La dernière fois que tu es partis 1/2

par Jill Kuchiwa

-Il allait créer une autre pierre rouge ? demanda Ed, une fois remis de sa première surprise.

-Il ne savait pas si elle allait être rouge, elle aussi, mais il m’a promis qu’elle serait encore plus belle !

Ed se força à sourire et serra chaleureusement la petite rouquine dans ses bras.

-Princesse, tu es la meilleure ! Grâce à toi, on va sûrement résoudre une grosse enquête ! Je garde ce dessin-là, je vais en avoir besoin… Si tu retournais au salon pour finir tout ça ?

Ayame hocha la tête avec entrain, visiblement ravie d'avoir eu un so grand rôle et se dirigea joyeusement dans le salon. Dès que la fillette fut assez éloignée, Winry croisa le regard d'Ed.

-Ed, tu crois que…, s’inquiéta-t-elle.

-… En tout cas, entre ce que m’a raconté Rina et ça, tout correspond, approuva Ed, le visage sombre. Je n’ai pas une minute à perdre, il faut que j’y aille… Et je crois bien que je vais avoir besoin de l’aide de l’armée…

Il soupira et, d'un air grave, plongea ses yeux dorés dans les yeux bleus de sa femme.

-Winry... Au cas où s’il s’avère que tout cela est vrai, dès que je serais parti je veux que tu fasses les bagages, prennes les enfants et que tu ailles vite rejoindre Al et May à Xi…

Il ne put finir sa phrase puisqu’il reçut un énorme coup de clé anglaise sur la tête, qui le mit à terre, à moitié assommé.

-Et puis quoi, encore ?? rugit Winry, furieuse. C’est pas vrai ! J’en reviens pas que tu me fasses encore ce coup-là, après toutes ces années !!

Hors d'elle, Winry attrapa son mari par le col et, grâce à l’adrénaline du moment, parvint à le faire se redresser sans forcer plus que ça.

-On ne va nulle part ! Parce que je sais que tu vas réussir à empêcher ça, d’accord ? Exactement comme l’autre fois ! Et tu vas revenir ici en un seul morceau, c’est compris ?

-Ce que je ne comprends pas, c’est comment j’ai fait pour ne pas avoir une fracture du crâne après toutes ces années, grommela Ed en frottant sa tête.

-Faut dire que tu m’énerves aussi, quand tu te dégonfle ! Tu vas exploser les mecs qui ont osé toucher notre fille et qui osent en avoir après toi, d’accord ? Si tu meurs, je ne te le pardonnerais jamais et le jour où je te rejoindrais, là-haut, tu passeras un tel moment de torture que tu regretteras les clés anglaises résonner contre ta grosse caboche vide ! Alors si tu veux éviter ça, promets-moi que tu vas revenir !

Ed soutint le regard furieux de sa femme un long moment, avant de répondre, vaincu :

-Bien. Je te le promets.

Il se pencha et l'embrassa avec douceur. La mécanicienne se détendit instantanément, comme par magie.

-Et lorsque tu reviendras, ajouta-t-elle contre ses lèvres, je te promets que tout s'arrangera avec Rina.

Ça, Ed en était moins sûr... Il serra plus fort Winry dans ses bras.

-Je t'aime, lui murmura-t-il à l'oreille.

Winry se crispa. Vu le ton qu'il avait pris, on aurait dit que c'était la dernière fois qu'il le lui disais... Il ne pensait pas réussir à tenir sa promesse de revenir. Cela fit monter les larmes aux yeux de la mécanicienne.

Quelques secondes plus tard, ce fut donc le cœur serré que Winry regarda son mari s’éloigner d’elle, petit à petit. Tout à coup, elle sentit une petite main se réfugier dans la sienne. Elle tourna la tête et découvrit Ayame, qui la regardait en souriant.

- Alors ? Il va revenir, hein ?

-Oui… Ed tient toujours ses promesses.

Alors pourquoi elle avait ce mauvais pressentiment qui la hantait...

« C’est exactement comme ce jour-là » songea-t-elle.

Mais elle secoua la tête pour chasser ses pensées.

-Tu sais quoi, Ayame ? J’ai bien besoin de me reposer un petit peu, c’est assez calme aujourd’hui… Ça ne te dérange pas que je te tienne compagnie dans le salon ?

-Oh, je vais enlever mes feuilles alors, j’en aie posé sur le canapé !

Winry sourit, puis, après avoir prévenu son fils qu’elle faisait une petite sieste rapide, elle alla s’installer sur le canapé.

-Je peux te poser une question ? demanda timidement Ayame.

-Bien sûr, répondit Winry en se couchant sur le côté, afin d’être face à la fillette.

-Une fois, j’ai dis à Edward que ça n’existais pas les princesses et les princes charmant… Et il m’a dit d’attendre de tomber amoureuse… Donc, comme toi tu es amoureuse je voulais savoir si tu étais une princesse ? Et Edward, un prince charmant ?

-Je ne sais pas si on peut vraiment qualifier Ed de prince charmant, pouffa la mécanicienne, amusée de cette image. Et notre vie n’est pas toujours un conte de fée, mais… C’est vrai que je me sens comme une princesse, à ses côtés.

Visiblement satisfaite, Ayame sourit et retourna à son dessin. Winry la regarda un moment avant de fermer les yeux et de laisser ses pensées vagabonder. Elle se rappellerait toujours de ce jour où un mystérieux coup de téléphone avait bousculé leur vie. Un dénommé colonel Rayg avait appelé Ed pour lui apprendre qu’Al (qui à cette époque, collaborait encore avec l’armée, tout comme son grand-frère, malgré le fait qu’il habitait déjà à Xing avec May) avait été envoyé en mission à Amestris, au sud du pays, et avait urgemment besoin de lui. Ed avait trouvé cela étrange que ce ne soit pas Roy qui l’avait prévenu et avait préféré appeler Al en espérant tomber sur lui… en vain.


~ Flah-Back ~


Une sonnerie... Deux... Cinq... Personne au bout du fil... Cela ne ressemblait pas à Al. Surtout que c'était la troisième fois d'affilée qu'il appelait...

Tout cette histoire ne pouvait donc qu'être vraie...

Ed reposa le combiné et resta silencieux un moment, perdu dans ses pensées. Il ne pouvait s'empêcher de trouver tout cela louche... Que faisais Al dans le sud ? Pourquoi ne lui en avait-il pas parlé avant ? Il aurait aimé attendre encore quelques minutes afin de réessayer d’appeler Al pour être sûr qu’il était chez lui ou non… Mais si sa vie était réellement en danger, devait-il vraiment prendre le risque d’attendre une minute de plus avant de foncer à son secours ? Il y avait une chance sur deux que ce soit un piège… Mais une chance sur deux qu’Alphonse ait besoin de lui…

« Pourquoi les choses sont-elles toujours aussi compliquées ? » se demanda le jeune homme en se mordant la lèvre.

Et puis, il avait un mauvais pressentiment… Et son instinct ne le trompait jamais.

-Vas-y, lâcha tout à coup Winry.

Ed sursauta et se retourna pour regarder sa femme. Cette dernière était dos à lui, en train de regarder les horaires de train, qui étaient notées sur un papier (avec tous les allers-retours que faisait toujours son mari, elle avait pris l’habitude de garder les horaires près d’elle.)

-Winry…

-Tu en meurs d’envie, alors file… Tu as un train dans trois-quarts d’heure.

Ed hésita encore un moment, puis, il attrapa son manteau et l’enfila. Winry ne bougeait pas, toujours dos à lui. Elle ne se retourna que lorsqu’Ed s’approcha d’elle. Ils s’enlacèrent et restèrent quelques minutes ainsi, tous deux n’ayant aucune envie de se quitter. Cela faisait un an qu’Ed n’avait pas été appelé pour partir en mission… Les jeunes parents n’avaient donc plus l’habitude de devoir se séparer.

-Je sais que tu n’as pas envie que je parte, murmura Edward.

-Je n’ai jamais envie que tu partes…, rappela-t-elle.

Mais elle redressa la tête pour croiser son regard et posa sa main sur la joue de son mari.

-Mais tu reviendras, ajouta-t-elle.

C’était leur rituel, avant qu’Ed ne parte. Il devait assurer qu’il allait revenir.

-Oui, je reviendrai.

Puis, il pencha la tête et l’embrassa tendrement.

-Tu vas où, papa ? demanda tout à coup une petite voix.

Ed et Winry eurent un violent sursaut et ils découvrir leurs deux enfants, âgés de cinq et quatre ans, à moitié endormis. Le petit garçon se frottait les yeux et la fillette serrait fort son chien en peluche contre elle.

-Qu’est-ce que vous faites debout ? demanda leur mère.

-Rina m’a réveillé parce qu’elle a fait un cauchemar, expliqua Edwin d’une voix ensommeillée. Et après on a entendu papa au téléphone...

Winry soupira et s'appuya sur ses genoux, face à sa fille :

-Rina chérie, tu sais qu’il faut venir me voir dans ces cas-là…

Pour toute réponse, la petite fille demanda :

-Papa s’en va ?

Les deux jeunes parents se regardèrent, puis Ed s’approcha des enfants et s’accroupit devant eux.

-Tonton Al à peut-être des ennuis. Je vais le rejoindre pour l’aider.

A ces mots, les larmes montèrent aux yeux de Rina.

-Ça va être dangereux ? questionna-t-elle.

-T’es bêtes, Rina ! répliqua Edwin en lançant un regard noir à sa sœur. Même si ça l’est, papa il va gagner ! Il gagne toujours !

Pourtant, même si le petit garçon tentait de se montrer vaillant, ses yeux étaient humides et sa voix tremblante. Tout comme Winry, les enfants détestaient voir Ed partir. Ce dernier eut le cœur serré de les voir aussi triste, et les prit tous les deux dans ses bras pour les blottir contre lui. Au fond de lui, il voulait rester... Rester à la maison, chez lui, avec sa femme et ses enfants. Les quitter était de plus en plus difficile.

-Je vais vous confier une mission à tous les deux, une mission très importante ! Pendant mon absence, je vous confie votre maman. Vous allez devoir veiller sur elle et la protéger. Je peux vous faire confiance ?

-Oui ! s’exclamèrent-ils en chœur, visiblement ravi de cette mission.

Edward les serra plus fort contre lui, le cœur lourd. Tout à coup, il était complètement démotivé... Bon sang, c'était devenu si dur des les quitter...

Après avoir embrassé ses enfants sur la tête, il les renvoya au lit avant de vraiment finir par changer d’avis.

-Fais attention à toi, dit Winry lorsqu’il revint vers elle.

Son mari hocha la tête et l’embrassa une dernière fois avant de partir.


~*Deux jours plus tard*~


Winry remuait doucement son café avec sa cuillère, sans vraiment réaliser que ça faisait un quart d’heure qu’elle faisait cela… Les yeux rivés sur la fenêtre, ses pensées étaient dirigées vers Ed, dont elle n’avait aucune nouvelle. Soudain, elle sursauta lorsqu’on frappa à la porte. Elle se leva si fébrilement qu’elle faillit renverser son café et s’empressa d’aller ouvrir. Elle fut surprise de découvrir… Alphonse… accompagné de May… Ils étaient accompagnés de Tara, leur fille de deux ans.

-Surprise ! s’exclama joyeusement la Xinoise, qui tenait sa fille dans ses bras.

-Coucou, Winry ! salua ensuite Al en souriant. Je suis désolé, on passe un peu à l’improviste, mais on… (Il remarqua ensuite l’air bouche-bée et le visage pâle de Winry) Tu… Tu vas bien ? Et où est Ed, au fait ?

-Il n’est pas avec toi ? demanda lentement la jeune femme, de plus en plus pâle.

Al et May échangèrent un regard inquiet. Winry semblait à deux doigts de s’évanouir.

-Pourquoi devrait-il être avec moi ? s’étonna Al.

-Il… Il t’a rejoint… Tu avais besoin d’aide… Au sud d’Amestris…

-Au sud ?! répéta May en ouvrant grand les yeux.

- Qu’est-ce que j’irais faire là-bas ? ajouta Al en fronçant les sourcils.

-Quelqu’un à appeler Ed, sous l’ordre du général Mustang… Il est parti t’aider il y a deux jours…

Son visage était de plus en plus pâle au fur et à mesure qu'elle parlait.

-Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Hormis les fois où je suis venu vous voir, je n’ai jamais quitté Xing ! Et puis, depuis que je suis là-bas, on ne m’appelle plus pur les missions ! La dernière fois, c’était il y a deux ans ! Ed le sait pourtant !

Sans fut trop pour Winry, ses jambes se dérobèrent sous elle. May et Al la rattrapèrent juste avant qu’elle se s’écroule au sol et s’empressèrent de la faire s’asseoir sur le canapé.

-May, reste avec elle, je vais appeler le général… Winry, tu te souviens du nom du type qui l’a appelé ?

-Colonel Rayg... un truc comme ça… Oui c'est ça..., murmura la jeune femme, le regard dans le vague.

Al hocha la tête et sortit de la pièce. La Xinoise fit ce qu’elle put pour rassurer Winry, mais elle se rendit bien vite compte que ses paroles ne servaient à rien, puisque son amie semblait s’être enfermée dans sa bulle… Elle se contenta donc de lui serrer la main en priant pour qu’Al revienne vite vers elles avec de bonne nouvelles… Mais le cadet Elric les rejoignit avec une mine soucieuse…

-Alors ? demanda nerveusement May.

-Le général Mustang était aussi étonné que moi.

-C'est-à-dire ?

-Il n’y a jamais eu de demande de renfort au sud… Donc le général n’a jamais envoyé là-bas et n’a pas fait appelé Ed pour ensuite venir à mon aide puisqu’il n’y avait aucune raison de le faire !

-Pourquoi on lui a demandé d’aller là-bas, alors ? interrogea May.

-Je n’en sais rien (il tourna la tête vers Winry) et pourquoi n’a-t-il pas appelé à la maison avant de foncer tête baissée ?

-Il t’a appelé juste après, répondit Winry, les yeux dans le vague. Mais ça sonnait dans le vide…

-Oh non, fit May et croisant le regard d’Al.

-Bon… Le général Mustang mène son enquête de son côté… Et il va envoyer son équipe le chercher. Je vais les accompagner, déclara Al.

-Quoi ?!

-Je dois le retrouver, il a peut-être des gros problèmes !

May ouvrit la bouche pour répliquer, mais elle y renonça, sachant qu’Al ne changerait pas d’avis.

-Fais attention à toi, se contenta-t-elle de grommeler, ce n’est pas le moment de mettre ta vie en danger.

Le jeune Elric lui sourit.

-Mon frère est partit en croyant que j’étais en danger. Maintenant que c’est peut-être lui qui est réellement en danger, je dois aller l’aider.

-Je le sais bien, c’est pour ça que je ne vais pas te faire tout un discours pour essayer de t’empêcher de partir !

-C’est ce que j’aurais dû faire, murmura Winry.

-Ed est pire que moi pour ça, rappela Al, tu n’aurais pas réussi, tu le sais bien.

-Non, c’est moi qui aie insisté pour qu’il y aille. Il avait un mauvais pressentiment, je le sais, je l’ai senti… Et pourtant j’ai insisté… Alors que je sais que son instinct est toujours bon ! Et le pire, c’est que même moi je le sentais mal !

-Winry, tu n’y es pour rien, tenta May.

-Il sentait que cette histoire était louche… mais ça l’inquiétait que vous ne répondiez pas au téléphone… Alors je lui aie dit d’y aller…

Les larmes aux yeux, elle enfoui son visage dans ses mains.

-Qu’est-ce que j’ai fait ?

May l’enlaça chaleureusement pour essayer de la consoler. Tout à coup, la porte d’entrée s’ouvrit. En entendant la voix de ses enfants, Winry se rappela brutalement que sa grand-mère était venue lui rendre visite pour lui remonter le moral et était partit les chercher à l’école afin qu’elle se repose un peu.

-Maman ! s’exclamèrent les enfants en accourant joyeusement vers elle.

Quand elle les vit, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Edwin et Rina ressemblaient tellement à leur père. Le garçon était tout simplement son portrait craché et la petite fille, bien qu’elle ait les cheveux et les yeux de sa mère, avait les mêmes traits du visage que lui…

Surpris que leur mère ne réagisse pas, les enfants s’arrêtèrent et la regardèrent d’un air interrogateur. Les larmes aux yeux, Winry détourna le regard. Elle ne pouvait pas… Pas après ce qu’elle venait d’apprendre… Ils lui ressemblaient trop…

La jeune femme se laissa tomber à genoux en éclatant en sanglot. Edwin et Rina, après un regard entendu, commencèrent à s’approcher doucement d’elle.

-Maman ? murmura Rina en posant sa petite main sur celle de sa mère.

-Non ! s’écria-t-elle en la repoussant.

-Winry, fit doucement Al, attristé de la voir comme ça.

Quand Rina commença à avoir les larmes aux yeux, May posa Tara au sol et s’approcha de la petite blonde pour lui caresser la joue.

-Venez, on va tous aller dans votre chambre, dit-elle aux enfants, tout en reprenant Tara dans ses bras. Maman a besoin d’être tranquille un petit moment…

-Que se passe-t-il ici ? demanda Pinako lorsque May et les enfants furent dans la chambre. Et que fais-tu ici Al ? Winry m’a dit que…

-C’était faux, lui apprit Al. Je pense que ça a juste servit de prétexte pour attirer Ed dans un piège… Je vais partir à sa recherche.

Le visage de la vieille dame s’assombrit. Elle s’approcha ensuite de Winry, qui était toujours à genoux au sol, et posa une main son épaule.

-Winry, tu veux que je fasse quelque chose ?

-Em-Emmène les enfants avec toi, mamie… Prends-les quelques jours avec toi… Je ne peux pas…

-Winry…

-S’il te plaît…


Peu après, Pinako repartait avec Edwin et Rina, qui ne comprenaient pas la raison de leur départ.

-Elle ne nous aime plus ? demanda Rina d’une petite voix.

-Ne dis pas de sottises, elle vous aime très fort, assura Pinako. Mais elle est très inquiète pour votre papa et elle a besoin d’être seule et de temps pour se calmer.

-Mais j’ai promis à papa que je veillerais sur maman ! protesta Edwin. Comment je vais faire si je ne suis pas là ?

-Et je suis sûre que tu as très bien rempli ce devoir jusqu’à maintenant. Mais cette histoire devient trop importante et beaucoup trop dur à gérer pour des enfants. A partir de maintenant, ce n’est plus à vous de gérer ça, mais aux adultes.

Mécontent, Edwin croisa les bras et s’adossa entièrement contre son siège.

-Pourquoi c’est toujours aux adultes de tout faire, grommela le garçon en faisant la moue.

Pinako avait tellement vu cette bouille boudeuse et la connaissait si bien, qu’elle ne put s’empêcher de rire. Elle avait l’impression de revoir Ed, au même âge !

-Ne vous inquiétez pas. Votre maman réclamera bien vite votre présence… Je ne lui donne même pas trois jours pour qu’elle m’appelle afin que je vous ramène !

-Tu es sûre ? fit Rina.

-Certaine ! Je la connais par cœur.


~*Deux jours plus tard*~


-Winry, s’il te plaît, mange, insista May en regardant son amie avec inquiétude.

-Pas faim, se contenta de murmurer Winry.

-Je suis sûre qu’Al va bientôt revenir avec Ed… Donc imagine son état lorsqu’il va te voir avec de telles cernes et avec au moins dix kilos en moins.

Sa remarqua arracha un petit sourire à Winry.

-Dix kilos ? Tu n’exagère pas un peu ?

-Avec le peu que tu manges en ce moment, ça ne m’étonnerait même pas !

-… Tu devrais rentrer à Xing, je n’ai pas besoin qu’on me surveille. En plus, la pauvre Tara doit s’ennuyer.

-Tu ne me feras pas partir, je veillerais sur toi jusqu’à ce que nos hommes reviennent ! Et ne t’inquiète pas pour Tara, un rien l’occupe.

Winry regarda la fillette, qui, en effet, ce contentait de câliner et jouer avec une peluche.

-Je suis la pire mère du monde… J’ai abandonné mes enfants, juste parce que je suis déprimée.

-Tu ne les as pas abandonnés, tu les as confiés… Et tu n’es pas « juste déprimée », tu es hyper inquiète pour ton mari et c’est normal. Tu sais, j’aurais sûrement réagit comme toi, à ta place… Et tu serais la pire mère du monde, tu ne les appellerais pas trois fois par jour pour leur parler !

En effet, Winry avait appelé sa grand-mère afin de pouvoir parler à ses enfants. La première fois pour leur dire bonjour et savoir s’ils avaient bien dormi, au milieu de la journée pour savoir si tout allait bien et le soir pour leur souhaiter bonne nuit. La veille, Rina lui avait tristement demandé quand est-ce qu’elle viendrait les chercher, Winry n’avait pas répondu.

-Ils me manquent, murmura-t-elle. Qu’est-ce qu’il m’a pris ? J’ai besoin d’eux…

-Ça serait une belle surprise que tu ailles les chercher, à la place du coup de fil de l’après-midi, qu’en dis-tu ?

Winry échangea un regard complice avec May. La Xinoise avait deviné où elle voulait en venir…

-Je vais rester ici pour vous préparer le repas pour ce soir, ajouta May. Par contre, je te préviens tu ne pars pas d’ici avant d’avoir fini ton assiette !

La mécanicienne éclata de rire, une première depuis quatre jours… L’idée de retrouver ses enfants semblait lui avoir déjà remonté le moral. En la voyant attaquer son assiette avec plus d’enthousiasme, May fit un grand sourire, fière d’avoir gagné.


Comme promis, dès que Winry fut de retour à Rush Valley avec Rina et Edwin, May avait préparé le repas. Tara, elle, était déjà couchée.

-Coucou les enfants !

-Coucou tata May ! saluèrent Edwin et Rina en allant lui faire un bisou.

Puis, ils revinrent aussitôt vers leur mère pour réclamer un câlin, que la jeune mère donna volontiers.

-Tu sais quoi ? Mémé nous avait dit que tu viendrais nous chercher avant trois jours ! fit Edwin.

-C’est vrai ! approuva Rina. Elle a aussi dit qu’elle te connaissait par cœur !

-Oui, mémé c’est la meilleure, assura Winry en leur souriant.

Puis, elle les serra fort contre elle.

-Je suis désolée de vous avoir laissé, je croyais que j’avais besoin d’être seule… en réalité, j’ai besoin plus que jamais de vous… Je vous aime très, très fort, mes bébés…

-Nous aussi, on t’aime ! dit Edwin.

-Ouiiii ! s’exclama Rina. Très fort !

Les larmes montèrent aux yeux de Winry. La jeune mère les embrassa chacun sur le front. Plus jamais elle ne se séparerait de ses enfants… Plus jamais !

Pourtant, à peine quelques minutes plus tard au repas, le regard de Winry se fixa de nouveau sur la fenêtre et elle toucha à peine à son assiette.

-Tu ne manges pas maman ? demanda Rina.

-Excuse-moi chérie, j’avais la tête ailleurs…

-Tu manges, hein ! intervint Edwin en tentant de prenant une voix sévère. On a promis à papa que qu’on s’occuperait de toi pendant qu’il n’est pas là. C’est notre mission !

Winry redressa la tête, assez surprise du ton que venait de prendre son fils. Ce dernier avait les sourcils froncés et regardait attentivement sa mère. Cet air si déterminé, elle ne le connaissait que trop bien… Un sourire se dessina finalement sur les lèvres de la jolie blonde. Finalement, c’était une bonne chose que ses enfants ressemblent tant à Ed…

-Tu as raison, approuva Winry. Je ne dois pas vous empêcher de mener à bien votre mission.

Il était vrai qu’elle n’avait pas très faim, mais elle se força, pour ses enfants. May fit un clin d’œil à son neveu.


~*Trois heures plus tard*~


Winry avait mit beaucoup de temps avant de réussir à coucher Edwin et Rina. Les deux enfants avaient voulu profiter encore un peu de leur mère plutôt que d’aller dormir.

-Tu devrais aller te coucher, toi aussi, proposa May. Tu dors debout…

-Oui mais lorsque je serais couchée, je n’arriverais pas à m’endormir, donc autant rester ici avec toi... D’ailleurs, merci pour tout May, sans toi je crois que je serais devenue folle…

-Je ne crois pas avoir de mérite tu sais, tes petits bouts ont l’air de très bien s’occuper de toi !

-Ils sont incroyable… Leur père tout craché…

Puis, par reflex, Winry tourna la tête afin de regarder une nouvelle fois par la fenêtre. Elle guetta l’extérieur un petit moment, puis, alors qu’elle allait détourner son regard à contrecœur de la vitre de verre, un mouvement attira son attention. Intriguée, elle s’approcha plus près de la fenêtre, suivit de May qui avait compris que son amie avait vu quelque chose.

Deux silhouettes avançaient, lentement… L’une soutenait l’autre afin de l’aider à marcher…

-Tu crois que c’est…, commença May.

-Si ce n’est pas le cas, je crois que je serais prête à aller tabasser ces personnes pour m’avoir donné un faux-espoir.

May pouffa en imaginant la scène. Puis, son cœur fit un bond dans sa poitrine lorsqu’elle put enfin distinguer plus précisément les silhouettes.

-Winry !

-Oui se sont eux ! s’écria la jeune femme, déjà devant la porte d’entrée.

Elle l’ouvrit à la volée et accourut vers les deux frères, les larmes aux yeux.

-ED ! s’époumonna-t-elle.

Il était là. Tellement blessé et fatigué qu’Alphonse devait le soutenir à bout de bras, mais il était là. La mécanicienne se jeta dans ses bras et suivit son mouvement lorsqu’il se laissa tomber à genoux, épuisé.

-Bienvenue chez toi, déclara Winry dans un murmure.

-Je t’avais dit que je reviendrai, répondit Ed du même ton.

-Je sais mais… J’ai eu tellement peur pour toi…

Ed sourit tendrement et captura amoureusement ses lèvres.