Quand l'heure de la vérité à sonné

par Jill Kuchiwa

Winry sursauta et guetta attentivement sa fille. Winry savait que si Ed était resté aussi silencieux depuis le début du repas, c’était pour une raison précise… Mais elle ne se doutait pas une seule seconde d’une telle chose.

-Est-ce que quelqu’un… va finir par bien vouloir… me donner un verre d’eau ? souffla Edwin.

Rina s’empressa de lui donner de quoi boire et en profita pour lui lancer un regard qui signifiait « Tu lui as dit ? ». Tout en buvant, Edwin fronça les sourcils pour lui répondre « Non, je lui aie rien dit ! ». Ed sembla remarquer cet échange silencieux entre ses deux enfants, puisqu’il ajouta :

-Je ne suis pas né de la dernière pluie, j’ai déjà eu des côtes cassées, tu sais. Je connais la façon dont on se tient dans ces moment-là.

-Je… Je suis tombée du toit que je réparais, mardi. J’ai mal atterrit et je me suis cassée deux côtes.

Avec la présence de son frère, elle avait préféré garder le nombre de deux côtes cassées, plutôt que trois… Puisque c’était ce qu’elle lui avait dit, juste avant.

-Qu… Pourquoi tu ne nous l’a pas dit plus tôt ?! paniqua Winry. Tu devrais être couchée !

-Il y a des elixirologistes à l’hôpital et ils m’ont correctement soigné. Mais ça reste douloureux.

-Pourquoi tu n’es pas rentrée plus tôt ?

-Je n’ai pas voulu. J’étais là-bas pour réparer mes bêtises et grâce à mes soins je pouvais déjà tenir debout donc j’ai insisté pour faire quelque chose qui ne me demandait pas trop d’effort et où je pouvais rester assise, mentit-elle, encore une fois.

Ed ne disait rien. Il gardait son regard fixé sur sa fille, l’air d’essayer de trier le vrai du faux.

-Comment… Comment tu as deviné ? demanda ensuite Rina.

-La façon dont tu as réagi dès que ton frère ou ta mère t’étreignait lorsque tu es arrivée, ou lorsqu’on a vu les résultats d’Edwin. Je t’ai vu après, quand tu as reculé… Avec les démarches et postures que tu as depuis que tu es rentré, c’est évident. Et notre combat de ce matin me l’a confirmé, même si j’espérais que tu me le dirais… Cependant, je comprends mieux avec cette histoire d’elixirologistes car en temps normal, tu n’aurais même pas pu tenir debout dès les premiers coups.

Rina était choqué. Depuis son arrivée, il l'avait deviné... Rien, aucun détail n’échappait à la vue de son père. Parfois, ça en était surréaliste !

-Pourquoi nous l’avoir cacher, Rina ? demanda Winry, l’air profondément blessée.

-Je ne voulais pas que vous vous inquiétez, surtout que c’était le même jour que les tests d’entrée d’Edwin. Et puis, il n’y avait pas lieu de le dire, j’ai été soigné ! Les os sont ressoudés, il faut juste le temps pour que la douleur passe mais c’est en bonne voie, ne t’inquiète pas…

Sa mère passa nerveusement une main dans ses cheveux en soupirant.

-Bon… Va dans ta chambre, même si c’est en voie de guérison il faut que tu restes encore couchée. Je t’apporterais quelque chose pour soulager la douleur. Edwin, tu peux t’assurer qu’elle rester couchée le temps que j’arrive ?

Dès que ses deux enfants furent sortis de la pièce, Winry se tourna vers son mari.

-Tu l’as deviné tout de suite ?

-Oui, j’avais juste besoin d’une confirmation pour être sûr… Mais je t’assure que j’aurais préféré me tromper.

-Quand je pense que tu l’as vu dès le premier coup d’œil, et que moi, je n’ai rien vu du tout… Quel genre de mère je suis ? soupira-t-elle en mettant une main contre son visage.

-Elle le cachait bien. Il faut déjà avoir eu les côtes cassées pour le remarquer, tu sais. Tu n’as rien à te reprocher ! Mais ce qui m’inquiète, c’est la façon dont elle s’est cassé les côtes…

Surprise, Winry redressa la tête pour regarder sin mari, les sourcils froncés.

-Tu ne la crois pas ?

Ed secoua la tête, l’air grave.

-Je n’en crois pas un mot.


**

Le week-end passa tranquillement. Winry remarqua que, malgré l’air perplexe de son mari, celui-ci ne chercha pas à en savoir plus sur l’accident, ayant sûrement décidé de faire confiance à sa fille… Ou en tout cas, d’essayer. La mécanicienne, elle, ne cessait de faire des allers-retours entre son atelier et la chambre de Rina, afin de s’assurer qu’elle n’avait besoin de rien. En tout cas, qu’elle ait raconté la vérité ou non, il fallait qu’elle ait vraiment mal pour sagement rester allongée comme ça…

-Rina, téléphone pour toi, lui apprit Winry en entrant dans sa chambre. Une certaine Iyoko… Tu veux que je lui dise de rappeler plus tard ?

-Non, j’arrive… C’est l’amie dont je vous aie parlé !

Winry sourit et l’aida à se relever.


-Coucou collègue ! lança Rina en prenant le combiné. Alors, quelles sont les nouvelles ?

-Tu ne vas jamais me croire !

-Dis toujours…

-Comme il venait de recevoir sa paye, il a pût se permettre une petite folie, -mais j’avais quand même apporté le dessert !-, on a mangé avec Ayame et on a bien rigolé. Ensuite, quand Ayame s’est couchée, on est allé dehors et on a discuté tranquillement. En plus c’était la pleine lune et le ciel était bien dégagé donc on voyait toutes les étoiles ! Et avec les bougies en plus, c’était trop romantique !

Rina pouffa et s’adossa contre le mur.

-Et j’espère qu’il y a une suite ? lança-t-elle.

-On peut dire ça… Il m’a embrassé !

-Waouh !

-Ensuite, on est resté blottis l’un contre l’autre un moment et j’ai dû rentrer. Je ne peux pas passer le voir aujourd’hui, je passe la journée avec mes parents et je suis de garde cette nuit au Q.G. Mais tu m’accompagneras, demain ?

-J’ai peur d’être de trop !

-Pas du tout et puis, Ayame t’a réclamée, aujourd’hui, elle a hâte de te revoir.

Rina sourit. Les deux amies discutèrent encore un peu, puis Rina retourna se coucher dans sa chambre. Une demi-heure plus tard, Winry revint s’assurer une nouvelle fois que sa fille allait bien.

-Tu es vraiment sûre que tu veux repartir ce soir ? demanda Winry pour la énième fois. Travaux d’intérêt général ou pas, tu as le droit de rester chez toi si tu es blessée.

-Je vais mieux, assura Rina en se redressant, comme pour le prouver. Et puis, je vais sûrement encore avoir un poste où je resterai assise.

-Si ça ne va pas, tu le dis et tu rentres directement à la maison, d’accord ?

-Oui, c’est promis, maman.

Winry poussa un profond soupir et s’assit sur le lit de Rina afin de serrer cette dernière contre elle.

-Et la prochaine fois qu’il t’arrive quelque chose de ce genre, tu nous préviens directement, d’accord ? Plus de mensgones...

Rina sourit et se blottit davantage contre sa mère. Une odeur familière lui chatouilla les narines. L’odeur de sa mère n’était pas comme celle des autres femmes. Elle ne sentait pas le parfum… mais l’huile. Même malgré les douches qu’elle prenait chaque jour, elle passait tellement de temps dans son atelier que l’odeur de l’huile finissait par rester encore un peu sur la peau. L’adolescente ne savait pas si c’était à cause du fait qu’elle avait toujours grandie avec cette odeur, mais cela ne l’avait jamais dégoûtée...Elle l'adorait et en était même fière car c’était ça qui faisait que sa mère était différente des autres, unique.

Elle ferma les yeux lorsque Winry commença à lui caresser doucement les cheveux… Et finit par s’endormir, aussi apaisée que lorsqu’une petite fille se sentait en sécurité dès qu’elle était dans les bras de sa mère.


**

Après s’être assuré une dernière fois que personne ne le suivait, l’adolescent aux cheveux blonds foncés entra dans un vieux bâtiment au pied d’une colline, à l’écart de la ville. L’endroit était lugubre et travailler là-dedans n’était pas toujours une partie de plaisir… Mais quand il fallait de l’argent…

Il tomba directement sur une de ses supérieures, une femme à la longue chevelure brune et au regard violet transperçant.

-Veuillez excuser mon retard, j’ai eu un petit contretemps.

Il esquiva juste à temps un poignard, qui se planta dans le mur dans un bruit sourd. Il ne réussit à s’en sortir qu’avec une légère coupure à la joue.

-On dirait que ça devient dangereux d’arriver en retard, ironisa-t-il, faisant preuve d'un incroyable sang-froid.

-Rassure-toi, tu n’arriveras plus jamais en retard, Hiro, déclara la femme.

-Comment ça ?

-Figures-toi que le boss est furieux… Tu avais dit que le message serait passé, mais notre « client » n’est toujours pas là… Je croyais que nous avions tous étés très clairs quand nous t’avons dit que cet accord était ta dernière chance.

-De ce que j’ai vu, c’est vous qui n’avez pas respecté la part du marché.

Il sous-entendait un événement particulier... Que la femme sembla tout de suite comprendre.

-Notre collègue n’avait fait aucune promesse de ce genre, lui…

-C’est n’importe quoi, grommela Hiro.

-Maintenant, si tu me le permets, je vais finir le travail, lança tranquillement la femme en sortant un nouveau poignard.

-Vous ne pouvez pas ! J’ai ma sœur, elle…

-Ne t’inquiète pas, normalement Berto s’est déjà occupé d’elle… Après tout, le boss nous a demandé d’effacer toute trace de toi sur cette terre. Tu en sais beaucoup trop sur nous…

-Non ! Vous n’avez pas le droit de vous en prendre à elle ! s’exclama Hiro en pivotant sur ses talons.

Alors qu’il allait courir vers la sortie pour rejoindre la maison, il reçut le poignard en plein dans l’arrière de la cuisse, le faisant s’écrouler au sol. Il tenta de se ressaisir rapidement et se releva pour s’éloigner en boitant.

-Ça ne sert à rien. Il est trop tard pour elle maintenant… Tout comme le garçon qui traîne toujours avec toi… Comment s’appelle-t-il, déjà ?

-Darrick ! s’écria soudainement Hiro.

-Oui, voilà !

Mais la femme se rendit bien vite compte qu’en fait, il n’avait pas cherché à lui répondre. Il appelait réellement son ami, qui était apparu à quelques mètres d’eux. Sa tignasse mi-longue et indomptable était inhabituellement plaquée contre sa peau, à cause de la transpiration. Il était mal-en-point et tenait à peine sur ses jambes. C’était même à se demander avec quelle force surhumaine avait-il bien pu venir jusqu’ici.

-Bordel Hiro, qu’est-ce qu’il se passe, ici ?! gronda Darrick.

-Ayame ! Va voir Ayame ! supplia Hiro.

-J’en viens figures-toi et elle…

Il ne put finir sa phrase, puisqu’il eut tout juste le temps de voir un poignard se diriger à vitesse folle en direction de sa tête.


**

Le soir, dans le train, Rina regardait le coucher de soleil à travers la vitre du wagon. Elle allait arriver tard à Central. Winry avait insisté pour qu’elle prenne le train le plus tard possible. De cette façon, elle se reposait un peu plus longtemps à la maison et elle était sûre que sa fille irait directement à l’hôtel en arrivant à Central.

Rina ne put s’empêcher d’avoir un sourire amusé en songeant à toutes les fois où sa mère avait embêté son père en l’appelant « Papa-poule » ou « Papa gâteau », alors qu’elle était loin d’être bien placée pour se moquer. Niveau « Maman-poule », Winry n’était pas mal… Mais Rina préférait largement ça, plutôt que d’entretenir une relation conflictuelle et pleine de tension, comme Elizabeth et Roy. D’ailleurs, en songeant à l’adjudant-chef, le sourire de l’adolescent s’évanouit aussitôt. Elle n’avait pas vraiment envie de la revoir…

Cependant, elle avait été surprise lorsqu’Iyoko lui avait appris, lorsqu’elle était venue lui rendre visite à l’hôpital, qu’Ellie avait activement participé aux recherches et avait semblé aussi inquiète que ses collègues. Le colonel Jon avait peut-être raison, après tout… Même si elle était en mauvais terme avec une personne, elle viendrait la secourir sans hésiter, surtout s’il s’agissait de quelqu’un de son équipe.

La jeune Elric s’étira et songea ensuite à Ayame. Elle n’allait malheureusement pas pouvoir aller chez Hiro, vu l’heure où elle arriverait. Dommage… La petite rouquine avait été si triste qu’elle s’absente et visiblement, elle attendait avec impatience son retour. Elle aurait sûrement été contente que Rina passe la voir dès son retour.


Dès son arrivée à l’hôtel, elle avait joint par téléphone le Führer Mustang, afin de le prévenir qu’elle arriverait le lendemain matin, même si ce n’était que pour du triage de dossier, puisqu’elle ne pouvait pas encore reprendre d’exercice physique. Elle n’avait pas réussi à tomber sur lui, mais sur un de ses collègue, Fuery, qui avait alors promis de lui transmettre tout de suite le message.

Rina avait raccroché en fronçant les sourcils, intriguée. Normalement, le président était encore à son bureau à cette heure-là… Il avait dû se passer quelque chose de grave pour qu’il se déplace en personne.


**

-C’est quoi cette histoire ? Elric revient demain ? rugit Ellie en entrant dans le bureau qu’elle partageait avec son équipe.

-Ah, je vois que vous êtes au courant adjudant, fit le colonel Jon avec une moue amusée.

-C’est vrai ? s’étonna Prell, qui s’apprêtait à partir pour rentrer chez lui, sa journée terminée.

-Je le savais aussi, avoua Iyoko qui venait d’arriver pour son tour de garde, je lui ais téléphoner ce matin. Mais elle m’a dit qu’elle voulait prévenir le président elle-même... Alors comment vous le savez, adjudant-chef ?

-J’emmenais des dossier dans le bureau du président quand j’ai entendu Fuery lui parler au téléphone. Je croyais qu’elle ne pouvait pas reprendre à cause de ses blessures et de ce fait, son essai avait été reporté ? continua Elizabeth.

-Je crois qu’il en faut plus que ça pour la faire abandonner, Mustang, dit Jon. Après, elle a seulement annoncée son retour et c’est un membre de l’équipe du président qui a pris l’appel. Le président n’a donc pas encore donné son accord.

-Mais il le donnera, assura le lieutenant Garray avec son tact habituel. Si elle revient, elle sera sûrement de corvée de dossier et le président n’a aucune raison de s’opposer à ça, surtout que ça l'arrange !

Elizabeth eut un rictus agacé. La flemmardise de son père pour les dossiers avait déjà le don de l'agacer... Alors si en plus ça donnait raison à Elric pour revenir...

-C’est ridicule ! On n’a pas besoin de quelqu’un qui nous attire des problèmes qui mettent en danger l’équipe ! Je ne compte pas passer ma vie à sauver ses fesses, alors qu’on doit déjà sans arrêt sauver celles de Prell ! ajouta-t-elle en désignant le sous-lieutenant de la main.

-Hé ! protesta celui-ci d’un air blessé.

Mais l’adjudant-chef ne répondit pas et sortit en claquant la porte derrière elle.

-C’est quoi son problème, à la fin ? explosa Iyoko.

Le colonel Jon et le sous-lieutenant Prell lui lancèrent un regard étonné. C’était la première fois qu’ils la voyaient s’énerver.

-Elles se ressemblent et sont différente à la fois, déclara Garray, qui, comme d’habitude, restait impassible. Elles ont la même vision des choses mais agissent différemment, c’est pour cela qu’elles ne trouvent pas de terrain d’entente.

-Ouais mais en attendant, c’est elle qui nous attire des problèmes ! Elle met une mauvaise ambiance dans l’équipe juste parce que c’est la seule à ne pas pouvoir blairer Rina ! Alors que c’est soi-disant celle qui a le meilleur esprit d’équipe, ici !

-Et c’est vrai, confirma Jon. Mais il faut leur laisser le temps de se connaître, toutes les deux. Je suis sûr qu’elles peuvent s’entendre.

Elizabeth serra les dents. Elle était restée dos à la porte pour écouter ce qui se disait entre ses collègues. Décidant qu’elle en avait assez entendu, elle s’éloigna. Le colonel se trompait. Elle ne pourrait jamais s’entendre avec Rina. Ce n’était qu’une gamine faible à force d’avoir été chouchoutée par ses parents, plus particulièrement par son père.

« Mais au fond, ne refuses-tu pas de lui donner sa chance simplement parce que tu es jalouse d’elle ?... Et Jon a raison, quelque part, vous vous ressemblez… Toi aussi, tu admirais profondément ton père, avant… Tu vois, vous n’êtes pas si différente !» nargua une voix, dans sa tête.

Elizabeth secoua la tête pour chasser ses pensées.

De toute façon, sa décision était déjà prise.


**

-Qu’est-ce qu’il s’est passé, ici ? souffla Mustang en regardant lentement les alentours, comme s’il essayait de prendre conscience de l’horrible scène qui se trouvait sous ses yeux.

Un combat extrêmement violent avait eu lieu, ici. Et pourtant, il n’y avait qu’un corps inerte au sol. Le visage de Roy s’assombrit quand il le reconnut.

-Elle va vouloir se charger de ça, murmura Hawkeye avec délicatesse.

-Eh bien elle n’est pas encore qualifiée pour cela.

-Tu crois vraiment que ça va l’en empêché ?

Roy poussa un profond soupir. Fuery avait réussi à le joindre pour le prévenir que Rina était de retour à Central, prête à s’attaquer aux dossiers dès le lendemain. Roy aurait préféré qu’elle ne revienne pas tout de suite…

-Non, bien sûr que non, soupira-t-il.

Il jeta un œil aux journalistes, déjà présents sur les lieux. La nouvelle ferait la une sur tous les journaux de demain… Même si Rina ne lisait pas les journaux, tout le monde ne parlerait que de ça et elle finirait par être au courant. Que devait-il faire ? La renvoyer chez elle pour être sûr qu’elle ne l’apprenne pas tout de suite ? La convoquer dans son bureau dès le lendemain matin pour lui annoncer la nouvelle lui-même ? Il se rappelait très bien de la réaction d’Edward lorsqu’il avait essayé de lui cacher la mort de Maes Hughes… Le sale gosse qu’il était avait carrément levé la main sur lui, son supérieur ! Même si Rina avait plus de respect envers la hiérarchie que son père, Roy ne doutait néanmoins pas que sa fureur devait être égale à celle du Fullmetal, une fois déclenchée… Et il n’était pas d’humeur à ça.

-Je suppose que je vais devoir passer par son hôtel avant d’aller au Q.G, demain matin…


**

Le lendemain matin, alors que la famille Elric était en train de prendre son petit-déjeuner, le téléphone sonna. Surprise, Winry regarda l’heure. Il était rare que les clients appellent aussi tôt.

-J’y vais, annonça Ed alors que sa femme s’apprêtait à se lever pour répondre.

Il était perplexe… Rina était partie la veille au soir et le téléphone sonnait dès le lendemain de son départ… Il décrocha alors le combiné en espérant que ce ne soit qu’une mauvaise coïncidence.

-Bonjour, je suis bien chez les Elric ?

Ed fronça les sourcils, cherchant s’il connaissait cette voix… Mais non, elle ne lui disait rien...

-En effet… Et vous, vous êtes… ?

-Une collègue de votre fille.

-Collègue ? Vous êtes en travaux d’intérêt général, vous aussi ?

En entendant ces mots, Edwin redressa la tête, le cœur battant à la chamade. Cela n’annonçait rien de bon…

-Pas vraiment, répondit l’autre personne au bout du fil. C’est donc bien vrai, vous n’êtes pas au courant…

Les poils d’Ed se hérissèrent sur sa nuque. Il sentait qu’il n’allait pas aimer ce qui allait ressortir de cette conversation.

-Je vais regretter cette question, mais au courant de quoi ?

Winry lança un regard inquiet à son mari. Sa voix tremblante était signe qu’il retenait une colère imminente. Edwin, lui, se mordit l’intérieur des joues et repoussa doucement sa tasse de café, l’appétit soudainement coupé.

-Je suis désolée de vous l’apprendre de cette façon mais Rina est en réalité à l’armée. Enfin, actuellement elle est train de faire son mois d’essai, en tout cas.

Le cœur d’Ed fit un bond dans sa poitrine.

« Je le savais ! Je le sentais ! » s’exclama-t-il intérieurement.

Et qu’est-ce qu’il aurait aimé se tromper…

-Je viens la chercher immédiatement, grommela-t-il, les dents serrées, prévenez-là de mon arrivée.

-Qu’est-ce qu’il se passe ? questionna Winry dès qu’il raccrocha.

-Il se passe que j’avais raison de me méfier de ce mois de travaux ! C’est exactement ce que je craignais !

Edwin se crispa et abaissa la tête et les yeux, mais Ed ne le remarqua pas. Il enfilait déjà sa veste, tandis que sa femme était complètement perdue.

-Je ne comprends pas… Que fait Rina à Central, exactement ?

-Notre fille fait un essai pour entrer dans l’armée, voilà exactement pourquoi elle a voulue aller à Central ! Depuis le début, c’est ça qu’elle cherche à faire !

-Et tu l’as appris grâce à ce coup de téléphone ? Ce n’est pas obligatoirement vrai, tu sais ! C’est peut-être juste une mauvaise blague…

-Eh bien, il n’y a qu’une seule façon de le savoir… Et je t’assure que si c’est vrai…

Sa phrase resta en suspens. Winry se demanda si c’était une bonne ou mauvaise chose…

Dès qu’il fut sorti, la mécanicienne se laissa tomber sur une chaise en soupirant. Pourquoi les choses finissaient-elles toujours ainsi avec Rina ?

-Il n’y a plus qu’à espérer que cet appel ne soit qu’un canular venant d’un plaisantin, fit-elle à Edwin.

-Ce n’est pas un canular…

-Ne soyons pas si négatif tout de suite, il vaut mieux attendre d’avoir une confirmation... C'est vrai que quelque part, ça ne m'étonnerais pas de Rina, mais...

-J’ai la confirmation. Rina est réellement à l'armée.

Winry ne capta pas tout de suite la révélation de son fils. Mais quand ce fut le cas, elle sursauta.

-Qu'est-ce que tu dis ? souffla-t-elle. Rina à l’armée ? Mais… Mais que… Et tu… Elle… Tu le savais ? Depuis quand ?

-Lors de votre retour de Central, quand vous aviez dû aller la chercher. Elle m’en a parlé, comme papa l’avait prévu… Il avait flairé le mauvais coup et m’avait demandé de le tenir au courant. Il savait qu’elle se confierait à moi…

-Et tu ne le lui a pas dit ?

Edwin se mordit la lèvre inférieur, honteux.

-Non… Mais qu’est-ce que j’étais censé faire ? Soit je trahissais ma sœur, soit je trahissais mon père…

Winry regarda silencieusement son fils, pendant ce qui semblait une éternité aux yeux de ce dernier.

-Pourquoi ta décision a été le deuxième choix ?

Edwin se sentit soulagé quand il constata qu’il n’y avait pas de ton accusateur ou de reproche dans sa voix. Elle était réellement curieuse de connaître son point de vue, de comprendre le pourquoi du comment. Winry était comme ça. Elle cherchait toujours à comprendre avant de juger.

-Je déteste mentir à papa et je t’assure que j’étais tellement mal que je n’en aie pas dormi de la nuit ! Mais… Rina se sentait attirée par ce milieu et je pense qu’il est temps qu’elle fasse ses propres expériences. Je sais que l’armée, ça peut être dangereux… Mais c’est son choix et on va bien devoir finir par l’accepter. Il faut qu’on se rende à l’évidence, si elle reste ici, elle va finir par devenir folle… (Il soupira) Maman, qu’est-ce que tu aurais fais, toi ? Quel était le bon choix ?

-Pourquoi tu ne m’en a pas parler ?

-Qu’est-ce que tu aurais fait, dans ce cas ?

Winry réfléchit un instant. C’était une situation délicate… Elle ne pouvait rien cacher à Ed, mais d’un autre côté, elle était d’accord avec Edwin, pour Rina…

-Je ne sais pas, avoua-t-elle. Il n’y avait pas de bon ou mauvais choix puisqu’Ed et Rina ont tords et raison à la fois, tous les deux…


**

Quand elle se remit à son bureau après une pause déjeuné rapide, Rina fronça les sourcils lorsque l’adjudant-chef Mustang rentra dans la pièce en fredonnant. Elle avait été d’excellente bonne humeur toute la matinée… ce qui était anormale ! L’adolescente faillit même avoir une crise cardiaque lorsqu’Elizabeth la gratifia d’un petit sourire.

-Il va neiger ou comment ça se passe ? chuchota Iyoko en passant à côté de Rina, qui avait surpris ce dernier geste.

Cette dernière pouffa.

Avant d’aller au Q.G, Rina avait récupérer Nori chez les Mustang. Hawkeye en avait profité pour lui apprendre que le président était en route vers son hôtel, pour lui parler. Ils avaient donc dû se croiser sans le savoir… La garde du corps l’avait ensuite prévenu que le Führer risquait de la convoquer, afin de lui parler. Seulement, les heures passaient et elle n’avait pas encore été convoquée, le Führer était très occupé. De toute façon, si Roy souhaitait lui parler, c’était sûrement pour la convaincre de rentrer chez elle, ce que Rina ne comptait absolument pas faire. Mais dans ce cas… Pourquoi avait-il aussi l’intention de convoquer Iyoko ? Riza n’avait rien voulu lui dire de plus…

Quelques minutes plus tard, alors qu’elle s’occupait du dernier dossier, il sembla y avoir de l’agitation dans les couloirs.

-Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Prell.

Rina, Iyoko et l’adjudant-chef Mustang haussèrent les épaules, signe qu’elles n’en avaient aucune idée. Personne ne remarqua le sourire en coin d’Elizabeth.

-Monsieur ! Vous n’avez pas le droit d’aller là ! s’exclama quelqu’un.

-Où est-elle ? Que quelqu’un me l’appelle tout de suite !

Rina sursauta.

-Cette voix…, murmura-t-elle en se crispant.

Non… Non, c’était impossible… Comment avait-t-il pu…

-Mad-Mademoiselle Elric, on v-vous demande à l’a-l’accueil, bégaya un sergent en passant sa tête dans l’entrebâillement de la porte.

Le pauvre homme semblait effrayé. Il sembla vouloir rajouter quelque chose mais on le poussa sur le côté et peu après, la porte s’ouvrit en grand, dévoilant aussi sec la silhouette d’un homme visiblement très furieux.

-Papa ?! s’écria Rina, les yeux écarquillés.