Être responsable des personnes qu'on aime

par Jill Kuchiwa



-Beurk, comment tu fais pour boire cette horreur ? grommela Edwin, alors que Rina buvait un verre de lait.

-Je n’aurais pas dit mieux, glissa Ed.

Winry et Rina leur lancèrent le même regard noir.

-S'il y a une chose que je qualifierais d'horreur, c'est le café, fit Rina en grimaçant. (Une idée lui traversa l'esprit) Oh ! Et si je rajoutais du lait dedans ? Ce serait peut-être meilleur !

-Quelle infamie ! s’exclama son frère, choqué. Le lait est quelque chose qui devrait disparaître de la surface de la terre.

-Ne raconte pas n'importe quoi ! C'est super bon !

Amusés, Ed et Winry ne purent s’empêcher de se lancer un regard complice. Combien de fois eux-mêmes avaient eu le même débat ?

-En plus, ajouta Rina, ça fait grandir ! Donc si j’en bois assez, j’atteindrais ta taille et on arrêtera de me faire remarquer à quel point je fais petite, à côté de toi !

-Et pourtant, tu remarqueras que je n’ai jamais bu de lait !

-Tu vois, je t’ai toujours dit que c’était bidon, cette histoire comme quoi le lait faisait grandir, lâcha Ed en donnant un coup de coude à Winry.

-C’est trop scientifique pour toi, tu ne peux pas comprendre, répliqua cette dernière.

-Je te rappelle que les Alchimistes sont des scientifiques et que j’ai été considéré comme un génie dans mon domaine.

-Pour moi, tu restes un idiot… dont je me demande toujours pourquoi je suis tombée amoureuse, d’ailleurs ! soupira Winry en se levant, tandis que leurs deux enfants continuaient de se crêper le chignon

-Tu devrais t’estimer chanceuse ! Je te rappelle qu’à Rush Valley, plein de femme t’enviaient d’avoir un mari comme moi. Si tu veux, je peux toujours aller les voir et…

Il s’interrompit et sourit lorsque, derrière lui, Winry se pencha pour l’enlacer en entourant son cou de ses bras et poser sa tête à côté de la sienne, au creux de son épaule.

-Pas question, dit-elle doucement, tu es mon idiot, je ne partage pas.

Une matinée normale chez les Elric débutait très souvent de cette façon,


**

-Quelle est la loi fondamentale de l’Alchimie ? demanda Ed, quelques heures plus tard.

-Paaaapaaaaa, soupira Rina.

Elle râla encore un moment avant de se décider à répondre aux questions de son père. Puis, cette fois, ils s’échauffèrent en faisant un petit combat.

-Bien, tu as cinq minutes de pause, déclara Ed alors que sa fille s’écroulait par terre. Après, on commencera un nouveau combat.

Rina lui lança un regard désespéré. Elle avait déjà tout donné, rien que pour cet échauffement… Elle suait déjà à grosse goutte et était essoufflée. Son père, lui, semblait aussi frais qu’au réveil !

-T’as vraiment aucune pitié ! souffla-t-elle.

Ed éclata de rire.

-Attends de rencontrer mon maître ! Tu verras si je n’ai aucune pitié (Il fouilla dans sa poche) Mais je pense avoir quelque chose pour te motiver.

Il lança quelque chose que Rina attrapa sans mal.

-Des gants ? s’étonna-t-elle. Tu crois vraiment que je suis du genre à avoir peur de me salir ?

-Regarde-les plus attentivement, nigaude, répondit Ed avec un sourire en coin.

Rina fronça les sourcils, intriguée, et retourna les gants dans ses mains afin de les observer. Elle découvrit des symboles.

-Qu’est-ce que ça veut dire ? ne comprit pas Rina.

-Si tu joins les deux symboles, que se passera-t-il, d’après toi ?

-Ça créera… un cercle de transmutation ? Attends, tu veux dire que je vais pouvoir faire de l’Alchimie juste avec ces gants ? En joignant simplement les mains ? C’est impossible !

-Impossible est un mot qui n’existe pas, rappela Ed, les bras croisés. Essaye donc.

-Pourquoi est-ce que je sens que c’est une mauvaise blague, juste pour me faire paraître ridicule ? grommela l’adolescente en enfilant les gants.

Ed répondit par un sourire énigmatique. Rina soupira et, sans entrain particulier, joignit ses deux mains avant de les poser au sol. Elle fit un violent sursaut lorsque la transmutation fit effet et qu’une colonne de terre se créa devant elle.

-Qu…

Elle recommença une deuxième fois et la transmutation fonctionna de nouveau. Alors, un sourire machiavélique se dessina sur ses lèvres, tandis qu’elle croisait le regard de son père.

-Voilà qui va être intéressant ! lança-t-elle en bondissant sur ses pieds.

Envolée, la fatigue ! Elle se sentait envahir par une toute nouvelle énergie. Cette fois, elle claqua des mains avec beaucoup plus d’enjouement et, peu après, Ed sentit la terre trembler. Il fit un bond sur le côté au moment ou la terre s’ouvrait en deux, sous ses pieds.

-Tu vois, je t’avais dit que ça te motiverais ! s’exclama-t-il fièrement quand Rina s’apprêta à attaquer une nouvelle fois.


**

-Je vais finir par croire que papa est un Dieu, grommela Rina en remuant ses épaules endoloris tout en marchant. Ou que je suis complètement nulle !

-Aucun des deux, rassura Edwin en riant. Tu es très douée, papa ne cesse de nous le dire à maman et moi… Mais lui, il a des années d’expériences en matière de combat.

-Alors comment je suis censée le battre ? Je m’entraine déjà comme une dingue et il ne me laisse aucune chance !

-Il attend quelque chose de bien précis de toi.

Ils s’arrêtèrent devant un grand bâtiment. Winry les avaient envoyé chercher des pièces d’auto-mail, qu’elle avait commandé. Edwin ouvrit la porte et se tourna vers sa sœur :

-Je suppose que tu m’attends ici ?

-Oui, comme d’hab... Je n’y connais rien en auto-mail, je ne vais donc pas être d’une grande aide pour vérifier qu’il ne manque rien…

-Je ne serais pas long… Sois sage !

-Oui, oui, grommela Rina en levant les yeux au ciel.

Elle s’assit sur les marches et attendit alors patiemment son frère. Au bout d’un moment, un mouvement dans une ruelle en face d’elle attira son attention. Intriguée, elle s’y dirigea et en tarda pas à découvrir une boule de poil.

-Oh !

Il s’agissait d’un chiot, sûrement errant… Il avait une couleur de poil assez originale, un mixte de poils roux et noirs. Impossible de déterminer sa race, surement un bâtard…

Rina sourit et prit le chiot dans ses bras. Il ne devait pas avoir plus de quatre mois…

-Tu es trop mignon, toi !

Si Alphonse, son oncle, adorait les chats, elle était une passionnée des chiens... Au grand désespoir d'Ed !


-C’est tout bon ? demanda le gérant lorsqu’Edwin eut terminé son analyse.

-Oui, il ne manque rien et aucune pièce n’est abîmée ou défectueuse.

Depuis le jour où Winry avait fait une crise parce qu’Edwin n’avait pas vérifié la commande et s’était donc retrouver avec des pièces abîmées et manquantes, l’ainé vérifiait désormais avec soin le contenu des cartons. Et apparemment, son fournisseur avait également retenu la leçon, puisque depuis que Winry lui avait donné un coup de fil, (en ce fameux jour où elle avait reçu ces pièces dans un état pitoyable) elle n’avait plus jamais rencontré ce problème.

-Je te laisse faire la petite signature habituelle, alors, dit le gérant en lui tendant une feuille. Ah ! Et il y a du courrier pour toi, aussi. C’est que tu attendais ?

Cela faisait des semaines qu'Edwin lui demandait, dés qu'il allait à la poste, si ce fameux courrier était arrivé.

Un peu nerveux, Edwin attrapa la grande enveloppe que le gérant lui tendait. Vu l'épaisseur, elle avait l'air d'avoir un bon contenu.

-Je l’espère !

Il salua ensuite l’homme aux cheveux poivre et sel et sortit du bâtiment. Il trouva Rina, accroupit dans une ruelle.

-Toi, tu as encore trouvé un chien errant, devina l’adolescent. J’espère que tu ne songes pas une seule seconde à…

-Pourquoi pas ? coupa-t-elle en lui montrant le chiot, dans ses bras. Regarde-le, comment ne pas craquer ?

-Tu sais ce que va dire papa, préféra rappeler Edwin en caressant néanmoins la tête du chiot.

-Il va peut-être prendre en compte que ça fait longtemps que je n’en aie pas ramener et du coup, il va accepter.

Tout en parlant, elle mettait le chien dans son sweat. Bientôt, seule la petite tête de l’animal dépassa du vêtement.

-Comme tu veux… Mais ne te fais pas trop d’illusions, soupira Edwin. Du coup, je suppose que je ne peux pas compter sur toi pour m’aider à porter un de ces deux cartons ?

-Si. Ça va un peu le cacher… Donne-en moi un que je peux porter d’une main, comme je dois soutenir le chien avec l’autre.

Puis, alors que son frère lui tendait un des cartons Rina vit la grosse enveloppe, posée sur l’autre paquet.

-Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle.

-Une lettre pour moi.

-De qui ? Une admiratrice secrète ? Hum… Vu l’épaisseur, ça doit même être plusieurs admiratrices... Je peux voir ?

-Hors de question !

Mais d’un geste vif, la cadette s’empara de l’enveloppe. Et, alors qu’elle commençait à l’ouvrir, Edwin posa précipitamment ses cartons pour essayer de l’en empêcher.

-Rends-moi ça !

-Si tu ne veux pas que je lise, dis-moi au moins ce que c’est !

-Non !

-Tant pis…

-Rina !

Quand elle eut réussit à ouvrir l’enveloppe, Rina se dégagea de l’emprise de son frère pour sortir une des feuilles.

-Cher monsieur Elric… Dit donc, elle parle bien, ta copine ! se moqua-t-elle, avant de poursuivre sa lecture. Nous avons bien reçu votre demande de candidature et vous avons envoyé les papiers nécessaire pour votre…

Au fur et à mesure qu’elle parlait, sa voix se faisait plus basse.

-… demande d’inscription…

Elle releva la tête pour regarder son frère d’un interrogateur, mais ce dernier gardait la tête baissée. Impossible de croiser son regard.

-Quelle candidature ? T’inscrire où ?

-Je veux faire une formation pour les mécaniciens d’auto-mails. Elle dure deux ans et se déroule en alternance donc j’aurais des semaines sur une structure d’apprentissage… En plus, c’est à Rush Valley. Le paradis de l’auto-mail !

Rina ne put retenir un gloussement.

-Une formation ? Pour quoi ? Tu connais déjà tout sur les prothèses !

-Non, je suis loin de tout connaître. Maman est incroyable mais j’ai besoin de voir une façon de travailler autre que la sienne, pour me perfectionner.

Rina fronça les sourcils.

-Attends… Ça veut dire que tu n’iras pas en apprentissage à la maison ?

Le cœur de l’adolescente se serra quand Edwin détourna le regard.

-Tu… Tu vas partir ? Mais… Tu as tes clients ! Toi et maman êtes déjà débordés, comment elle va faire sans toi ? Tu as pensé à elle ?

-Bien sûr que j’ai pensé à elle ! répliqua sèchement Edwin.

-Bon, peut-être qu’elle arrivera à se débrouiller si ce n’est que pour deux ans… Mais quand même…

Son frère se crispa. Rina comprit aussitôt ce que cela voulait dire.

-Tu ne comptes pas revenir, après ces deux ans, dit-elle lentement, comme si elle essayait de réaliser le sens de ses propres paroles.

-J’ai envie de voir ce que c’est de gérer une boutique dans un endroit comme Rush Valley. C’est là-bas que maman à été apprentie et j’aimerais faire pareil. Il y a beaucoup plus de monde qu’ici, plus de demandes… Ça va être beaucoup plus intensif et j’ai besoin de ça pour savoir si c’est vraiment le travail que je veux faire, avant d’être embauché par un gérant et d’ouvrir ma propre boutique, plus tard.

-Il semblerait que tu aies déjà pensé à tout, grommela Rina. Notre petite campagne ne te plait plus ? Nous ne sommes pas assez bien pour toi ?

-Ne le prends pas comme ça, c’est juste que…

-Maman à besoin que tu gère la boutique avec elle, tu n’as pas le droit de l’abandonner ! s’énerva l’adolescente.

-Hé ! Tu baisses d’un ton, s'il te plait ! cingla Edwin.

Il était très rare qu'il perde sa patience et son calme. Rina fronça les sourcils et détourna la tête. Sentant le chiot qui s’agitait nerveusement à cause des haussements de voix, la cadette lui gratta pensivement la tête avant de prendre son paquet en main. Puis, elle commença à s’éloigner, sans un regard pour son frère. Ce dernier poussa un profond soupir et attrapa l’autre carton avant de la suivre.

Le trajet fut silencieux. Ce fut seulement lorsque leur maison fut visible que Rina reprit la parole :

-Maman et papa sont au courant ?

-Non. Je vais attendre d’avoir les dates de test d’entrée avant de leur dire.

-Tu devras les passer où, ces tests ?

-Dans l’établissement de la formation, à Rush Valley… D’ailleurs... J’aurais bien besoin de quelqu’un pour m’encourager.

Rina sourit.

-D’accord. Je serais là.

Leurs disputes ne duraient jamais bien longtemps.


Quand ils furent devant leur maison, Rina prit une grande inspiration avant d’entrer.

-Dis donc, vous avez été long ! lança Winry, depuis la cuisine.

-Deux cartons à vérifier, c’est long, répondit Edwin, Et puis il y avait beaucoup de monde.

Il posa son carton par terre, imité par sa sœur, puis il rejoignit Winry dans la cuisine. Alors que Rina posait son carton pour le suivre, le chiot réussit à se dégager du sweat et sauta habilement par terre.

-Non ! chuchota l’adolescente en s’écroulant à quatre pattes et en tendant le bras pour essayer de le rattraper.

Mais le petit chien fila et Rina se crispa en voyant qu’il se dirigeait vers le bureau de son père. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’Ed y était, car dans ces cas-là, il fermait toujours la porte. Il y avait donc un espoir que Rina le rattrape.

-Tu as perdu ta sœur en route ? demanda tout à coup Ed.

Oh non… Il se trouvait dans la cuisine, avec Winry.

« Donc, la porte est ouverte… Il faut vite que j’y aille avant qu’il ne fasse n’importe quoi dans le bureau de papa. »

-Euh, je suis là ! s’exclama Rina en apparaissant à l’entrée de la cuisine. Mais… Euh… J’ai une envie… très, très pressante et… Je vais vous abandonner quelques secondes et…

Alors qu’elle continuait de parler, Winry et Ed échangèrent un regard entendus. De toute évidence, leur fille avait encore fait une bêtise.

-Alors, sur ce… Je reviens !

Avant de partir, Rina lança un regard à son frère, qui voulait dire « Couvre-moi ! ». Edwin comprit tout de suite le message.

-Vous savez quoi ? On a croisé madame Silver ! lança-t-il d'un ton enjoué.

-Oh, je comprends pourquoi vous avez été aussi long, dit Winry en éclatant de rire.

-Toujours aussi bavarde, cette vieille pie ? demanda Ed.

-Vous ne devinerez jamais ce qu’elle nous a raconté ! Eh bien…


-Le chien ? appela Rina dans un murmure. Tu sais, si tu veux que je puisse t’adopter, il va falloir s’y prendre d’une autre façon, parce que là c’est très, mais alors vraiment trèèèèèèèèèèès mal partit !

Elle se tressaillit lorsque le chiot attrapa un des livres d’Ed -qui était tombé de son bureau- dans la gueule, pour jouer avec.

-Oula-oulalalalaala !! fit-elle en s’empressant d’attraper l’animal. Très, très mauvaise idée, ça ! Tu veux mourir, ou quoi ?

Elle récupéra le livre mais aussitôt après, le chiot laissa échapper des aboiements plaintifs.

-Chuuut, ils vont t’entendre !

Mais rien à faire… Ses petits cris furent même de plus en plus forts.

-C’est pas vrai ! grommela l’adolescente

Elle remit à contrecœur le livre dans la gueule du chien pour le faire taire.


-C’était quoi ce bruit ? demanda Winry.

-Hum ? Quel bruit ? tenta innocemment Edwin. Bon, je continue… Et après, elle a rencontré un alligator !


Rina relâcha le chien et, après s’être assuré qu’il restait sagement près d’elle, elle attrapa une craie, posée sur le bureau de son père et dessina un symbole par terre. Elle avait laissé ses gants dans sa chambre et n’avait pas le temps de monter les chercher.

-Je vais te transmuter un jouet parce qu’il est hors de question que je te présente à mon père alors que tu as un de ses livres dans la gueule !

Mais au moment où elle allait poser ses mains sur le cercle de transmutation, elle remarqua que le chien n’était plus devant elle. Elle leva alors la tête et eut un violent sursaut lorsqu’elle vit que l’animal avait levé une de ses pattes arrière pour se préparer à uriner… contre une petite étagère remplie de bouquin, qui servait de seconde bibliothèque à son père -puisqu’il n’y avait pas assez de place dans la bibliothèque principale.

-Non ! Surtout pas ça !

Elle bondit pour pousser le chiot. Elle réussit mais rentra également en plein dans l’étagère, qui se mit à tanguer dangereusement. Rina poussa un cri de surprise lorsqu’elle vit l’étagère se rapprocher dangereusement d’elle…


-Un essaim des bourdons venimeux ? répéta Ed en haussant un sourcil.

Qu’est-ce que cette vieille commère avait inventer, encore ? Et surtout, comment Edwin avait-il pû la croire ?

« Y a anguille sous roche... C'est beaucoup trop louche... Et Rina met beaucoup trop de temps à revenir » songea-t-il.

Il connaissait assez la complicité de ses enfants pour comprendre qu'Edwin essayait de couvrir Rina... Mais pour quoi, encore ?

-AAAH ! cria tout à coup une voix, les faisant sursauter.

S'en suivit d'un immense « BOUM » !

-C’était Rina ?! paniqua Winry en se levant précipitamment de sa chaise.

-Ça vient du bureau, dit Ed.

Il s’empressa de s’y diriger, Winry sur ses talons. Edwin les suivit en grimaçant.

« Désolé sœurette, mais là… Je ne vais plus pouvoir faire grand-chose pour toi. »

Quelle fut leur surprise, quand ils découvrirent la petite bibliothèque d’Ed renversée par terre.

-Qu’est-ce que…, souffla ce dernier.

L’adolescente aux cheveux blond parvint à sortir sa tête et ses bras, le reste étant ensevelis et coincé sous l’étagère et les livres.

-Rina ! s’exclama Winry. Tu vas bien ? Rien de cassé ?

Sa fille attrapa le chiot, qui passait juste tranquillement devant sa tête, toujours son livre dans la gueule, et le tendit devant elle. Malgré l’air furieux de son père, elle se risqua à lancer :

-Je peux le garder, dis ?


**

Le soir, quand on toqua à la porte, Rina grommela un « Oui ». Peu après, sa mère entra, une assiette d’assortiments de sandwich dans la main. Quand elle croisa le regard de sa fille, Winry lui fit un petit sourire.

-Ce n’est pas parce que tu es punie à rester dans ta chambre que je dois te laisser mourir de faim, expliqua-t-elle en posant l’assiette sur la table de chevet.

-Je me fiche de ses décisions, lança directement Rina. Cette fois, ce chien deviendra mon chien.

-Si tu t’en fiches tellement, pourquoi est-ce que tu caches ton passager clandestin sous ta couette afin que je ne le voie pas ?

Rina regarda sa mère un moment, avant d’oser soulever sa couette pour faire sortir le chien. Winry sourit et vint s’asseoir au bord du lit.

-Il est vraiment trop mignon ! Tu as allé le rechercher quand ? demanda Winry en caressant le chiot.

Si la mécanicienne avait craqué sur l’animal, cela n’avait pas été le cas d’Ed, qui avait aussitôt ordonné à sa fille d’aller le lâcher le plus loin possible.

-Tout à l’heure, quand papa prenait sa douche…

Winry ne put s’empêcher de pouffer. Elle comprenait mieux pourquoi Edwin avait fait autant d’erreur dans la confection de ses auto-mails, ce soir ! Elle avait laissée la porte de l'atelier ouverte et Edwin avait dû voir sa sœur passer et avait tout fait pour attirer l’attention de sa mère, afin qu’elle ne remarque pas Rina dans le couloir puis par la fenêtre de l’atelier…

-Cette fois, je ne lâcherais rien, déclara ensuite Rina.

-Je vais essayer de lui parler, tout à l’heure.

-Tu parles ! Tu sais autant que moi que lorsqu’il a prit une décision, il ne revient jamais dessus… Et quand en plus il est en colère…

-Tu comptes donc continuer à le cacher dans ta chambre ? Je veux bien t’aider à garder le secret, mais le jour où il le découvrira, ça va barder.

L’adolescente soupira, le cœur lourd.

-Maman, pourquoi est-ce qu’il est comme ça, avec moi ? Pourquoi est-ce qu’il rejette toujours catégoriquement mes décisions ?

-Il a juste très peur pour toi, chérie.

-Peur ? Lui ? N’importe quoi, il n’a peur de rien…

-Détrompe-toi, tu ficherais la trouille à n’importe qui ! taquina la mécanicienne en éclatant de rire.

Rina sourit mais ne répondit rien. Un silence s’installa. Un bout de quelques secondes, Rina redressa la tête et remarqua que sa mère était songeuse, le regard dans le vague.

-A quoi tu penses ? demanda-t-elle.

Un petit sourire apparut aux lèvres de Winry, tandis qu’elle croisait le regard de sa fille.

-Tu avais deux ans. Je bricolais dans mon atelier et Ed en avait profité pour faire une sieste pendant que toi et Edwin faisiez la votre. Tu as fais un cauchemar et, nous n’avons jamais su comme tu as fait, mais tu es sortit toute seule de ton lit et as ouvert la porte. Puis tu as voulu descendre les escaliers pour venir me chercher. Ton père s’est réveillé en entendant tes pleurs et lorsqu’il est sortit de sa chambre pour aller voir ce qui n’allait pas, il t’a aperçut dans les escaliers… Tu as loupé une marche et au moment où tu allais tomber, ton père t’a rattraper… Avec tellement d’entrain que, dans son élan, c’est lui qui a dégringolé les escaliers, en te tenant fort dans ses bras pour te protéger. Dés que j’ai entendu tout ce bruit, j’ai accourut et je l’ai trouvé sur le dos, les jambes en l’air, avec toi sur son ventre, toujours bien protégée dans ses bras. Tu riais aux éclats… Je crois que tu avais déjà un certain goût pour les sensations fortes, conclut-elle en riant.

-Il n’a rien eu ?

-Quelques bleus et une grosse bosse sur la tête… Mais il s’en fichait car toi, tu n’avais rien et c’était ce qui comptait le plus pour nous. Il a vraiment eu peur pour toi et moi, j’ai tellement eu peur pour vous deux que par la suite, j’ai construis une barrière pour mettre devant l’escalier, afin que ça ne se reproduise plus !

-Je ne me rappelle pas de tout ça, murmura Rina.

-C’est normal, tu étais très petite… Tu vois, j’ai complètement oublié ce que j’ai fait le mois dernier et ton père, lui, oublie même carrément ce qu’il a fait la veille ! Mais pourtant, je t’assure que nous nous souvenons parfaitement de chaque bleu, écorchures ou blessures que vous vous êtes fait depuis que vous êtes nés, toi et ton frère… De chaque danger que nous avons réussis à éviter ou non… De chaque accident qui auraient pu vous tuer... On en parle souvent, Ed et moi.

Comme Rina ne répondait pas, Winry ajouta, tout en lui caressant les cheveux :

-Ma chérie… Essaye d’imaginer et de comprendre ce que ça fait de se sentir responsable du malheur d’une personne qu’on aime plus que tout.


Dès qu’elle entra dans sa chambre, Winry se planta devant Ed. Ce dernier était confortablement installé sur le lit et bouquinait. Mais Winry le connaissait par cœur : Même s’il donnait l’air d’être concentré, il n’était pas dur de deviner pour elle qu’il avait l’esprit ailleurs.

« On va commencer doucement avec le mode « sévère » » décida-t-elle intérieurement.

-Donne-lui ce chien, ordonna-t-elle en croisant les bras d’un geste autoritaire.

-Pas question, répondit aussitôt Ed, comme s’il avait prédit l’intention de sa femme.

-Ed !

Ce dernier ne répondit pas. Winry soupira et grimpa sur le lit pour s’asseoir à côté d’Ed. Il allait falloir changer de tactique et passer au mode « supplication ».

-S’il te plait, mon Ed chéri ! dit-elle d’une voix suave. Ça fait des années que je dis que la maison fait vide sans mon Den… Un nouveau chien remettra un peu d’ambiance et changera notre quotidien ! Et je sais que tu penses pareil que moi…

-Winry, toutes les fois où Al me ramenait un chat, je n’ai cessé de lui dire que s’occuper d’un animal demande énormément de responsabilité et il s’avère que c’est encore pire pour un chien !

-Certes, mais ça permettra à Rina d’être beaucoup plus responsable, justement.

Ed soupira et ferma son livre d’un geste agacé. Ils avaient cette conversation à chaque fois que leur fille ramenait un chien à la maison.

-Je ne changerai pas d’avis.

« Tu ne me laisse pas le choix » songea Winry en fronçant les sourcils.

C’était l’heure de passer en mode « chantage » 

-Si tu refuse, je te rajoute encore un mois sans tarte aux pommes.

-Fais donc.

-Deux mois.

-Tu perds ton temps.

-Bon, procédons autrement… Si tu as accepte, je diminue d’une semaine ta punition.

-C'est inutile, je...

-Deux semaines !

-Winry !

-Je t'enlève entièrement ta punition !

L’ex-Alchimiste ne se laissa pas démonter et la regarda droit dans les yeux, une lueur déterminé dans le regard.

-Non. Pas de chien.