Tu es parti trop tôt

par Jill Kuchiwa

Chapitre 30

Tu es parti trop tôt


Riza toqua doucement à la porte de la chambre d’Elizabeth.

-C’est moi, Ellie, ouvre.

Cette dernière s’exécuta. Elle entrebâilla d’abord la porte, afin de vérifier que son père n’était pas là, puis l’ouvrit totalement.

-Tu vas bien ? s’enquit-elle. Il y a eu un sacré grabuge ! Que s'est-il passé, à la fin ?

-C’était une journée difficile, soupira Riza. Je te promets que je te raconterais tout, mais avant... Écoute, ton père va venir te parler et…

Le visage de l’adolescente se renfrogna aussitôt.

-Et il t’a envoyé pour tâter le terrain ?

-Non, je suis venue de mon propre-chef parce que je veux te dire quelque chose avant qu’il n’arrive. Tu sais, j’ai toujours profondément aimé ton père… Quitter l’armée n’était pas une décision facile, mais c’était ce qu’il fallait faire pour que je puisse vivre avec lui et si c'était à refaire, je le referais sans hésitation.

-Tu mérite tellement plus que garde du corps.

-Peut-être, mais tu crois que les grades sont ce qui m’intéresse le plus ? Tu sais, si je suis allé dans l’armée c’était pour suivre Roy. Être à ses côtés a toujours été mon but alors si êtes garde du corps me permet de rester auprès de lui, c’est tout ce qui m’importe.

-Mais quand j’étais petite, je voyais que tu étais malheureuse.

-Je m’inquiétais pour ton père. Il a l’habitude de se mettre dans des situations désespérées quand je ne suis pas là pour le surveiller, alors qui sait ce qui aurait pu lui arriver, ajouta-t-elle en soupirant.

Elle redressa la tête et adressa un sourire tendre à sa fille.

-Et puis, tu crois que ton père se fiche que j'ai dû quitter mon poste mais... Il a toujours été contre cette décision… Tu sais, c'est lui qui a absolument voulu qu'on t'appelle Elizabeth. C'était mon nom de code, il voulait rendre hommage à toutes ces années ainsi, puisque tu étais notre héritage. Je n’ai jamais été malheureuse, Ellie… J’ai une magnifique fille et un métier où je peux rester près de ton père… C’est tout ce qui compte à mes yeux. Ça m’a touché que tu veuilles rejoindre l’armée en mon honneur… Mais je ne suis pas aveugle, tu sais ! Tu as beau détester ton père, en apparence, je sais que tu veux aussi attirer son attention... Après tout, tu n'as pas beaucoup pu profiter de lui, petite...

-Je ne vois pas de quoi tu parles, grommela Elizabeth en détournant le regard.

Riza s’approcha en déposa un baiser sur le front de l’adolescente.

-Laisse-lui une chance de reprendre sa place de père auprès de toi…Et non d’ennemi… C’est en vous voyant comme ça que je suis vraiment malheureuse…

La porte d'entrée grinça.

-Riza ? lança la voix de Roy, en entrant. Tu es là ?

-J’arrive !

Elizabeth, elle, fit un bond en arrière et claqua précipitamment sa porte.

« Mouais… C’est pas gagner » songea Hawkeye en soupirant.

La garde du corps pivota sur ses talons et retrouva son mari à l’entrée de la maison.

-Je croyais que tu étais retourné au Q.G, s’étonna-t-il.

-J’y vais, je devais juste faire quelque chose avant…

Roy hocha doucement la tête et se pencha pour embrasser sa femme.

-Je passerais te chercher quand j’aurais finis.

-D’accord… (Puis, elle donna un coup de poing affectueux sur le bras de son mari) Ne la laisse pas te rejeter.

Roy hocha la tête puis, tandis que Riza sortait de la maison, il s'approcha de la chambre de sa fille. Il prit une grande inspiration avant de frapper à la porte.

-Ellie… Ouvre-moi, s’il te plaît, il faut qu’on parle…

-Je ne veux plus te voir, lança sèchement sa fille, de l’autre côté.

-Je n’ai pas envie de me battre avec toi, j’ai eu une journée difficile, soupira Roy.

-Eh bien moi comme j’ai été injustement virée et que je n’ai rien fais de ma journée, je suis en pleine forme. Va-t-en.

-Tu as raison, ta punition et celle des autres est injuste, j’ai été beaucoup trop sévère… Je me suis tellement inquiété pour vous, mes nerfs ont finis par lâcher… Je te rendrais ton poste, Ellie, mais pas avant d’avoir fini cette enquête.

-Tu crois que c’est comme ça que tu vas te racheter ?

-Tu es bien notre fille, une vraie tête de mule, soupira le Führer. Si tu ne veux pas me voir, j’aimerais au moins que tu m’écoutes, d’accord ?

Aucune réponse. Roy prit ça pour un « oui ».

-Je sais que je n’ai jamais été très présent pour toi… Je partais tôt le matin, je rentrais tard le soir… Pas terrible pour élever un enfant, hein ? Mais je t’assure que les rares moments que nous avons passés en famille, tous les trois, sont de loin les meilleurs moments de ma vie… Si j’avais l’occasion de revenir en arrière, je m’y prendrais différemment et je tacherais de prendre plus de temps pour m’occuper de toi.

Il garda un léger silence, avant de reprendre d'un ton doux et pensif :

-Lorsque tu es née, et qu’ils t’ont mis dans mes bras pour la toute première fois… Je trouvais que j’avais beaucoup trop de sang sur les mains pour avoir le droit de porter une telle merveille… Et j’avais l’impression que tu le sentais, puisque quoique je fasse, tu ne cessais de pleurer…

Dans sa chambre, Elizabeth s’approcha sur la pointe des pieds et s’adossa lentement contre sa porte afin de mieux entendre.

-… Quand j’en aie parlé à ta mère, elle a souri et m’a dit que c’est parce que tu es forte et que tu cherchais à me le montrer… Mais moi, je reste persuadé que c’était ta façon de me gronder pour être aussi nerveux ! Quand, la nuit, il fallait te bercer et te fredonner des berceuses pour te rendormir, je n’étais pas très à l’aise... Je ne l'ai jamais été quand je t'avais dans mes bras et… Et je devais vraiment m’y prendre comme un pied, parce que tu continuais de me fixer, les yeux grands ouverts, pas du tout prête à dormir… C’était ta mère qui devait intervenir à chaque fois et elle, elle y arrivait en moins de cinq minutes… Sûrement parce que sa présence à elle te rassurait... Ou que tu avais plus l'habitude de ses bras... (Il soupira) Je ne suis pas fier de mon passé et je me suis toujours dit que je ne méritais pas d’avoir une aussi belle femme et une aussi adorable petite fille qui m’admirait autant… Lorsque tu as commencé à montrer des signes de haine envers moi, j’ai d’abord été soulagé… Soulagé de voir que tu avais enfin vu le monstre en moi, que j’avais finalement ce que je méritais… Et puis tu es venue dans l’armée. J’ai toujours cru que c’était pour me montrer encore et toujours que tu me détestais et j’ai commencé à en souffrir parce que je réalisais que mon adorable petite fille me manquait et que j’aurais finalement aimé continuer à être un héro à tes yeux… Je ne t’ai pas vu grandir et je n’ai même pas vu à quel point tu étais forte… Tout ce temps, je ne voyais que la haine que tu me portais et je n’ai jamais cherché à voir plus loin. Tu as raison, je ne comprends rien. Je ne peux pas retourner dans le passé, mais il n’est pas trop tard pour changer. Alors, si un jour, tu me pardonnes d’avoir été un aussi piètre père et que tu me laisse une chance, je te promets de prendre enfin ce rôle et de l’assumer… Je te promets aussi de te dire chaque jour que je suis fier de toi, fier que tu sois ma fille… Et que je t’aime, aussi fort que j’aime ta mère.

Elizabeth essuya une larme. Depuis combien de temps avait-elle espérer entendre ces mots ? Lentement, elle posa sa main sur la poignée de la porte et hésita à l'ouvrir.

-Pourquoi maintenant ? demanda-t-elle en s’efforçant de contrôler les tremblements de sa voix.

-… Fullmetal s’est disputé avec sa fille avant de venir à Central et… Maintenant, je dois partir à Resembool pour annoncer... Une terrible nouvelle...

Il sursauta lorsque la porte de la chambre de sa fille s’ouvrit brutalement.

-Edward Elric ?! s’écria-t-elle, sous le choc. Qu'est-ce qu'il... Qu'est-ce qu'il... ?

-La vie peut s’arrêter à tout moment, Ellie... Alors je préfère que tout soit clair entre nous… On a déjà perdu assez de temps à être en froid…

Elizabeth baissa les yeux, l’air pensif. Puis, elle secoua doucement la tête et supplia son père :

-Laisse-moi venir avec toi !

-Je suis désolé, mais ça ne va pas être possible. Elysia voulait venir elle aussi mais j’ai également refusé. Riza m’accompagne et Darrick aussi, puisqu’il vaut mieux qu’il récupère Ayame… donc nous serons assez nombreux comme ça… Je préfère que tu restes ici, que tu surveilles la maison et que tu prennes les messages, si on m’appelle. Si tu as le moindre problème, joins Elysia, c’est elle qui est la plus proche de la maison.

-D’accord. (Roy commença à s'éloigner) Et papa…

Le président s'arrêta et se tourna vers sa fille, intrigué.

-Je… Tu auras ta chance mais… Laisse-moi juste le temps…

Les yeux se Roy se mirent à pétiller de joie. Alors, il tourna le dos à sa fille, mais pas assez vite. L’adolescente eut le temps de voir un petit sourire se dessiner sur son visage.

-Alors, j’attendrais, répondit Roy en s’éloignant. J’attendrais toute ma vie, s’il le faut.

Quand il fut parti, Ellie laissa encore un moment son regard à l’endroit où son père venait de disparaître.

-Tu n’auras pas à attendre tout la vie, murmura-t-elle.


**

Roy prit une grande inspiration et toqua à la porte. Il tressaillit légèrement lorsqu’il vit Winry, une fois que celle-ci eut ouvert la porte.

-Président Mustang ? Riza ? dit-elle. Qu’est-ce que vous faites ici ? Et toi aussi, Darrick ?

-Winry, nous devons te parler, déclara Riza. Ce serait mieux que les enfants soient également là…

-Appelez Ayame aussi, s’il vous plaît, ajouta Darrick.

Winry fronça les sourcils. Ils avaient tous trois l'air mal à l'aise.


-Rina, maman nous appelle, dit Edwin en entrant dans la chambre de sa sœur. Il faut que tu descendes aussi, Ayame.

-D’accord, dit la fillette en sortant de la pièce.

-Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Rina.

-Le Führer est là.

-Pardon ? s’étonna Rina en regardant enfin son frère. Mais pourquoi ?

-Je ne sais pas… Il a Riza Hawkeye et Darrick, aussi…


Dès que Rina eut rejoint sa famille, elle lança un regard interrogateur à Darrick. Mais son ami gardait la tête basse, comme pour éviter l’adolescente. Il réagit même à peine lorsqu'Ayama sauta dans ses bras, heureuse de le revoir. Puis, Rina sursauta lorsque Nori s'approcha joyeusement d'elle.

-Nori, qu'est-ce qu'il fait là ?

-Darrick est passé voir Iyoko avant de venir, il en a profité pour te ramener ton chien, expliqua alors Roy.

-Ayame, viens avec moi quelques minutes, dit Darrick en tendant la main en direction de sa sœur adoptive.

-Pourquoi ?

-Viens…

Comprenant qu’elle n’avait pas le choix, elle attrapa la main de Darrick et s’éloigna avec lui. Il ne préférait pas que la petite fille entende ce qui allait se dire…

-Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Winry.

-Bon, écoutez, intervint Rina. Je suis désolée d’être allé dans la salle des archives sans permission et… Et il me semble aussi que j’ai oublié de ranger les dossiers que j’avais pris… Je suis désolée, je suis partie très vite et… De toute façon, j’ai atteint le max de la punition avec l’interdiction de venir à nouveau à Central, alors…

Hawkeye ne put s’empêcher de sourire d’amusement.

-Ce n’est pas par rapport à ça, dit-elle doucement.

-Ah bon ? Par rapport à quoi, alors ?

Le sourire de la garde du corps s’évanouit et elle échangea un regard avec son mari. Tous deux étaient tendus comme jamais.

-Ça... Ça concerne Fullmetal, finit par lâcher Roy.

-Ed ? Il lui est arrivé quelque chose ? questionna Winry en fronçant les sourcils.

Edwin et Rina échangèrent un regard inquiet.

-Il…

Le Führer s’interrompit, ne sachant comment annoncer la nouvelle. Il fit alors un signe de tête à Riza, qui s’approcha. Winry et ses enfants remarquèrent enfin qu’elle tenait une grande boite dans ses bras et quand elle l’ouvrit, ils découvrirent un auto-mail, cassé en plusieurs morceaux. Ils avaient pris soin de le nettoyer, avant de l’amener.

-Nous avons trouvé ceci auprès d’une chimère, une créature monstrueuse comme je n’en avais jamais vu, expliqua Roy.

-D'accord, et qu’est-ce que ça a à voir avec Ed ? murmura lentement Winry.

-Reconnais-tu cet auto-mail ? questionna Riza avec douceur.

La mécanicienne pencha la tête pour regarder la prothèse de plus prêt.

-Vu son état, c’est difficile de le reconnaitre…

Elle prit le plus gros morceau et l’analysa de ses yeux experts.

-Il y a ma marque de fabrique, donc en effet, c’est un des miens... Ça m’a l’air d’être un modèle basique…

Winry continua son diagnostic. Edwin regarda sa mère avec étonnement et réalisa à quel point ses parents étaient tous deux des génies dans leur domaine. Si Edward l’impressionnait avec sa capacité à détecter les erreurs de Rina en un coup d’œil, Winry, elle, était toute aussi fascinante à réussir à sortir tant de choses sur un auto-mail alors que celui-ci était en mille morceaux. Même si ce n'était clairement pas le meilleur moment pour penser à ça, il se demanda s’il arriverait à atteindre ce niveau, un jour.

-Je n’en fais plus beaucoup des comme ça, conclut Winry. Il a beau être dans un état déplorable, on peut pourtant voir qu’il n’était pas si vieux qu'il en a l'air… La dernière fois que j’en aie fait un de ce genre, c’était pour…

Elle sembla réaliser quelque chose car elle eut un mouvement de recul tout en plantant son regard dans celui de Roy.

-Attendez, où est-ce que vous voulez en venir ?

Edwin se crispa. Winry refusait de comprendre, mais lui, comprenait tout. Son visage pâlit et se décomposa… Rina le remarqua et lui lança un regard inquiet, ne saisissant pas du tout le sens de la conversation.

-Ne me dîtes pas qu’il… Que papa est…, balbutia Edwin.

-Cet auto-mail… est tout ce que nous avons retrouvé de lui, déclara douloureusement Roy.

-Qu’est-ce que vous dîtes ?! s’exclama Rina en ouvrant grand les yeux.

Son corps entier se mit à trembler de façon incontrôlable. Elle n'arrivait pas à réaliser la conversation qui était en train de se dérouler... Est-ce que Roy était vraiment en train d'insinuer que... ? Non c'était impossible. Elle avait vu son père le matin même... A peine quelques heures auparavant ! Il ne pouvait pas... C'était trop soudain !

Rina et son frère eurent un violent sursaut lorsque Winry lâcha le morceau de métal, qui tomba lourdement au sol avec fracas.

-Ça… Ça ne veut rien dire, s’opposa-t-elle, la voix tremblante.

-Nous avons découvert un corps dans l’estomac de la créature… Nous devons le faire analyser, mais nous sommes… sûrs qu’il s’agit de celui de…

Il s'interrompit lorsque Winry lui lança un regard assassin.

-Partez, déclara-t-elle froidement. Allez-vous-en d’ici.

Roy accusa le coup. Il baissa la tête et dit :

-Nous allons prendre Ayame avec nous, Darrick va la garder avec lui. Nous nous doutons que vous allez vouloir rester seuls en famille et…

Winry lui claqua violemment la porte au nez.

-Dégagez ! hurla-t-elle, de l’autre côté de la porte.


En entendant le claquement de porte, Ayame et Darrick sursautèrent.

-Mais qu’est-ce qu’il se passe ? s’impatienta Ayame, en jetant un coup d’œil inquiet vers la maison.

-Tu vas rester à Central un petit moment, lui répondit Darrick.

-Non ! Je veux rester avec Edward et sa famille… Je m’entends bien avec Winry maintenant et ils sont tous gentil avec moi !

-Je n’en doute pas, dit Darrick en ébouriffant les cheveux de la fillette. Mais les choses se compliquent, le papa de Rina a eu un problème et…

-Edward ? Qu’est-ce qu’il a ? C’est grave ?

-Malheureusement oui… Et c’est pour ça que tu pars avec moi.

-Mais je vais revenir ici après, hein ? Quand Edward ira mieux...

-Je ne sais pas. Le Führer m’a dit qu’il t’a peut-être trouvé une famille…

-Mais je veux rester ici…, bougonna tristement la petite fille.

Darrick s’apprêtait à répondre quand il vit que Roy et Riza se dirigeaient vers lui, la mine sombre.

-Allons-y, grommela le Führer.

Alors qu'ils progressaient sur le chemin de terre, une voix les héla, derrière eux :

-Attendez !

Ils se retournèrent et virent Rina qui accourait vers eux. Le cœur de Darrick se serra quand il vit qu'elle n'avait pas l'air bien du tout... Il la connaissait bien maintenant et pouvait voir son mal-être, derrière son air furieux.

-Riza, Darrick, emmenez la petite et attendez-moi à la gare, ordonna doucement Roy.

Darrick lança un regard de supplication à la garde du corps, qui comprit le message et s’éloigna seule avec Ayame.

-Vous ne pouvez pas débarquer tranquillement ici et annoncer comme ça que mon père est mort ! cingla Rina avec un regard noir pour Roy. Vous n’avez aucune preuve ! Vous l’avez dit vous-même, le corps n’a pas encore été identifié ! Comment pouvez-vous être aussi sûr que c’est lui ?

-Ça ne peut être que lui, Rina, je…

-Mais c’est impossible ! Comment ça a pu arriver ? Il... Il était encore là ce matin ! Vivant ! Pourquoi ça aurait changé en l'espace de quelques heures ?! Et qu’est-ce qu’il faisait nez à nez avec une chimère, d’abord ?

-C’est de ma faute, avoua Roy, le cœur serré.

Rina fronça les sourcils et serra fort ses poings.

-Qu’est-ce que vous avez fait ? murmura-t-elle d’un ton accusateur.

-Il est venu me voir. Il avait une idée sur ce qu’il se tramait… Il m’a donc demandé des renforts. Et alors qu’il était censé m’attendre dehors, il a soudainement disparu… Exactement au même moment, il y a eu une attaque à Central et je n’ai donc pas pu partir à sa rechercher avant un petit moment.

-C’était pour vous retarder, devina Darrick dans un murmure.

Roy approuva d’un léger hochement de tête.

-Lorsque je suis arrivé sur les lieux… Il ne restait plus que cette bête hideuse et... Elle s’est mise à régurgiter quelque chose. Il s’agissait de son auto-mail. J’ai compris et j’ai alors brûlé la chimère à mort. On lui a ouvert le ventre et…

Il s’interrompit lorsqu’il remarqua que le visage pâle et en sueur de l’adolescente. Elle semblait être prise de violentes nausées…

-Je devrais m’arrêter là. La suite n’est pas très agréable à entendre…

-Dites-moi, protesta Rina d’une voix tremblante, en prenant de grandes respirations pour faire passer son envie de vomir. Je dois l’entendre…

-On a… découvert des restes de corps pas encore digérés… Ceux que nous sommes en train d’analyser.

Rina sentit de nouveau un haut le cœur s’emparer d’elle et plaqua ses mains contre sa bouche. Mais cela fut inutile. Elle eut tout juste le temps de s’éloigner de quelques pas avant de tomber à genou dans l’herbe et de vomir.

Inquiet, Darrick se précipita vers elle pour lui frotter le dos. Quand elle se calma, son ami l’aida ensuite à se relever.

-Tu sais tout, dorénavant, déclara Roy.

Mais elle n’eut pas l’air de l’entendre. Elle restait immobile, le regard vide…

-Pourquoi est-ce qu’il a voulu m’aider ? demanda-t-elle enfin, la voix toujours tremblante. Pourquoi, après toutes ces méchancetés que je lui aie dites ?

-Parce que ton père a un… avait un amour inconditionnel pour sa famille, répondit Roy avec une douceur inhabituelle. Et ce ne sont pas quelques paroles blessantes qui auraient changé ça. Il savait que ton enquête prenait une trop grande importance… Il avait même tout comprit, en fait, et bien avant nous… Rien qu’avec les brèves informations qu’il a eu de toi.

-Pourquoi ? répéta Rina en commençant à pleurer.

Roy s’approcha d’elle et lui pressa les deux épaules avec un sourire triste.

-Pour veiller sur toi. Ton père avait juré de te protéger… et il a respecté sa promesse jusqu’à la fin.

Il retira ses mains des épaules de l’adolescente et abaissa la visière de son couvre-chef pour cacher ses yeux.

-Et je vais respecter sa volonté. Tu ne travailleras plus pour l’armée… Je n’aurais même jamais dû accepter ta proposition. Je suis désolé, Rina, ce qui est arrivé à ton père est entièrement de ma faute.

L’adolescente pivota sur ses talons et partit en courant. Roy et Darrick la regardèrent s’éloigner, le cœur lourd.

-Allons-y, Darrick.

Il avança de quelques pas, mais s’arrêta lorsqu’il constata que l’adolescent ne le suivait pas. En effet, il avait le regard fixé à l’endroit où Rina venait de disparaître. Alors, Roy comprit et reprit son chemin, seul. Il tressaillit en entendant des sanglots, venant de l’intérieur de la maison. Ils étaient si forts qu’ils s’entendaient jusqu'ici… C’était sûrement Winry…

Il marchait, la tête basse et perdu dans ses pensées… Il sentit tout à coup des gouttes couler contre ses joues.

« Super, voilà qu’il va pleuvoir maintenant… » grogna-t-il intérieurement en levant la tête pour regarder le ciel nocturne.

Mais celui-ci était dégagé, sans aucun nuage et parsemé de milliers d’étoiles. Il ne pouvait pas pleuvoir. Le Führer comprit alors qu’il pleurait et s’arrêta.

-Si on m’avait dit que je pleurerais pour toi un jour, Fullmetal, dit-il en riant nerveusement, sans quitter le ciel des yeux. Hughes et maintenant, toi… On dirait que je suis destiné à perdre mes amis avant l’heure.

Il n’avait jamais qualifié Edward d’ami. Et pourtant, c’était exactement ce qu’il ressentait : avoir perdu un ami cher... Une nouvelle fois.

Les sanglots de Winry résonnèrent dans son esprit. Ils le hanteraient jusqu'à la fin de sa vie, tout comme les pleurs d'Elysia le jour de l'enterrement de son père, le hantait encore.

-Tu es parti trop tôt, tu sais… Ta famille a encore besoin de toi…


Edwin regardait nerveusement par la fenêtre, sans avoir conscience des larmes qui coulaient de ses yeux. Il attendait nerveusement que Rina revienne... Ou peut-être même était-ce son père qu'il attendait, esperant le voir apparaître comme par magie... En fait, il ne savait pas ce qu'il attendait, il était perdu...

Soudain, il sursauta lorsqu’il entendit sa mère cogner la porte à grand coup, le poing fermé.

-NON ! NON ! NON ! NON ! criait-elle à chaque coup.

-Maman…

Il essuya ses yeux et s’approcha d’elle.

-Arrête…

-ED ! IL N’EST PAS… IL NE PEUT PAS…

-Maman !

L’adolescent attrapa le bras de sa mère, pour la stopper. Winry le regarda quelques secondes, puis, elle se laissa tomber à genou. Edwin suivit son mouvement et s’agenouilla auprès d’elle. Son cœur se serra lorsque Winry enfouit son visage dans ses mains pour éclater en sanglot, tout en continuant de crier, de hurler son désespoir.

-EEEEEEEEEEED !!!!! s’époumonna-t-elle.

Edwin la serra fort dans ses bras et eut toutes les peines du monde à se retenir de pleurer. Sa mère avait besoin de son soutien, plus que jamais, tout comme sa sœur allait également en avoir besoin… Il ne pouvait pas se laisser envahir par la tristesse… Pas maintenant, en tout cas. Il ferma alors les yeux et serra ses paupières de toutes ses forces, afin de retenir ses larmes…

Il devait être fort, pour sa famille. Mais l’image de son père apparut dans son esprit et malgré tous ses efforts, les larmes finirent par couler.


Darrick trouva Rina en train de se défouler contre un arbre. Elle assenait aux troncs des dizaines et des dizaines de coups de poings, coups de pieds, sans cesser de pleurer.

-Rina.

L’adolescente l’entendit, mais n’arrêta de frapper que quelques secondes après. Elle tourna alors la tête vers lui, le visage inondé de larmes. A bout de force, elle vacilla et s'appuya contre l'arbre pour ne pas tomber.

-Je lui aie dit que je le détestais… Je lui aie dit que je le détestais, Darrick ! Ce sont les derniers mots… Les derniers mots qu’il a entendu de ma bouche… Le dernier souvenir qu’il a eu de moi ! Et moi, le dernier souvenir que j’ai de lui, c’est la façon dont son visage s’est décomposé lorsque je lui aie dit toutes ces horribles choses ! ajouta-t-elle en assenant un dernier coup de poing furieux dans l'arbre.

Une lueur attristé dans les yeux, Darrick s’avança lentement vers elle.

-J’étais en colère, je ne le pensais pas, même si j’ai dit le contraire ! Et moi, j’étais trop fière pour m’excuser ! continua-t-elle. Et maintenant, je n’aurais plus jamais l’occasion de le faire ! Je ne pourrais plus jamais lui dire qu’il est le meilleur père au monde, et même le meilleur tout court à mes yeux, que je suis fière de l’avoir, que je l’adore et l’admire depuis toujours, qu’il a toujours été mon héros, qu’il… (Elle essuya ses larmes d’un geste rageur) Il a toujours essayé de me guider et moi, je ne pensais qu’à partir… Je n’aurais jamais dû aller à Central pour aller dans l’armée… Je serais resté sagement ici, il ne serait pas mort… Il a dû tellement m’en vouloir quand il s’est retrouvé face à cette chimère… Il…

Elle s’arrêta lorsque Darrick l’enlaça pour l’éteindre. L’adolescente éclata alors en sanglot.

-Il est mort, Darrick… Tout est ma faute…

Darrick resserra davantage ses bras autour d'elle, comme s'il voulait lui faire comprendre qu'elle était en sécurité avec lui, qu'elle pouvait vider son chagrin contre lui... Petit à petit, il sentit l'adolescente se détendre dans ses bras et ses sanglots se calmèrent. Il prit alors la parole :

-Rina, s’il t’en aurait vraiment voulu, il ne serait jamais parti à Central pour essayer de tout régler. Il t’aurait laissé te débrouiller toute seule, avec tes problèmes. Tu as eu une grosse dispute avec lui, certes… Mais même si vous vous êtes séparés sur ça, tu crois vraiment que c’est ce qu’il a gardé en mémoire, alors que vous avez passés tellement de bons moments ensemble ? Tu as raison d’être fière de l’avoir comme père, il était vraiment une personne remarquable et admirable...

Rina releva la tête pour croiser le regard de Darrick.

-Qu’est-ce que je vais devenir, sans lui ? murmura-t-elle.

L'adolescent borgne sourit et d'un geste inhabituellement délicat, il repoussa la frange de son amie afin de dégager ses yeux bleus.

-Ton père est aussi têtu que toi, tu ne crois pas que tu te débarrasseras de lui comme ça ? Il va continuer de veiller sur toi et te guider. (Il posa sa main sur la joue de Rina) Il ne t’abandonnera jamais, ni toi et ni ta famille...


**

Une fois la nuit venue, ce fut avec un pincement au cœur qu’Edwin ouvrit la porte du bureau de son père. N’osant pas encore entrer, il alluma la lumière de la pièce et son regard tomba sur la chaise de bureau… Ce fut bizarre de ne pas voir son père de dos, assis sur cette chaise, puisque c’était toujours comme ça qu’il le trouvait, lorsqu’il entrait ici… Les larmes aux yeux, il s'appuya contre la porte, qui grinça légèrement. En entendant ce son si particulier, il eut un sourire triste.

Ses souvenirs d’enfance remontèrent à la surface.


~ Flash-Back ~


-Allons voir papa ! décida Rina dès qu’ils furent entrés dans la maison.

Quand ils revenaient de l’école, elle et son frère adoraient jouer un moment avec leur père avant de goûter.

-Attendez ! s’exclama Winry. Vous voulez manger quoi pour le goûter ?

-Une tarte aux pommes ! répondirent les enfants de six et cinq ans, tout en courant vers le bureau de leur père.

-Ben voyons...

Winry entra dans la cuisine en levant les yeux au ciel d'un air amusé.

Edwin se hissa sur la pointe des pieds et abaissa la poignée afin d’ouvrir la porte. Ensuite, il l’entrebâilla juste pour avoir de quoi passer sa tête et sa petite sœur l’imita. Dos à eux, Ed semblait être pris dans sa lecture… Comme à chaque fois.

-Il est encore trop occupé, chuchota discrètement Rina.

Ils n’osaient pas déranger leur père et le déconcentrer… Comme à chaque fois.

-Tant pis, on reviendra plus tard, répondit Edwin tout bas.

Il tira la porte vers lui afin de la refermer… Mais comme à chaque fois qu’on fermait cette fichue porte, elle émit un horrible grincement. Ed eut un petit sursaut et se tourna. Son visage s’illumina à la vue de ses enfants.

-Oh ! Vous êtes déjà rentrés ? fit-il en souriant.

-Oui… Désolé on ne voulait pas te déranger, dit timidement Rina.

-Qu’est-ce que tu racontes ? Vous ne me dérangez jamais, vous m’aidez, même !

-C’est vrai ? s’étonna Edwin.

-Oui ! Vous arrivez tout le temps pile au moment où j’ai besoin d’une pause. (Il se leva et étira ses bras vers le haut, s’étirant ainsi de tout son long) Alors ? A quoi on joue aujourd’hui ?

Comme à chaque fois, un grand sourire se dessina sur les visages des enfants, qui accoururent vers leur père, toujours ravi de passer du temps avec eux.

Comme à chaque fois, eux qui avait craint de le déranger, allaient quand même finir par jouer avec lui !


~Fin Flash-Back ~


Edwin posa sa main sur la porte, un sourire aux lèvres. Si elle n’avait pas grincé ainsi tous les jours, lui et sa sœur n’auraient peut-être pas passés autant de bon moment avec leur père. Ils avaient toujours eu peur de le déranger, alors qu’il se joignait toujours à eux pour jouer et avec un plaisir non dissimulé. Il avait d’ailleurs souvent entendu sa mère dire que son mari était un peu le troisième enfant de la famille… Apparemment, il avait confié à Winry que ses enfants lui permettaient d'avoir l'enfance qu'il n'avait pû avoir...

Edwin entra finalement dans le bureau, son cœur toujours aussi serré. Dire que son père avait dû prendre la responsabilité de chef de famille à seulement 11 ans… Et lui, à 17 ans, il sentait qu’il n’en était pas capable… Qu’il n’était pas encore prêt et était loin de l’être…

Et pourtant, il allait falloir…

Il sortit alors de sa poche la petite clé que son père lui avait confiée et l'observa, se remémorant la dernière conversation qu'il avait eu avec son père. Il avala difficilement sa salive et alla ouvrir l’un des tiroirs du bureau. Il n’y avait qu’une chose, dedans… Un petit carnet joliment décoré. Il l’attrapa et le serra fort dans ses mains.

Le moment de la vérité était venu...


Dans sa chambre, Rina regardait pensivement par la fenêtre, les yeux encore humides. Quelque part, elle avait l’espoir de voir apparaître son père, sur le chemin menant à la maison. Après lui avoir un peu remonté le moral, Darrick aurait bien aimé rester jusqu’au lendemain, mais il fallait qu’il aille retrouver Ayame. Rina rougit en songeant qu’elle aussi aurait bien aimée avoir sa compagnie encore un peu. Elle replia ses jambes contre elle et tendit la main pour caresser Nori, qu’elle avait fait rentrer dans sa chambre. Sans même pouvoir les contrôler, les larmes coulèrent à nouveau le long de ses joues. Jamais elle ne s'était senti aussi mal... C'était comme s'il y avait un vide en elle... Dans son cœur... Un vide qui ne se remplirait plus jamais. Parce que ce vide, c'était la place de son père.

L’adolescente blonde eut un petit sursaut lorsque l’on toqua à sa porte. Elle essuya précipitamment ses larmes et alla ouvrir. En voyant son frère apparaître derrière la porte, elle ouvrit la bouche pour lui parler, quand elle remarqua qu’il tenait quelque chose dans ses mains.

-Je sais que le moment est mal choisi et qu’il vaut mieux te laisser digérer… ce qu’on vient d’apprendre… Mais il y a quelque chose que tu dois savoir. Et je pense qu’on a déjà trop attendu…

-Qu’est-ce que c’est ?

Edwin tendit le carnet dans sa direction.

-Les réponses à toutes tes questions.


Winry s’était couchée du côté droit du lit… Le côté où dormait Ed, d’habitude. De cette façon, elle espérait se sentir apaisée et plus proche de lui. Mais il n’y avait rien à faire, les heures passaient et la mécanicienne ne trouvait pas le sommeil. A la place, elle ne cessait de pleurer, se demandant même comment ses yeux faisaient pour encore avoir des larmes à faire couler.

« Tu m’avais promis… Tu m’avais promis que tu reviendrais… » songea-t-elle, la mort dans l’âme.

Elle remonta son bras pour poser sa main contre son oreiller.

-Reviens, mon amour…

« Tu m'avais promis... »

Alors qu'un sanglot arrivait, sa main agrippa l'oreiller le plus fort possible.

-Je t'en supplie... Reviens-moi…

Mais on ne vivait qu’une fois et la vie ne se perdait qu’une fois.

Les morts ne pouvaient revenir... Malheureusement, Winry était l’une des personnes qui le savait mieux que quiconque…