Premiers jours

par Jill Kuchiwa

-Bon, Rina…, commença le Führer. Tu te doutes que tu m’as mises dans une situation délicate… Tu es en mois d’essai mais je n’ai aucune autorisation écrite de tes parents et ils ne sont même pas au courant de ta réelle présence ici…

Rina soutint son regard.

-Je vais donc te prier d’être prudente. Bon je te rassure, je n’ai pas pour habitude d’envoyer les militaire en essai sur des missions dangereuse. Seulement, si tu pouvais éviter de t’attirer les ennuis je t’avoue que ça m’arrangerai…

-Je ferai attention.

-Je l’espère… Riza, peux-tu l’emmener voir son colonel ?

-Tout de suite, déclara la garde du corps. Suis-moi, Rina.

Dans les couloirs, Rina fut surprise de l’agitation qui régnait déjà. Les sonneries de téléphone, les militaires qui courraient d’une pièce à l’autre… Le Q.G était plongé dans un incroyable brouhaha.

-Pourquoi est-ce qu’il a accepté de faire ça ? demanda Rina à Hawkeye.

-Hum… Tu sais sûrement qu’il a souvent fait équipe avec ton père… Je suis sûre que te voir lui à donner de la nostalgie !

Puis, Riza lui sourit et s’arrêta devant une porte.

-Je vais te présenter ton équipe. Elle n’est pas encore bien grande et se forme petit à petit. Si le feeling passe bien, ce sera ton équipe définitive. En plus, il y a une fille qui est en essai, comme toi, sauf qu’elle finit cette semaine. Elle a un an de plus que toi.

-Et comment ça se passe lorsqu’on finit son essai ?

-Ton équipe est convoquée par le Führer et ils délibèrent ensemble.

-Et vous pensez qu’il va y avoir un bon feeling entre eux et moi ?

-Oui, c’est une bonne équipe… Par contre, tu vas peut-être avoir du mal avec ton adjudant-chef, elle a un caractère aussi trempé que le tien !

Sans donner plus d’explications, elle ouvrit la porte.

-Voici Rina Elric, votre nouvelle recrue, lança-t-elle à l’intention des personnes dans la pièce.

Rina tressaillit lorsqu’elle croisa le regard de l’adjudant-chef qui l’avait fait arrêter, l’autre jour… Et la jeune militaire ne parut pas non plus très joyeuse à la vue de sa nouvelle collègue.

-Ah non ! Pas elle ! s’exclamèrent Rina et l’adjudant en fusillant Hawkeye du regard.

Un des hommes éclata de rire.

-Eh bien ! Au moins, quelque part, elles sont déjà sur la même longueur d’onde !

-Rina, je te présente le colonel Jon et le lieutenant Garray, que tu as déjà rencontré.

Le colonel Jon était l’homme qui avait ri. Il avait des cheveux bruns mi-long et bouclés et des yeux verts farceur. Garray, lui, était imposant avec ses épaules au carré et son visage dont le crâne chauve renforçait les traits sévères. En effet, Rina se souvenait qu’il était l’un des deux soldats qu’elle avait enfermé dans une cage, à son arrivée.

-Et je suppose que tu connais aussi déjà le sous-lieutenant Prell.

En effet, elle reconnut un homme grand mais fin, aux cheveux bruns et avec des lunettes. Le deuxième soldat qu’elle avait coincé…

-Comme on se retrouve, lança justement le sous-lieutenant Prell.

-B-Bonjour… Je suis vraiment désolée !

Prell lui sourit, visiblement pas rancunier.

-Et enfin, l’adjudant-chef Mustang, qui ne t’est également pas inconnu.

-En bref, j’étais le seul qu’elle ne connaissait pas encore ? lança le colonel, les yeux pétillant de malice.

-Attendez… Mustang ? réalisa soudainement l’adolescente. L’adjudant est la fille du Führer ?

-Oui, et alors ? grommela l’intéressée.

« Génial… J’avais combien de pourcentage de chance de me faire arrêter par la fille du Führer et en plus d’atterrir dans son équipe ? » se demanda Rina.


**

Le soir, Rina avait accompagné Hawkeye jusque chez elle afin de voir où elle habitait, comme l’adolescente devait y laisser son chien pour la nuit.

La garde du corps l’avait invitée à boire un thé. La maison était beaucoup trop grande pour une seule personne, mais Rina n’osa pas demander à l’assistante du Führer si elle était mariée… Et elle n’avait pas vérifié si elle avait une alliance. Tout à coup, trois chiots Shiba débarquèrent dans la pièce comme des fous, suivit de leur mère, une très belle chienne rousse.

-Vous pensez que ça va bien se passer pour Nori, avec tous vos autres chiens ? s’inquiéta Rina.

En voyant tout ses congénères s’approchés de lui, Nori se réfugia sous les jambes de Rina, pas très rassuré.

La garde du corps sourit et se pencha pour caresser le Shiba blanc qu’elle emmenait toujours au travail avec elle, le père des chiots.

-Si White Hayate l’aime bien, alors tous les autres l’aimeront, ne te fais pas de soucis pour ça.

-J’espère qu’il est plus doué que moi pour se faire des amis !

-Comment ça s’est passé d’ailleurs aujourd’hui ?

-Le colonel m’a surtout montré l’établissement et présenter à quelques sergents. Il m’a laissé prendre mes marques aujourd’hui mais m’a assuré que dès demain, je commencerai les choses sérieuses.

-Je n’en doute pas ! Tu verras, tu vas beaucoup apprendre à ses côtés !

-Tant mieux !

Rina hésita un instant avant d’ajouter :

-Dites… Vous connaissez mon père n’est-ce pas ? Comment il était… avant ?

-De ce que j’ai vu, il n’a pas beaucoup changé… Il essaye toujours de protéger ceux qu’il aime… Et a toujours aussi peu de respect pour la hiérarchie, ajouta Riza en pouffant.

-Il a toujours été aussi excessif au niveau de la protection ? Je veux dire… C’est invivable pour moi ! Il ne me laisse jamais rien faire.

-Si tu finis en garde à vue à chaque fois que tu sors, je peux comprendre…

Rina détourna le regard et rougit.

-Oui mais bon…

-Tu es sa fille Rina, c’est normal qu’il cherche à…

-Edwin est son fils, lui aussi ! coupa sèchement l’adolescente. Pourquoi il n’est pas tout le temps sur son dos, comme moi ? Pourquoi il le laisse aller faire une formation à des kilomètres de chez nous et quitter la maison pour toujours alors que moi si je m’éloigne de dix mètres de la maison, c’est la panique ?

-Pourquoi ne parles-tu pas de tout ça avec lui ?

-Il ne comprendrait pas.

-Et tu es sûre qu’entrer dans l’armée dans son dos l’aiderait à comprendre ?

-Au moins il comprendra qu’il est allé trop loin.

-Et toi ? N’es-tu pas allée trop loin ? insista doucement Hawkeye, sans aucune trace de méchanceté dans la voix.

-Vous êtes garde du corps ou flic ? rugit Rina, agacée de toutes ces questions.

Puis, elle réalisa ce qu’elle venait de dire et regretta vite ses paroles. Elle était vexée parce que Riza avait raison, tout simplement.

-Excusez-moi, soupira-t-elle.

La garde du corps lui fit un sourire compréhensif.

-Il est encore temps pour toi de tout arrêter et de rentrer chez toi, Rina, déclara-t-elle toujours aussi calmement.

-Non ! C’est juste que… J’aimerai lui prouver ma valeur, que je ne suis pas aussi fragile qu’il le pense… Que je ne suis plus le bébé fragile qu’il a tenu dans ses bras, la première fois…

-Les pères sont très souvent plus possessif et plus protecteur envers leurs filles que leurs garçons, tu sais, murmura Riza, un sourire songeur aux lèvres et les yeux dans le vagues.

Puis, elle secoua doucement la tête, comme pour chasser ses pensées et se concentra de nouveau sur Rina.

-Tu dois parler de tout ça à ton père, c’est important qu’il sache ce que tu ressens et comment tu vis cette situation… Laisser traîner les choses n’a rien de bon et tu finiras par avoir une relation catastrophique avec ton père, alors que c’était la personne que tu admirais le plus…

Tout à coup, Rina eut l’impression que la garde du corps savait très bien de quoi elle parlait et fut gênée.


Plus tard, alors qu’elle marchait en direction de son hôtel, on l’interpella. Quand elle se retourna, elle vit une fille Ishbal accourir dans sa direction en lui faisant signe de la main. Rina la reconnut. Il s’agissait de la fille qui finissait son essai en fin de semaine, le colonel Jon la lui avait présentée dans l’après-midi. Elle l’avait vite repérée avec son enthousiasme et sa joie de vivre et pourtant… Elle était incapable de se remémorer de son nom !

-Salut, Rina ! Il me semblait bien avoir reconnu ma nouvelle collègue !

-Salut, euh… I …Iyo... ?

-Iyoko. Iyoko Shima.

-Désolée, j’ai eu tellement de noms à mémoriser aujourd’hui.

L’adolescente pouffa et lui fit un clin d’œil.

-Je connais ça ! J’ai eu du mal moi aussi ! Tu es d’ici ?

-Non, je suis de Resembool.

-Ah ouais, tu n’es pas du tout du coin ! Tu veux que je te fasse visiter la ville ?

-Euh… Je ne veux pas te déranger…

-Si ça me dérangeais je ne te l’aurai même pas proposé ! (Elle lui attrapa le poignet) Viens !


**

-Toi, tu habites ici ? demanda Rina avant de croquer dans son sandwich.

Elles s’étaient acheter de quoi grignoter tout en pouvant marcher.

-Oui, avec mes parents.

-Je peux te poser une question indiscrète ? (Iyoko lui donna l’autorisation d’un hochement de tête) Je croyais que les Ishbal étaient contre l’Alchimie depuis la guerre civile, alors…

-Il faut savoir évoluer avec son temps, répondit Iyoko en haussant les épaules.

-Et tes parents sont d’accord pour que tu deviennes Alchimiste d’Etat ?

-Tant que je reste du côté du service public et que je ne me mêle pas des guerres, ils ne m’en empêcheront pas.

-Ils ont compris ta décision ?

-Hum… En fait, ils ont surtout compris que j’étais archi-motivée et que rien ni personne ne m’empêchera !

Rina poussa un profond soupir.

-Moi-même si je suis déterminée et motivée, ils ne comprendraient pas.

-« Comprendraient » ?... Attend, ils ne le savent pas?

-Eh bien…

Elle s’arrêta de parler lorsque quelque chose attira son attention. Un adolescent aux cheveux bruns en bataille venait de débarquer dans la rue. Se sentant observé, il regarda autour de lui et son regard finit par croiser celui de Rina. Darrick ! L’un des voleurs que Rina avait arrêtés, dès son arrivée à Central. La reconnaissant également, ce dernier lui lança un regard noir et s’éloigna sans attendre son reste. Mais Rina ne comptait pas le laisser s’en sortir comme ça.

-Attends ! s’exclama-t-elle avant de s’élancer à sa poursuite.

-Hé ! Attends-moi ! lança Iyoko en s’empressant de la suivre.

La jeune Elric rattrapa bien vite Darrick et le fit se retourner en lui attrapant l’épaule.

-Tu es déjà en liberté ?

-C’est qui ? C’est ton petit ami ? demanda Iyoko.

-Sûrement pas ! s’écrièrent Rina et Darrick.

Puis, Rina à ajouta à l’intention de l’adolescent :

-Qu’est-ce que tu as volé cette fois ? Il n’est pas avec toi, ton pote ?

-Et si tu t’occupais de tes affaires ? grommela Darrick.

-A ce qu’à dit le Führer vous êtes des habitués de la maison ?

-On t’a carrément emmené devant le Führer ?

-Oui suite à ma demande… Et si tout va bien, dans un mois je serais Alchimiste d’Etat.

-Tu crois vraiment qu’ils voudront d’une folle furieuse comme toi ?

-Dans mes souvenirs, cette folle furieuse à quand même réussi à te battre à plate couture, rétorqua Rina.

Il lui lança un regard noir et pivota sur ses talons.

-Hé attend ! J’en aie pas finit avec toi ! interpella Rina.

-Je n’ai rien à faire avec un chien de l’armée ! répliqua Darrick en s’éloignant sans se retourner.

-Grrr… Crétin ! Grommela-t-elle.

-Je crois qu’il va falloir que tu m’expliques…, fit Iyoko, ahurie.


~*Le lendemain matin*~


Devant la maison de Hawkeye, Rina toqua à la porte.

-Oh, bonjour Rina, dit Riza en ouvrant la porte.

-Bonjour ! Je sais que vous deviez m’emmener directement Nori au Q.G mais je voulais voir si tout s’était bien passer.

-Je comprends. Ne t’inquiète pas, tout s’est parfaitement b…

-Je pars la première, m’man, on se verra au Q.G, lança une voix féminine venant de l’intérieur.

La personne apparut derrière Riza. Il y eut un grand moment de silence lorsque Rina et l’adjudant Mustang se retrouvèrent face à face.

-Toi, souffla l’adjudant en prononçant ce mot comme une malédiction.

Mais Rina, bouche-bée, ne répondit pas. Son regard allait de Hawkeye à Mustang.

-Bon, j’y vais.

Sur ce, l’adjudant-chef dépassa Hawkeye et Rina en oubliant pas de légèrement repousser celle-ci de l’épaule. En temps normal, Rina lui aurait bondit dessus… mais là, elle était en état de choc…

-Ne fais pas attention à Elizabeth, elle n’est pas facile en ce moment, soupira Riza.

-C’est… C’est votre fille ?

-Oui.

-Donc… Vous êtes la femme du Führer ?

-En effet, répondit Riza, un sourire mi- gêné, mi- amusé aux lèvres.

« Vous êtes garde du corps ou flic ? » que Rina lui avait lancé, la veille ! A elle, la femme du Führer et la mère d’une de ses supérieurs !

Rina se frappa le front.


**

-Bonjour ! lança Rina en entrant dans la pièce.

Mais avant même que quiconque puisse lui répondre, l’adjudant Mustang rétorqua :

-Tu es en retard, Elric.

-Pardon ? (Elle se tourna vers l’horloge) Il est 8h05 !

-Et il faut être là à 8h00. Si tu n’es pas capable d’être ponctuelle ce n’est même pas la peine d’espérer faire partie de cette équipe, un jour.

Elle sortit de la pièce en claquant la porte derrière elle.

-Ouah… C’est la première fois qu’elle fait le coup du retard, lança Jon, rompant ainsi le silence gêné qui s’était installé.

-Elle est toujours comme ça ? demanda Rina, blasée.

-Au début, avec les gens qu’elle ne connaît pas, oui, répondit Garray. Et une fois qu’elle a apprit à te connaître, soit elle t’apprécie, soit elle ne peut pas te saquer…

-C’est marrant mais j’ai l’impression de déjà savoir dans quelle catégorie je vais rentrer !

-Mais ce qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est sa loyauté sans faille envers ses camarades. Qu’elle t’apprécie ou non, elle n’hésitera pas à te venir en aide si tu es en danger !

-J’ai hâte de la voir gravir les échelons, ajouta Jon. Elle ira loin, cette petite...

Puis, il se leva en claquant une fois dans ses mains.

-Bon… On se met au travail ?


**

-Tu t’en sors collègue ? demanda Iyoko.

-Disons que quand il disait qu’on allait se mettre au travail, je ne m’attendais pas à ça, grommela Rina.

La jeune Elric lança un regard désespéré à l’immense pile de document devant elle, qu’elle avait à trié.

-Je suis désolée de t’apprendre ça, mais pour ta première semaine ça va être ta seule mission.

-Et ensuite, comment ça se passe ?

-Eh bien, après tu patrouilles dans les rues… Et lors de ta dernière semaine, tu participes et aide aux missions autant sur le terrain qu’au bureau.

-En bref, l’essai ne commence que la dernière semaine.

-Hum… Pas tellement…
Voyant l’air interrogateur de Rina, Iyoko tira une chaise vers elle pour s’asseoir.

-En fait, l’invasion de document c’est pour tester ta patience et ton sérieux… Et aussi pour t’habituer aux dossiers parce que tu vas souvent y être confronté grâce au président !

-Eh bien ils vont vite voir que je n’ai aucune patience, grogna Rina.

-Ensuite les patrouilles sont pour voir si tu sais remarquer les fraudes et faire respecter la loi... (Puis, elle éclata de rire)Mais à ce qu’on ma dit, tu maîtrise déjà parfaitement cette étape ! Je me demande qui des voleurs ou des miliaires ont étés les plus surpris que tu interviennes !

Rina pouffa.

-Et enfin, lors de la dernière semaine, c’est là qu’on voit si tu as les qualités pour devenir Alchimiste d’Etat. Certes, il est vrai que c’est la semaine la plus importante mais il ne faut pas négliger le reste pour autant.

Rina médita là-dessus un instant.

-Bon… Il ne me reste plus qu’à continuer ça, alors, soupira-t-elle avant de se re-concentrer sur les dossiers.

Iyoko lui fit un clin d’œil et sortit de la pièce.


~*Quelques heures plus tard*~


-J’ai les épaules endormies à force d’être resté assise, lâcha Rina dans un grognement en étirant ses bras, et je ne te parle même pas de mon derrière !

Iyoko pouffa et croqua une bouchée de son sandwich. Puis, elle soupira et ferma les yeux afin de savourer une légère brise lui caresser le visage.

-Moi je viens juste d’assister à un interrogatoire…, finit-elle par déclarer. C’est incroyable ce que les gens peuvent être bornés, parfois ! Tout les accuse et eux, ils cherchent encore des excuses… Il a fallu une heure pour qu’il avoue enfin… D’un côté, tu aurais dû voir sa tête lorsque le colonel Jon à fait entrer le lieutenant Garray dans la pièce !

Ce n’était pas étonnant, même la personne la plus rebelle pouvait être déstabilisée rien qu’en croisant le regard de Garray. Puis, Iyoko sembla se rappeler de quelque chose et lança un regard interrogateur et rempli de curiosité à Rina.

-Au fait, en parlant d’excuse, on n’a pas fini notre conversation, l’autre jour.

-Laquelle ?

-Par rapport à tes parents… A ce que j’ai compris, ils ne savent pas que tu cherches à entrer dans l’armée ?

Rina, tout à coup fortement gênée, pris le temps d’arracher un bout du jambon de son sandwich afin de le donner à Nori, qui trottinait joyeusement à ses pieds.

-Disons que je préfère le leur dire une fois que se sera officiel, dit-elle en se redressant, c’est la seule solution que j’ai trouvé pour qu’ils n’aient pas leur mot à dire.

-Tu es mineure et l’armée n’est pas le métier le plus sûr, même au service public… C’est risqué comme solution.

-Je le sais mais l’armée est le seul truc qui m’attire réellement et mon père n’accepterait jamais que je devienne Alchimiste d’Etat… Il a dû collaborer avec l’armée plus jeune et je n’ai pas l’impression que ce soit de bons souvenirs pour lui…

-Ça peut se comprendre, il y a eu de gros problèmes avec l’armée, il y a plusieurs années. Je me suis renseigné aux archives… C’est un truc de dingue tout ce qu’il s’est passé !

-Les temps ont changés et il serait temps qu’il ne comprenne !

-C’est ton père, tu le connais mieux que moi… Mais même si tu réussi ton mois d’essai, je doute qu’il te laisse tranquillement devenir Alchimiste d’Etat, si l’armée le révolte tant que ça.

« Moi aussi… » songea Rina avec un pincement au cœur.

En entendant une voix d’enfant, l’adolescente tourna la tête dans sa direction et découvrit une fillette assise sur un bout de carton qui devait avoir sept ou huit ans. Malgré ses deux couettes, on voyait sans difficulté que ses cheveux roux étaient gras et emmêlés. Ses yeux verts étaient légèrement gonflés et ses pommettes étaient rouges. Visiblement, elle était malade.

-Où sont ses parents ? demanda Rina en regardant autour d’elle. Ils ne devraient pas la laisser toute seule, comme ça.

-A mon avis, elle vit dans la rue, murmura Iyoko. Mais c’est bizarre, j’ai patrouillé toute une semaine dans ce coin-là -et j’en ait vu des personnes à la rue- mais elle c’est la première fois que je la vois, alors qu’elle a l’air d’être ici depuis un moment… Regarde ses vêtements, ils sont fichus…

Rina décida de s’approcher de la petite fille. En la voyant se diriger vers elle, la fillette fronça les sourcils, méfiante.

-Bonjour… Je m’appelle Rina. Tu es toute seule ?

La fillette hocha doucement la tête, toujours avec cette lueur de méfiance dans le regard. Rina sourit et lui tendit son sandwich à peine entamé. Nouveau regard méfiant de la petite.

« Tu ne te laisses pas facilement amadouer, toi… » se dit Rina.

Mais vu sa situation, c’était compréhensible.

Tout à coup, alors que l’enfant allait finalement attraper le sandwich, Nori se jeta joyeusement sur elle pour lui lécher le visage… Et ainsi réclamer un autre morceau de jambon.

-Nori ! gronda Rina en s’empressant d’attraper de le chiot par la peau du cou. Ça ne va pas non ? (Elle s’adressa ensuite de nouveau à la fillette) Pas de bobos ?

-N-Non… C’est ton chien ? demanda-t-elle d’une toute petite voix.

-Oui, il s’appelle Nori. Excuse-le, il est assez gourmand et très joueur…

-Mais il est gentil ?

-Très.

La petite fille tendit la main pour caresser timidement la tête du chien, qui accepta la caresse bien volontiers. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres alors que Nori lui léchouilla la main. Rina en profita pour lui tendre à nouveau le sandwich que cette fois, la fillette accepta.

-Comment tu t’appelles ? demanda Iyoko en s’approchant doucement.

-Je m’appelle…

Une quinte de toux l’interrompit. Rina fronça les sourcils et alors qu’elle allait lui frotter le dos…

-Ne la touche pas ! gronda sévèrement une voix masculine.

Puis, on la bouscula violemment et elle s’écroula par terre. Le choc fut si fort qu’un léger instant, la vision de l’adolescent fut floue.

-Hey ! Du calme ! s’écria Iyoko en aidant Rina à se relever. Et qu’est-ce qui nous dit que ce n’est pas toi, qui lui veux du mal ?

-Pourquoi je ferais du mal à ma propre sœur ?

-Elle nous a dit qu’elle était seule !

-C’est rien grand-frère, elles sont gentilles, intervint la fillette.

Rina redressa la tête et tressaillit quand elle reconnut Hiro, l’adolescent qui trainait avec Darrick, l’autre jour.

-Si une de vous pose la main sur elle, ça ira très mal ! s’exclama le blond en fusillant particulièrement Rina du regard.

-On ne lui a rien fait de mal, maugréa l’adolescente.

-C’est vrai, elles m’ont donné à manger, regarde ! lança la fillette en montrant le sandwich qu’elle tenait à la main.

Hiro sembla se détendre légèrement.

-Ta sœur à besoin de médicament, dit Iyoko, le visage grave. Ça n’a pas l’air d’être un simple rhume…J’ai l’impression que c’est une grippe et ça pourrait être grave, surtout dans les conditions dans lesquelles elle vit.

-Je sais m’occuper de ma sœur, je n’ai pas besoin de tes conseils !

-Ce n’est pas en ignorant mes conseils que tu prendras soin de ta sœur.

-Mêlez-vous de vos affaires, à la fin !

Sur ce, il pivota sur ses talons et s’éloigna précipitamment. Rina et Iyoko le regardèrent partir, le cœur lourd d’inquiétude pour la petite. Puis, le ventre de la jeune Elric gargouilla bruyamment et elle fit une moue dépitée lorsqu’elle se rappela qu’elle n’avait plus assez de monnaie pour s’acheter autre chose à manger. Iyoko éclata de rire et coupa son sandwich en deux pour en donner un bout à Rina.


Le soir, assise sur son lit d’hôtel, Rina regardait pensivement par la fenêtre, se repassant en boucle ce qu’il s’était passé avec Hiro et sa sœur. Ainsi, tous deux vivaient dans la rue…

« Et Darrick, dans tout ça ? »

Etait-il l’ami de Hiro ou également son frère ? Vivait-il dans la rue, lui aussi ? Si ce n’était pas le cas, pourquoi ne pas accueillir Hiro et la fillette chez lui ?

« Ou alors, pour justement se faire pardonner de ne pouvoir l’accueillir, il vole avec lui pour l’aider à gagner de l’argent »

Elle soupira et se laissa tomber sur le dos. Les personnes qui volaient n’étaient pas toujours des personnes mal intentionnées… Au contraire. Certaines faisaient ça pour vivre ou aider ses proches à vivre…

Mais pouvait-on autoriser à voler, même lorsque c’est pour une bonne raison ? Pour aider une fillette à survivre dans la rue ? Fallait-il qu’elle oublie sa part d’humanité pour faire ce genre de métier ?

-Pffff, ce n’est que le deuxième jour que je trouve déjà tout ça compliqué… Ça va être dur pour les patrouilles… Vivement que je passe à l’action ! Au moins, il n’y a pas à réfléchir : En combat, tu frappes et c’est tout…

Puis, ses paupières s’alourdirent et se fermèrent sans que Rina ne s’en rende vraiment compte.

A peine quelques secondes plus tard, elle dormait à poing fermé.