Une journée mouvementée

par Jill Kuchiwa




Le lendemain, Rina arpentait tranquillement les rues en mangeant un beignet au caramel et à la banane -une spécialité de Xing dont elle raffolait- accompagné d'une petite bouteille de lait, l'adolescente étant convaincue que le lait de Xing était plus efficace pour grandir.

« J’espère que Nori va bien » se dit Rina en songeant au chien.

Elle avait hâte de rentrer pour le revoir, mais était également triste à l’idée de déjà partir le lendemain soir. L’adolescente engloutit le dernier bout de beignet, but la dernier gorgée de lai avant de jeter la bouteille dans une poubelle et étira ses bras pour ensuite les croiser derrière sa tête. Elle marchait dans une petite rue marchande qu’elle connaissait bien, désormais. Elle adorait l’ambiance qui régnait ici et elle profitait toujours de son séjour pour se perdre dans les petites rues, où personne n’allait jamais. D’habitude, son père et son oncle l’accompagnaient, mais il faisait particulièrement chaud aujourd’hui et Ed avait préféré rester à l’ombre, par précaution pour son auto-mail. Rina avait donc convaincu Al de rester avec lui, assurant que ça ne la dérangeait pas de se balader toute seule. Edwin, lui, était occupé à parler avec sa mère de ses recherches de la veille sur les auto-mails de Xing.Dans ce coin-là, il y avait surtout des boutiques d’antiquités et des agriculteurs qui proposaient les produits de leur ferme. Cette rue était principalement occupée par les gens qui habitaient par ici, ou ceux qui, comme Rina, marchaient pour découvrir les fin fonds de la ville. Un joyeux brouhaha régnait entre les personnes qui marchandaient des prix, ceux qui faisaient la pub pour leur boutique et les voisins qui discutaient simplement entre eux.

Tout à coup, elle entendit quelqu’un crier dans la langue de Xing, au bout de la rue. Ne comprenant que quelques mots mais intriguée, Rina s’y dirigea et vit que tout un attroupement de personne y était pour observer la scène qui s’y déroulait. L’adolescente parvint à se faufiler entre le groupe de curieux et découvrit un homme aux cheveux poivre et sel et au regard sévère en train de menacer un pauvre vieil homme qui gérait un stand de souvenirs.

L’homme continua de râler tout en analysant l’objet qu’il tenait dans la main, une sorte de statuette. Le vieillard bafouilla quelques mots pour se protéger. L’homme haussa un sourcil et força sur l’objet… Qui se brisa en deux. Le cœur de Rina se serra quand elle vit le visage du marchand se décomposer et une vague de colère ne tarda pas à s’emparer d’elle. L’homme grommela une dernière chose et empoigna ensuite violemment le vieil homme par le bras tout en attrapant également la caisse remplie d’argent. Il y eut des murmures dans la foule mais personne ne bougea. Rina, elle, décida que cet homme ne s’en sortirait pas comme ça !

-Hey ! le héla Rina en accourant vers lui.

L’homme se tourna et eux l’air étonné de voir une adolescente. Il lui posa une question et Rina comprit les mots « lui » et « travail». Il lui demandait si elle travaillait avec le vieillard.

-Euh… Non.

L’homme se désintéressa alors d’elle et reprit sa marche. Vexée qu’on lui tourne ainsi le dos, Rina s’empressa de le rattraper et de se planter devant lui.

Visiblement irrité, l’homme fronça les sourcils et alors qu’il ouvrait la bouche, Rina décida de le devancer :

-C’est lâche de s’en prendre à un pauvre vieux qui essaye juste de faire tourner sa boutique ! railla-t-elle.

Une lueur de surprise brilla dans les yeux de l’homme lorsqu’il entendit les premiers mots. Il comprit ensuite qu’elle était étrangère.

-Ne te mêle pas de ça, petite… Ce sont des histoires d’adulte ! lança-t-il après avoir cherché ses mots.

Il la dépassa, sans un regard pour elle.

-Minus ?! s’indigna Rina.

Elle rattrapa une nouvelle fois l’homme, d’un pas furieux et en faisant craquer les phalanges de ses doigts.

-Excusez-moi, grogna-t-elle en posant une main sur l’épaule de l’homme.

Il tourna la tête et s’écria :

-Mais c’est pas vrai, tu…

Il ne put jamais finir sa phrase, puisqu’il se prit le coup de poing fulgurant de Rina en pleine tête, l’envoyant valser quelques mètres plus loin.

- Allez-vous-en avant qu’il ne se relève ! ordonna Rina au vieil homme.

Ce dernier la regarda d’un air interdit, puis, ses yeux se tournèrent vers l’homme, à moitié assommé par terre, et de nouveau sur Rina. Il était difficile de savoir ce qui l’étonnait le plus : Que l’adolescente ait assommé cet homme ou qu’elle parle une autre langue. Puis… Il explosa de rire ! L’adolescente haussa un sourcil et l’observa ramasser tranquillement son argent. Il lui fit ensuite un signe amical de la main avant de s’enfuir, hilare, laissant derrière lui son stand et ses marchandises.

-Quel drôle de personnage, souffla-t-elle, bouche-bée.

Elle sursauta lorsque plusieurs personnes habillées en militaire débarquèrent de nulle part. Ils accoururent vers l’homme à terre, qui reprenait doucement conscience. L’homme porta sa main à son nez ensanglanté et dit qu’il était cassé.

L’un des militaires se tourna vers Rina et lui posa une question que l’adolescente ne comprit pas. Elle lui dit alors qu’elle était d’Amestris.

-C’est vous qui avez fait ça ? redemanda alors le militaire, avec un accent parfait.

-Oui. Et heureusement que je suis là pour attraper les méchants pour vous !

-Mademoiselle, vous êtes en état d’arrestation.

-Qu-Quoi ?! Mais c’est lui qui devrait être arrêté ! Il…

-Cette personne est l’un de mes hommes, le colonel Ryu ! Vous avez frappé un militaire en mission d’inspection !

-Et comment j’aurai pu deviner ça, alors qu’il est habillé en civil ! Et vous êtes qui d’abord ?

-Le général de brigade Tao, je fais aussi partit de la garde personnel de l’Empereur.

-Ah…

-Vous n’auriez jamais dû intervenir ! A cause de vous, un charlatan est en liberté !

Il s’avança pour lui mettre des menottes, mais Rina recula.

-Attendez ! Laissez-moi au moins m’expliquer, je…

-Vous vous expliquerez au Q.G, mademoiselle.

Mais Rina ne l’entendait pas de cette oreille-là. Elle fit un bond en arrière et enfila ses gants. Elle ne pouvait pas se permettre de se faire arrêter ! Elle imaginait déjà la tête de ses parents, en l’apprenant…

-Désolé, ça ne va pas être possible, déclara Rina en joignant ses mains.

Elle les posa au sol et créa une plate-forme qui la propulsa sur le toit d’une maison.

-De l’Alchimie…

Il ordonna ensuite à ses hommes de la poursuivre. Le comprenant, l’adolescente se mit à courir et sauta de toit en toit pour s’éloigner, avant de descendre et de s’enfuir dans une ruelle. Les militaires n’étaient que quatre et aucun ne semblait être Alchimiste ! Il serait facile de les semer, ou même de les battre, si un combat devait se faire.

Seulement, si elle connaissait assez bien les rues, les militaires, eux, les connaissaient par cœur ! Dès qu’elle tourna à l’angle d’une maison, elle tomba nez à nez avec un, qui lui bondit dessus. Il était armé mais il ne pouvait tirer : Les rues était beaucoup trop bondée, des personnes innocentes risquaient de se prendre une balle perdue. Rina leva haut la jambe pour s’apprêter à lui donner un coup de pied latéral afin de le faire s’encastrer dans le mur, avant de se rappeler qu’il s’agissait tout de même d’un militaire et qu’il n’allait pas falloir y aller trop fort. Elle le laissa alors s’approcher suffisamment, puis plaqua son pied contre le visage du soldat, avant de le pousser de toutes ses forces. Dès que l’homme fut les fesses à terre, Rina reprit sa course effrénée. Au bout de quelques secondes à peine, elle croisa deux autres militaires.

-Ecoutez, je n’ai vraiment pas envie de vous faire de mal ! supplia-t-elle en levant les mains pour faire signe qu’elle voulait calmer le jeu. Laissez-moi simplement m’expliquer et…

Elle interrompit sa phrase et regarda d’un air blasé les deux hommes accourir vers elle, la main posé sur le revolver afin d’être prêt à lui tirer dessus. Rina claqua ses mains et les mit à terre. Les militaires, croyant qu’elle allait attaquer, dégainèrent leur arme, prêt à tirer, sans s’arrêter de courir… Ils ne s’attendirent pas à voir un mur se dresser pile devant eux.

Quand Rina entendit un léger « BOUM », elle comprit que ses deux poursuivants s’étaient mangés le mur et elle ne put retenir un pouffement, avant de reprendre sa course.

-Papa ne pourra pas dire que je ne retiens pas mes coups ! Je n’ai jamais combattu avec autant d’attention et de retenue !

Tout en gardant de la vitesse, elle devait zigzaguer entre la foule de personne. Alors qu’elle traversait un pont, elle s’arrêta net lorsqu’elle vit que plusieurs militaires l’attendaient.

« Super, ils ont appelé les renforts, les autres gugusses ! » grommela-t-elle intérieurement.

-Je vous le répète une dernière fois, il s’agit d’un malentendu ! déclara l’adolescente.

Elle se crispa lorsqu’ils pointèrent tous leur arme sur elle et tressaillit quand le « clic » qui annonçait que la sécurité était enlevée se fit entendre.

-Mais enfin ! Il était en tenue civile ! Comment j’aurai pu deviner ?

-Toi, tes mains en l’air et toi agenouille par terre ! ordonna maladroitement le plus âgé des soldats, en face d’elle.

-Je le ferais lorsque vous serez prêt à m’écouter !

Alors qu’elle s’apprêtait à faire une nouvelle transmutation pour se propulser sur un toit non loin, elle sentit un mouvement derrière elle et eut le reflex de se baisser. Une personne passa en effet au-dessus de sa tête et atterrit juste devant elle. La personne était habillée exclusivement en noir et sa tenue faisait pensée à celle d’un ninja. Son visage était caché par un masque aux couleurs blanche et rouge.

-Bon… Je vais y aller et…, commença Rina en esquissant un pas de côté.

Mais le ninja engagea bien vite le combat avec elle. L’adolescente fut surprise par l’intensité rapidité de ses gestes et attaques ! Elle n’avait pas le temps d’attaquer ; c’était tout juste si elle arrivait à esquiver les coups de son adversaire ! La jeune fille se crispa lorsqu’elle remarqua que le ninja avait sorti un kunaï et s’apprêtait à l’attaquer avec.

-Wow ! On va se calmer ! s’exclama Rina en reculant d’un bond.

Elle transmuta rapidement un mur pour se séparer de son adversaire et, alors qu’elle allait réussir à s’échapper, le ninja lança une bombe fumigène dans sa direction. La fumée piqua instantanément les yeux de l’adolescente, qui, perdue, ne savait plus par où elle devait aller. Alors qu’elle allait utiliser l’Alchimie pour l’aider à prendre de la hauteur afin de sortir du nuage de fumée, le ninja lui tomba dessus et s’empressa de lui attacher les poignets avec une corde.

-Ça ne sert à rien de te débattre ! déclara le ninja.

Rina fronça les sourcils en entendant la voix. Une femme ? Tandis que la fumée se dispersait, elle songea à donner un coup de tête à son adversaire en désespoir de cause, quand elle vit qu’elle était encerclée par une vingtaine de militaires. Elle ne pourrait pas fuir. Alors elle laissa enfin un soldat s’approcher d’elle pour lui passer les menottes.

-Merci, Impératrice, déclara-t-il en se tournant vers le ninja afin de s’incliner. Veuillez excuser notre incompétence.

-Impératrice ?! s’étrangla Rina avec un violent sursaut.

Qu’est-ce que la femme de l’Empereur faisait ici ? Et en tenue de ninja, qui plus est !!

L’Impératrice hocha simplement la tête, puis se tourna vers Rina et l’observa attentivement. Le visage de l’adolescente ne lui semblant pas inconnu… Puis, ses yeux s’agrandirent quand il lui sembla la reconnaître.

-Mais… Tu es la fille d’Edward Elric ?

-On se connaît ? maugréa Rina en haussant un sourcil.


**

-Papa ! appela Edwin. Tata m’envoie te chercher, téléphone pour toi !

-Pour moi ? s’étonna Ed.

-Tu aurais pu éviter de donner mon numéro à ton admiratrice secrète ! taquina Al.

Ed lui lança un regard amusé et sortit ses jambes de l’eau. Avec la grosse chaleur qu’il faisait, son auto-mail chauffait plus vite que d’habitude et il avait donc décidé de laisser sa jambe un moment dans la piscine.

-Apparemment c’est Rina, préféra ajouter Edwin quand Ed empoigna le combiné.

-Qu’est-ce qu’elle a encore fait ? soupira-t-il. Allô, Rina ?... (Il fronça les sourcils) Quoi, que je vienne te chercher au Q.G ? Qu’est-ce que tu as… Bon, j’arrive, essaye de te tenir tranquille d’ici là, je… Euh… Bonjour, monsieur ?

Un homme avait subitement pris la parole. En entendant Rina râler, derrière, Edward déduit rapidement que sa fille avait volontairement oublié quelques détails et l’homme avait donc prit le combiné raconter la bonne version.

-…Pardon ?! s’étrangla Ed. Elle a fait QUOI ?!

Il entendit sa fille hurler de rage, derrière l’homme : « Mais il était en tenue civile !! »

-Mais que… Oui… Je vois… J’arrive tout de suite…

-Alors ? demanda Edwin, curieux mais inquiet, lorsque son père raccrocha.

-Je vais la tuer ! s’écria-t-il.

-Mais encore ?

Ed lui résuma la situation et quand il eut fini, son fils avait les yeux et la bouche grands ouverts.

-Bon, quand faut y aller, grommela-t-il en commençant à sortir. Je vais l’étriper !!

Dès qu’il fut sorti, Winry sortit de la cuisine, dans laquelle elle aidait May à préparer le repas.

-Qu’est-ce qu’il a, ton père ? On l’entend râler de là !

Edwin se gratta nerveusement l’arrière de la tête, encore choqué par l’exploit de sa sœur.

-Euh… comment dire…

-Laisse-moi deviner… Rina a encore fait des siennes ? proposa la mécanicienne, sans hésitation.

-Tout juste.

Winry s’adossa contre le mur et croisa les bras, un sourire amusé aux lèvres.

-A quel niveau ? Donne-moi une catégorie, pour que je me fasse une idée de la chose.

-Justement, je ne crois pas que papa ait encore fixé une catégorie, pour ça…


-C’est pas vrai ! rouspéta Ed pour la énième fois, sur le chemin. Je la laisse seule UNE fois ! UNE seule fois ! Et voilà qu’une heure plus tard, on m’annonce qu’elle s’est fait arrêter ! Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire d’elle ?

-Calme-toi ! fit Al en souriant.

Il avait décidé d’accompagner son frère avant d’empêcher celui-ci d’égorger sa fille, dès qu’il la verrait.

-Et puis, tu es mal placé pour râler ! ajouta-t-il. N’oublie pas que tu en as fait de belles, toi aussi ! Particulièrement quand je te laissais seul…

-Mais moi, je ne me suis jamais empêtrer dans des embrouilles pareilles et je n’ai jamais causé autant de soucis qu’elle ! Avoue-le ! déclara Ed en fusillant Al du regard.

Mais, quand il vit une lueur espiègle passer dans les yeux de son petit frère, il détourna la tête et rectifia, en grognant :

-Non, finalement, ne dis rien… Je sens que ça vaut mieux comme ça.


**

On fit attendre Rina dans une salle d’interrogatoire.

-Bon, le temps que ton père arrive, on va discuter un peu, toi et moi, lança le général Tao en entrant dans la pièce. Ainsi que le colonel Ryu, bien sûr…

Ce dernier avait revêtu l’habit de militaire et un gros pansement était posé sur son nez. Il regardait Rina d’un air mauvais et plein de rancœur.

-C’est marrant, dans son uniforme on reconnaît tout de suite que c’est un militaire, ironisa Rina en grommelant.

-Ne fais pas la maligne, tu es dans un sacré pétrin jeune fille, rétorqua Tao.

-N’exagérez pas ! J’ai…

-Coups et blessures envers des agents de la garde royale, complicité de fuite envers une personne arrêtée, dégradation matériel et rébellion contre arrestation, coupa sévèrement le général.

-Ba c’est sûr que dit comme ça… Mais c’était seulement un vieillard !

-Ce vieil homme est recherché depuis des semaines, il avait toujours réussi à esquiver la police jusqu’à aujourd’hui. Il vend ses contrefaçons à un prix beaucoup trop cher alors que ce ne sont que des pâles copies des originaux et il fait exprès de se mettre dans des endroits peu fréquentés pour être sûr d’avoir les touristes. Aujourd’hui, c’était des statuettes mais demain, ce sera peut-être des tableaux censés être de grande valeur ? Vous pardonnez peut-être ce genre de chose, à Amestris, mais pas ici.

-Comment saviez-vous que c’était lui ?

-Tu as vu que j’ai cassé la statuette ? demanda le colonel Ryu. Ces objets sont fabriqués par grande entreprise, incassables.

-Certes, j’ai fait une erreur, admit Rina. Mais si vous êtes colonel et vous, général de brigade et en plus, de la garde personnelle de l’Empereur, qu’est-ce que vous faisiez sur une affaire comme ça ? Je suppose que vous devez travailler sur des choses plus importantes ?

-Ça ne se passe pas comme ça, ici, expliqua Tao. On ne travaille pas par importance de rang, nous avons chacun un périmètre à surveiller et aujourd’hui, j’ai appris qu’il avait installé son stand sur mon périmètre et j’ai donc agis en prenant quelques personnes avec moi qui s’étaient cachés pour être prêt à intervenir… Mais ils étaient loin de se douter qu’ils allaient devoir intervenir à ce point-là, ajouta-t-il en lançant un regard accusateur à Rina.

-Je vous le répète, comment aurais-je pu deviner qu’un colonel se cachait sous ce civil ?

-Quand on voit scène de ce genre, on appelle police ! répliqua Ryu, agacé. On n’intervient pas seul.

-Je ne suis pas du genre à rester sans rien faire devant ce genre de chose, rétorqua Rina.

-De plus, tu n’es pas d’ici, renchérit le général de brigade Tao. Tu ne peux pas débarquer ici, jouer au super-héros et faire ta loi comme ça.

-Je ne voulais pas jouer à la justicière, je voulais simplement aider ce que je croyais être un vieillard en difficulté, soupira Rina en baissant la tête.

Le général comprit qu’elle avait sincèrement cru et voulut bien faire.

Un des collègues de Tao toqua et passa sa tête dans l’entrebâillement de la porte. Il dit ensuite quelque chose à son supérieur. Quand Ryu vit que Rina ne comprenait pas un traître mot, il lança :

-Toi père et oncle sont arrivés, gamine.

-Naine ? grommela Rina, vexée.

Ryu haussa un sourcil, ne comprenant pas le rapport.

-Faites-les entrer, ordonna Tao à son collègue.

Dès qu’il fut dans la pièce, Ed lança aussitôt un regard noir à sa fille, qui abaissa machinalement les yeux et enfonça sa tête dans ses épaules.

-Papa… Je peux tout t’expliquer, commença l’adolescente d’une voix timide.

Ed prit une grande et lente inspiration, comme s’il s’efforçait de rester calme.

-Je préférerais que ce soit le général Tao qui me donne plus de détails, rétorqua froidement Ed en reportant son attention sur celui-ci.

-Asseyez-vous, messieurs.

Quand il eut finit son récit, Ed semblait à deux doigts d’exploser.

-Comment ça va se passer pour Rina ? demanda Al, conscient que son frère n’était pas en état de parler.

-Eh bien, pas très bien, a vrai dire. Elle a quand même…

Il s’interrompit lorsque des voix se firent entendre derrière la porte.

-Que faites-vous ici ? Vous ne devez pas être là !

-Et pourquoi pas ?

Reconnaissant la voix, Tao se frappa le front.

-C’est pas vrai…, soupira-t-il.

-Non ! N’entrez pas, le général est en plein interrogatoire !

Mais la personne l’ignora complètement puisque la porte s’ouvrit juste après, laissant apparaître un homme en curieux accoutrement, les longs cheveux noirs rassemblés en un chignon sur lequel reposait une… couronne.

-Salut la compagnie ! A ce qu’il parait il y a une petite Elric, ici ? lança-t-il joyeusement.

-Va peut-être falloir arrêter de me traiter de microscopique à un moment? grommela Rina dans sa barbe.

-Ling ?! s’écrièrent Ed et Al, surpris.

-Oh, vous êtes là, vous aussi ! Ed, tu aurais pu me prévenir que tu passais à Xing, je vous aurais invité au palais pour un dîner !

-Empereur, que faites-vous ici ? s’exclama le général. Et sans escorte, en plus !

-Pas besoin d’escorte, Ranfan est avec moi ! répondit Ling en désignant la ninja qui avait arrêté Rina, derrière lui.

L’adolescente enfouie encore plus sa tête entre ses épaules. Elle était donc bien la femme de l’Empereur…

-Empereur, vous n’êtes pas assez prudent, insista Tao.

-Je suis bien d’accord, glissa Ranfan en soupirant.

-Tu ne devais pas te sentir obligé de venir, Ling, je trouve la situation suffisamment gênante comme ça, grogna Ed.

Rina lança un regard surpris à son père. Il tutoyait l’Empereur de Xing ? Il le connaissait ?

« Depuis quand le connaît-il ? Chaque année qu’on est venu ici, il n’en a jamais parlé : Je ne comprends plus rien !! » se demanda-t-elle.

-Soyez plus respectueux lorsque vous vous adressez à l’Empereur, gronda Tao.

-Ça se voit que vous ne connaissez pas Ed ! s’esclaffa Ling. Lui ? Avoir des manières ?

-Mais enfin, Empereur…

-Laissez, général, ce sont de vieux amis… Vous pouvez sortir colonel Ryu, je me charge de cette jeune fille !

Ahuri par la scène qui se passait sous ses yeux, Ryu bafouilla et s’inclina avant de sortir.

Sur ce, Ling s’avança vers Ed et Al pour échanger quelques mots avec eux, sous le regard blasé du général.

-Empereur, je me doute la raison de votre venue, dit ce dernier, au bout d’un moment. Mais vous devez déjà savoir que ce n’est pas parce qu’il s’agit de la fille de vos amis que nous devons oublier ce qu’elle a fait.

-Je ne veux pas qu’on oublie, je veux la faire se racheter.

-Comment ça ? questionnèrent Edward et Rina en chœur.

-Il n’y a pas de raison de faire autant de cinéma pour un charlatan. Ce n’est pas un tueur en série qu’elle a laissé s’échapper, quand même ! Mais il est vrai que ça m’embête qu’il se soit enfui, alors que ça fait des mois qu’on essaye de l’attraper… Voilà donc ce que je propose, Rina : Tu me retrouve cet homme et tu nous aide à l’arrêter et en échange, je fais abandonner les charges d’accusations contre toi.

-Ça, c’est du chantage, fit Rina en haussant un sourcil.

-Pas tellement, c’est juste que ça arrange tout le monde : Toi, tu te rachète et nous, on récupère notre homme… Et tu en profiteras pour réparer un peu les dégâts que tu as fais dans la ville !

-Mais comment je vais faire ? Vous-même avez mit des mois à l’attraper…

-Ranfan à réussit à le retrouver, peu après t’avoir arrêté et l’a fait surveiller. On attend plus que toi.

L’idée tentait Rina, bien sûr. Elle avait l’occasion de réparer sa grosse erreur… L’adolescente se tourna alors vers son père -dont le visage trahissait toujours une certaine colère- afin de lui demander silencieusement l’autorisation. Sentant son regard, Ed s’avança vers la porte, sans faire attention à sa fille.

-Fais ce que tu veux. Moi, j’abandonne, déclara-t-il en sortant.

-Papa…

Mais il ne l’entendit pas. La porte s’était déjà renfermée en claquant. Al posa doucement sa main sur l'épaule de Rina, comme pour la réconforter. Même si loin d'être le cas, Rina apprécia le geste.

-Alors, Rina ? demanda Ling.

L’adolescente regarda encore un instant la porte par laquelle son père venait de sortir, avant de se tourner vers l’Empereur, l’air déterminé.

-C’est d’accord.


Ed attendait Al et Rina à l’extérieur. Quand ils le rejoignirent après quelques minutes, Edward tendit aussitôt sa main devant Rina.

-Tes gants, dit-il sévèrement.

Rina fut intriguée, mais ne préféra pas interroger son père et lui donna alors bien vite ses gants. Edward les fourra dans sa poche en marmonnant :

-Confisqués jusqu’à ce qu’on rentre.

-Qu… ? Pourquoi ?

-J’ai eu tort, tu n’étais pas prête à les avoir. L’Alchimie doit être utilisée pour le bien du peuple mais visiblement, tu n’as toujours pas compris ça.

-Je l’ai compris ! J’ai voulu aider !

-Tu as surtout aidé à laisser échapper quelqu’un et à empêcher un militaire qui faisait son travail.

-Il était en tenue civile ! Comment j’aurais pu deviner que c’était un militaire ?

-Tu n’avais pas à t’en mêler, Rina ! s’écria Ed en haussant le ton.

L’adolescente tressaillit et abaissa les yeux. Al, lui, suivait la dispute un peu plus à l’écart, n’osant pas intervenir.

-Pourquoi à chaque fois que je te laisse seule, ça finit comme ça ? ajouta Ed en frottant ses yeux d’un geste fatigué.

-Je vais le retrouver et le faire arrêter, cette fois ! Je te le promets !

-Et de préférence, évite de provoquer une autre catastrophe.


**

Quand Rina fut de retour à la maison d’Al et May, le soleil était couché depuis longtemps, il faisait nuit noire. Tout le monde était couché. Enfin, presque tous… Adossé contre la porte d’entrée, Ed attendait sa fille de pied ferme. Malgrés de légères cernes sous ses yeux, son visage était toujours aussi ferme que lorsqu’ils s’étaient quittés, quelques heures auparavant. A tel point que Rina baissa instinctivement le regard, lorsqu’elle arriva à sa hauteur.

-Tu l’as retrouvé ? demanda-t-il d’une voix aussi sévère que son visage.

-Oui, répondit sa fille d’une petite voix, et il a été arrêté.

Elle sentit le regard de son père peser encore quelques secondes sur elle. Puis, il déclara, d’une voix plus adoucie.

-Bien… Va te coucher.

Rina hocha la tête et se dirigea aussitôt dans la chambre qu’elle partageait avec Edwin. Normalement, c’était celle de Tara, mais le temps que ses cousins séjournaient ici, elle dormait dans la chambre de ses sœurs.

L’adolescente ne prit même pas la peine de se mettre en pyjama. Elle était trop fatiguée pour ça. Elle jeta donc sa veste marron par terre et se coucha sur le dos tout en croisant les bras derrière sa tête. Elle se mit à repenser à l’arrestation du charlatan. Comme le vieil homme avait été repéré, il était logiquement allé à l’autre bout de la ville. Quand Rina l’avait retrouvé, il avait déjà recommencé à vendre ses marchandises. Il avait tout de suite reconnut Rina et comme il avait comprit qu’elle était étrangère, il lui avait parlé avec des mots courts et simples. Ainsi, il l’avait remercié pour son aide et avait été impressionné de voir qu’elle avait réussi à échapper à la police. Et, sans que Rina n’ait eu le besoin de dire quoique ce soit, le vieux lui proposait de travailler pour lui afin de continuer à le protéger des militaires.

Au départ, Rina avait été à deux doigts de lancer l’alerte, afin que Tao et son équipe viennent arrêter l’homme. Cependant, au dernier moment, une idée lui était venue. Ainsi, elle avait demandé d’un Xinois maladroit à l’homme de lui montrer où il stockait sa marchandises, afin qu’elle puisse aussi protéger l’endroit. Le vieil homme avait naïvement accepté et, après avoir rangé son stand, avait demandé à Rina de la suivre. C’est une fois qu’ils étaient arrivés dans un petit appartement rempli de contrefaçons en tout genre, que Rina avait pu prévenir les militaires.

L’homme avait été arrêté et l’endroit où il stockait sa marchandise avait été découverte. Rina avait largement respecté son contrat et était même repartit avec les félicitations du général Tao !

Tu sais que tu ne te débrouilles pas mal, surtout quand tu es du bon côté, avait-il déclaré, juste avant qu’ils ne se quittent. Tu es maligne et douée… Il ne te manque plus que la discipline pour faire une bonne militaire !

Ryu avait même esquissé d’un sourire à l’adolescente.

Cette phrase tournait en boucle dans la tête de l’adolescente. A Amestris, elle savait qu’il y avait ce qu’on appelait les Alchimiste d’Etat. Son père lui avait raconté qu’il en avait côtoyé quelques-uns puisqu’il avait collaboré avec l’armée et Rina l’avait suffisamment entendu râler pour deviner qu’il ne la laisserait jamais rejoindre l’armée et encore moins la laisser devenir un « chien de l’armée »… Pourtant, le fait d’avoir arrêté cet homme la rendait heureuse, presque euphorique… Et si elle avait enfin trouvé sa voie ?

Elle réfléchirait au moyen de pouvoir intégrer les Alchimiste d’Etat sans que son père ne s’y oppose lorsqu’elle serait rentrée à Resembool.


**

Quand Ed entra dans la chambre, il constata que sa femme avait laissé la lampe de chevet allumée pour lui. Il se changea rapidement et s’installa dans le lit le plus silencieusement possible, afin de ne pas réveiller Winry. Mais cette dernière semblait dormir d’un sommeil léger, puisque dès que son mari fut allongé, prêt à éteindre la lampe, elle se tourna vers lui.

-Elle est rentrée ? demanda-t-elle d’une voix ensommeillée.

-Oui, et le gars a été arrêté.

Tout était réglé et pourtant, Winry remarqua que quelque chose semblait tracasser Ed. Cela se sentait dans sa voix… La mécanicienne tendit son bras pour emmêler une mèche des cheveux d’Ed autour de son doigt.

-Tu veux qu’on en parle ? murmura-t-elle ensuite.

-Parler de quoi ? Du fait que notre fille se met à agresser des gens dans la rue et se rebelle contre les forces de polices, sans oublier que ça aurait pût être dangereux ?

-Dangereux ? C’était un simple charlatan, pas un deuxième Barry le boucher ! Il n’y avait rien de dangereux.

-…Oui je sais, admit finalement Ed en grommelant.

-Et pour le reste… Ça partait d’une bonne attention, Ed. Elle a juste voulu bien faire et venir en aide à quelqu’un… Ce que de moins en moins de personnes n’osent faire, de nos jours. Je ne dis pas que j’approuve tout. Par exemple, le fait qu’elle ait fuit lors de son arrestation est en effet impardonnable… Mais elle a comprit son erreur et à tout fait pour la réparer -avec succès.

-Je sais tout ça et c’est bien pour ça que je n’arrive pas à lui en vouloir complètement…

Winry sourit et se rapprocha encore de son mari.

-Alors arrête de penser à tout ça et dors, dit-t-elle d’un ton doux, en se blottissant contre lui. C’est notre dernière journée ici demain, il faut qu’on soit assez reposés pour en profiter…


~*Le lendemain *~


L’après-midi touchait à sa fin. Les valises à la main, Ed alla dans le salon pour poser les bagages. Lorsqu’il vit qu’une des jumelles y était, il eut un instant de réflexion, n’étant pas sûr de l’identité de la fillette.

-Euh… Rei ? hasarda-t-il.

Gagné, la fillette tourna la tête vers lui et lui fit un grand sourire.

-Oui, tonton ?

-Est-ce que tu peux aller chercher Edwin et Rina pour moi, s’il te plaît ? On va bientôt partir !

-D’accord !

Elle sautilla joyeusement jusqu’à la porte et, juste avant de sortir, glissa à Ed :

-Au fait, moi c’est Su Yin !

Ed empoigna un coussin et l’envoya sur sa nièce, qui l’évita en rigolant avant de s’empresser de sortir.

-Chipie ! lui lança-t-il.


**

-Faites bon voyage, dit Al en serrant son frère dans ses bras. On vous tiendra au courant lorsqu’on viendra !

-J’espère bien, fit Ed en souriant.

Après embrassade et étreinte pour toute la famille, Ed et les siens entrèrent dans le train, au moment où celui-ci annonça la fermeture des portes.

Peu après, le train démarra et Alphonse le regarda s’éloigner, un pincement au cœur. C’était toujours la même chose lorsqu’il devait quitter son frère, après avoir étés séparés aussi longtemps… Leurs séjours passaient toujours beaucoup trop vite.

Quand il sentit une main chaleureuse entourer la sienne, il tourna la tête et croisa le regard de May. Elle savait ce qu’il ressentait et voulait lui faire comprendre qu’elle était là pour lui remonter le moral.

-La prochaine fois, on passera au moins deux semaines chez eux, lui dit-elle. Winry ne pourra pas avec son boulot, mais nous, avec de l’organisation, on y arrivera.

Al lui sourit. Elle savait que les deux frères regrettaient de ne pas pouvoir passer plus de temps ensemble.

Alors, il se pencha et captura les lèvres de la Xinoise.

-Beurk ! commentèrent les jumelles.