort.

-Papa…, murmura Tara en posant sa tête contre son épaule.

Al eut un sourire triste, devinant que c’était May qui lui avait expliqué, et pressa le bras de sa fille avec sa main. 

-Il ne peut pas être mort, dit-il d’une voix tremblante. Pas lui, pas comme ça…

Il avait le sentiment que ce n’était qu’un mensonge, qu’Ed était toujours vivant… Mais ce pressentiment était là tout simplement parce que le cadet Elric ne parvenait pas à réaliser. Ou plutôt, qu’il ne voulait pas réaliser.

-Je dois aller à Amestris, décida-t-il.

Tara n’hésita pas une seconde.

-Je viens avec toi… On part quand ?

Al tourna la tête vers elle et croisa enfin son regard.

-Le plus vite possible.


**

-Ce n’est pas possible d’être aussi empoté ! rugit Yura.

-Quand tu changeras de disque, fais-le nous savoir, répliqua Zetto.

-Mais qu’est-ce qu’il lui a prit à ce crétin, de créer cette chose ? Ce n’était pas prévu dans le plan !

-C’était un scientifique et tu sais bien que ce genre de personne cherche toujours à créer des trucs bizarres !

-Si cette créature ne l’avait pas réduit en bouille, je t’assure que je l’aurais moi-même trancher de mon sabre !

-Pourquoi tu es aussi en rogne ? Parce que tu n’auras plus l’occasion de flirter avec ton prince charmant aux cheveux d’or ? D’ailleurs, quand le boss te disait de gagner du temps, à mon avis il ne pensait pas à ça… Il m’a dit qu’il t’entendait minauder d’en bas !

Yura leva les yeux au ciel.

-On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a et si je suis en rogne, ce n’est parce que je suis dégoûtée que le plan soit fichu en l’air à cause d’un imbécile de doc’ qui a fait le coup classique de la créature qui tue son maître ! Créature, qui a aussi tué l’homme qui était la pièce maîtresse de notre plan après avoir détruit la salle où on avait tout préparé !

En effet, avant d'attaquer Ed et Yura, la chimère était d'abord allée dans la pièce où le "boss" achevait les préparations et avait tout détruit. C'était pour cela qu'il y avait eu tant de retard...

-...Et en plus, j'ai perdu un katana à cause de cette histoire !

-Tout n’est pas perdu, répondit Zetto en haussant les épaules.

Si Yura était furieuse, Zetto, lui, semblait ne pas du tout s’inquiéter de la suite.

-Non, c’est même génial, on à gagner un aller-retour à Xing pour aller choper le petit frère puisque c’est le seul qui nous reste sous la main ! ironisa la brune aux yeux violets.

-Arrête de te plaindre ! Si tu voulais absolument Edward Elric, tu ne te serais pas enfui dès l'arrivée de cette chimère et tu l'aurais aidé à se sortir de là !

-Et puis quoi encore ? Désolée si je tiens à ma peau !!

-Que se passe-t-il, ici ? lança une nouvelle voix. On vous entend à des kilomètres…

-Yura nous fait une crise, Boss, lui apprit Zetto.

-Il y a de quoi, j’ai moi-même horreur des plans qui ne se déroulent pas comme prévu… Mais tout n’est pas si dramatique et contrairement à ce que tu as dit, Yura, vous n’allez peut-être même pas devoir aller à Xing.

-Pourquoi cela ?

-Si le Fullmetal Alchemist est mort, son petit frère ne devrait pas tarder à rappliquer ici.

-Mais bien sûr, comprit Yura.

-Et pour sa gamine ? demanda Zetto. A mon avis, elle ne laissera pas passer ça.

-Si elle se pointe, accueillez-là comme il se doit, elle ne m’est plus d’aucune utilité.