Personne n'est à l'abri de la mort

par Jill Kuchiwa

Riza Hawkeye prit quand même quelques secondes pour scruter les personnes devant le Q.G, dans l’espoir d’y trouver Ed dans la foule de personne qui courait, affolée. Mais c’était inutile, il avait disparu !

-Et merde ! jura-t-elle.

Elle accourut retrouver Roy, qui était en pleine réunion pour expliquer ce qu’il avait appris d’Ed.

-C’était quoi ce bruit ? demanda aussitôt le président à sa femme.

-Une explosion ! Pendant ce temps, Edward a disparu ! Et je ne l’ai quitté des yeux que deux secondes.

-Allons-y ! ordonna Roy aux militaires.


**

Quand Ed se réveilla, il voulut masser sa nuque engourdis, mais réalisa bien vite qu’il ne le pouvait pas, puisque ses poignets et chevilles étaient attachés à une chaise.

-Génial, grogna-t-il.

-Excusez Zetto, lâcha une voix féminine. Quand on lui demande de kidnapper des gens, il n’y va pas de main morte, en général !

Il faisait trop sombre pour distinguer quoique ce soit. Puis, tout à coup, plusieurs néons s’allumèrent. Aveuglé, Ed dû fermer les yeux. Quand il les rouvrit, il constata qu’il devait être dans l’entrepôt… Mais il fut surpris de découvrir qu’il était entièrement vide ! Il n’y avait qu’une table et une autre chaise, devant lui… Son regard tomba ensuite sur la femme, qui marchait dans sa direction. Elle avait de très longs cheveux bruns, qui lui arrivaient jusqu’en bas du dos et des yeux d’un violet transperçant. Elle portait une tenue entièrement en cuir qui, Ed devait bien l’admettre, mettait ses formes en valeur. Il nota la présence de deux katanas, dans son dos. Elle en dégaina un, et donna un coup. Par reflex, Ed ferma les yeux. Quand il ne sentit plus les liens qui serraient ses poignets, il ouvrit les yeux et constata qu’en effet, ses poignets étaient libérés.

-Désolée pour ça, mes camarades ne sont pas très doués pour bien accueillir des invités, fit-elle en rengainant son sabre.

-A qui ai-je l’honneur ?

-C’est plutôt moi qui suis honorée que le grand Edward Elric me demande mon identité ! Je m’appelle Yura.

« Forcément, la seule personne qui me qualifie enfin de grand, c’est une ennemie » soupira intérieurement Ed, blasé.

La situation ne le faisait pas paniquer, loin de là. Il savait qu’il avait juste à gagner suffisamment de temps, avant que Roy n’arrive enfin.

-J’ai longtemps attendue votre visite, vous savez…

Dès qu’elle fut près de lui, elle posa sa main sur la joue de l’ex-Alchimiste d’Etat. Ed ne chercha pas à l’éviter ou à la repousser en bougeant sa tête. Il ne lui donnerait pas cette satisfaction. Il se contenta de plonger ses prunelles dorées dans cette de Yura, et de lui lancer un regard noir.

-Vous êtes encore plus beau de près, murmura-t-elle d’une voix suave.

Elle repoussa avec douceur une mèche dorée du visage du père de famille avant de lui caresser la joue. Ed ne bougea pas et ne la lâcha pas du regard. Il resta très calme lorsqu’elle se pencha vers lui. Bientôt, il sentit le souffle de la jeune femme près de ses lèvres.

- Ma femme est de nature jalouse, alors lorsque vous m’embrasserez, essayer de bien laisser une marque de rouge à lèvre, lâcha-t-il d’un ton froid. J’ai déjà hâte qu’elle vienne vous réduire en miette…

Comprenant qu’il ne se laisserait pas démonter, Yura sourit et recula d’un pas.

-En tout cas, je suis enchantée de vous rencontrer.

-J’aimerais vous dire que c’est réciproque, mais depuis ce matin, j'ai décidé d'arrêter les mensonges.

Nouveau sourire de Yura. Puis, cette dernière pris la deuxième chaise et s’installa près de la table, en face d’Ed.

-Vous en avez mis du temps, pour venir… Ça faisait pourtant quelques semaines qu’on essayait de vous faire venir.

-En parlant de ça, j’aurais préféré un carton d’invitation, plutôt que de vous servir de ma fille pour me transmettre un message…

-Voyons Edward, ça aurait été beaucoup moins drôle sinon… Et puis, vous n’auriez pas compris l’urgence de la situation…

Il tressaillit lorsqu’il sentit le pied de Yura frôler le sien, mais réussit à garder un visage neutre. Elle cherchait à le déstabiliser.

-Si la situation est si urgente, qu’est-ce que vous attendez pour me dire ce que vous attendez de moi ? questionna Ed.

-Oh, j’adore les hommes qui veulent directement passer aux choses sérieuses, minauda Yura en frottant son pied contre son tibia, cette fois.

Ed se retint de lever les yeux au ciel. Qu’est-ce que ce genre de femme l’exaspérait !


**

Profitant d'un moment de détente bien mérité, Edwin bouquinait tranquillement dans le salon, tout en écoutant la radio, quand il vit sa sœur.

-Ah, tu sors enfin de…

Il s’interrompit lorsqu’il remarqua qu’elle avait passé son chemin, sans même daigner lui adresser un regard.

-Rina, tu vas m’ignorer encore longtemps ? soupira Edwin. J’aimerais qu’on parle, s’il te plaît…

Il y eu une seconde de silence, avant que Rina ne recule lentement et entre dans le salon pour rejoindre son frère. Elle s’assit sur le canapé, à l’opposé de lui. Edwin éteignit la radio avant de déclarer :

-Je suis désolé… Oui, j’ai participé à ce mensonge, tout comme papa, maman, tonton Al, tata May et nos cousines… Tu as donc l’intention d’ignorer toute ta famille pour toujours ?

-Cette même famille me prend pour une idiote depuis le début.

-Non, Rina… C’est loin d’être question de ça…

-Alors quoi ? Pourquoi est-ce que j’étais la seule à avoir une version totalement différente de papa ?

-Écoute moi... Quand papa rentrera, je vais te demander de l’écouter attentivement. Ce qu’il te dira est très important et j’aimerais que tu mettes ta rancœur de côté et que tu essayes de comprendre. S'il te plaît.

Rina le regarda un moment, comme si elle essayait de chercher des réponses en lui. Après tout, il savait tout, lui… Mais non. Elle devait tout apprendre de la bouche de son père, après tout, c'était lui le responsable de tout ça.

-Il rentre quand ?

-Dès qu’il aura fini ce qu’il a à faire.

-Et il est allé faire quoi ?

-Je ne sais pas…

-Edwin, s’il te plaît… Plus de mensonges…

Son frère soupira.

-D’accord… Il est allé à Central.

-Central ?

Elle sembla vouloir rajouter quelque chose, mais se ravisa au dernier moment. Elle ne dit seulement un petit :

-Je vois…

Et Edwin fut soulagé qu’elle ne lui demande pas plus de détails. Ce que les deux adolescents ignoraient, c’était qu’à la radio (désormais éteinte, ici), on parlait des explosions qui étaient en train d’avoir lieu à Central.


**

Roy Mustang lança un regard désespéré à son équipe, désormais maigre. Les demandes de renforts affluaient dans tous les coins. Si ça continuait comme cela, Roy devrait aller aider Edward tout seul !

-Président ! Il y a une demande de renfort dans le 3ème ! lança un sergent. Un bâtiment s'est écroulé et il y a besoin de main d'œuvre pour gérer la panique des habitants !

Roy fit un signe de tête à quelques hommes, à côté de lui.

-Allez-y.

-Président ! appela un autre militaire en accourant vers lui. Nous venons tout juste de recevoir un appel à l'aide dans le 8ème !

-Votre Excellence ! Nous avons besoin d'aide, une autre explosion a eu lieu dans le 5ème ! Nous avons besoin d'hommes en attendant l'arrivée des renforts !

Le Führer lança un regard désespéré à son équipe. Il ne restait plus que son équipe personnelle : Havoc, Breda, Fuery, Falman, Hughes.

-Président ? fit Havoc, sentant son hésitation.

-Allez dans le 5ème. Je vais appeler le Q.G pour qu'ils envoient d'autres hommes dans le 8ème.

Ils se mirent tous au garde à vous et s'éloignèrent. Roy prit son talkie et lança nerveusement les ordres aux Q.G. Riza lui lança un regard inquiet. Jamais ils n'avaient eu à faire à une situation de ce genre !

-Allons à l'entrepôt, décida ensuite Roy, je ne préfère pas laisser Fullmetal tout seul à l'entrepôt, qui sait ce qu'il va s'attirer comme problème !

-Président !

Roy se retourna en reconnaissant la voix d'Elysia.

-Sous-lieutenant Hughes ? Que se passe-t-il ?

-Vous devez venir ! Zetto, l'homme qui avait attaqué Rina, a été aperçu en ville, très proche du lieu de la dernière explosion ! Le 6ème arrondissement est probablement le prochain sur la liste et il doit donc sûrement s'y diriger.

Roy lança un regard désespéré à Riza, quémandant son avis.

-Edward est suffisamment fort pour se débrouiller seul, Roy, déclara-t-elle de sa voix douce mais autoritaire. Les citoyens, eux, ont besoin d'aide, ils ne s'en sortiront pas s'en toi.

Riza avait raison. Il n'y avait pas lieu d'hésiter. Une lueur déterminée passa dans son regard.

-Dans ce cas, va au Q.G et envoi tous les militaires qu'il reste pour qu'ils veillent à ce que personne ne sorte de chez lui, je ne veux personne d'autre que les soldats, dehors ! Allons-y, sous-lieutenant Hughes.


Elizabeth lança un nouveau regard par la fenêtre. Plusieurs nuages de fumée s'élevaient, au loin. Très régulièrement, elle voyait des militaires passer en courant devant sa maison.

« Je devrais être avec eux » ne cessait de songer l'ex-adjudant-chef, le cœur remplit de rancœur.

Elle aussi, elle voulait aider et protéger Central... Mais elle n'était qu'une simple citoyenne maintenant et était obligée de rester à la maison, à attendre sagement le retour de son père et de sa mère, telle une petite fille modèle.

Oh, et puis non ! Ça ne se passerait pas comme ça !

Elle se dirigea vers une armoire. Sa mère y gardait toujours une arme, au cas où. Elizabeth la prit, vérifia qu'elle était chargée et la mit à l'arrière de son jean. Elle enfila ensuite une veste et alors qu'elle allait sortir, elle eut un mouvement de recul lorsque la poignée s'abaissa d'elle-même. Ellie attrapa l'arme et la dégaina tandis que la porte s'ouvrait... Mais elle abaissa vite les bras lorsqu'elle croisa le regard de Riza.

-Maman ? s'étonna-t-elle.

-... Je peux savoir où tu t'apprêtais à aller ? demanda Riza en remarquant le revolver.

-Tu ne crois quand même pas que je vais rester ici les bras croisés ?

-Pourtant, c'est exactement ce que tu vas faire... J'ai bien fait de passer à la maison pour voir si tu allais bien !

Elle tendit la main. Elizabeth hésita quelques secondes, puis, se résigna à lui donner le revolver, non sans un soupir.

-Je dois y retourner, déclara ensuite Riza. Tu me promets de rester ici ?

-Oui, grommela Ellie.

Riza lui sourit et lui déposa un baiser sur le front avant de ressortir.


**

Ed poussa intérieurement un juron. Il se demandait sérieusement ce qui prenait autant de temps à Roy !

Tout à coup, il se remémora l'explosion qui avait eu lieu juste avant qu'il ne se fasse assommer. Roy devait sûrement être surchargé en ce moment-même.

« Est-ce fait exprès ? » se demanda Ed.

-Y en a encore pour longtemps ? grommela-t-il.

Yura semblait trouver le temps long, elle aussi, puisqu'elle avait complètement abandonné son "plan drague" et son visage légèrement crispé pouvait que l'irritation commençait à la gagner.

Elle mourrait d'envie de voir où le boss en était, mais il ne fallait pas laisser Edward Elric sans surveillance... Il avait mit suffisamment de temps comme ça à venir à Central, pas question de risquer de le laisser filer !

Alors qu'elle ouvrait la bouche pour lui répondre, il y eut une explosion. Ed ferma les yeux et baissa la tête afin d'éviter de recevoir des débris en plein dans le crâne. Lorsqu'un rugissement retentit, Ed se crispa.

« C'était quoi, ça ? »

Peu après, de l'eau tomba sur lui...

« De l'eau ?! »

Il releva la tête et tressaillit lorsqu'il vit des immenses crocs appartenant à une énorme créature.

« Pas de l'eau... De la salive... »

Ed en eut le souffle coupé. Il n’avait jamais vu de chimère aussi grande ! C’était une sorte de croisement entre un reptile et un lion.

-Elle sort d’où, elle ? s’écria-t-il.

Il se rendit ensuite compte que Yura avait disparue.

-Pour draguer y a pas de soucis, mais dès qu’il faut se battre y a plus personne, râla alors Ed.

Il se pencha pour essayer de défaire les liens qui retenaient ses chevilles. Il n'eut pas le temps puisque la chimère lui donna un coup de patte, qui l'envoya violemment contre le mur. La chaise se cassa en mille morceaux à cause du choc, libérant ainsi Ed qui tomba lourdement au sol. A moitié assommé, il reprit rapidement ses esprits lorsqu'il sentit l'haleine de la chimère près de lui.

-Super, grommela-t-il en se relevant péniblement, j'étais justement en train de me dire qu'il ne manquait plus qu'une chimère éléphantesque et affamée pour que cette journée soit parfaite !


**

-Il ne devrait plus être loin, dit Elysia en regardant autour d'elle avec méfiance.

-C'est ce Zetto qui fait tout péter ? demanda Roy.

-Oui, j'ai mené une enquête rapide avant de vous en parler. J'ai plusieurs témoignages comme quoi un homme très grand, très musclé et pas très commode avait été aperçu avant chaque explosions. Je leur aie montré le croquis qu'Armstrong avait fait et la plupart l'ont reconnu.

Roy ne put s'empêcher de lui lancer un regard mi-fier mi-admiratif. Elysia aimait le travail propre et bien fait, ce qui faisait d'elle une militaire sérieuse et très appliquée et rigoureuse dans son travail. Elle n'était pas du genre à agir sur un coup de tête, préférant avoir de sources sûre avant de passer à l'attaque.

Le cœur de Roy se serra... La jeune femme ressemblait tellement à son père.

-Le problème, reprit Elysia, c'est que les explosions sont assez rapprochées, mais à des lieux éloignés... Comment a-t-il fait pour se déplacer si vite ?

-Ils sont plusieurs, ils ont dû tous s'y mettre.

-Ce serait le plus logique, mais personne n'a vu la femme qui traîne avec lui et selon Rina, le troisième membre de l'organisation n'est pas très courageux, il s'est enfui dès que le combat a commencé, l'autre jour.

-Rina ? s'étonna Roy. Quand vous a-t-elle parlé de ça ?

-La veille de son départ, elle et Darrick n'avaient nulle part où aller, donc je les aie invités à venir dormir à la maison. Ils avaient besoin de penser à autre chose.

Alors qu'il allait répondre, il s'interrompit lorsque Zetto passa devant lui en courant.

-Pas un geste ! hurla-t-il en dégainant son arme.

Elysia l'imita et se prépara à tirer au moindre mouvement suspect. Un grand sourire apparut aux lèvres de Zetto.

-Vous arrivez juste à temps, lança-t-il. Tout doit être finit, désormais... (Il pivota sur ses talons) Au fait ! Faites gaffe, ça va péter ! ajouta-t-il par-dessus son épaule.

Roy tressaillit. Au moment où Elysia allait presser la gâchette, visant la tête, le Führer lui bondit dessus pour la forcer à se coucher au sol et la protégea de son corps au moment il l'explosion retentit à plusieurs mètres d'eux. Ils restèrent ainsi plusieurs secondes, se remettant du choc. Zetto, lui, avait disparu depuis longtemps.

-Elysia ! Tu vas bien ? s'inquiéta Roy en se redressant, ignorant ses oreilles bouchées et sa vision floue.

Tant pis s'il l'appelait par son prénom et s'il la tutoyait au travail, il s'inquiétait beaucoup trop pour elle pour se soucier des grades.

-Oui, ça va, assura-t-elle en se redressant doucement.

Puis, elle lui lança un regard noir.

-Vous êtes complètement fou ! Dans ces moment-là, vous devez vous protéger et non protéger les autres ! Vous êtes à la tête de ce pays, des gens comptent sur vous, vous ne devez pas vous permettre de risquer ainsi votre vie !

-C'est ça que je devrais dire à ton fils, dans quelques années, lorsqu'il demandera ce qu'il t'est arrivé ? « Désolée mais il fallait que je me protège moi plutôt que ta mère » ?

-Arrêtez ! cria Elysia. Je suis fatiguée de vous entendre sans arrêt comparer ma vie à celle de mon père ! Arrêtez d'essayer de me protéger contre tout et n'importe quoi et essayez d'accepter enfin le fait que je sois devenue militaire ! Je n'ai plus trois ans, président ! Comment je suis censée vous le prouver, et rendre fier mon père, si vous m'empêchez toujours de faire mes preuves ?

-Roy ! Elysia ! Vous allez bien ? demanda Riza en accourant vers eux.

Roy hocha la tête et se releva. Alors qu'il tendait la main à Elysia pour l'aider, la jeune femme l'ignora considérablement et se releva seule en évitant soigneusement son regard. Puis, elle eut un rapide instant de réflexion et ouvrit grand les yeux.

-Attendez... Qu'est-ce qu'il a voulu dire par « Tout doit être finit, désormais » ?

Le Führer se crispa. Fullmetal !

-L'entrepôt ! s'exclama-t-il en partant en courant.

Riza et Elysia se lancèrent un regard inquiet et suivirent précipitamment Roy. Ce dernier prit son talkie-walkie.

-Ici le président. Havoc, Breda, Falman, Fuery ! Où en êtes-vous ?

Ce fut la voix de Fuery qui lui répondit.

-Les renforts viennent d'arriver, président, nous allons pouvoir vous rejoindre.

-Je suis dans le 6éme et je me dirige vers l'entrepôt, retrouvez-moi au plus vite ! (Puis, il ajouta:) Ici le président, à toutes les unités, dès que vous serez disponible rejoignez-moi au plus vite possible à l'entrepôt !

-Président ! appela une voix derrière lui.

Sans cesser sa course, Roy se tourna et vit que Darrick le rattrapait.

-Que fais-tu là ? Tout le monde doit rester chez soi !

-Je n'ai plus de maison, vous vous souvenez ? ironisa-t-il. Que se passe-t-il, c'est quoi toutes ces explosions ?

-C'est l'œuvre de l'organisation qu'on poursuit. Fullmetal est sûrement en danger.

-Fullme... Quoi ? Edward Elric est ici ?!

-C'est une longue histoire.


**

-Saloperie de bestiole de mer...

Ed n'eut pas le temps de finir sa phrase, puisqu'il dû éviter un nouveau coup de patte. De sa manche, il essuya le léger filet de sang qui coulait de la commissure des lèvres, sans quitter la chimère des yeux. Il avait déjà réussi à éviter par deux fois les griffes acérées de cette saloperie. Une fois, il s'était baissé juste à temps, n'ayant eu qu'une légère griffure sur la joue et la deuxième fois, il avait bien failli être coupé en deux s'il n'avait pas eu le reflex de reculer. Il avait une longue griffure qui partait de son épaule gauche et arrivait jusqu'au torse. A peine aurait-il reçu l'attaque plus forte, il se serait vidé de son sang.

Il ne pouvait pas s'enfuir, la créature le suivrait et alors, elle se dirigerait dans la ville, ce qui était hors de question. Même en l'emmenant dans la forêt, elle finirait par se lasser et irait là où il y a plus d'agitation... Plus de chair fraîche à se mettre sous la dent.

« Pas le choix... Faut que je me débarrasse d'elle au plus vite »

Mais comment battre une telle créature à main nue ? Il n'avait pas d'arme et n'avait aucun moyen d'en créer une.

Quand la chimère rugit furieusement, Ed lui lança :

-C'est ça, fais la maligne ! Je pourrais utiliser l'Alchimie tu ne serais déjà plus là !

Il tressaillit lorsque la créature bondit vers lui et se mit à courir pour l'éviter. Ce fut alors qu'un objet brillant attira son attention. Il s'y dirigea précipitamment et découvrit le katana de Yura. Elle avait dû le laisser tomber en partant. Sans cesser sa course, Ed l'attrapa au vol.

« Ce n'est pas avec ça que je vais pouvoir la trancher en morceau, mais ça devrait pouvoir la blesser et m'aider à tenir le temps que le président arrive » se dit-il en faisant quelques mouvements avec le sabre.

Il bondit sur le côté, amortissant sa chute avec une roulade, lorsque la patte de la créature s'abattit sur lui. Ed pivota ensuite sur ses talons et voulut planter son katana, mais la lame, pourtant très aiguisée, ne parvint pas à empaler la patte écailleuse.

-Super, grommela-t-il en reprenant sa course.

Il observa la créature. Seules ses pattes et sa queue avaient des écailles, pour le reste, elle avait un corps de lion.

« Il va falloir grimper là-haut » songea Ed.

Il se dirigea vers la queue de la créature et commença à l'escalade. Il n'était même pas arrivé à la moitié que la chimère se mit à bouger dans tous les sens. Ed s'accrocha du mieux qu'il pût aux écailles, malgré qu'elles soient assez coupantes et que le sang de tarda pas à couler et à piquer ses paumes...

Alors qu'il allait tout lâcher, la chimère en eut assez et se plia en deux afin de refermer ses mâchoires sur sa queue, dans l'espoir de gober Ed. Heureusement, celui-ci était un peu plus haut.

« C'est le moment ! » s'encouragea-t-il.

Il lâcha sa prise et atterrit sur le museau de la créature. Il s'avança et alla se cacher dans l'épaisse crinière et commença à planter le katana de part et d'autre. La chimère bougea tellement qu'il glissa et arriva sur le dos. Alors il continua à infliger le plus de blessures possible, tout en en s'agrippant aux poils dès qu'il perdait l'équilibre. Le sang coula et tâcha le pelage de la chimère de part et d'autres. Quand elle se plia à nouveau deux et que sa mâchoire se rapprocha d'Ed, ce dernier planta la lame dans l'œil de la créature, le crevant ainsi. Furieuse, elle se leva légèrement sur ses deux pattes arrière, Ed glissa et hurla lorsqu'il chuta. Le choc fut si violent que sa respiration fut coupée et sa vision devint floue, pendant quelques secondes. Ayant du mal à recouvrer ses esprits, il ne vit que trop tard la patte de la chimère et eut à peine le temps de tendre le katana, qu'il avait eu le reflex de ne pas lâcher. Mais cela ne servit à rien, puisque la lame se brisa. Quand la patte s'appuya sur lui, Ed cria de douleur lorsqu'il sentit un morceau de la lame se planter dans son flanc. Il cracha du sang et se crispa lorsqu'il vit l’immense gueule de la chimère se rapprocher dangereusement de lui. Il essaya de se libérer, en vain. La patte de la chimère le bloquait à terre et le moindre mouvement lui faisait mal, à cause de la lame. Il ne pouvait ni bouger, ni s'échapper. Alors, il comprit et de ce fait, la peur l'envahit. La mort ne lui avait jamais fait peur. Mais maintenant qu'il s'en approchait comme jamais, il était effrayé. Effrayé parce que ce n'était pas le moment de mourir. Il avait sa famille... Il avait encore trop de chose à dire à Winry, Edwin et Rina, ainsi qu'à Al, May et ses nièces...

Il avait encore trop de choses à faire avec eux...

Et pourtant, c'était la fin.

Impuissant, il ne put que contempler la mort se refermer sur lui. Résigné, il ferma les yeux et l'image de sa famille apparut dans son esprit.


Du sang. Un cri d’effroi, ou peut-être même d’agonie.

La mort.


**

Lorsque Falman et Breda ouvrirent les portes de l’entrepôt, Roy Mustang entra précipitamment à l’intérieur, se fichant royalement si ses gardes étaient prêts à le protéger ou non.

« Pitié que je n’arrive pas trop tard » ne cessait-il de se répéter.

-Qu’est-ce qu’il s’est passé, ici ? murmura Elysia.

-Une grosse bagarre, affirma Fuery, il y a des traces évidentes de lutte...

-Et contre un truc énorme, remarqua Darrick en regardant partout autour de lui. Vous avez vu le trou dans le mur ? Et les fissures sur le sol ?

-Euh... Je crois que j’ai trouvé le « truc énorme » en question, fit Havoc, le visage soudainement livide.

-Vous n’allez pas en revenir, président, renchérit Breda, visiblement mal à l’aise.

Il tendit le bras et désigna du doigt le fond du bâtiment, là où tout était plus sombre. Mustang et tous ses soldats plissèrent les yeux, tentant d’y voir un peu mieux. Mais le président dû s’avancer jusqu’à Havoc et Breda pour espérer distinguer quelque chose. Darrick le suivit.

-Qu’est-ce que…, s’étonna-t-il.

Une masse se détachait de l’obscurité. Roy fronça les sourcils.

-Je crois que c’est une…

Le Führer s’interrompit lorsque « la masse » releva lentement son immense tête, afin de le regarder.

-Putain, elle n’est pas morte en plus…, souffla Havoc.

Il dégaina son arme, en même temps que la plupart des militaires. La chimère poussa un terrible rugissement et se rapprocha d’eux en un seul bond.

-Président, reculez ! cria Breda.

Roy fit plusieurs bonds en arrière tout en enfilant ses gants. Riza s’empressa de se placer aux côté de son mari, prête à le protéger. Alors que le Führer allait claquer des doigts pour lâcher ses flammes, il se ravisa lorsqu’il remarqua quelque chose…

-Attendez, ordonna-t-il en levant une main.

Il observa attentivement la chimère. Elle les regardait avec méfiance, mais ne semblait pas vouloir attaquer. La tête basse, le dos arqué… Elle ne semblait pas aller bien, en fait… Tout à coup, elle eut quelques hoquets avant de se recroqueviller sur elle-même, et de régurgiter. La majorité des soldats détournèrent la tête en poussa un râle de dégoût. Le visage de Roy se décomposa, mais pas pour la même chose… Dans ce que venait de vomir la chimère, quelque chose attira son attention… Un objet brillant et métallique, en forme de jambe…

-Un auto-mail, souffla-t-il.

Riza sursauta et le regarda d’un air attristé, le cœur serré. Elysia, qui avait été l’une des courageuses à ne pas détourner le regard, avait-elle aussi remarquer ce détail.

-Président, commença-t-il d'une voix tremblante, ne me dîtes pas que…

-Sous-lieutenant Hughes, reculez, coupa sèchement Roy en la poussant doucement mais fermement de son bras. Reculez tous ! Que personne n'intervienne !

Riza lui lança un regard inquiet tandis qu'il s'avançait vaillamment vers la créature.

Quand il claqua les doigts, une déflagration puissante surgit et enveloppa la créature qui se mit à rugir de douleur. La scène se répéta plusieurs fois.

Un claquement de doigt, le feu, un rugissement... Un claquement de doigt, le feu, un rugissement... Claquement de doigt, feu, rugissement... Bientôt, la chimère n'eut même plus la force de rugir pour crier sa douleur. Une odeur de brûlé commença à envahir les lieux. La plupart des militaires détournèrent la terre, retenant à grand peine leur nausée.

Le cœur de Riza se serra. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas vu son mari dans cet état... Comme cette fois-là, la rage et la vengeance s'était emparée de lui. Alors, lorsque Roy s'arrêta, ses nerfs passés, elle s'avança vers lui et posa sa main contre son épaule. La créature était toujours vivante. La chair à vif, mais toujours vivante.

-Riza… Achève-là, s’il te plaît.

-Avec plaisir, déclara froidement l’intéressée en chargeant son arme.

Elle visa la créature et l’acheva-en un rien de temps, d'une seule balle.

Un silence pesant s’installa après le coup de feu.

-Que quelqu'un appelle le laboratoire, dit soudainement Roy. Je veux que quelqu'un vienne dans la minute qui suit pour ouvrir le ventre de cette saloperie ! C’est un ordre !


Il fallut tout de même attendre dix minutes afin que plusieurs hommes en blouse n'arrivent. Personne n'avait bougé de place. Les regards ne quittaient pas la chimère et l'auto-mail. Roy fit signe à Fuery de venir vers lui et lui dit :

-Emmène Elysia dehors, je ne veux pas qu’elle assiste à ça.

-A vos ordres, président !

Il se tourna ensuite vers la créature, dont les hommes étaient en train d'inciser l'estomac. L'heure de vérité avait sonné.