La dureté de ce monde

par Jill Kuchiwa

Iyoko regarda Rina avec inquiétude, comprenant la gravité de la situation.

Quand Ed fusilla sa fille du regard, Rina avala difficilement sa salive. Ses yeux dorés bouillonnaient d’une rage immense, signe qu’il était furieux comme jamais.

-Tu es donc bien là, grogna-t-il d’une voix beaucoup, beaucoup trop calme.

-Qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu fais la ?

-Je viens te ramener à la maison. Va tout de suite préparer tes affaires à l’hôtel, on part dès que j’aurai dit mon petit mot au président.

Sur ce, il sortir et sortit de la pièce d’un pas furibond.

-Qu… Non ! Attends !

Rina ignora tous les regards qui se tournaient vers elle et partit à sa poursuite. Elle dû courir pour le rattraper.

-Comment tu l’as appris ?

Ed ne lui répondit pas.

-C’est Edwin qui te l’a dit ?

Elle faillit lui rentrer dedans lorsqu’il s’arrêta net pour se tourner vers elle. L’adolescente vit de l’étonnement passer très rapidement dans ses yeux, avant que la colère ne reprenne place.

-Edwin le savait ?!

Là, le cœur de Rina se serra, comprenant qu’elle venait de faire une énorme boulette.

-Si ce n’est pas lui, dit-elle d’une voix basse, alors… comment tu…

-Je crois que je le sais depuis le début, mais pour une fois, j’ai préféré te faire confiance plutôt que d’écouter mon instinct et voilà où on en est ! Maintenant tu vas obéir et tu vas immédiatement à ton hôtel pour faire tes bagages !

-Non, j’ai dis au président que je prendrai entièrement la responsabilité et je…

-Tu auras tout le temps de la prendre lorsque nous serons rentrés ! Dépêche-toi d’aller à ton hôtel avant que je ne finisse par lâcher toute ma haine sur toi alors qu’elle était réservée au Führer !

Rina sentit ses jambes tremblées. Jamais, elle ne l’avait vu dans cet état. C’était à peine si elle le reconnaissait. Elle comprenait désormais ce que le Führer avait voulu dire par : « Ça se voit que tu n’as jamais été témoin de la vraie colère de ton père. »


-Trois… Deux… Un…

A peine Roy Mustang eut-il finit son décompte que la porte s’ouvrit violemment pour laisser entrer un Edward Elric furibond.

-C’est quoi que vous n’avez pas compris dans ce qu’on s’est dit, la dernière fois ? gronda-t-il.

-Bonjour Fullmetal, je suis ravi de te voir si en forme mais…

-Pas de ça avec moi. J’en reviens pas que vous m’ayez fait un coup pareil !

Roy fit un signe de tête à Riza, pour lui faire comprendre qu’elle ne devait pas prendre part à la conversation. Alors, la garde du corps recula de quelques pas pour se mettre légèrement en retrait.

-Il n’y a rien eu de mal, commença Roy en reportant de nouveau son attention sur Ed, je…

-Rien de mal ? Vous avez illégalement pris ma fille en essai ! Permettez-moi de vous rappeler que j’ai collaboré un petit moment avec vous, je vous ai vu vous préparer à devenir président et je connais donc tout des nouvelles fonctions que vous avez mis en place. Je sais que les mineurs désireux d’entrer à l’armée doivent obligatoirement entrer en service public et que pour ceux qui veulent devenir Alchimistes d’Etat, il y a une période d’essai d’un mois !

-Certes mais…

-Et pour faire ce mois, il faut une signature des deux parents pour qu’ils fassent part de leur permission. Winry et moi n’avons signé aucune permission ! Et ne me faites pas croire qu’elle a imité notre signature ou quelque chose comme ça, vous savez très bien que je n’aurai jamais donné mon autorisation !

-Je le sais et c’est pour ça que je l’ai prise sous ma responsabilité.

-Vous croyez que la « responsabilité » d’un président vaut une permission des parents ?

Pour qui vous vous prenez, à la fin ?

-Je lui aie seulement donné la chance que tu refuses de lui donner.

-C’est à moi de décider de ça !

-Il serait justement peut-être temps que tu prennes une décision, Fullmetal !

-Oh parce que vous croyez prendre les bonnes décisions ? Vous avez agis dans mon dos, mettant ainsi ma fille en danger, fit remarquer Ed. D’ailleurs, quand comptiez-vous me dire pour son combat ? C’est bien comme ça qu’elle s’est cassé les côtes, n’est-ce pas ?

-Je ne vais pas te mentir. Elle est tombée dans un piège et nous sommes arrivés juste à temps pour…

Il s’interrompit lorsqu’Ed frappa son poing contre le bureau.

-C’est donc comme ça qu’elle a été sous votre responsabilité ? cingla-t-il.

-D’un côté, tu ne m’as pas facilité la tâche. Quand pensais-tu la préparer au monde qui l’entoure, au juste ? Elle sait combattre d’accord… Mais elle sait combattre pour s’amuser ! Pour jouer ! Résultat, oui, elle aurait pu mourir l’autre jour parce qu’elle n’a pas l’habitude de combattre pour sa vie !

-Qu’est-ce que je suis censé comprendre ? Que j’aurais dû lui faire vivre ce que j’ai vécu ?

-Fullmetal, elle ne sait rien de toi ! Elle ne connaît absolument rien de ton passé ! Je crois comprendre pourquoi tu l’as fait, mais tu ne seras pas toujours là pour la protéger, il serait peut-être temps de lui faire voir la réalité en face… Et que tu te mettes à la voir, toi aussi. Je sais que tu as failli la perdre dès la naissance, mais ce n’est plus un bébé.

Ed pivota sur ses talons.

-J’ai vu votre fille dans le bureau, je l’ai reconnu, dit-il en marchant vers la sortie de la pièce. Ce n’est pas parce que vous avez décidé de plonger directement votre fille dans la violence de ce monde que je dois faire pareil avec la mienne. Même si je suis son père et que j’ai fais beaucoup d’erreurs, personne ne pourra m’empêcher de lui donner une vie normale… Pas même vous.

Sur ce, il attrapa la porte et la claqua très fort derrière lui.


**

-Winry ? On est à l’hôtel. Rina finit de préparer ses affaires et on part directement.

-Combien de morts ? demanda la mécanicienne, à l’autre bout du fil.

-Aucun, pour le moment.

-Et Rina ? Pas trop amochée ?

-Pas encore. J’attends d’être à la maison pour ça.

-Bon… Comment tu vas, toi ?

Ed eut un léger instant de silence.

-Comme quelqu’un dont tous les cauchemars sont devenus réels.

-Mais tu trouveras une solution pour que ça se transforme en rêve, comme d’habitude.

-Ouais ben vu l’efficacité des mes solutions jusqu’à maintenant…

-Tout s’arrangera.

-En toute honnêteté, je commence à en douter… Edwin est dans le coin ?

De son côté, Winry se tourna vers Edwin, non loin d’elle.

-Il est dans l’atelier, mentit-elle. Pourquoi ? Tu veux que j’aille le chercher ?

-Non, préviens-le simplement que Rina ne va pas être la seule à être sermonnée. J’ai également deux mots à lui dire…

-Oh…

-Je t’expliquerai.

Winry raccrocha et se tourna vers Edwin, juste derrière elle.

-C’était papa ? demanda l’aîné.

-Oui. Si tu veux mon avis, il faut que tu te prépares psychologiquement pour ce soir…

L'adolescent avala difficilement sa salive.


**

Lorsque Rina eut finit de préparer ses affaires, Ed attendit patiemment qu’elle annonce son départ à l’accueil. Son regard ambré tomba sur un journal, posé sur une table basse juste à côté de lui. Alors, il pencha légèrement la tête sur le côté pour lire la première page. Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas tenu au courant des derniers événements et il était curieux de savoir ce qu’il se tramait à Central, en ce moment. Il fronça les sourcils quand il vit que l’un des gros titres annonçait le meurtre d’un adolescent. Il empoigna alors le journal et le feuilleta jusqu’à la page qui l’intéressait.

« Il avait l’âge de Rina » songea-t-il après avoir lu les premières lignes.

Ses poils se hérissèrent sur sa nuque, rien qu’à penser que ça aurait pu être elle.

-Voilà, c’est fait, annonça Rina en s’approchant de lui, la mine renfrognée.

Elle n’était clairement pas enthousiaste à l’idée de rentrer chez elle… Surtout avec l’énorme réprimande qui l’y attendait... Elle remarqua seulement après quelques secondes l’air concentré de son père, qui ne semblait même pas l’avoir entendu. Même malgré la situation, elle ne put s’empêcher de le taquiner.

-Tu lis le journal, maintenant ? Fais gaffe, tu ressembles de plus en plus à un vieux…

Mais rien à faire, il ne faisait pas du tout attention à elle… L’adolescente réalisa alors quelque chose.

« Peut-être qu’il fait le vieux coup du livre cochon caché dans le journal… Hum… Voilà qui pourrait être intéressant ! »

Ce qui était intéressant, était évidemment l’idée de le raconter à Winry ! Mais d’abord, il fallait en être sûr… Elle se glissa alors derrière son père et regarda par-dessus son épaule en plissant les yeux, préférant éviter un maximum la vision d’images peut-être choquante… mais l’adolescente se surpris à être déçue quand elle remarqua que c’était un journal comme les autres… Tant pis, elle n’aurait pas de dossier croustillant à raconter à sa mère… Et n’aurait pas moyen de pression sur son père…

Alors qu’elle allait reculer, des mots attirèrent le regard de Rina, qui se mit à lire attentivement le paragraphe. Au fur et à mesure qu’elle lisait, son visage se décomposait.

-Non…, souffla-t-elle.

Ed secoua la tête d’un air chagriné avant de fermer le journal pour le reposer sur la petite table.

-C’est malheureux… Surtout qu’apparemment il avait… Rina ? Rina !! s’exclama-t-il en voyant sa fille partir en courant. C’est pas vrai !

Il partit à sa poursuite. L’adolescente courrait de toutes ses forces, comme si sa vie en dépendait, se fichant d’être essoufflée et qu’un flot de larmes qui inondait déjà ses joues. Ignorant ses côtes, qui la lançaient encore lorsqu’elle faisait un effort trop important. Ignorant son père qui, derrière elle, ne cessait de l’appeler pour la faire stopper. Elle savait seulement qu’elle se dirigeait vers le QG. Elle aurait préférée courir pour fuir cette terrible nouvelle, mais elle voulait savoir la vérité. Elle devait apprendre ce qu’il s’était passé. Elle se moqua éperdument d’entrer comme une sauvage dans l’immense bâtiment et d’attirer la vue de tous. De toute façon, elle ne pouvait voir les visages se tourner vers elle, puisque sa vue était entièrement brouillée par les larmes.

-Rina ?

L’intéressée se crispa en reconnaissant la voix. Si elle était là, alors c’était vrai… Cependant, elle ne s’arrêta pas et continua son chemin, sans un regard pour la personne qui venait de l’appeler.

-Rina, bon sang ! Attends ! fit Ed alors que sa fille montait précipitamment les escaliers en poussant toute personne se trouvant sur son chemin.

Alors qu’il allait la suivre, on lui interdit le passage.

-Désolé, vous n’êtes plus autorisé à avoir accès à l’étage, déclara solennellement l’un des deux soldats qui lui bouchait l’escalier.

-Mais ma fille est…

-Edward ? s’étonna une voix, dans son dos.

Ed eut un petit sursaut en entendant son nom et se retourna. C’était Riza.

-Que fais-tu encore ici ? s’étonna-t-elle.

-Je ne viens pas parler au Führer, cette fois, ne vous inquiétez pas.

-Ta colère était justifiée : Nous étions en tort. C’est pour cela que j’ai accepté de ne pas intervenir… Cependant, je suis surprise que tu ne sois pas déjà parti pour Resembool.

-C’était ce qui était prévu, jusqu’à ce qu’on lise cette histoire de meurtre sur le journal. Dès qu’elle l’a vu, Rina est partie comme une bombe.

Le regard de la garde du corps s’assombrit.

-Oh… Le président voulait l’apprendre lui-même à Rina et Iyoko, on avait même demandé à leurs collègues de ne rien leur dire. Mais il a été surchargé ce matin et n’a jamais pût trouver le temps de leur parler… Et comme tu es venue la chercher, on espérait que Rina l’apprenne un peu plus tard.

-Comment ça ? Elle le connaiss…

Tout en parlant, il avait tourné la tête vers une petite fille, assise sur un banc. Elle balançait ses jambes, dont les pieds ne touchaient même pas le sol et gardait la tête basse.

-C’est la petite... ? demanda Ed, sans quitter du regard la fillette. Ils ont parler d'elle dans le journal.

C’était d’ailleurs ce qu’il s’était apprêté à dire à Rina, avant que celle-ci ne parte en courant. Riza approuva d’un hochement de tête.

-Oui, nous venons seulement de la retrouver, elle est arrivée peu après votre départ. Elle ne comprend même pas ce qu’elle fait là… On ne sait même pas son nom, elle n’a jamais voulu nous le dire. En fait, elle n’a pas dit un mot depuis qu’elle est là…


-Mademoiselle ! s’exclama l’un des gardes du Führer. Vous ne pouvez pas entrer ! Son Excellence est occupée, et…

Mais Rina l’ignora et ouvrit la porte d’un violent coup de pied.

-Il est mort ?! s’écria-t-elle en débarquant dans la pièce.

Iyoko, Elizabeth et Roy, qui semblaient en grande discussion juste avant l’interruption de Rina, sursautèrent. Le cœur de Rina se serra lorsqu’elle vit que son amie Ishbal semblait aussi abattue qu’elle. Elle venait d’apprendre la nouvelle, elle aussi…

-C’est trop te demander de frapper avant d’entrer ? grommela l’adjudant-chef.

Mais l’adolescente l’ignora et fusilla Roy du regard.

-Vous avez dû vous tromper de personne ou le confondre avec quelqu’un d’autre ! Hiro ne peut pas être mort !

-C’est pourtant le cas, Rina, soupira le Führer. Je sais que c’est dur mais il va malheureusement falloir que tu te fasses à cette idée.

-Et Darrick ? Où est-il ?

-Il a protégé la petite et l’a envoyée au Q.G pour nous prévenir. Nous savons qu’ensuite, il est allé rejoindre Hiro mais depuis, il est porté disparu.

-Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

-Nous ne savons pas encore.

-Comment ça, vous ne savez pas ? Vous n’avez même pas encore attrapé celui qui a fait ça ? Mais qu’est-ce que vous attendez ?! s’énerva Rina.

-Rina…, tenta Iyoko.

-Je te conseille de baisser le ton, Elric, rétorqua froidement l’adjudant-chef.

-Ne vous mêlez pas de ça, Mustang! cingla Rina.

-Si tu n’es pas capable de maîtriser tes émotions, tu n’as définitivement plus rien à faire ici, puisque c’est une énorme faiblesse.

-Et c’est vous qui me dites ça ?!

Roy regarda Rina et Elizabeth d’un air blasé.

« Est-ce que Fullmetal et moi avions l’air aussi insupportable que ça, à l’époque ? » se dit-il en essayant de se remémorer toutes les fois où Edward et lui s’étaient lancé des piques plus ou moins violentes… Même il y a encore quelques minutes !

-Je préfère être faible plutôt que d’être aussi vide de sentiments que vous, adjudant-chef, ajouta ensuite Rina.

Après un dernier regard noir envers Roy et sa fille, Rina pivota sur ses talons et ne tarda pas à claquer la porte derrière elle. Le Führer poussa un profond soupir.

-Décidément… Avec les Elric dans les parages, c’est un miracle si cette porte tient encore !


-Coucou toi, dit doucement Ed en s’accroupissant devant la petite. Je m’appelle Edward…

Il sourit lorsque son interlocutrice détourna la tête dans l’intention de clairement lui faire comprendre qu’elle ne comptait absolument pas lui adresser la parole.

-Ne t’inquiète pas. Je ne fais pas partis des soldats et je n’ai pas l’intention de t’embêter bien longtemps. Je suis juste un peu curieux et j’aimerai que tu m’éclaires sur quelque chose…

Même si elle semblait complètement l’ignorer, Ed devina qu’elle écoutait attentivement ses paroles.

-Je t’ai entendu appeler Rina quand elle est entrée… Tu connais ma fille ?

-Rina ? demanda aussitôt la petite en tournant la tête vers Ed. C’est toi son papa ?

-Tout à fait. Dis-moi, elle est gentille avec toi, j’espère ?

Un grand sourire illumina le visage de la fillette. Riza, en entendant la voix de la petite, s’approcha discrètement.

-Oh oui ! Elle vient jouer avec moi quand mon frère est trop occupé !

-Et elle s’entendait bien avec ton frère ?

Elle secoua vivement la tête de haut en bas pour approuver avant d'ajouter :

-Oui ! Mon frère dit que c'est notre amie !

« Alors, je comprends mieux la réaction de Rina » songea-t-il, attristé.

Plongé dans ses pensées, il eut un léger sursaut lorsque la fillette éclata de rire.

-Par contre, elle ne s’entend pas avec Darrick ! Ils n’arrêtent pas de se disputer… Pourtant, mon frère dit que si deux personnes se chamaillent, c’est parce qu’ils s’aiment bien !

-Et il a parfaitement raison, approuva Ed en pensant à Winry.

Seulement, puisqu’il savait de quoi il parlait, son instinct paternel lui chuchota qu’il allait falloir garder un œil sur ce Darrick... S'il était encore vivant...

Puis, son cœur se serra. Sa fille avait déjà suffisamment de mal à se faire des amis… Alors si le peu qu’elle avait se faisaient tués…

-Je vais rester ici combien de temps ? demanda timidement la fillette. Je veux rentrer chez moi… mon frère va s’inquiéter.

-Euh…

Alors qu’il cherchait intensément ce qu’il était censé répondre, Rina passa en trombe devant lui. En la voyant sortir du bâtiment sans un regard pour lui, Ed soupira et se tourna de nouveau vers la petite pour lui ébouriffer les cheveux.

-Je dois aller voir Rina, elle…

Il remarqua un carnet, posé juste à côté de la petite fille. Il y avait également une poignée de crayon de couleur. Les soldats avaient sûrement essayé de l’amadouer pour la faire parler.

-Comment tu t’appelles ? demanda Ed.

La fillette lui lança d’abord un regard méfiant, comme si elle voulait s’assurer qu’elle pouvait lui donner sa confiance.

-Ayame…

-C’est un très joli prénom. Eh bien, Ayame, je vais te confier une mission de la plus haute importance !

Il sourit en songeant au nombre de fois qu’il avait dit ça à Edwin ou Rina quand ils étaient petits, pour les motiver à exécuter une tâche.

-Laquelle ? questionna Ayame, soudainement un peu plus enthousiaste.

Ed attrapa le carnet et les crayons pour les poser sur les genoux de la petite.

-Tu vois tout ça ? Je voudrai que tu fasses un dessin pour Rina. Elle n’est pas très bien et je suis sûr que ça lui remonterai le moral… Tu pourrais faire ça ?

Les yeux brillant, Ayame fit un grand hochement de tête et se mit tout de suite à la tâche. Ed sourit et lui ébouriffa une nouvelle fois les cheveux avant de sortir précipitamment, avant que sa fille ne s’éloigne trop. Hawkeye l’observa partir avec un regard admiratif, bluffée de la façon dont Ed avait si facilement conquis la confiance de la fillette.

Quand il fut dehors, il regarda partout autour de lui et vit bientôt Rina tourner à l’angle d’une rue. Il s’empressa de la poursuivre et ne tarda pas la rejoindre. L’adolescente s’était arrêtée et était calé contre le mur, comme si elle voulait s’aider de lui pour arriver à rester debout.

-Rina…

En entendant la voix de son père, l’adolescente tressaillit. Très vite, elle se retrouva blottit dans ses bras, pouvant enfin éclater en sanglot et laisser sortir son chagrin par des hurlements. La colère qu’Ed ressentait pour elle s’était envolée. A présent, il était redevenu le père protecteur, celui qui détestait voir ses enfants malheureux.

-C’était un ami, n’est-ce pas ? demanda doucement Ed.

Sans cesser de pleurer et crier, Rina hocha lentement la tête. Alors, Ed la serra plus fort contre lui.

-Je suis désolé…

-Pa… papa… Co-Comment on peut mourir si jeune ? Comment peut-on mourir à seule… seulement seize ans ?

Ses jambes tremblantes cédèrent finalement et elle se laissa tomber à genoux sur le sol. Son père accompagna le mouvement, tout en soutenant sa fille.

-C’est… C’est tellement injuste… Et sa sœur ? Qu-qu’est-ce qu’elle… va devenir ? Elle est toute seule… Elle n’avait plus que lui…

Elle redressa la tête pour croiser le regard de son père.

-Pourquoi lui, papa ? Pourquoi l’ont-ils tuer ? Je sais que des gens meurent tous les jours, mais… Pas comme ça… (Elle baissa la tête) Pas comme ça…

-Rina… écoute-moi…

Il encadra le visage de l’adolescente avec ses mains avec douceur, tandis qu’elle recommençait à sangloter.

-Le monde peut être beau… tout comme il peut être injuste, murmura-t-il. Dans ce monde, il y a des gens qui meurent, de façon naturelle ou brusque… Il y a des gens qui tuent, aussi. Certains tuent par vengeance, pour le pouvoir... ou même simplement par plaisir. Et il y a tellement d’autres folies que les gens sont capables de faire… C’est injuste, mais c’est le monde dans lequel nous vivons… J’ai voulu t’en protéger et malheureusement, tu as finalement découvert cette injustice, mais d’une manière brutale… Et crois-moi, j’aurai préféré que tu t’en rendes compte autrement.

Ed l’enlaça avec tendresse pour l’étreindre de nouveau et sans s’en rendre compte, se mit à la bercer, avec des mouvements de gauche à droite, pour la calmer. Cela fonctionna, puisque les pleurs de Rina cessèrent, lentement, comme apaisés.


-Qu’est-ce que vous allez faire d’elle ? demanda Rina à Hawkeye et Roy.

Les yeux encore rouges et gonflés, elle serrait fort le dessin que venait de lui faire Ayame. Iyoko, présente dans le petit groupe, n’avait pas meilleur mine qu’elle.

-Riza a eu une excellente idée, répondit le Führer en regardant sa femme.

Cette dernière hocha la tête et se tourna vers Ed.

-Edward, tu es la seule à qui elle a accepté de parler et selon Iyoko, elle est très proche de Rina… J’ai pensé que tu pourrais la ramener avec toi à Resembool et la garder un petit moment.

-Quoi ?Que ? Pardon ? s’étrangla l’intéressé.

-C’est la meilleure solution Fullmetal. Tant que nous n’aurons pas découvert qui est derrière le meurtre de… (Riza lui donna un gros coup de coude dans les côtes, en désignant Ayame du regard)… ce jeune homme… nous ne voulons pas que la petite soit en danger et Resembool est de loin l’endroit où elle sera le plus en sécurité. Elle a déjà été attaquée une fois, ça pourrais se reproduire.

-C’est vrai qu’elle ne craindra rien à la maison, approuva Rina, d’une voix faible.

-Oui mais, je suis censé ramener Rina ! Vous imaginez la tête de Winry lorsqu’elle me verra revenir avec une fillette inconnue ?

-Ce n’est que provisoire, en attendant que nous lui trouvions une famille, précisa Riza.

-Je ne veux pas d’une autre famille ! s’exclama Ayame en s’avançant jusqu’à eux. Je veux mon frère ! Où il est ? Et où est Darrick, d'abord ? Il a dit qu'il reviendrait me chercher !

Iyoko se crispa et se retourna pour cacher ses larmes. Rina posa une main compatissante sur l’épaule de son amie, les larmes aux yeux. Ed, lui, s’accroupit devant la fillette rousse.

-Ton frère… est partit pour un voyage. En attendant, tu vas venir avec moi, d’accord ?

-Mes frères m’ont toujours dit de ne pas faire confiance aux inconnus… Même si t’es gentil, Hiro et Darrick ne seraient pas content d’apprendre que je suis parti avec quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas !

Rina essuya vite ses larmes et se tourna vers la fillette.

-Mais moi, Hiro et Darrick me connaissent… Et comme c’est mon père, ils ne t’en voudront pas d’aller avec lui. Et je serais là.

-Après, si tu préfères, tu peux venir chez moi ! lança Roy avec un grand sourire.

Ayame accourut se cacher derrière Ed, comme pour se protéger.

-Non, toi, tu fais trop peur…

Edward eut un sourire machiavélique. Il ne pouvait pas laisser passer cette occasion.

-Ne t’inquiète pas, tu as juste à lui verser un verre d’eau sur la tête et il sera aussi inoffensif qu’une fourmi, dit-il à Ayame.

Alors que Roy grommelait dans sa barbe, Hawkeye se retint de pouffer. Décidément, il y avait des choses qui ne changeraient jamais !

Le regard d’Ed tomba soudainement sur l’un des chiens, qui était attaché dans le jardin du Q.G. Il fronça les sourcils.

-Tiens ? Je le connais, lui...

Rina se racla fortement la gorge et s’empressa de faire pivoter son père.

-On ferait mieux d’y aller ! dit-elle. On va rater notre train !

Elle croisa ensuite le regard d’Ayame et posa son index contre sa bouche pour lui faire signe de ne rien dire.

-Ouais ça va être encore à nous de s’occuper du chien, quoi, grommela Roy lorsqu’ils furent éloignés.