La dernière fois que tu es parti 2/2

par Jill Kuchiwa

-Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda May lorsque Winry arriva dans le salon avec un plateau chargé de tasses.

Ed pris le temps de prendre une tasse et de boire une gorgé de thé fumante avec de répondre.

-Ben… C’était un piège, avoua-t-il. Je m’en suis rendu compte dès que je suis arrivé au point de rendez-vous. Il n’y avait aucun soldat, aucune bataille, et aucune trace d’Al, rien... J’allais donc faire demi-tour et vite rentrer à la maison, quand on m’a empêché de partir en m’attaquant à distance. En fait, je ne crois pas qu’il voulait me tuer, seulement me tester… Quoiqu’il en soit, je ne pouvais pas éviter les attaques éternellement et j’ai fini par me faire capturer. J’ai atterrit dans un bâtiment lugubre, où j’ai passé la nuit… J’ai réussi à m’échapper grâce à la naïveté d’un gars qui travaillait pour eux et qui n’était pas fut-fut et je me suis éloigné le plus possible et forcément je me suis complètement perdu dans la nature... Mais forcément, ces types me cherchaient et j'ai passer mon temps à devoir leur échapper. Deux jours après, quand Al, le général Mustang et les autres sont arrivés, j’ai cru à un miracle !

-Qui étaient ces types ? demanda Winry, paniquée. Qu’est-ce qu’ils te voulaient ?

-Je n’en sais trop rien, je ne les ait pas revus… Et j’ai à peine vu leur visage, je ne saurais ni les décrire, ni les reconnaître ! Quand à ce qu'ils prévoyaient de faire, je n'ai pas non plus eu le temps d'en savoir plus...

-Et le crétin qui t’a envoyé là-bas… Rayg ! J’espère qu’il va être sanctionné ?

-Le général le voulait mais Nii-san l’a persuadé de ne pas le faire, répondit Al.

-Pourquoi ? s’étonna May.

-Parce qu’au fond, il est tombé dans un piège, tout comme moi, expliqua Ed en haussant les épaules. Je ne lui en veux pas.

-Eh bien moi, je lui en veux, grogna Winry. Il n’avait qu’à confirmer ses sources auprès de ses supérieurs, avant de t’envoyer là-bas !

Ed lui lança un regard amusé et la serra davantage contre lui.

-Tout est réglé, c’est le principal… Au fait, Al, comment ça se fait que je n’ai pas réussi à vous joindre ?

Al et May échangèrent un regard complice.

-Eh bien, nous étions à l’hôpital pour moi et…, commença May.

-Oh mon Dieu, tu vas bien ?! paniqua immédiatement Winry. Pourquoi tu ne me l’a pas dit ??

-Oui ! Tout va pour le mieux ! C’est d’ailleurs la raison initiale de notre visite…

-La famille va s’agrandir, conclut Al, le regard pétillant.

Ed et Winry eurent deux secondes temps de réaction, avant d'assimiler la formidable nouvelle.

-Waouh ! s’exclama Winry en serrant son amie dans ses bras.

-Frangin, c’est génial ! Heureusement qu’il ne t’ait rien arrivé, là-bas, je ne me le serais jamais pardonné…
-Je n’ai pas hésité une seule seconde. A la base, tu croyais y aller pour moi…

-Et ce qu’Al ne vous a pas dit, ajout a May en riant. C’est que pour s’agrandir, ça, la famille va s’agrandir ! Nous allons avoir des jumeaux.

-C’est pas vrai ? firent Ed et Winry en chœur.

Ed ajouta :

-C’est vraiment incro…

Mais il s’interrompit lorsqu’un détail attira son attention. Deux tignasses blondes dépassaient de derrière l’angle du mur…

-Je crois que deux petits monstres nous espionnent, déclara-t-il en souriant.

-Tu vois Edwin, j’avais raison ! s’exclama Rina en sortant de sa cachette. Papa est rentré !

Les deux enfants accoururent vers lui et s’empressèrent de grimper sur ses genoux… avant d’envahir leur père de questions.

-Tu étais où ?

-Qu’est-ce que tu faisais ?

-Pourquoi c’était si long ?

Et bien d’autres…

-Ce n’est pas l’heure des questions, mais l’heure de faire dodo, déclara Ed en souriant.

-Ooooh…

Puis, le frère et la sœur échangèrent un regard complice et se tournèrent vers leur mère et demandèrent, en chœur :

-Maman, on peut rester encore un peu ?

-Non, les chéris, il est déjà très tard…

-Mais on n’est pas fatigué ! s’opposa Rina.

-Certes, mais papa, lui, est très fatigué.

-Ooooooh…

-Mais si vous allez vous coucher maintenant et que vous faites un grand dodo, je vous promets que je passerais la journée à jouer avec vous, demain, assura Ed.

Les deux enfants réfléchirent un instant puis, le marché eut l’air de leur sembler raisonnable puisqu’ils hochèrent la tête d’un air entendu. Rina descendit ensuite du canapé et attrapa la main de son père.

-Mais tu viens nous coucher, alors ! décida-t-elle en commençant à tirer pour le lever.

-Oui, viens ! approuva Edwin en imitant sa sœur.

Ed finit par se lever en acquiesçant. Ses enfants avaient déjà un fort sens du chantage et de la persuasion…


Rina s’endormit à peine deux minutes après qu’Ed l’eut installée dans son lit.

-Et tu disais que tu n’étais pas fatiguée, n’est-ce pas ? murmura-t-il en souriant. Crapule, va…

Il l’a regarda dormir quelques secondes avant de l’embrasser sur le front. Quand il se tourna pour regarder son fils, dont le lit était à l’opposé de la pièce, il constata que le petit garçon avait encore les yeux grands ouverts.

-Tu ne dors pas encore ? s’étonna Ed en s’approchant de lui.

Il s’assit par terre et s’adossa contre l’armoire juste à côté du lit d’Edwin.

-Je voulais te dire… Rina et moi on a essayé de protéger maman, comme tu nous l’as demandé.

-Oui, et je ne doute pas une seule seconde que vous vous êtes très bien débrouillés.

-Je ne sais pas… Elle était toujours triste, on n’arrivait pas à la faire sourire.

-Ça n’a pas été facile pour elle. Mais maman avait besoin de toi et de ta sœur, et même si elle ne souriait pas, je suis sûre qu’elle était très reconnaissante envers vous pour votre aide.

-Mais si elle avait besoin de nous… Pourquoi elle a demandé à mémé de nous prendre chez elle ?

Ed fronça les sourcils.

-Elle a fait ça ?

-On y est resté deux jours, parce qu’elle était trop triste. Maman est venu nous chercher cet après-midi parce qu’on lui manquait trop… Dis, tu crois qu’on a raté notre mission ? Pourtant, on lui a fait beaucoup de câlins et Rina à fait pleins dessins. Ce soir on l’a même aidé à manger.

-A manger ? Comment ça ?

-Elle ne voulait pas manger… Donc je l’ai grondé et elle a fini son assiette. D’ailleurs, elle a souri !

-Alors, vous avez très bien accompli votre mission ! félicita Ed en souriant. Je suis désolé, je n’aurais pas dû vous demander de faire ça. Je ne pensais pas que les choses prendraient cette ampleur-là… Vous avez dû faire face à de trop grandes responsabilités pour votre âge…

-C’est quoi « responsabilités » ?

-Quelque chose qui concerne les adultes.

Edwin se redressa d’un bond sur son lit.

-Wow, donc on a fait un truc que seuls les adultes peuvent faire ? Quand je vais dire ça à Rina !!

Ed pouffa devant l’enthousiasme de son fils.

-Oui, tu as agis comme un grand. Et ta sœur aussi.

-Donc on a vraiment réussi notre mission ? demanda Edwin en se recouchant.

-Je n’aurais pas mieux réussi moi-même, assura Ed. Je suis très fier de vous deux.

Le petit garçon eut un sourire jusqu’aux oreilles. Puis, il ferma les yeux. Ed attendit un petit moment qu’il s’endorme. Quand ce fut le cas, il tendit son bras et ébouriffa doucement les cheveux dorés d’Edwin. En voilà un que ferait un excellent chef de famille, plus tard…

-Mais ne soit pas si impatient de grandir, mon fils, chuchota Ed. Profite pleinement de ton enfance... C'est important...

La vie était tellement plus belle et plus simple à travers des yeux d'enfants.


**


Le lendemain, alors qu’Ed était plongé dans son sommeil, la porte sa chambre s’ouvrit lentement. Un air sadique illumina le visage de deux petites silhouettes… qui accoururent en direction du lit.

-Papa ! Papa !

-Hum ? grommela Ed en émergeant difficilement.

Mais il acheva de se réveiller lorsqu’il sentit brusquement un poids sur son dos. Il ouvrit les yeux en sursautant et croisa tout de suite le regard d’une petite fille, dont les deux couettes blondes lui donnaient vraiment l’air d’une chipie. Ed tourna ensuite la tête et, du coin de l’œil, vit un petit garçon tranquillement assis sur son dos.

-Oh chouette ! Tu es réveillé ! s’exclama Edwin en faisant un grand sourire.

-Tu avais promis que tu jouerais avec nous toute la journée ! renchérit Rina.

Ed sourit, amusé de la situation, malgré tout.

-En effet…

Il prit le temps de bailler, puis il se redressa et prit une pose menaçante.

-Et vous feriez mieux de filer, bande de monstre, avant que je ne vous mange tout cru !! lança-t-il avec un air lugubre.

Edwin et Rina s’empressèrent de sortir de la chambre en riant. Ed s’étira et s’habilla avant de descendre. Il trouva Winry dans la cuisine.

-B’jour, salua-t-il en baillant une nouvelle fois.

-Je suis désolée, j’ai tout fait pour les retenir le plus possible, soupira Winry.

Ed sourit et regarda autour de lui.

-Où sont Al et May ?

-Ils sont partis il y a deux heures, May était très fatiguée et Al ne voulait pas qu'on te réveille. Ils t’embrassent et promettent d’appeler pour qu’on organise ensemble notre prochaine visite chez eux.

-D’accord. Des jumeaux… Tu te rends compte ?

-Avec Edwin et Rina j’ai l’impression d’en avoir aussi… Je lui en souhaite des moins turbulents que les nôtres, pouffa Winry.

-D’ailleurs, où sont-ils passés ?

-Ils ont foncés dehors, je pense qu’ils t’attendent !

-Bon… Je suppose que mon café va devoir attendre, alors !

-Que veux-tu, c’est la rançon de la gloire !

Ed ouvrit la bouche pour enchaîner sur un autre sujet, mais il se retint au dernier moment. Il ne valait peut-être mieux pas parler de ça dès le matin… Alors, à la place, il embrassa Winry dans le cou et sortit rejoindre ses enfants, qui trépignaient d’impatience.


Ce fut seulement après le déjeuner qu’Ed lança le sujet, qui le tracassait depuis son retour.

-Je m’occupe de la vaisselle, dit Winry, les enfants ont filé dehors dès leur assiette engloutie, je crois qu’ils ont hâte de reprendre le jeu… Essaye de tenir encore une heure ou deux, après ils feront leur sieste, tu pourras en profiter pour te reposer. Je prendrais ton relais après leur goûter si tu veux.

-D’accord, mais avant d’y aller, je dois te parler…

Winry fronça les sourcils devant l’air grave de son mari, tout à coup.

-Qu’est-ce qu’il y a ?

-Edwin m’a raconté… Comment tu étais pendant mon absence…

Winry tressauta et détourna le regard.

-C’est vrai que tu les as fait emmener chez mamie Pinako, à Resembool ?

-Quand Al et May ont débarqués et qu’on a comprit ce qu’il se passait, j’ai paniqué et… Je ne sais pas, j’ai péter les plombs… Edwin et Rina te ressemblent tellement, je ne pouvais pas les regarder sans te voir et sur le coup c’était douloureux…

-Je sais que tu étais inquiète pour moi, mais…

-C’est de plus en plus difficile pour moi de te voir partir, Ed.

-Et c’est tout aussi difficile de partir, pour moi aussi.

-Alors pourquoi pars-tu encore ? demanda-t-elle d'un air plein de reproche.

-Qu… Winry, Al était peut-être en danger, il était hors de question que je le laisse dans une telle situation !

-Tu aurais dû plus insister pour essayer de le joindre, tu aurais dû appeler le général Mustang pour en être sûr.

-J’hésitais à partir, tu te souviens ? Tu m’as dis d’y aller.

-Oui, eh bien je l’ai très vite regretté !

-Winry, écoute… Je sais ce que tu as ressenti mais dans ces cas-là, il faut que tu t’efforce d’être forte pour les enfants. Tu n’as pas à les rejeter parce que tu es inquiète pour moi !

Winry posa brusquement la pile d’assiette qu’elle tenait dans ses mains. Ce geste provoqua un grand bruit mais par miracle, aucune assiette ne se brisa.

-Je ne suis pas aussi forte que toi ! gronda la mécanicienne blonde en fusillant Ed du regard. J’étais désespérée, je venais d’apprendre que tu étais parti pour rien, pour tomber dans un piège ! Je ne savais pas si tu reviendrais, ou non ! Et tu reviens, avec cette histoire qui semble à peine t'inquiéter, et tu semble déjà avoir oublier ce qu'il s'est passé, agissant normalement, comme si c'était normal de te faire attirer dans un piège !

-Bien sûr que si ça m'inquiète Winry, je ne sais pas ce qu'ils me voulaient et je ne sais pas non quand ils vont essayer de m'atteindre. Mais pour le moment on ne peut rien y faire. Et pour les enfants, tu ne...

-Oui, je suis une mère indigne, tu es content ? C’est ce que tu voulais entendre ? Je… Je t’aime de tout mon cœur et de tout mon être, Ed, et je ne peux pas m’occuper de nos enfants pendant que tu risques encore ta vie je ne sais où ! Depuis que je suis petite je te vois faire ainsi ! Depuis que je suis petite je te vois partir et je croise les doigts pour toi. Mais maintenant que nous avons fondé notre propre famille, c’est encore plus dur… Je n’arrive plus à te voir partir, je ne supporte plus de te savoir loin de nous et je suis fatiguée de devoir croiser les doigts à chaque fois que tu passes la porte et de passer mes journées à espérer te voir revenir vivant ! As-tu la moindre idée de ce que ça fais d’être angoissée nuit et jour et de craindre chaque seconde que quelqu’un m’apprenne qu’il t’est arrivé quelque chose ? Quand je pense qu’avant je trouvais que c’était lassant d’avoir toujours un homme dans la maison, aujourd’hui je souhaite seulement que tu restes toujours à mes côtés !

Ed garda le silence tandis que son cœur se serrait. Il ne savait pas que c’était ainsi que Winry voyait les choses… Il se doutait qu’elle s’inquiétait pour lui mais ne pensait pas que ça jouait autant sur son moral et que ça lui gâchait autant la vie.

-Si tu meurs, je ne survivrais pas, Ed, ajouta Winry, la voix tremblante à cause du sanglot qu’elle retenait. Ta vie est devenue notre vie, maintenant… Et je ne peux plus te regarder jouer avec et la détruire. Je n'y arrive plus.

-Win…

-Papaaaaaa !! appelèrent Edwin et Rina. Tu viens ??

-Va les rejoindre, ils t’attendent, conclut la mécanicienne en tournant le dos à son mari.

Ed comprit que la discussion était close…


A peine une heure et demie plus tard, dès que les enfants firent leur sieste, Ed passa un coup de fil. Quelques minutes plus tard, il retrouva ensuite Winry dans son atelier improvisé, dans leur petit appartement, qu’elle n’avait pas quitté depuis la dispute.

-Winry, on ne peut pas rester comme ça, dit doucement Ed, je ne veux pas qu’on se fâche alors que je viens de revenir.

Mais sa femme ne lui répondit pas. Elle restait dos à lui, sans cesser de travailler. Ed soupira et s’approcha d’elle, jusqu’à pouvoir l’enlacer dans le dos.

-Je viens de téléphoner à Mustang, murmura-t-il. J’ai mis fin à notre collaboration... Je ne partirais plus…

Il sentit Winry tressaillir. Peu après, elle se tourna lentement pour lui faire face et croiser son regard.

-Non, soupira doucement la jeune femme. Je suis injuste, Ed, je n’ai pas à t’empêcher de faire quelque chose que tu aimes… Je t’ai dit des choses horribles tout à l’heure… Bien sûr que tu as bien fait de partir, il était question d’Al, en apparence en tout cas, et tu ne pouvais pas prévoir ce qui allait se passer… (Elle frotta ses yeux d’un geste las) Excuse-moi, je suis tellement fatiguée et j’ai tellement eu peur, mes mots ont dépassés mes pensées… Rappelle le général Mustang et dis-lui que tu reviens. (Elle lui tourna le dos) Je ne t’empêcherais plus de partir, promis.

Mais Ed la força doucement à se retourner en posant sa main contre son épaule.

-Winry… Ecoute-moi… Et jusqu’à la fin, d’accord ?

La mécanicienne hocha doucement la tête.

-Pendant toutes ces années, j’ai essayé d’être un bon mari et un bon père mais… Et je pensais qu’être Alchimiste d’Etat était ce que je faisais de mieux et que je ne savais rien faire d’autre… Mais depuis que nous sommes mariés, depuis que notre vie de famille se concrétise, je n’arrive plus à m’éloigner des enfants et de toi… C’est devenu de plus en plus dur. J’en suis venu à détester te laisser seule avec les enfants… Tu n’es pas une mère indigne et tu es plus forte que tu ne le penses, Winry… Le fait que tu aies subit cette situation pendant tout ce temps le prouve. Tu sais, il n’aurait pas été question d’Al, je ne serais pas partit… Et si tu veux tout savoir, j’ai même faillit ne pas partir quand je vous disais au revoir parce que j’ai brutalement compris que ce que je faisais de mieux, c’était de rester ici, avec vous. Je l’ai même réalisé tout au long de cette année, puisque je n’avais pas eu de mission. Je ne peux plus partir, je ne veux plus jamais être séparé de vous. Ma décision est prise, c’était la dernière fois que je partais.

Les larmes aux yeux, Winry regarda d’abord Ed durant un long moment. Et puis, enfin, elle captura ses lèvres afin d’échanger un long baiser.


~Fin Flash-Back~


Winry se réveilla doucement.

« Ça fait tellement longtemps qu’il n’est pas parti que je rêve de la dernière fois qu’il a dû partir en mission » se dit-elle en pensant au songe qu’elle venait de quitter… Et qui était en réalité plus une scène vécue qu’un rêve.

Elle tourna la tête et lorsqu’elle remarqua que le soleil se couchait, elle sursauta. Elle avait beaucoup trop dormi ! D’ailleurs Ayame n’était même plus là… Elle avait dû rejoindre Rina, dans sa chambre. La mécanicienne se leva précipitamment et entra en trombe dans l’atelier, faisant sursauter son fils qui était en train de tout ranger.

-Pourquoi tu n’es pas venu me réveiller ? demanda-t-elle aussitôt.

-Tu dormais tellement bien, j’ai pensé que tu en avais besoin… De toute façon, on n’avait pas beaucoup de commande aujourd’hui… Je crois que c’est la première fois depuis des années qu'on finis aussi tôt !

-Merci Edwin… Laisse, je finirais de ranger plus tard tu as ta soirée tranquille !

-Tu crois que je devrais en profiter pour aller voir Rina ?

Winry soupira et se laissa tomber sur une chaise. Après un instant de réflexion, elle décida :

-…Non. Je pense qu’il vaut mieux la laisser tranquille, le temps d'assimiler tout ça.

Elle appuya ses coudes sur la table de son atelier pour pouvoir soutenir sa tête sur ses mains.

-J'ai toujours sentie que ça finirai mal... Mais j'étais loin d'imaginer que se serait encore pire que ce que je pressentais. Tu aurais vu Ed quand elle lui a dit qu'elle le détestais...

-Même si elle t'a dit le contraire, tu sais comme moi qu'elle ne le pensais pas... Papa n’a pas eu de chance, soupira ensuite l’adolescent. Il comptait tout lui dire dès qu'elle rentrerais... ça s'est passé à quelques heures près…

-Elle aurait peut-être réagit pareil, tu sais…

-Oui, mais au moins, elle l’aurait appris de sa bouche.

-Je sais… Malheureusement, ce qui est fait est fait… Il n’y a plus qu’à attendre le retour de ton père pour en finir avec cette histoire.

Un voile de tristesse apparut devant ses yeux. Edwin devina aussitôt ses pensées.

-Tu t'inquiète pour lui, hein ?

-J'ai toujours passer ma vie à m’inquiéter pour lui, soupira-t-elle en haussant les épaules.

-Oui mais là... Il était... Je ne sais pas... C'était comme si...

-Il reviendra, assura Winry, refusant de penser à une autre possibilité. On parle tout de même de ton père.


**

-Oh, bonjour Edward, salua Riza, quand elle vit l’ex-Alchimiste entrer dans le bureau du Führer.

-Bonjour, lieutenant.

-Je ne suis plus lieutenant.

-Désolé, vieille habitude !

Riza lui fit un clin d’œil complice.

-Que me vaux une entrée aussi anormalement délicate ? lâcha Roy. Tu t'es enfin rendu compte qu'une poignée sevrait à quelque chose ?

-Très drôle. Je viens vous parler.

-Tu viens me convaincre de reprendre ta fille ?

-J’aimerai vous parler de Rina, en effet mais loin de moi l’idée de vous supplier de la reprendre puisque je vous suis reconnaissant de l’avoir mise à l’écart de l’enquête. Sans oublier que ce qu’elle a fait est intolérable… Mais comme elle me l’a si bien dit, je suis mal placé pour lui faire la morale.

-Elle était comment ?

-Furieuse, mais plus contre moi que contre vous je vous rassure.

Roy et Riza échangèrent un regard entendu.

-Je suis désolé, c’est en allant vérifier qu’elle était partie que j’ai vu tous les dossiers sur son bureau, expliqua la garde du corps.

-Selon ses collègues, elle était si en colère qu’elle est partit sans même prendre la peine de tout ranger, rajouta Mustang. Quand je l'ai appris, j’ai voulu t’appeler mais vu l’heure, je pensais que la tornade était déjà passée.

-Ça, pour une tornade… Ma fille me déteste, maintenant…

-Bienvenu au club.

-Ah, vous aussi ?... Mais attendez, si vous vouliez me prévenir de son arrivée, vous saviez que je lui avais mentit ? réalisa soudainement Ed.

Roy eut un sourire amusé. Il le lui avait déjà fait la remarque lorsqu’il était venu chercher sa fille, la première fois… Mais il avait été si en colère qu’il n’avait pas dû l’entendre.

-Oui, elle disait des choses bizarres sur toi alors je lui aie posé des questions pour savoir ce qu’il en était… Et je n’ai pas été déçu. Je me doutais que tu avais fait ça pour une raison bien précise alors j’ai prévenu ses collègues de ne pas parler de toi… Mais j’avoue que je n’ai pas du tout pensé à Sciezka…

-Ce n’est pas ça qui l’en aurait empêché, elle aurait posé des questions à Darrick, il a l’air de bien me connaître.

-Hum…

Le Führer réfléchit un instant, avant de déclarer :

-Dis-moi… Je sais que tu t’es lancé à corps perdu dans tes recherches, depuis que tu as arrêté de collaborer avec l’armée… Tu as appris quelque chose ?

-Rien de concret en tout cas mais je suis très loin d’avoir fini… Pourquoi ça ?

-Je ne suis pas idiot, fit Mustang. Quand ta fille est arrivée à Central, je lui aie confisquée ses gants et je les aie gardées un petit moment… Ne connaissant pas les symboles qu’il y avait dessus, je les aie étudiés attentivement mais il n’y a rien eu à faire, ce cercle de transmutation n’existe pas (Il vit Ed se crisper) Et comme je suis curieux, je me demandais si c’était le résultat de tes recherches.

-J’aurais préféré ça, mais non.

Roy sembla étonné.

-Ah bon ? Mais… D’où sors ce cercle de transmutation, alors ?

-Vous avez raison... Il n’existe pas.

-Attends deux minutes… Dans ce cas, elle ne devrait pas pouvoir faire d’Alchimie alors… Comment peut-elle y arriver ? C’est insensé, c’est comme si elle n’avait qu’à joindre les mains pour…

Il s’interrompit, réalisant soudainement quelque chose. Il leva lentement la tête pour regarder Ed dans les yeux. Riza sembla comprendre elle aussi, puisqu’elle porta lentement une main vers sa bouche.

-Oh mon dieu, Edward…

-Fullmetal… Ne me dis pas qu’elle…

Ed prit une grande inspiration.

-Si, confirma-t-il, d’une voix remplie de tristesse. Elle a vu la Vérité.