Confidences

par Jill Kuchiwa

Edwin fit un violent sursaut lorsque sa mère poussa violemment la porte de l'atelier. Il n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche que sa mère l'attrapait déjà fermement par le poignet.

-Tu ne dis rien et tu me suis, ordonna-t-elle sèchement.

Edwin ne put qu'avaler difficilement sa salive, contraint de suivre sa mère.

Cette dernière le mena jusqu’à la porte du bureau d’Ed, qui venait de rentrer de la gare. Elle lâcha la main de l’apprenti mécanicien pour croiser les bras d’un air sévère.

-Entre. Dépêche-toi.

-Ce n’est pas une bonne idée, je…, commença Edwin en pivotant sur ses talons.

Il s’interrompit lorsqu’il sentit une main l'agripper par le col. L'adolescent se crispa lorsqu'il sentit l'aura meurtrière émaner de sa mère. Cette dernière ouvrit la porte et y balança son fils afin de le faire entrer, avant de claquer sèchement la porte derrière lui. Quand Edwin releva la tête, il vit que son père s'était retourné dans un sursaut, surpris de cette entrée fracassante et le regardait avec des yeux ronds. Les deux hommes entendirent Winry râler, de l'autre côté de la porte :

-C’est quand même dingue d’en venir à là juste parce que les hommes n’aiment pas parler !

Ensuite, père et fils s’observèrent, tous deux extrêmement gênés. A tel point que l’un osait à peine soutenir le regard de l’autre, et vice-versa. Ils ne s’étaient pas reparler depuis le jour où Ed était revenu de Central avec Rina, la tension étant encore trop palpable entre eux.

Ce fut Ed qui rompit la glace en premier, après s’être nerveusement raclé la gorge.

-Bon… Je suppose que Winry en a assez de nous voir nous éviter, comme ça… Alors, euh… Je suis…

-Je suis désolé, papa, lâcha d’un coup Edwin.

Son père lui lança un regard étonné. Il était surpris qu’Edwin s’excuse, puisque ce n’était pas à lui de le faire…

-Je n’aurais jamais du te mentir, continua son fils en abaissant le regard, et sache que je ne l’ai pas fait de gaieté de cœur, je m’en suis vraiment voulu… Mais tu m’as toujours demandé de veiller sur elle et je pensais que la laisser faire ses propres expériences en faisait partit…

-Tu as bien fait.

-…Elle était si heureuse d’avoir cet essai, et comme ce n'était qu'un essai, justement, il n'y avait normalement aucune raison pour qu'elle se retrouve en danger et… Pardon ? s’interrompit-il en regardant de nouveau son père.

Ed eut un sourire amusé et il se leva pour être face à son fils.

-Tu veilles bien mieux sur elle que moi, tu sais.

-Je n’en suis pas si sûr…

-Tu devrais, pourtant. Regarde, si tu m’aurais dit la vérité, elle ne se serait jamais fait d’amis et n’aurait pas d’objectif pour son avenir.

-Un de ses amis est mort et tu ne voulais surtout pas qu’elle aille dans l’armée, tu parles d’une réussite, ironisa-t-il.

-Ta mère m'a fais comprendre qu'il y a des choses qu’on ne peut pas contrôler, murmura Ed, le regard dans le vague. On ne peut pas empêcher les événements de se produire… (Il croisa de nouveau le regard de son fils) Et on ne peut pas empêcher ta bourrique de sœur de n’en faire qu’à sa tête. Même si tu m’aurais dit ce qu’elle avait derrière la tête, elle aurait quand même trouvé un moyen de partir, tu la connais.

Edwin garda le silence un instant, avant de demander, d'une voix tremblante :

-Papa… Pourquoi lorsque que je mens pour l’aider, il lui arrive quelque chose ? C’est de ma faute si elle s’est blessé… et si…

-C’est au chef de famille d’endosser toutes les responsabilités, Edwin, et comme je suis encore vivant, c’est toujours moi. Inutile de porter tous ces regrets sur tes épaules, puisque je suis là pour les porter. J’aurai du voir et sentir les choses, suivre mon instinct, donc c’est ma faute.

-Tu n’as pas à toujours porter ces fardeaux, je suis aussi fautif que toi !

-Non, tu le seras lorsque tu deviendras le chef de cette famille… Ou de ta propre famille… (Il posa une main réconfortante sur l'épaule d'Edwin) Et je suis persuadé que tu feras un très bon chef de famille. Tu comprends déjà beaucoup plus de choses que moi…

Après quelques secondes de silence, Edwin demanda timidement :

-Dis… Est-ce que… parfois... tu as honte de moi ?

-Honte ? Pourquoi ? Je devrais ? s’étonna Ed en sursautant.

Son fils baissa piteusement la tête.

-Tu aurais sûrement préféré que je devienne un grand alchimiste, comme toi… Au lieu de ça, je…

Il s’interrompit lorsque son père lui ébouriffa doucement les cheveux.

-Au lieu de ça, quoi ? Tu suis les traces de ta mère ? Je devrais donc avoir honte de toi ? Peu m’importe que l’Alchimie te passionne ou non ! Tu ne seras pas un grand Alchimiste, et alors ? La belle affaire ! Comment pourrais-je avoir honte de toi, alors que tu es en train de devenir un grand mécano ? (Il lui fit un clin d’œil) Sans oublier que tu as eu l’enseignement de la meilleure mécanicienne de tout le pays ! ...(Il hésita et ajouta :) Tu sais, j’ai toujours cherché à veiller autant sur toi que sur Rina… C’est vrai que ces derniers temps, je suis beaucoup plus attentif à ta sœur parce que vu à quel point tu es devenu débrouillard, je pensais que tu n’avais plus besoin moi... Mais malgré ça, je serais toujours là pour toi.

Il sourit et serra Edwin dans ses bras.

-Je n’ai jamais eu honte de toi et je suis vraiment désolé si je t’ai donné l’impression du contraire… Tu as choisis ton avenir, un avenir qui te plait et dans lequel tu sais que tu seras heureux, alors ça me suffit largement… Peut-être que je ne te le montre pas assez, mais je t’aime et je suis très fier de toi … Je l’ai toujours été, mon fils.

-Merci, papa…

Winry, adossée contre le mur adjacent du bureau de son mari, sourit en entendant la conversation (qu’elle écoutait depuis le début). Puis, elle quitta son poste d’espionnage et se dirigea tranquillement vers son atelier.

Il n’y avait pas à dire : Parler était définitivement la meilleure chose à faire.


**

-C’est quoi le plan ? demanda Darrick quand ils arrivèrent à Central.

-On va au Q.G pour parler au Führer.

-On ne doit pas prendre rendez-vous à l’avance pour avoir un entretien avec lui ?

-T’inquiète pas pour ça, je suis douée pour obtenir des rendez-vous dans l’immédiat.

-Je ne sais pas pourquoi, mais je te crois sans problème…

Ils marchèrent jusqu’au Q.G. Darrick pesta tout le long du trajet, visiblement irrité d’être obligé d’entrer dans cet endroit rempli de militaires. Rina sourit en voyant Nora, attaché dans la cour et elle s'empressa d'aller le voir. En la voyant arriver, le chiot se mit à aboyer joyeusement, l'air ravie de voir sa maîtresse.

-Je suis désolée, je t'abandonne beaucoup, en ce moment, murmura Rina en le caressant.

Elle quitta à regret le chiot, qui pleura suite à son départ et entra dans le bâtiment, suivit de Darrick. La jeune Elric se dirigea d’abord vers le bureau de son « équipe ». Il n’y avait qu’Iyoko et le sous-lieutenant Prell dans la pièce.

-Rina ! s’exclama la jeune Alchimiste d’Etat.

Elle s’empressa de se lever pour la serrer dans ses bras. Puis, l’Ishbal remarqua la présence de Darrick.

-Quel soulagement, tu as trouvé sa maison ? J’avais peur que tu ne tiennes pas la route, vu tes blessures…

-Je ne te prendrais pas à la légère la prochaine fois que tu me diras que quelqu’un habite à l’autre bout du monde…

-Ça fait plaisir de te voir, Rina ! lança le sous-lieutenant Prell. Tu reviens parmi nous ?

-J’y compte bien. J’ai quelque chose d’important à faire.

-Dis-moi tout, fit Iyoko. Je suppose que ça à un rapport avec Hiro ?

Prell, sentant que les deux amies avaient besoin de parler seules à seules, sortit de la pièce, prétextant avoir quelque chose à faire. Rina lui en fut reconnaissante et expliqua tout à Iyoko, Darrick ajoutant des détails de temps en temps. Une lueur déterminée passa dans les yeux rouges de la jeune Ishbal.

-Je viens voir le Führer avec vous. Vous n’arriverez jamais à le convaincre de vous laisser enquêter alors que vous ne faites pas partit de l’armée. S’il me laisse le dossier, je pourrais vous inclure dans l’enquête.

-Très bien mais avant, je dois te poser une question… Est-ce que c’est toi qui as appelé mon père pour lui dire que j’étais ici ?

-Qu-Quoi ?! s’exclama-t-elle, choquée. Pourquoi j’aurai fait une telle chose ?

-Je ne doute pas une seule seconde que c’est toi… Mais je préférais quand même te poser la question, vu que tu étais la seule au courant et que mon père m’a assuré que c’était une fille qui l’avais appelé et une collègue, qui plus est.

-Donc, tu as quand même eu un doute…

Elle avait l’air sincèrement blessée que son amie la suspecte.

-J’ai surtout pensé à l’adjudant-chef, tu crois que ça se pourrait ? demanda Rina. Rappelle-toi, elle était d’incroyablement de bonne humeur ce jour-là…

-C’est vrai, mais comment l’aurait-elle apprit ?

-Elle aurait très bien pu vous entendre en parler, suggéra Darrick. Avouez que vous n'êtes pas discrète, dès que vous êtes toutes les deux.

-Elle aurait aussi pû entendre le président en parler, renchérit Iyoko après réflexion. N’oublie pas que c’est sa fille… Peut-être qu’il en a parler chez lui et que l’adjudant-chef l’a entendu.

C’était plausible, en effet… Riza et Roy avaient très bien pu discuter de ça et Elizabeth aurait très bien pu les surprendre…

-Mais pourquoi ? Je sais qu’elle ne m’aimait pas mais…

-Elle a toujours été contre ton intégration à l’équipe, dit Iyoko. Elle en avait même parler la veille de ton départ… Et ça se murmure même que c'est à cause de ça que sa relation avec le président est encore plus tendue qu'avant.

-A ce point ? fit Darrick.

Ils eurent tous trois un léger sursaut lorsque la porte s’ouvrit, et que Jon et Mustang apparurent devant eux.

-On va tout de suite le savoir, grommela Rina.

-Quand on parle du loup..., chuchota Iyoko.

Rina s’avança droit sur l’adjudant-chef.

-Tiens, Rina ! fit Jon en lui souriant. Qu’est-ce que tu fais i…

Il ne put finir sa phrase puisque l'adolescente attrapa Ellie par le col pour la plaquer violemment contre le mur le plus proche.

-Vous allez me le payer ! rugit l’adolescente, furieuse.

Des dizaines de revolver furent aussitôt pointés sur sa tête, mais elle les ignora considérablement.

Darrick regardait la scène d'un air blasé.

« En effet, elle a un certain talent pour trouver le moyen d’atterrir chez le Führer» songea-t-il.

Et pour ça, il n’y avait pas de meilleur moyen de d’agresser la propre fille du président…

-Calme-toi ! tenta le colonel Jon. Qu’est-ce qui te prends ?

-Il me prend que je n’apprécie pas tellement les coups dans le dos.

-Qu’est-ce que tu racontes.

-Dîtes-leur, adjudant-chef, provoqua Rina. Oserez-vous avouer devant tout le monde que vous m’avez balancé, juste parce que vous ne m’appréciez pas ?

Jon fronça les sourcils et interrogea Elizabeth du regard.

-C’est vrai, Mustang ?

-Elle n’a aucun avenir dans l’armée, surtout si, à peine en essai, elle transgresse les règles. Et que le président l’aide.

Le cœur de Rina fit un bond dans sa poitrine. Elizabeth ne cherchait même pas à nier.

-Et toi, Elric ? ajouta l’adjudant-chef en défiant Rina du regard. Oseras-tu avouer à tout le monde que tu n’aurais jamais dû pouvoir faire cet essai ? Et que le président est passé à côté de ses propres règles ?

-Il est vrai que j’ai fais, ce qu’on appelle, de l’abus de pouvoir, lança une voix, derrière elles.

Rina sursauta et, quand elle croisa le regard de Roy Mustang, relâcha Elizabeth pour reculer d’un pas.

-Il est vrai que je n’avais aucune autorisation de ses parents et que de ce fait, je l’ai exceptionnellement prise sous ma responsabilité. Mais est-ce vraiment à vous d’être juge de mes actes, adjudant-chef ?

-Si vous n’êtes pas capable de respecter vos règles, il faut bien que quelqu’un le fasse pour vous.

-Et je ne me souviens pas vous avoir donné cette responsabilité.

Elizabeth lui lança un regard noir. Roy l’ignora et finit par remarquer Darrick, dans l’assemblée.

-Bon, j’ai compris, soupira le président à l'intention de Rina. Allons-y.


Le Führer écouta attentivement le récit de Darrick, sans jamais l’interrompre. Riza Hawkeye, elle, restait tout autant silencieuse mais prenait des notes.

-Et donc, tu veux prendre en charge cette enquête, WindStorm ? voulut confirmer Roy.

-Tout à fait, si le colonel Jon est d’accord pour y participer puisque je ne suis pas encore assez expérimentée pour ce genre de choses. Et je compte aussi sur l’aide de Rina et Darrick.

-Et si moi, je ne suis pas d’accord ?

-Je chercherais ceux qui ont tués Hiro, avec ou sans votre accord, répliqua Darrick.

-Moi aussi, ajouta Rina.

-C’est bien ce qui me fait peur, grommela Roy. Je ne peux ni vous laisser gérer ça de l’extérieur, ni de l’intérieur puisque je n’ai toujours pas d’autorisation parental. Et comme désormais tout le monde est au courant que j’ai fait une exception pour toi Rina, je ne vais pas pouvoir continuer à te couvrir.

-A ce propos…, intervint la jeune Elric en sortant un papier de sa poche, voilà pour ma part.

Roy découvrit avec stupéfaction une lettre, signée par Winry et Edward, autorisant leur fille à entrer dans l’armée… le temps de cette enquête. Ces cinq derniers mots avaient étés écris en majuscule, soigneusement soulignés trois fois et entourés deux fois, probablement par Ed. Le message ne pouvait pas être plus clair !

L’adolescente blonde sortit un nouveau papier d’une autre poche.

-Et ça, c’est pour Darrick.

-Hum… Tes parents se portent garant de lui ?

-Edward et Winry sont la famille d’accueil d’Ayame, c’est peut-être temporaire, mais pour le moment c’est le cas, lâcha Darrick. Ayame n'est peut-être pas ma vraie sœur mais c'est moi qui est responsable d'elle, depuis la... mort de Hiro... Donc on peut considérer que les parents de Rina sont mes tuteurs légaux.

Roy et Riza échangèrent un regard amusé. Ce coup de théâtre devait venir d’Edward…

-Bon, soupira le président. WindStorm, si tu obtiens l’autorisation de ton colonel, je te confie l’enquête. Rina, c’est d’accord pour que tu y participes, on dira que tu poursuis ton mois d’essai. Mais Darrick, à moins que tu ne veuilles devenir Alchimiste d’Etat, je ne vais pas pouvoir te faire participer… à l’intérieur du bâtiment, en tout cas.

-Jamais je n’entrerais dans l’armée, même pas en rêve, grogna aussitôt l’adolescent.

-Je me doutais de cette réponse…

-Vous avez dit « a l’intérieur », fit remarquer Rina, donc en dehors du Q.G, je peux lui parler de l’enquête et il peut aider ?

-On peut dire ça comme ça et puis… rien ne l’empêche de venir te rendre une petite visite amicale au Q.G, de temps en temps.

Lorsqu’il ponctua sa phrase d’un clin d’œil complice, les trois amis échangèrent un sourire.


**

-Je vais faire une petite course, dit Winry en passant la tête dans l’entrebâillement de la porte, en rentrant je pensais passer au cimetière, tu veux m’accompagner ?

-J’arrive, annonça Ed en fermant son livre.

Winry sourit et dès que son mari arriva devant elle, elle l’enlaça tendrement.

-Et comme notre cher fils gère la boutique et que ça nous permet de passer du temps tous les deux, j’ai pensée qu’on pourrait faire un détour afin de se promener…

-Excellente idée, j’ai besoin de prendre l’air. Ça ne dérange vraiment pas Edwin ? Il ne veut pas venir avec nous ?

-Non, il tient à finir la prothèse sur laquelle il travaille.

-Et Ayame ?

La mécanicienne détourna le regard.

-Elle refusera à coup sûr si c’est moi qui lui demande… Et même si c’est toi qui lui propose, dès qu’elle saura que je suis là, elle refusera aussi… (Elle soupira) Je ne sais plus quoi faire avec elle. Quoique je fasse, elle continue de me regarder comme si j’étais un monstre ! Et c’est encore pire depuis que Rina et Darrick sont repartis…

-Il faut lui laisser le temps de s’habituer, elle…

-Je sais qu’elle n’a pas eu une vie facile vu qu’elle a toujours vécue dans la rue, qu’elle a perdu sa mère très tôt et qu’elle vient de perdre son frère, mais pourtant elle t’a tout de suite accepté… (Elle soupira une nouvelle fois) Je veux juste qu’elle soit bien, ici…

-Je n’en doute pas une seule seconde.

Il posa son front contre celui de Winry.

-Alors, on va la faire, cette balade en amoureux ? murmura-t-il.

La mécanicienne sourit et lui déroba un baiser.


**

Près de la cheminée, Rina eut un frisson et s’enroula dans une épaisse couverture que lui avait dénichée Darrick. Il n’avait pas exagérer quand il disait qu’il n’avait pas l’eau chaude… Elle n’avait jamais pris une douche aussi gelée de toute sa vie ! Depuis, elle n'arrivait pas à se réchauffer. Nori, lui, ne semblait pas du tout déranger par la température. Couché en boule contre l'adolescente, il dormait profondément.

Darrick ne pouvant pas payer l’hôtel et Rina ne pouvant pas payer pour deux, ils avaient décidés de s’héberger dans la cabane de Hiro, après l’avoir retaper grâce à l’Alchimie. Une ambiance lourde régnait depuis qu’ils étaient installés à l’intérieur. C’était si étrange d’être là et de se dire que Hiro ne rentrerait pas ce soir et qu’Ayame se trouvait, certes en sécurité, mais à des heures d’ici.

Rina sortit de ses pensées lorsque Darrick lui tendit un bol de soupe.

-Merci, mais je n’ai pas très faim, murmura-t-elle en détournant la tête.

-Ton père t’a dit de manger, même si tu n’as pas d’appétit. Je n’ai pas envie qu’il s’en prenne à moi quand il constatera que tu as beaucoup trop maigris. Donc, tu manges… En plus, c’est un dîner de luxe puisqu’on a même du pain.

Rina eut un petit sourire et accepta finalement le bol et le bout de pain. Elle se força à boire une gorgée du potage brûlant et ne tarda pas à sentir une agréable sensation de chaleur lui parcourir tout le corps.

-Pourquoi tu as autant peur de mon père ? demanda-t-elle après avoir bu une deuxième gorgée.

-Je n’ai pas peur de lui, je l’admire, c’est différent… C’est peut-être le seul militaire pour qui j’ai de l’estime.

-Je vais te poser une question indiscrète mais… qu’est-ce qu’il s’est passé avec les soldats, pour que tu aies une telle haine envers eux ?

Le visage de Darrick se rembrunit.

-Je n’ai pas envie de parler de ça… Disons simplement qu’ils ont détruit ma vie.

Rina se contenta de hocher la tête. Il lui en parlerait un jour, lorsqu’il se sentira prêt et lorsqu’il aura confiance en elle, elle le savait.

Ils finirent de dîner dans le silence… Jusqu’à ce que le ventre de Rina se mette à gargouiller bruyamment. Les joues de l’adolescente prirent une couleur rouge vif lorsque Darrick éclata de rire, avant de lui servir une deuxième portion de soupe.

-La mère d’Hiro disait toujours « l’appétit vient en mangeant », dit-il.

-Comment elle était ?

-Elle avait une sorte d’aura bienveillante autour d’elle, un peu comme ta mère. Elle avait toujours le sourire, alors qu’elle n’a jamais vraiment été heureuse. Elle souriait pour ne pas nous inquiéter et ne pas nous montrer quand elle était triste, quand elle avait peur, ou quand elle souffrait. Même lorsque sa maladie à commencer à devenir grave, elle continuait de sourire. La seule chose qui pouvait la trahir était son regard. En grandissant, avec Hiro, on a appris petit à petit à y lire ses émotions… mais cela n’a durer qu’un temps puisque lorsqu’elle s’en est rendu compte, on a plus jamais réussit à la déchiffrer. Elle arrivait désormais même à nous mentir sur ses véritables émotions avec ses yeux. Je ne sais pas si elle a un jour été heureuse, vraiment…

-Si elle te fait penser à ma mère, alors elle a dû être heureuse à chaque fois qu’elle vous regardait.

-Comment tu peux en être aussi sûre ?

-Ma mère a toujours une drôle de lueur dans les yeux, quand elle nous regarde, mon frère et moi… Même mon père… Elle est passionnée par son métier, tu sais, mais pourtant j’ai toujours été persuadée que c’est lorsqu’elle voit ses enfants et son mari qu’elle est la femme la plus heureuse du monde.

Darrick médita sur ces paroles et défléchit un instant.

-Hum… C’est vrai que j’ai souvent vu ses yeux pétiller quand je croisais son regard… Le plus flagrant, c’était quand elle regardait Ayame, tu l’aurais vu ! On voyait limite des étoiles dans ses yeux !

-Alors, elle a été heureuse, et très souvent. Elle a eu une vie très difficile, mais si tu veux mon avis, rien que de vous voir auprès d’elle la comblait de joie.


Plus tard, Rina s’était endormie sur un des vieux matelas pendant que Darrick, lui, veillait encore. Il songeait à la conversation qu’ils avaient eue, sur la mère d’Hiro.

« Cette fois, elle n’a pas dû être heureuse de voir Hiro… Aucune mère ne souhaiterait voir son enfant la rejoindre aussitôt, dans la mort »

Puis, il se tourna pour regarder Rina dormir. Il ne put s’empêcher de sourire. Plongée dans le sommeil, elle était complètement méconnaissable. En effet, avec ses cheveux blonds qui entouraient son visage telle une cascade dorée et les traits de son visage complètement détendu lui donnant un air innocent, on pourrait presque la comparer avec un ange…

-En tout cas, toi, tu n’es pas comme ta mère ou celle d’Hiro, murmura-t-il. Tu n’as pas une aura bienveillante autour de toi, mais une aura d’emmerdeuse…

Alors pourquoi se sentait-il tout aussi bien, à ses côtés ?