Retrouvailles

par Jill Kuchiwa


-Que se passe-t-il ? demanda le Führer à Rina, quand celle-ci se crispa.

-Mon père arrive… Je sens ses ondes meurtrières approchées.

Et en effet, à peine une minute plus tard, on annonça l’arrivée d’Edward et Winry Elric. Ces derniers firent quelques pas, avant de s’arrêter presque en même temps pour dévisager le président. Ils n’avaient nullement besoin de regarder la plaque où son nom et prénom étaient écrits pour reconnaître Roy Mustang.

-Génial, grommela Ed, j’avais oublié ce détail.

-Ça faisait longtemps, Fullmetal, déclara Roy, un sourire narquois au visage.

Il avait complètement oublié que Roy était devenu le Führer… Pourtant depuis une dizaine d’année, déjà.

Riza et Winry échangèrent un sourire complice lorsque leur regard se croisa.

-Bonjour Winry, Edward, salua la garde du corps.

-Euuuh, minute ! intervint Rina, perdue. Vous vous connaissez ? Tous ?

-Tu te rappelles du colonel avec qui j’avais du collaborer ? dit Ed en se tournant vers sa fille.

-Ah ! C’est lui qui est impuissant sous la pluie ?

-Exactement.

-Fais attention à ce que tu dis, jeune fille, si tu ne veux pas que j’aggrave ton cas, grogna Roy, vexé.

-Si vous nous disiez pourquoi nous sommes là, avant ? demanda Winry.

Le président Mustang hocha la tête et raconta ce qu’il s’était passé. Bien vite, le visage de Winry se décomposa et celui d’Ed se renfrogna. Rina, elle, était prise d’un soudain intérêt pour la contemplation de ses pieds.

-Tu vois ce que ça donne lorsque j’écoute les, je te cite, « conseils de ma femme chérie » ? grommela discrètement Ed à l’oreille de Winry.

Celle-ci lui lança un regard noir et leva un pied afin de lui écraser les orteils de son talon. Ed tressauta et retint avec bien du mal un cri de douleur. Hawkeye observait la scène avec un sourire amusé : Winry et Ed étaient un sketch à eux seuls.

-On vous doit combien pour les dégâts ? demanda ensuite Winry dans un soupir.

Edward -très rarement rancunier envers Winry- lui lança un regard inquiet. Si Rina avait fait autant de dégâts que le Führer laissait paraître, toute sa paye de ce mois-ci allait y passer et peut-être même de celui d’avant aussi…

Rina le réalisa également et se mordit la lèvre inférieure. Winry travaille déjà d’arrache-pied pour gagner de l’argent… Alors utiliser le résultat de son dur labeur pour les bêtises de sa fille…

-En fait, j’ai une meilleure idée, lança tout à coup Roy. Je pense que les jeunes doivent payer eux-mêmes leurs erreurs… Ainsi, je vais vous l’emprunter pour des travaux d’intérêt général.

-Combien de temps ? questionna Ed.

Roy réfléchit un moment. Puis, il se tourna vers Rina.

-Un mois.

L’adolescente sursauta et releva la tête pour le regarder avec étonnement. Ces travaux ne seraient-ils qu’une excuse pour son essai ?

-Un mois, ça me semble beaucoup, fit remarquer Ed, méfiant. Une semaine, c’est normal. Deux à la limite, je pourrais comprendre… Mais pas un mois. Ça cache quelque chose.

-Elle est tout de même intervenue dans une arrestation, à empêcher deux personnes de remplir leur fonction et détruit toute une place.

-Ça ne vaut toujours pas un mois de travaux.

« Tu as toujours un instinct et une méfiance hors du commun, Fullmetal… Tu m’obliges à y aller à fond… »

-Ta fille a besoin de discipline, déclara Roy un peu plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu, si tu n’es pas capable de le faire, je le ferais pour toi.

Rina tressaillit. Visiblement, le président savait que le seul moyen d’obtenir quelque chose de son père était de le vexer, le provoquer… Mais là, il y était allé peut-être un petit peu trop fort.

Ed ferma fort ses poings, mais contre toute attente, ce fut Winry qui répondit à la provocation en première.

-Pour qui vous vous prenez ? cingla-t-elle. Vous la connaissez depuis seulement quelques heures et nous, depuis seize ans. Je ne vous permets donc pas ce genre de remarque ! Elle n’est pas facile à vivre certes, mais c’est simplement une ado. Je vous rappelle que vous avez été jeune vous aussi et dans mes souvenirs, vous n’avez pas toujours agit sagement !

-Ce mois de travaux ne lui fera pas de mal.

-Je n’ai rien contre ces travaux d’intérêt général, c’est votre réflexion que je ne tolère pas.

-Ecoutez, intervint Edward, d’un ton trop calme pour que ce soit vrai, je suis ravie que vous ayez réalisé votre rêve de devenir Führer et je pense sincèrement que ce pays à besoin de quelqu’un comme vous, et je sais aussi que vous avez travaillé dur pour en arriver là. Seulement, si ces travaux cachent ce que je pense, je n’hésiterai pas à vous pourrir la vie, quitte à ce que ça vous fasse abandonner votre poste de Führer !

Winry lui lança un regard inquiet.

-Je suis navré de t’apprendre que la seule chose qui me fera abandonner mon poste de Führer sera ma mort, répondit Roy.

-Et moi, je suis navré de vous apprendre que je suis prêt à tout pour protéger ma fille.

Winry, Rina et Hawkeye en sursautèrent. Roy, lui, restait impassible.

-Ed ! s’exclama la mécanicienne.

Il avait beau avoir un caractère de cochon et aucun sens de la hiérarchie, ce n’était pas son genre de lancer de telles menaces, surtout à quelqu’un d’aussi haut placé. Et Winry connaissant suffisamment son mari pour savoir que, vu le ton sur lequel il avait annoncé ça, il le pensait réellement.

Rina regardait tour à tour son père et le Führer, inquiète et paniquée. La conversation partait complètement en vrille !

-Edward, dit Riza d’un ton calme mais sévère, j’ai un immense respect pour toi. Je vais exceptionnellement accepter ces paroles car il est vrai que le Führer t’a cherché. Mais la prochaine fois, je ne…

Mais Roy l’interrompit d’un signe de la main.

-Le problème, Fullmetal, c’est que tu ne la protège pas... Tu la pourrie-gâte, rétorqua-t-il.

Du coin de l’œil, Ed regarda sa fille et Mustang cru déceler une lueur de douleur, dans ses yeux.

-Vous ne savez pas par quoi nous sommes passés, finit-il par déclarer en reportant de nouveau son attention sur le Führer.

Il n’y avait plus de colère dans sa voix. Seulement de la douleur. Beaucoup de douleur.

A ces mots, Rina tourna la tête vers son père, les sourcils froncés, l’air de ne pas comprendre la signification de la phrase. Winry, elle, baissa la tête, une immense tristesse brillant dans ses beaux yeux bleus.

-Allons-y, ajouta Ed à l’intention de sa femme et sa fille.

Sans attendre de réponse, il pivota sur ses talons.

-Rina, je te laisse ton week-end, déclara Roy à l’adolescente, mais je t’attends ici, lundi à 8h pile.

-Je serai là.

Dès que la famille Elric fut sortie, Riza se tourna vers Roy.

-Pourquoi cette décision ?

Le Führer lui fit un sourire complice avant de répondre, en haussant les épaules :

-Un peu de sang Elric ne fera pas de mal à l’équipe… Et puis, cette petite à l’air d’en avoir dans le ventre ! Pour mentir ainsi à Fullmetal et faire ce genre de chose dans son dos, il faut un sacré cran… Surtout si, en plus, c’est son père !

-On ne devrait pas... Edward semble clairement opposé par cette idée. Peut-être qu'il l'a surprotège mais il reste son père et sans son accord, nous n'avons aucun droit de prendre Rina dans l'armée.

Roy ne répondit pas. Riza retint un soupir... Dès qu'il avait quelque chose en tête, rien ne pouvait le faire changer d'avis.

-Et puis... Qu’a-t-il voulu dire par « Vous ne savez pas par quoi nous sommes passés » ? ajouta la garde du corps en fronçant les sourcils.

-Je crois que j'ai une petite idée... Tu te rappelles de la naissance de Rina ? Je crois me souvenir que ça a été très difficile et qu’ils ont failli la perdre… A mon avis, il faisait allusion à cet événement. Seulement, il n’a pas l’air de réaliser que le bébé qui a failli perdre la vie lors de sa naissance à désormais une fougueuse adolescente de seize ans… (Il poussa un profond soupir) Fullmetal vit encore et toujours dans le passé.

Ensuite, il se tourna vers la garde du corps et lui lança un regard blasé.

-Au fait, tu aurais au moins pu me donner mon avis pour héberger le chien !

Riza sourit malicieusement et lui déroba un baiser.


**

-Le train n’arrive que dans une heure, prévint Winry en regardant le panneau des horaires de train.

Le soleil amorçait déjà sa descente, pour faire place petit à petit à la nuit. Ed, perdu dans ses pensées, tourna la tête vers sa femme lorsque celle-ci tira légèrement sur sa veste.

-Puisque nous sommes à Central et que nous avons du temps, il y a un endroit où j’aimerais aller...

Etonné, Edward dû réfléchir un moment avant d’enfin comprendre ce que sa femme avait en tête.

Ainsi, ils marchèrent jusqu’au cimetière. Rina était derrière eux, la tête basse. Elle n’en revenait toujours pas de la façon dont son père avait parlé au Führer. Il n’avait décidément vraiment peur de rien…

Ed et Winry froncèrent les sourcils en apercevant une silhouette devant la tombe pour laquelle ils se dirigeaient. Il s’agissait d’une jeune femme dont les cheveux blonds foncés et mi- longs étaient retenus par une barrette. En entendant des personnes approcher, la silhouette se retourna et ses grands yeux verts pétillèrent à la vue de Winry et d’Ed. Ces derniers la reconnurent tout de suite et s’exclamèrent d’une même voix :

-Elysia !!

Un grand sourire illumina le visage de cette dernière.

-Edward ! Winry ! fit-elle en se dirigeant vers eux. Je suis tellement contente de vous voir !

Winry eut une exclamation de surprise lorsqu’elle remarqua le bébé qu’elle avait dans les bras.

-Oh ! Il a déjà tellement grandi ! s'extasia-t-elle en s'appuyant sur ses genoux pour admirer le bébé. Ça lui fait quel âge, maintenant ?

-Déjà cinq mois, répondit Elysia, les yeux brillant.

Rina la reconnaissait sans mal, puisque toute la famille Elric était allée la voir à l’hôpital, après son accouchement. Ses parents connaissaient Elysia depuis qu’elle était toute petite et aux yeux de Winry, elle était comme une petite sœur.

-Je peux le porter ? demanda justement Winry avec des yeux suppliants.

-Bien sûr !

Ed sourit avec tendresse en voyant sa femme prendre le bébé dans ses bras avec une joie non dissimulée. Depuis la naissance de ses enfants, Winry et les bébés, c’était devenu une grande histoire d’amour…

-Coucou petit Mae, murmura la mécanicienne en caressant une des mains du bébé.

Maes Hughes, le père d’Elysia avait été assassiné. Il avait été militaire et de ce fait, Edward l’avait côtoyé et avait même été hébergé chez lui un soir où lui et Al n’avaient nulle part où dormir, et Winry avait également eu le droit au même accueil pour la même raison. Elysia n’avait que trois ans à la mort de son père. Elle était donc très jeune et n’avait que de vague souvenir de lui… Mais pourtant, elle n’avait aucun mal à se souvenir de l’amour inconditionnel qu’il lui avait porté. A chaque fois qu’elle pensait à lui, il y avait cette vague de chaleur qui l’enveloppait... A tel point qu’elle avait la sensation que c’était son père qui la serrait dans ses bras. Ainsi, elle avait voulu lui rendre hommage sans pour autant lui donner exactement le même prénom.

« J’avais peur que ça ne soit trop difficile à porter pour lui, avait déclaré Elysia. Ça ne doit pas être facile d’avoir la responsabilité des souvenirs d’un défunt, même juste en prénom... De cette façon, je rends hommage à mon père, et mon bout de chou a quand même son prénom rien qu’à lui, avait-elle ajouté en serrant le bébé contre elle. »

-Qu’est-ce qui vous amène à Central ? demanda Elysia.

-Une catastrophe ambulante, déclara Ed en lançant un regard noir à sa fille. Profite bien de ton bébé, Elysia, parce qu’une fois que ça grandis ces bêtes-là, ça devient impossible à gérer !

Elysia éclata de rire et tourna la tête pour regarder l’adolescente de ses yeux rieurs.

-Ne t’inquiète pas, cette « bête-là » qu’est ton père n’était pas mal non plus dans le genre catastrophe ambulante, à ton âge.

Rina ne put s’empêcher d’avoir un petit sourire. Elle entendait tellement ce genre de remarque sur son père qu’elle allait finir par y croire ! Elle se demandait bien quels exploits il avait fait lorsqu’il avait collaboré avec l’armée, pour autant être encré dans les esprits…

-Attention à ce que tu dis ou on repart avec le bébé, menaça Ed, taquin. En plus, il y en a une à qui ça ne déplairait pas !

- Jamais deux sans trois, après tout, approuva Winry en haussant les épaules.

-Permettez-moi seulement de vous rappeler que j’ai des contacts très hauts placés et que je sais où vous habitez, répliqua malicieusement Elysia.

Winry sourit, puis, elle se tourna vers Rina.

-Tu veux le prendre ?

-Qu… Moi ? s’étonna-t-elle avec un léger sursaut. Mais je n’ai jamais pris de bébé, je ne sais pas faire, je…

Winry et Elysia échangèrent un regard entendu, puis la mécanicienne s’avança vers sa fille pour lui confier le bébé. Pendant que Winry lui expliquait comment tenir le bébé, Elysia se tourna vers Ed.

-D’ailleurs, pourquoi ne pas en avoir fait un troisième ? demanda-t-elle, curieuse.

-On n’était pas contre, mais avec mon travail et les bêtises d’Edwin et Rina, on a bien vite renoncé à agrandir la famille !

-Je vois…

Il se tourna vers sa fille pour voir si elle s’en sortait avec Mae. Il s’avéra qu’elle était un peu crispée étant donné qu’elle avait la responsabilité d’un si petit être, mais elle le tenait correctement. Sur le coup, cela fit bizarre à Ed de voir sa fille avec un bébé dans les bras. Quand il croisa le regard de sa femme, il devina que cela lui faisait le même effet.

-Et toi ? Comment ça va, le travail ? demanda ensuite Winry à Elysia.

-Au départ, j’étais énervé d’être obligée de rester à la maison sans rien faire, mon pauvre mari ne savait plus quoi faire pour me faire rester assise ! pouffa-t-elle. Et puis, après la naissance de mon petit homme, j’avoue que j’ai pris goût aux journées à la maison !

-Ça me rappelle quelqu’un, lâcha Ed avec un regard en coin pour Winry. Tout le long de sa grossesse, elle était intenable mais bizarrement, dès le moment où Edwin est né, elle s’est calmée… A tel point que le jour où elle devait recommencer à travailler, j’ai carrément dû la trainer jusqu’à la boutique !

Rina l’écoutait avec amusement. Elle adorait entendre ce genre d’anecdotes.

-Tu exagères, s’opposa Winry en rougissant.

-A peine.

-Et je la comprends tu sais, la protégea Elysia. J’ai beau adorer mon travail, je ne suis pas du tout motivée à reprendre, le mois prochain…

Mae commença à gigoter et lâcher des petites plaintes. Rina suivit alors son instinct et le berça doucement. Elysia tourna la tête vers l’adolescente, ayant entendu son bébé gémir (et pourtant, il avait fait si peu de bruit que même Winry, à côté de Rina, ne l’avait pas entendue). Elle sourit en voyant que l’adolescente maitrisait parfaitement la situation.

-Dis donc, une vraie petite maman, félicita-t-elle.

-Je parie que c’est Gracia qui va pouponner, en attendant que toi ou ton mari rentriez du travail, fit Winry en caressant la joue rebondie du bébé.

-Oui ! Comme elle le dit si bien : « Pourquoi prendre une nounou alors que Super-Mamie est là ? » affirma Elysia avec un clin d’œil.

Puis, sa mine s’assombrit légèrement et elle tourna la tête vers la tombe de son père.

-Il y en a un qui aurait adoré pouponner, lui aussi…

-Je l’imagine bien montrer les photos de son petit-fils à tout le monde au Q.G, dit Ed en souriant. Comme il le faisait avec toi…

-Pitié ne m’en parle pas ! Beaucoup de personne s’en souviennent encore et ne se gênent par pour me le rappeler… Oh, la honte, dit-elle en enfouissant son visage dans une main.


Plus tard, après s’être recueillis sur la tombe de Maes, le groupe décida bon de quitter le cimetière. Il faisait déjà presque totalement nuit et le train d’Ed, Winry et Rina n’allait pas tarder à arriver. Elysia les accompagna jusqu’à la gare, sur le chemin, elle demanda des nouvelles d’Alphonse.

-Vous reviendrez me voir, hein ? demanda-t-elle ensuite d’une voix triste, lorsqu’ils arrivèrent à la gare.

-Promis ! assura Ed.

-Prends soin de toi et de ta famille… Et profite de ton dernier mois tranquille ! fit Winry en l’enlaçant.

-Compte sur moi pour ça ! Et toi, n’oublie pas que toi aussi, tu peux venir pouponner quand tu veux ! Ça vaut pour toi aussi, Rina !


**

Sur le chemin de la maison, Winry ralentit le rythme pour se mettre à la hauteur de Rina, qui restait en retrait.

-Ça va, toi ?

-Pourquoi il ne me dit rien ? demanda l’adolescente en regardant son père. S’il a quelque chose à me dire, qu’il le fasse ! Il le fait toujours, d’habitude !

Elle avait tellement l’habitude des réprimandes de son père dès qu’elle faisait une bêtise que son silence la déstabilisait.

-Que veux-tu qu’il te dise ? soupira Winry. Tu n’écoutes rien… Tu sais, je me bats tous les jours avec lui, pour qu’il te laisse plus d’indépendance mais comment veux-tu que j’arrive à le convaincre si ça finit comme ça à chaque fois ?

Rina accusa le coup, ces paroles lui faisant l’effet d’une claque. Puis, après quelques secondes, elle murmura :

-En réalité, il me déteste pas vrai ? C’est pour ça qu’il est comme ça avec moi…

-Qu’est-ce que tu racontes ?

-Tu as eu tort, l’autre jour. Ce n’est pas par peur pour moi qu’il est comme ça mais parce qu’il me déteste. Tu as vu comme il a parlé au président ? Si même la personne la plus importante de ce pays ne l’inquiète pas, comment pourrait-il avoir peur pour quelqu’un comme moi ? Je ne sais pas… Peut-être qu’il aurait aimé avoir un deuxième garçon pour que ça fasse comme lui et tonton Al… Ou qu’il aurait aimé apprendre l’Alchimie à Edwin plutôt qu’à moi… Ou encore… Je ne sais pas, j’en sais rien…

Elle cessa de parler, les larmes aux yeux. Elle aimait profondément son père, il était comme un modèle pour elle… L’idée qu’il puisse la détester l’attristait. Rien qu’à y penser, un sanglot se forma dans sa gorge.

Winry garda le silence un petit moment, cherchant ses mots.

-Quand j’étais enceinte de toi, nous avons failli te perdre alors que j’en étais six mois de grossesse… J’ai dû rester coucher tout le reste, c’était l’horreur pour moi mais il le fallait pour toi alors il n’y avait même pas lieu d’hésiter. L’accouchement a été très difficile et ça s’est même finit par une césarienne en urgence. Quand tu es enfin née, ton cœur battait à peine…

-Donc il me déteste parce que bébé j’étais déjà faible ?

-Arrête de dire n’importe quoi ! gronda Winry en lui donnant un léger coup de coude. Ton père est loin de te trouver faible et de te détester, il t’aime infiniment, Rina, tout comme moi. Il s’y prend de manière très excessive mais il veut simplement être sûr que ta vie ne soit plus jamais en danger.

Rassurée, Rina ne put empêcher quelques larmes de couler. Winry eut un petit sourire et entoura les épaules de sa fille avec son bras, et l’embrassa sur le front.

-Vous êtes vraiment les deux têtes de mules les plus têtues que je n’ai jamais rencontré ! murmura-t-elle.


**

Plus tard, après avoir diné sur le pouce, Rina alla directement dans sa chambre. Edwin en profita pour demander à ses parents ce qu’il s’était passé à Central. Winry lui fournit des détails et Ed resta muet comme une tombe.

-Il reste quoi à faire dans l’atelier ? s’enquit ensuite Winry.

-Un peu de rangement, je n’ai pas pu tout finir.

-Très bien, je vais m’en occuper.

Elle jeta un œil inquiet à Ed, adossé contre un meuble. Il avait la mine sombre.

-Ce n’est pas de refus, soupira Edwin, je vais pouvoir étudier tranquillement dans ma chambre.

Winry lui sourit. Edwin prenait son examen d’entrée très au sérieux. Elle souhaita alors une bonne nuit à son fils et embrassa Ed avant de se diriger vers son atelier.

-Edwin, appela discrètement son père.

Quand l’adolescent se tourna vers son père, celui-ci lui fit un signe de tête, pour lui demander de s’approcher.

-Si Rina te parle de quoique ce soit qui concerne Central, je veux que tu me le dises immédiatement.

-De quoi veux-tu qu’elle me parle ? s’étonna Edwin en ouvrant grand les yeux.

- On n’a pas un mois de travaux pour ce qu’elle a fait. Il y a autre chose derrière ça et je te demande de me tenir au courant si tu apprends quelque chose.

-Papa, je veille sur elle, comme je te l’ai toujours promis, mais ça ne veut pas dire que je dois espionner sa vie !

-Pourtant si j’ai raison, tu veilleras bien plus sur elle que tu ne le pense, répliqua Ed, le visage ferme.

Puis, il sortit de la pièce sans demander son reste. Son fils fronça les sourcils. Il ne voyait absolument pas quel mal il y avait, dans cette histoire… Il était sûr que, cette fois, Rina ne s’était pas embarquer dans quelque chose de fou.


-Ed, ce ne sont que des travaux d’intérêt général, soupira Winry, blasée.

Son mari était venu la voir dans son atelier pour lui faire part de ses inquiétudes. Tout en parlant, il faisait les cents pas, refusant de se calmer. Dos à lui et sans cesser de ranger ses outils, Winry l’écoutait d’une oreille attentive et s’efforçait de le rassurer au maximum.

-Je t’assure que si ces soi-disant travaux cachent vraiment ce que je pense, ça va mal aller pour elle et pour le président. Elle n’est pas encore prête pour ce genre de chose.

-Ce n’est pas plutôt toi, qui n’es pas prêt ?

Là, Ed stoppa net ses allers-retours et se tourna vers Winry.

-Pourquoi est-ce que tu me dis ça ? demanda-t-il en fronçant les sourcils d’un air intrigué.

-Parce que je sais que ce n’est pas seulement Rina, le problème... Et tu le sais, toi aussi.

La mécanicienne observa Ed du coin de l’œil et attendit patiemment sa réponse.

-Elle est comme moi, Winry, finit-il par lâcher. Elle finira par refaire exactement la même erreur…

Cette fois, sa femme se leva de sa chaise, laissant ainsi en plan son travail et s’approcha de lui pour l’étreindre.

-Elle est grande maintenant et elle est forte… Elle comprend les choses.

-Et imagine que quelqu’un fasse une gaffe là-bas, et qu'elle apprenne tout ?

-C’est pour ça qu’il va falloir que tu lui parles. Il vaut mieux qu’elle l’apprenne par toi plutôt que par quelqu’un d’autre, sinon…

Winry détourna le regard et laissa sa phrase en suspens. Alors, Ed l’encouragea :

-Sinon, quoi ?

-Ecoute, murmura doucement sa femme. Elle… Elle croit que tu la déteste.

Son cœur se serra lorsqu’elle vit à quel point Ed semblait blessé. En effet, une lueur de douleur s’était mise à briller intensivement dans son regard. La mécanicienne lui pressa alors le bras et posa sa tête sur l’épaule de son mari.

-Ed… Je vois bien qu’elle a horreur de te décevoir mais c’est plus fort qu’elle, elle a besoin de bouger, d’action… Tu ne peux pas la garder indéfiniment ici. Un jour, elle en aura marre de tout ça et finira par partir… Et pas seulement quelques heures. Il est temps que tu lui explique tout…

-Je ne peux pas… J’ai peur, Winry. J’ai tellement peur qu’il lui arrive quelque chose et je suis effrayé de savoir ce qu’elle pensera de moi, quand elle saura tout de moi… Elle m’en voudra, j’en suis sûr.

Edward n’admettais que très rarement ses peurs… Et c’était encore plus rare qu’il les avoue. Winry se lova davantage contre son torse et sentit peu après les bras de son mari l’enlacer, cherchant son réconfort.

-Elle ne t’en voudra pas... Je te le promets, assura la mécanicienne.


Couché sur son lit, Edwin leva les yeux de son livre lorsqu’il entendit la porte de sa chambre s’ouvrir.

-Coucou, sœurette, lança-t-il quand il découvrit Rina.

-Je peux squatter un peu ici, frangin ? demanda-t-elle en avançant timidement d’un pas.

-Fais comme chez toi.

Lorsque sa sœur venait le voir dans sa chambre, c’était pour parler de ce qui la tracassait. Il la regarda s’installer au bord de son lit, et patienta le temps qu’elle se sente prête à parler. Puis, elle finit par soupirer, les larmes aux yeux :

-Quand je pense que tu vas t’en aller…

Edwin se redressa pour s’asseoir à côté de Rina, qu’il poussa gentiment avec son épaule.

-Hé… Je change seulement de ville. Pas de pays.

-Mais une fois que tu seras partit, tu ne reviendras pas.

-Je ne reviendrais pas habiter ici, mais je reviendrais vous voir dès que je le pourrais. Et vous aussi, vous viendrez me rendre visite… Tu viendras, hein ? dit-il doucement en passant un bras par-dessus les épaules de Rina.

Cette dernière approuva d’un sourire triste… Son grand-frère lui manquerait terriblement… Mais quelque part, un pincement de jalousie lui piquait le cœur. Edwin sembla le deviner, puisqu’il ajouta :

-Ne t’inquiète pas… Papa te laissera bien partir, un jour ! Il sait bien qu’il ne pourra pas te garder ici pour toujours !

Il songea aux paroles de son père, plus tôt, et ajouta :

-En plus, ce mois de travaux d’intérêt général tombe bien, finalement. Il va pouvoir constater que tu prends tes responsabilités et en même temps, s’habituer à ce que tu sois un peu moins à la maison.

« Voilà, elle va approuver ces dires et râler pendant des heures de ces travaux et je pourrais dire à papa qu’il pourra enfin arrêter sa crise de parano » songea-t-il, fier de son initiative.

Mais, son plan tomba à l’eau lorsqu’il vit Rina se crisper et blêmir.

-Euh… En parlant de ça…, commença-t-elle, gêné.

« Oh non… Rina, pitié… »

-Quoi ? demanda-t-il, bien qu’il savait qu’il allait regretter de demander plus de détails.

-Tu peux garder un secret, n’est-ce pas ?

-Tout dépendra de la gravité de ce que tu vas me dire.

-S’il te plait ! Il ne faut surtout pas que papa le sache !

Edwin fronça les sourcils. Qu’est-ce que sa sœur avait fait, encore ?