Contre-attaque

par Jill Kuchiwa

-On va manger, princesse ! annonça Ed en entrant dans la chambre.

-Youpi ! s'exclama Ayame en sautant sur ses pieds. J'ai trop faim !

Ed s’approcha et regarda par-dessus l’épaule de la fillette. Comme à son habitude, elle était en train de dessiner.

-Tu sais, vu que tu aimes autant dessiner, tu pourrais essayer de faire des histoires avec tes dessins… Comme raconter des choses que tu as faites... ou carrément en inventer !

-Bonne idée !

Ed sourit et ébouriffa sa tignasse rousse.

Lorsqu’ils furent à table, Ayame lança un regard méfiant à son assiette remplie. Même si l'odeur était des plus agréable, la consistance de la chose, elle, ne donnait pas très envie.

-C’est quoi ? demanda-t-elle à Ed.

-Du ragoût !

Tandis qu'Ed s'en léchait déjà les babines, Ayame regarda de nouveau son assiette avec un air perplexe. Winry ne dit rien et se contenta d'observer la scène, ne sachant pas si elle devait intervenir. Pour le moment, elle tâcha surtout de garder patience.

-Et… C’est bon ? insista-t-elle.

-C’est délicieux ! De loin le meilleur repas de l’univers ! Surtout lorsque Winry fait une tarte aux pommes pour le dessert ! Bon, ce n’est pas prévu pour aujourd’hui, mais si tu lui fais les yeux doux, peut-être que…

Il s'interrompit lorsque qu'Ayame repoussa son assiette en faisant la moue.

-J’aime pas.

-Tu n’as même pas goûté, fit remarquer Winry, blasée.

-Je veux autre chose.

Edwin entra à ce moment même dans la pièce. Ayant entendu la conversation, il déclara gentimment :

-Mange au moins une bouchée, au moins pour ma mère. Elle met toujours beaucoup de cœur à cuisiner !

Mais la fillette détourna la tête et ignora considérablement le jeune homme, comme à son habitude. Edwin soupira et prit place à table en échangeant un regard désespéré avec sa mère.

-Ayame, intervint Ed en fronçant les sourcils.

-Je veux autre chose, répéta la rouquine, imperturbable.

Winry soupira et se leva pour ouvrir le frigo. Elle se crispa quand elle sentit le regard d’Ed dans son dos et essaya tant bien que mal de l’ignorer. Elle savait à quoi il pensait... Et cela l'irritait encore plus.

-Est-ce qu’il y a quelque chose qui te tente ? demanda-t-elle à Ayame en tachant d’éviter de regarder son mari.

La rouquine ne put s’empêcher d’être étonnée. Pendant un court instant, elle se surprit à ressentir de la sympathie pour elle… Avant de se ressaisir.

« Elle essaye juste de prendre la place de maman. Elle veut que j'oublie maman, ou la remplacer... Ne tombe pas dans le piège » songea-t-elle en se forçant à reprendre ses défenses.

Mais elle devait bien admettre que cela devenait de plus en plus dur. Winry ne cessait d'être gentille avec elle... Encore une fois, elle en faisait encore voir de toutes les couleurs à la mère de famille mais cette dernière faisait de nouveau tout son possible pour lui faire plaisir.

-Non, je ne veux rien, continua-t-elle, d'une voix néanmoins moins déterminée qu'avant.

Mais Winry ne le remarqua pas. Elle commençait à sentir la colère bouillonner en elle.

-Tu veux que je te fasse un sandwich ?

-Non.

-Il y a bien quelque chose que tu vas accepter de manger ?

-Non… (Elle fit reculer sa chaise) Finalement, je crois que je n’ai pas faim.

Agacée, Winry perdit patience. Edward avait raison. Elle avait laissé suffisamment de temps à Ayame pour s’habituer à vivre dans cette maison, elle avait tout fait pour se faire accepter… Maintenant il était temps de lui rappeler qu’il y avait des limites à ne pas dépasser… Et jouer avec ses nerfs en faisait partit !

-Ça suffit maintenant ! gronda Winry en tapant sur la table. Je ne supporte plus tes caprices. C’est soit ça, soit rien et si ça ne te vas pas, tu peux aller directement au lit !

-J’ai pas à t’écouter, tu n’es pas ma maman, bougonna Ayame en lui lançant un regard noir.

-Tant que tu sera sous ce toit, tu m’écouteras, que je sois ta mère ou non !

-Très bien, alors, je pars !

Et, en effet, à peine quelques secondes plus tard, Ayame sortait de la maison en courant. Par la fenêtre, Edwin regarda la fillette s'éloignée avant de se tourner vers ses parents.

-Euh… On n’est pas censés la poursuivre, là ? Je sais qu’elle ne risque rien ici, mais elle pourrait se perdre.

Winry poussa un soupir et sortit pour aller chercher la fillette. Edwin regarda ensuite son père avec inquiétude… Et fut surpris de voir à quel point il était détendu.

-On ne devrait pas la chercher avec maman ?

-Laissons-les régler ça entre elles.

-Mais…

-Il fallait que ça explose, de toute façon, fit remarquer Ed en croisant le regard de son fils. Autrement, elles n’auraient jamais pu parler… (Il fit un sourire espiègle) Je te parie que lorsqu’elles vont rentrer, elles auront enterré la hache de guerre !

-Tu en es sûr ?

-Je te parie mon assiette de ragoût et même les deux autres !

Edwin éclata de rire. Son père n'avait même pas encore manger sa portion qu'il savait déjà qu'il se resservirais deux autres fois.

-Toi et ton amour pour le ragoût...

-Ne fais pas l’innocent, tu as un appétit aussi gros que le mien, je te rappelle !

-Touché.

Il était vrai qu’Edwin était un aussi grand mangeur que son père.

-Je vais attendre que ta mère rentre pour manger, annonça ce dernier en mettant son assiette de côté. Tu te joins à moi ?

-Non, je dois manger maintenant, j’ai plein de boulot qui m’attend !

-Bien, dans ce cas je vais te tenir compagnie…

Il alla chercher une feuille et un stylo avant de se réinstaller à sa place.

-C’est pour quoi ? demanda l’adolescent, curieux.

-Je mène l’enquête de mon côté… J’essaye de comprendre ce qu’il se passe du côté de Rina.

Il résuma la situation à son fils.

-Elle doit être déçue de ne pas pouvoir continuer, devina Edwin quand son père eut fini son récit.

-Elle l’est… Mais en toute honnêteté, je suis rassuré qu’elle soit à l’écart de ça maintenant…

Il écrivit sur son papier tout ce qu’il savait sur cette histoire. Cela avait un rapport avec Hiro, alors, tout avait commencé à partir de la rencontre entre lui et Rina. Cette dernière avait ensuite été attaquée par un homme. Ensuite, Hiro avait été assassiné sur son lieu de travail et on avait envoyé le même homme se chargé d’Ayame, mais Darrick avait réussi à l’arrêter et le tuer. On avait ensuite fait brûler la cabane de Hiro peu après l’arrivée de Darrick et Rina à Central pour participer à l’enquête. Les ennemis s’en étaient ensuite pris à l’équipe durant l’absence des deux amis. Et chose surprenante, l’homme que Darrick pensait avoir tué était bel et bien là. A chaque fois, il avait été question de Rina. Après ce petit résumé, Ed écrivit les mots « Organisation ? », « Rapport avec Rina ? », et d’autres, dont il relia certains avec des flèches. Après une grande hésitation, il entoura le paragraphe qui précisait que l’agresseur que Darrick avait tué était bel et bien vivant et écrivit à côté, presque à contrecœur « Homonculus ? ». Tandis qu'il écrivait ce mot, une grimace de dégoût se dessina sur son visage et son corps fut parcouru d'un frisson.

Quelque part, Ed avait l’impression de connaître la réponse à toutes ces questions depuis longtemps. Il avait une sensation de déjà-vu. Au fond de lui, il ne voulait pas y croire… C’était beaucoup trop gros.

« C’est impossible, ce n’est pas elle qui est visée… Mais si c’est vraiment le cas, ça voudrait dire qu’ils le savent… Mais comment le pourraient-ils ? »

-Ça se présente comment ? demanda Edwin en voyant la mine soucieuse de son père.

-Je crois qu’il va falloir que je dise à Rina de rentrer le plus vite possible, soupira Ed. Désormais si je veux vraiment la protéger, il faut que je lui raconte tout.

Edwin lança un regard inquiet à son père, qui s'était crispé à cette dernier phrase.

-C’est la meilleure chose à faire…, murmura-t-il. Plus tu attendras, plus ce sera difficile pour elle de l’accepter… Et pour toi, d'avouer la vérité.

-Je le sais… Mais ce n’est pas facile de sortir d’un si gros mensonge… (Il soupira et frotta ses yeux d'un air las) Et c’est un miracle que personne ne lui ait parlé de moi au Q.G ! Beaucoup de militaire connaissent mon histoire pourtant… Même Darrick à l’air d’en savoir sur moi... C’est tout de même mon premier fan !

Il essayait de plaisanter, mais ne semblait pas y croire lui-même.


**

Riza, qui préparait le thé, redressa la tête quand, par la fenêtre en face d’elle, une silhouette attira son attention. Une adolescente marchait précipitamment, tout en regardant autour d’elle, comme pour être sûres qu’on ne la suivait ou ne les surveillait pas. Riza n’eut aucun mal à reconnaître sa fille. Le fait qu'elle sorte prendre une pause n'était pas inhabituel... Mais n’avait-elle pas vu Rina sortir aussi, quelques minutes plus tôt ? Et partir dans la même direction ? Pour elle, ce n’était pas un hasard…

« Qu’est-ce qu’elles manigancent ? » se demanda Riza en fronçant les sourcils.

Vu que les deux filles ne s’entendaient clairement pas, elles devaient sûrement avoir quelque chose en tête… Et pour être soudainement sur la même longueur d’onde, ce quelque chose n’annonçait rien de bon…

Quand son regard se tourna vers Roy, occupé à rédiger un rapport, elle se mordit la lèvre. Que devait-elle faire ?


**

-Ayame ! appelait Winry, ses mains en porte-voix afin de bien se faire entendre. Ayame ! Où es-tu ?

Mais aucune réponse. La mécanicienne stoppa ses pas en poussant un soupir désespéré. Elle tourna la tête afin de regarder le cimetière qui se situait un peu plus loin. Malgré la distance, son regard se posa automatiquement sur les tombes de ses parents. La honte et la tristesse s’emparèrent d’elle… Elle n’osait imaginer ce qu’ils devaient penser d’elle…

Elle reprit sa marche, plus déprimée que jamais. Enfin, une silhouette attira son attention et Winry ressentit une immense vague de soulagement : Ayame !

La mère de famille accourut vers elle.

-Enfin, te voilà !

La fillette ne répondit pas. Recroquevillée sur elle-même, elle pleurait doucement.

-Ayame… Je suis désolée de t’avoir grondé tout à l’heure… J’aurais dû garder mon calme.

-Non… Je suis méchante… Hiro m'a dit que maman était dans le ciel et me voyait.... Alors elle ne doit pas être contente...

Winry eut un petit sourire triste, puis, elle s’assit à côté de la fillette.

-La mienne non plus…, soupira-t-elle.

-Toi aussi ta maman est dans le ciel ? interrogea Ayame en relevant la tête pour voir Winry.

Cette dernière essaya de ne pas montrer sa surprise. C’était la première fois qu’Ayame la regardait avec intérêt… Sans méfiance, ni mépris.

-Ma maman et mon papa, oui, dit doucement Winry.

-Ça fait longtemps ?

-J’étais un peu plus jeune que toi lorsqu’ils sont mo... Euh ... Partis au ciel.

Une lueur de compréhension passa dans les yeux de la fillette.

-Et du coup, tu es allée dans une autre famille, toi aussi ?

-Non, c’est ma grand-mère qui s’est occupée de moi. J’ai grandi avec elle. Ed et son frère, Alphonse, étaient nos voisins et ont perdu leur maman tôt eux aussi et du coup, on a tous vécu ensemble. Ils ont toujours étés comme des frères, pour moi.

En entendant le mot « frère », le visage d’Ayame se rembrunit et un sanglot se forma dans sa gorge.

-Mon grand-frère Hiro… Il ne reviendra jamais, c’est ça ? demanda-t-elle, d’une voix tremblante. Je suis petite mais je ne suis pas bête… Il… Il serait déjà venu me chercher sinon… Ou Darrick m’aurait emmené avec lui… Et quand je demande, vous ne répondez jamais vraiment...

Les larmes coulaient toutes seules le long de ses joues au fur et à mesure qu’elle parlait.

-Hiro a rejoint maman, c’est ça hein ? conclut-elle d'une voix presque inaudible, tellement elle se retenait d'éclater en sanglot.

Les yeux également humides, Winry déclara d’une voix tremblante, mais douce :

-Je suis désolée, Ayame…

Malgré la confirmation, Ayame continuait de retenir son sanglot de toutes ses forces… Winry l’admira pour cela. La rouquine était beaucoup plus forte que Winry ne l’avait été, a son âge…

Ne sachant que dire, la mère de famille se contenta de doucement caresser les cheveux de la fillette.

-Dis…, lança Ayame après un moment de silence. Comme tu es ma nouvelle maman et qu’Edwin est mon nouveau frère… Tu crois que ma maman et Hiro vont m’en vouloir… de les remplacer ?

Cette fois, Ayame n'y tint plus et éclata en sanglot. Winry, elle, sursauta. C’était donc ça… Tout était clair. Si Ayame avait acceptée aussi facilement Ed et Rina, c’était parce qu’elle n’avait jamais connu son père et qu’elle n’avait pas de sœur… Ayame leur avait donc automatiquement attribué ces rôles… En revanche, elle avait bien connu sa mère et son frère, elle avait donc peur que Winry et Edwin ne prennent leur place.

« Et comme d’habitude, Ed a tout comprit dès le départ » songea Winry.

-Oh, petite chérie…, murmura-t-elle en prenant Ayame dans ses bras.

La petite ne broncha pas et se laissa faire, admettant qu'elle avait besoin de réconfort. Elle resta un long moment dans les bras chaleureux de Winry, laissant sortir son chagrin.

Quand elle se calma un peu, elle se redressa et demanda avec inquiétude :

-Qu'est-ce que je vais devenir ? On m'a dit que je ne resterais ici que quelques semaines mais après... Je vais encore changer de famille quand ça ira mieux ?

Winry prit une grande inspiration.

-Oui, avoua-t-elle. Pour le moment, tu es ici car c’est le seul endroit où on est sûr que tu seras en sécurité, afin que le « monstre » ne revienne pas.

-Et… Que je sois ici, ou dans une autre famille… Et si maman et Hiro croient que je les aie oubliés ?

-Mais ce n’est pas le cas… A mon avis, tu penses à eux tous les jours, non ?

-Oui, mais comment ils peuvent le savoir ? Ils ne lisent pas dans les pensées… Je ne veux pas qu'ils croient que je les aies oublier !

-Laisse-moi réfléchir… Hum… Tu n’as pas de photos d’eux, mais tu peux les dessiner et je pourrais encadrer ton dessin, ça fera office de photo... On le mettrait sur la table de chevet, près de ton lit, comme ça le matin tu peux leur souhaiter bonne journée et le soir, bonne nuit. Ils sauront que c’est à leur attention et ils sauront alors que tu ne les oublies pas.

Le visage d’Ayame s’éclaira au fur et à mesure que Winry énonçait son idée.

-Oh oui !

Winry sourit, et elle caressa tendrement la joue humide de la fille en ajoutant d’un ton doux :

-Je sais que ta maman te manque beaucoup... Et que rien ni personne ne pourra la remplacer… Je le sais. Et c'est pour ça que je n’oserais jamais ne serait-ce qu’imaginer, même pendant une seconde, prendre sa place ou faire en sorte que tu l'oublie... Je veux seulement que tu te sentes bien avec nous, à la maison. Vouloir ton bonheur ne veut pas dire vouloir remplacer ta maman. Que dirais-tu qu'on essaye au moins de devenir amies, toutes les deux ? Et quand tu te sentiras prête, j'aimerais aussi que tu donnes sa chance à Edwin... Lui aussi aimerait être ton ami...

Ayame la regarda droit dans les yeux un moment. Elle semblait sincèrement réfléchir.

Puis, un grand sourire illumina sa bouille d’enfant et elle se jeta dans les bras de Winry pour se blottir contre elle. Winry l'accueillit avec joie, se rendant soudainement compte à quel point elle avait rêver de ce moment et envier Ed d'avoir une telle complicité avec elle.

Une fois de plus, Winry songea qu’elle et les siens étaient les seuls à pouvoir comprendre la fillette…


**

Tout en marchant, Rina regarda Elizabeth qui elle, avait les yeux fixé droit devant elle.

-Pourquoi maintenant ? demanda la jeune Elric.

-Parce que c’est là que mon pè… Que le président s’en doutera le moins. Pour le moment, il doit nous croire trop énervées pour faire quoi que ce soit… Et il ne doit pas nous croire capable d’agir en journée.

-Et… pourquoi seulement nous deux ?

Ellie eut un rictus agacé.

-Ne te plains pas, je te rappelle que tu as failli être toute seule !

-Je ne voulais pas dire ça. Vu que vous aimez bien me mettre des bâtons dans les roues, je pensais que vous préviendrez tout le monde.

-Non, car je préfère qu’un minimum de membre de l’équipe soit blessé par l’ennemi ou sanctionné par le Führer, lorsqu’il l’apprendra. Il faut quelqu’un pour te couvrir, tu n’y arriveras pas seule… Et je préfère que ce soit moi plutôt qu’un collègue.

« A deux, on n’y arrivera pas mieux » se dit Rina.

Mais c’était déjà mieux que seule… Et Ellie avait raison, il ne fallait pas que plus de personne soient impliquées.

-Vous qui êtes a cheval sur les règles et les ordres, cette décision m’étonne un peu.

-Personne ne blesse mes camarades sans en payer le prix. C’est une de mes règles et pour cela, même un ordre venant du président en personne ne me fera pas changer d’avis.

-Je ne fais pas encore partie de l’équipe, alors pourquoi vous m’aidez ?

-Parce que je suis persuadée que tu réussiras ton essai et que tu intégreras cette équipe, soupira Elizabeth. Ça me tue de le dire, mais tu as malheureusement toutes les qualités pour... Alors autant me faire à l’idée tout de suite…

-… Est-ce que je peux vous poser une question indiscrète ? demanda Rina après un léger silence.

-Décidément, tout le monde veut me poser des questions, en ce moment… Que veux-tu savoir ?

-Ça risque de ne pas vous plaire.

-Voyons Elric, depuis quand me prends-tu avec des pincettes ? Toi qui es si franche d’’habitude !

-Bon, je vous aurais prévenue… Qu’est-ce que vous avez contre votre père ?

Rina tressaillit lorsque, à peine après avoir fini sa phrase, Elizabeth tourna brusquement la tête vers elle pour lui lancer un regard assassin.

-Je vous avais prévenue ! se protégea l’adolescente en levant innocemment les mains.

L’adjudant-chef détourna la tête et poussa un profond soupir, comme pour relâcher la soudaine haine qui s’était emparée d’elle. Ensuite, elle garda le silence… Un silence si long que Rina pensait qu’elle ne répondrait jamais.

-Toute petite, je l'admirais, finit-elle par dire d’une voix monotone. J’étais tellement fière d’être la fille du président, il était comme un héros à mes yeux. Tout le monde me plaignait parce que je ne le voyait pas beaucoup... C'est vrai que j'ai souffert de son absence, mais comme je savais que c’était parce qu’il avait beaucoup de responsabilité, je ne lui en voulais pas. A dix ans, ma mère m’a raconté, suite à ma demande, qu’elle avait été dans l’armée, elle aussi, et qu’elle était le bras droit de mon père, celle qui était chargée de sa protection. Comme c’est interdit pour deux militaires d’être en couple et qu’il fallait respecter la règle pour vivre leur amour, ma mère à décidé de sacrifier sa carrière. Cette histoire à tout changer. J’ai eu comme un déclic… J’ai réalisé que ma mère était malheureuse loin de ce métier, qu’elle a tant aimée et dont elle était si douée. Je le voyais de plus en plus, chaque jour… Et c’est là que j’ai commencé à détester mon père. Ma mère s'en ait rendue compte et a commencer à regretter de m'avoir raconter ça. Quand ma mère a eu ce boulot de garde du corps, elle semblait tellement ravie de pouvoir travailler de nouveau aux côtés de mon père mais moi, ça m’a achevé. Elle, garde du corps… Quel gâchis… Elle aurait pu avoir une carrière à la hauteur de son talent… Et depuis que je suis dans l’armée, beaucoup de personnes me parlent du talent de ma mère et du nombre de fois qu’elle à sauver la vie de ses camarades. Beaucoup me disent aussi qu'ils regrettaient son ancien statut... Tu veux savoir ce que j’ai contre mon père ? Je le tiens tout simplement responsable de la démission de ma mère. Non en plus elle a dû renoncer à monter en grade, mais c'est aussi elle qui a dû s'occuper toute seule de moi depuis tout ce temps, puisque lui ne le pouvait jamais... Tu te doutes que, lui qui a tant voulu respecter les règles -quitte à rendre ma mère malheureuse- j’ai été très en colère lorsqu’il est passé à côté d’une des règles les plus importantes juste pour toi... Alors que c'était pour ma mère qu'il aurait dû faire ça. Je suis entrée dans l'armée pour plusieurs raison... Pour contrarier mon père, parce que ce n'étais pas ce que je voulais faire à la base et en respect pour ma mère, un peu pour la venger. Mais je n'avais pas prévue de vraiment tomber amoureuse de ce métier.

-Ce n’est pas un peu… excessif, comme réaction ?

Elle craint qu'Elizabeth ne se vexe mais heureusement, ce ne fut pas le cas.

-Ta mère est une mécanicienne très talentueuse à ce que j’ai entendu dire ?

-Oui, en tout cas c’est l’impression que j’ai.

-Et elle est épanouie dans ce milieu ?

-A ça, oui !

-Alors, imagine qu’elle doive arrêter son métier, juste pour pouvoir être avec ton père. Imagine voir, chaque jour, ta mère malheureuse de ne plus pouvoir exercer ce métier qu’elle aime tant… Tu n’en voudrais pas un peu à ton père ?

-Si, sûrement, avoua Rina en soupirant.

Elle hésita quelques secondes et ajouta :

-Mais je sais que son mari et ses enfants comptent plus pour elle que son métier. Avec sa famille auprès d’elle, ma mère est aussi heureuse qu’au milieu de ses outils, alors… Peut-être que c’est pareil pour la vôtre. Je vois bien qu’elle souffre de la tension constante entre vous et le président… Peut-être que tout ce qu’elle désire, ce n’est pas que vous la vengiez mais qu’elle retrouve une famille aimante et soudée. Vous devriez réfléchir à ça…

Ellie ne répondit pas.


**

-Madame Hawkeye ? s’étonna Jon lorsqu’elle vit la femme du Führer entrer dans leur bureau.

Celle-ci vérifia qu’il n’y avait que Garray et Jon dans la pièce avant de demander :

-Colonel Jon, je vais avoir besoin de votre aide.

-Je ne sais pas si je vous serai bien utile, mais dîtes toujours.

-Ça concerne Rina et El… L’adjudant-chef Mustang.

-Oh… Elles n’ont pas perdue de temps, c’est ça ?

-Je ne suis sûre de rien. Je les aie vues sortir l’une après l’autre à quelques minutes d’intervalles et partir dans la même direction. Je n’ai pas encore prévenu le président, j’aimerais d’abord que vous alliez vérifier où elles sont allées.

-Très bien, j’y vais de suite.

-Colonel, je sais que mon statut ne me permet pas de vous donner des ordres, mais s’il se trouve qu’elles sont effectivement allées à l’entrepôt, j’exige que vous préveniez immédiatement vos collègues et que vous n’interveniez pas avant l’arrivée de renfort. De mon côté, je préviendrai également le président.

-Détrompez-vous vous êtes tout à fait en droit de me donner des ordres, madame, assura Jon en inclinant respectueusement la tête.

Tandis qu'il commençait à rassembler ses affaires, Garray demanda à Riza ;

-Voulez-vous que je l’accompagne pour être sûr qu’il n’intervienne pas, madame ?

Il connaissait son meilleur ami par cœur. Il craignait ce qui allait se passer.

-Tu rigoles ? s’esclaffa Jon avant que Riza ne puisse répondre. Tu as toujours été nul en filature, on te remarque à des kilomètres avec ta carrure ! Je vais y aller seul… (Il posa sa main sur l'épaule de Garray) Mais reste à l’affût, mon ami...


**

Lorsque les deux adolescentes arrivèrent vers l’entrepôt, elles se cachèrent derrière des buissons, qui encerclaient une petite forêt. Rina frissonna en songeant que ce n’était pas loin de la cabane d’Hiro… Après tout, la forêt derrières elles étaient la même que celle qui entourait la cabane. Le cœur de Rina se serra... Ce n'était sûrement pas un hasard si l'endroit où Hiro travaillait n'était pas loin de chez lui... Et pourtant, Rina refusait toujours de croire que Hiro les avait trahis et avait vendu Rina aux ennemis...

Rina et Elizabeth entendirent une brindille craquée derrière elles et la jeune Elric se retourna en claquant ses mains gantées l’une contre l’autre pour attaquer. Elle écarquilla les yeux lorsqu’elle croisa le regard de Darrick, qui avait l’air aussi consterné qu’elle.

-Que... Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle en chuchotant.

-Ce que je fais là ? La bonne question est : Qu’est-ce que vous faites là ?

-On vient en finir.

-A deux ?

-Visiblement, toi tu comptais le faire tout seul c’est pas mieux !

Elizabeth leva les yeux au ciel. Rina avait l’air d’avoir oubliée qu’à peine quelques minutes plus tôt, elle avait eu l’intention de venir seule, elle aussi.

-Peu importe, je ne risque pas ma place dans l’armée, moi ! répliqua Darrick en fusillant Rina du regard.

-C’est à cause de moi qu’on en est là alors c’est à moi d’en finir !

-C’est pas vrai, mais quelle emmerdeuse !

-Quand vous aurez finit votre scène de ménage, vous pourrez peut-être la fermer ? gronda Ellie.

Rina et Darrick échangèrent un dernier regard noir avant de détourner la tête dans une parfaite synchronisation.

-C’est quoi le plan ? demanda la jeune Elric en grommelant.

Elizabeth réfléchit un instant avant de se tourner vers Darrick.

-Tu as vu des personnes entrer ou sortir ?

-Non, personne. Je ne pense pas qu’ils soient nombreux à travailler là-dedans, cet entrepôt est assez petit.

-Il y a eu un tour de garde ?

-Non.

-Dans ce cas, on va attendre quelques minutes. Il ne faudrait pas qu’on sorte de notre cachette au moment où quelqu’un sort…

Et ils firent bien d’attendre car à peine vingt minutes plus tard, une femme sortit du bâtiment. Rina fronça les sourcils lorsqu’elle la reconnut (ce n’était pas difficile avec ses yeux violets). A côté d’elle, elle vit Darrick serrer les poings.

Ils ne bougèrent pas d’un cil lorsque la femme regarda attentivement aux alentours. Lorsque son regard tomba sur le buisson, les trois adolescents retinrent leur souffle. Rina nota qu'Elizabeth avait instinctivement empoigner son arme, prête à tirer. La jeune Elric prit exemple et se prépara à joindre ses mains. Finalement, la femme se désintéressa du buisson et pivota sur ses talons pour rentrer à l’intérieur.

Maintenant, ils étaient sûrs qu'il y avait quelque chose à l'intérieur. Surtout s'il y avait des tours de garde.

Le petit groupe resta immobile encore dix minutes.

-Allons-y, chuchota ensuite Elizabeth.

Rina approuva et alors qu’elle allait se lever, elle sursauta lorsqu’elle sentit une main lui presser l’épaule et se retourna immédiatement pour donner un coup de poing. La personne derrière elle avait prévu cette réaction et évita donc de justesse le coup.

-Wow ! On se calme !

-Colonel ?! s’étonna Rina.

-Qu’est-ce que vous faites là ? demanda Elizabeth, qui avait eu le reflex de dégainer son arme.

-Madame Hawkeye m’a envoyée vous chercher donc je suis venu pour vous ramener au Q.G.

-Ma mère ?!

-En effet. Et elle n'a pas encore prévenu le président donc si vous rentrez sagement avec moi, le Fürher n'en saura jamais rien.

-Ça va devoir attendre, je ne compte pas partir d’ici, lâcha Rina.

-Si le président découvre que vous avez disparues toutes les deux, ça va barder !

-Quand est-ce que vous arrêterez de flipper devant mon père, colonel ? s’impatienta Ellie en levant les yeux au ciel.

-Jamais, avoua-t-il avec un sourire amusé.

Puis, il donna un coup de coude affectif à l’adjudant-chef avant d’ajouter :

-Et vous, adjudant-chef ? Pourquoi vous agissez dans son dos, si vous ne flippez pas ?

Ellie le fusilla du regard.

-Je n’ai pas peur de lui.

-Il faut qu’on le fasse, ajouta Rina.

-Non, ce n’est plus de notre ressort désormais, rappela Jon.

Il tourna ensuite la tête vers Darrick, qui surveiller les alentours durant l'altercation.

-Ce n'est plus le tien non plus, ajouta doucement Jon à l'intention du jeune homme.

Ce dernier quitta des yeux l'entrepôt pour lancer un regard noir au colonel.

-Et puis quoi encore ?

Elizabeth ouvrit la bouche pour également répliquer. Mais un pressentiment la fit se raviser et elle jeta un coup d’œil derrière elle, méfiante.

-Je ne veux plus qu’on soit blessé par ma faute, lança Rina. Ils me veulent, alors je me livre sur un plateau d’argent, c’est aussi simple que ça !

-Qui sait ce qu’ils te veulent, Rina !

-Ma décision est prise, je ne…

Elle ne put terminer sa phrase puisqu’un coup de feu retentit, faisant sursauter Rina, Jon et Darrick. Ils constatèrent que c’était Ellie qui avait tirée.

-Mettez-vous à couvert ! On a de la compagnie, lança-t-elle en désignant du menton devant elle.

Rina se retourna et vit la femme aux yeux violets et un homme qui ne semblait clairement pas à l'aise. Il avait une paire de lunette bien trop grosses pour lui et des cheveux poivres et sel en bataille sur sa tête. Un dernier homme apparut et rejoignit le petit groupe. Quand Rina le reconnut, son corps se mit à trembler, son esprit tellement rempli de mauvais souvenirs que les larmes lui montèrent aux yeux. L'adolescente avala difficilement sa salive et, quand elle recula d'un pas, Darrick lui attrapa fermement le poignet, comme pour l'inciter à ne pas fuir et à affronter la réalité en face. Néanmoins, Rina sentit que la main du jeune homme tremblait autant qu'elle. Mais lui, c'était de rage.

L’homme grand et baraqué qui l’avait attaqué et celui qui avait agressé Darrick et Ayame... C'était vrai. Il était là...

Oui, il était là...

Vivant.