Une journée normale chez les Elric (EDIT : Ajout Illustration !)

par Jill Kuchiwa



(nda : ATTENTION, a partir d’ici, ça se passe AVANT le prologue !)


Rina Elric entrebâilla doucement la porte du bureau et y passa discrètement la tête. Dos à elle, Edward Elric était occupé et semblait pris dans ce qu’il faisait. Alors, lentement, elle ouvrit la porte en entier et entra sur la pointe des pieds afin de ne faire aucun bruit. Quelque part, être discrète ou non ne changerai pas grand-chose puisque lorsque son père était plongé dans sa lecture ou ses recherches, sa maison pourrait s’écrouler qu’il ne s’en rendrait même pas compte ! L’adolescente ne cessait d’être impressionnée par sa capacité de concentration. Sur son bureau, des tas et des tas de feuilles volantes et de livres étaient entassés… A tel point que Rina ne cessait de se demander comment est-ce qu’il parvenait à s’y retrouver et surtout à encore trouver de la place pour écrire ses notes… D’ailleurs, il y avait aussi un nombre incalculable de feuilles, froissées, roulées en boules ou intactes, qui jonchaient aussi le sol. S’y retrouver dans ce foutoir relevait de l’exploit… Un exploit que seul son père était capable de faire.

L’adolescente serra fort le seau rempli d’eau qu’elle tenait contre elle et ne put s’empêcher de sourire rien qu’en imaginant la tête qu’il ferait, lorsqu’elle lui verserait le contenu entier du seau sur lui. Bien sûr, si ses feuilles et livres venaient à être trempés, elle utiliserait l’alchimie pour réparer les dégâts (Evidemment, elle n’aurait jamais osée faire ça si elle ne maîtrisait pas l’alchimie. Elle n’était pas suicidaire, non plus !) Rina n’était qu’à quelques centimètres d’Edward désormais, et il n’avait toujours rien remarqué. Un sourire machiavélique aux lèvres, elle leva les bras et au moment où elle allait pencher le seau…

-A ta place, je ne ferais pas ça, déclara Ed d’une voix froide, sans interrompre sa lecture. Surtout si tu tiens à la vie… Rina.

Cette dernière sursauta et bondit en arrière, glissant ainsi sur un des papiers au sol et tomba à terre... En se renversant le seau d’eau sur elle-même…
Quand Ed se retourna pour faire face à sa fille et qu’il l’a découvrit assise sur les fesses avec un seau lui recouvrant la tête, il explosa de rire. Puis, il s’accroupit devant sa fille.

-Franchement, qu’est-ce que je vais bien faire de toi ? s’esclaffa-t-il en lui retirant le seau de la tête.

L’adolescente détacha ses longs cheveux blonds pour les essorer, puis, elle les rassembla en une queue de cheval haute, avant de les tresser.

-Comment tu as fait ? fit-elle en balançant la tresse par-dessus son épaule, quand elle eut fini. J’ai été super-discrète et je ne pouvais pas être plus silencieuse que ça !

Son père eut un nouvel éclat de rire.

-Avec des enfants comme toi ou ton frère, on apprend vite à tendre l’oreille, même en pleine concentration sur son travail !

Puis, il ajouta :

-Mais tu sais quoi, j’ai bien besoin d’une pause… Et je vais avoir besoin de ton aide.

Rina fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu’il insinuait. Puis, lorsque son père tourna la tête pour lui désigner le seau du regard, elle comprit et eut un grand sourire. Qu’est-ce qu’elle adorait quand les événements prenaient ce genre de tournure !


Ed adressa un signe à Rina puis, ils entrèrent tous les deux dans l’atelier de Winry en portant chacun un seau d’eau. Cette dernière travaillait à côté d’Edwin, leur fils aîné, et semblait plongé dans la discussion qu’elle avait avec l’adolescent. Il ne restait qu’un ou deux mètres à Ed et Rina afin qu’ils réussissent leur coup, mais Ed reçut une clé à molette (lancée d’une main de maître par Winry) en pleine tête et Rina eut le même traitement de la part de son frère. Le père et sa fille tombèrent à terre, accompagnés de leur seau d’eau tandis qu’Edwin se mit à rire devant la scène.
-Aiieuh ! Edwin ! râla Rina en se frottant la tête. C’est pas parce que tu n’es plus drôle que tu dois m’empêcher de l’être !

Son frère resserra le bandana rouge qu’il attachait contre son front lorsqu’il travaillait (C'était son père qui le lui avait offert lorsqu'il avait réussi son premier auto-mail) et lui fit un sourire narquois.

-C’est pas vrai, mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire de vous deux ?! rugit Winry.


**

-J’y crois pas, je suis de corvée pendant deux semaines !

Rina prit une poignée de riz et commença à former un onigiri.

-Grrr, je déteste cuisiner.

-Arrête de te plaindre, déclara Winry en entrant dans la cuisine.

-Mais pourquoi deux semaines ? Normalement ce n’est qu’une semaine pour ce genre de blague !

-La première semaine, c’est pour avoir été le cerveau de cette blague, justement, et la deuxième semaine, pour avoir donné l’idée à ton père. D’ailleurs, comparé à lui, je trouve que tu t’en sors bien… (Elle s’adossa au mur d’un air songeur) Tiens, maintenant que j’y pense j’ai peut-être été plus sévère avec lui…

-Je me demande bien ce qui peut être plus sévère que…

-Il est privé de tarte aux pommes pendant un mois.

Rina en sursauta.

-Ah ouais, dur…, admit-elle en grimaçant.

Elle savait ce que représentaient les tartes aux pommes de Winry pour son père.

-C’est la première fois que tu lui en prive aussi longtemps…

-Il faut bien être sévère, de temps en temps.

-Ouais mais ce n’est même plus de la sévérité, là, c’est du sadisme, souligna l’adolescente.

Winry lui sourit et haussa les épaules.

-Il en a vécu d’autres, il s’en remettra vite… Et attention, interdiction de lui apporter des parts dans mon dos ! ... Et oui, jeune fille, je sais très bien que c’est toi la responsable !

Rina fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu’elle voulait insinuer par là. Elle se contenta ensuite de hausser les épaules et de finir de préparer le repas.

-N’empêche, je suis contente que tu ne m’aies pas privée d’Alchimie ! finit-elle par ajouter. D’ailleurs, ça m’étonne que tu n’y aies jamais penser.

-Tu rigoles ? J’ai failli le faire plusieurs fois mais j’ai trop peur de me retrouver avec toi et ton père sur le dos et de subir votre vengeance.

-N’exagère pas, pouffa Rina.

-A peine. J’ai grandi et ai toujours vécu auprès de grands fanatiques d’Alchimie, je sais de quoi je parle.

-Heureusement qu’il y a Edwin pour redresser la balance ! Deux mécanos pour deux alchimistes.

-Disons que ça fait un échange équivalent, fit Winry en faisant un clin d’œil.

Puis réalisant ce qu’elle venait de dire, elle se frappa le front et poussa un profond soupir de désespoir.

-Regarde-moi, je suis tellement habituée à vivre avec des Alchimistes que je me mets à raisonner comme eux ! Et sans m’en rendre compte, en plus… Ne dis jamais à ton père que j’ai dis ça, d’accord ?

Rina éclata de rire.

-D’ailleurs, où sont papa et Edwin ? Ils sont déjà partis ? (Quand sa mère hocha la tête, elle ajouta :) Ils me font rire tous les deux, à absolument vouloir faire leur balade du soir… On dirait des petits vieux !

Winry regarda par la fenêtre, un petit sourire sur son visage. Après quelques secondes de silence, elle déclara, tout en rassemblant ses cheveux en une queue-de-cheval basse :

-Je vais ranger l’atelier, pendant que tu finis.

En passant dans le couloir, elle ne put s’empêcher de s’arrêter devant le grand panneau où des photos étaient affichées, pour les admirer (bien qu’elle les connaisse par cœur, puisqu’elle les regardait depuis son enfance.) Il y en avait d’Al, Ed et elle quand ils étaient enfants, puis d’eux trois à l’adolescence. Cela faisait toujours bizarre à Winry de revoir Al en armure, il avait retrouvé son corps depuis tellement d’années, maintenant… Puis enfin, il y avait des photos d’eux, adultes, avec leurs enfants. Comme à chaque fois, la mécanicienne songea avec amusement qu’Ed était le portrait craché de son père. Les seules différences étaient qu’Ed n’avait pas de lunettes, que deux grosses mèches de cheveux dorés encadraient son visage (sans oublier sa petite mèche fétiche, du haut de son front) et contrairement à son père, il n’avait pas de barbe. Winry eut un sourire triste lorsque son regard tomba sur une photo de Pinako et son cœur se serra. Sa grand-mère avait quitté ce monde depuis déjà neuf ans. La vieille dame avait légué sa maison à Winry, refusant l’idée que quelqu’un d’autre que sa petite-fille n’y vive. Ed et Winry avaient donc quittés Rush Valley pour vivre de nouveau à Resembool et continuer à faire marcher l’entreprise Rockbell.

« Il faudra que j’aille au cimetière, ça fait longtemps que je n’y suis pas allée… » songea Winry en quittant à contrecœur des yeux les photos.

Ce fut sur cette pensée qu’elle se dirigea vers l’atelier


**

-Pas de tartes pendant un mois ?! s’étrangla Edwin, tandis qu’ils marchaient.

-Eh oui, soupira Edward d’un air malheureux.

-On pari combien que maman va faire exprès d’en faire tout le mois, juste pour te narguer ?

-Je ne prends pas le risque de parier puisque c’est inévitable… Mais je ne me fais pas de soucis parce que j’ai un brave fils qui viendra m’en apporter en douce, comme d’habitude, lâcha Ed, espiègle.

-Ça marche, mais ne compte pas sur moi pour le faire pendant le mois entier ! pouffa le garçon. J’ai l’impression que maman commence à se méfier… Et puis, il faut bien que tu subisses au moins un peu ta punition.

Ed regarda son fils avec étonnement, puis éclata de rire.

-Ecoute-toi ! s’esclaffa-t-il. On dirait que c’est toi le père et moi l’ado !

-Parfois j’en ai bien l’impression ! Ces derniers temps, on ne peut pas vous laisser seuls plus de cinq minutes, vous deux !

-Rina et toi étiez un duo encore pire ! Je dois vraiment te rappeler toutes les bêtises qu’on a dû subir, ta mère et moi ? Tiens, tu te rappelles du jour où vous avez bousillé nos affaires ? Vous deviez avoir dans les sept-huit ans… Tu avais fais tomber un auto-mail sur lequel Winry travaillait jusqu’à ce qu’il soit démonté et Rina avait déchirée pleins de pages de mes livres.

-Comment oublier ? Je crois qu’on ne vous a jamais vu aussi furieux que ce jour-là ! Par contre, je ne sais même plus pourquoi on en était arrivé à faire ça…

-Vous étiez vexés parce qu’on avait dû annuler au dernier moment une sortie et pique-nique dans le parc, alors que c’était prévu depuis longtemps, dit Ed en riant. Vous aviez de quoi être en colère, d’un côté… On avait si rarement le temps de sortir en famille que vous attendiez vraiment cette sortie avec impatience. Et du coup, vous vous êtes vengés dès qu’on a eu le dos tourné !

-C’est ça ! Ensuite, vous nous aviez obligés à tout réparer. J’ai remonté l’auto-mail avec maman et Rina à recoller toutes les pages qu’elle avait déchiré… Le pire, c’est que c’est comme ça qu’on est devenu passionnés ! J’ai bien aimé construire l’auto-mail et Rina a été intriguée par les cercles de transmutations…

-Ça a été un mal pour un bien, au final… On commençait tous les deux à désespérer de ne pas pouvoir transmettre au moins une de nos passions à nos enfants !

Edwin resta silencieux quelques secondes le temps de faire un rapide calcul. Il réalisa alors quelque chose et demanda tristement :

-C’était parce que la santé de mémé s’était aggravée que vous aviez annulé, n’est-ce pas ? En tout cas, les dates correspondent.

-Oui, elle avait été transférer à l’hôpital le matin même et Winry voulait aller la voir, affirma doucement Ed.

-Et au final, comme vous avez dû nous surveiller, vous n’aviez même pas pu y aller ?

-Si. Ta mère était allée lui rendre visite le soir et était restée dormir là-bas. Je l’ai rejoint le lendemain, dès que je vous aie déposé à l’école.

Edwin connaissait la suite. Son arrière-grand-mère était décédée à peine quelques jours plus tard. Il songea avec tristesse qu’il aurait aimé la voir à l’hôpital, pour lui dire au-revoir, mais il comprenait la raison pour laquelle ses parents ne leur en avaient pas parlé, à l’époque : L’hôpital n’était pas un endroit pour les enfants et de plus, Ed et Winry avaient logiquement refusés que leurs enfants voient Pinako dans cet état.

-C’est beaucoup trop tard, mais je suis désolé, papa, s’excusa Edwin, rongé par la honte. Je n’ose pas imaginer l’état dans lequel vous étiez, ce jour-là.

-Vous ne saviez pas et même si on vous a grondé comme jamais, on ne vous en a jamais voulu… et c’est le cas pour toutes vos bêtises, d’ailleurs. Vous n’étiez que des enfants.

-Des sales gosses, tu veux dire, soupira Edwin.

-Au moins, on ne s’ennuyait jamais ! Et puis, c’est seulement depuis l’année dernière que tu t’es calmé, je te rappelle…

Son fils haussa les épaules

-Il faut bien que je grandisse, répondit-il.

-Et si tu veux mon avis, vous grandissez trop vite, tous les deux, soupira Ed. Quand je pense qu’il y a à peine quelques années vous marchiez à quatre pattes !

-C’est vrai que ça fait juste dix-sept ans, en effet, taquina Edwin, et seize pour Rina.


**

-Je crois que je m’en remettrais jamais, lança Ed en croisant ses bras derrière sa tête. Edwin à tellement changé en un an… Et du jour au lendemain, en plus.

-Depuis que je le laisse gérer ses propres clients, plus précisément, affirma Winry en s’installant à côté de lui, dans le lit. C’est à partir de là qu’il a décidé d’être plus sérieux.

-Tu ne crois pas que c’était un peu tôt, pour lui laisser des clients ?

-Dit donc, j’avais un an de moins que lui lorsque j’ai eu mes tout premiers clients ! Et à Rush Valley, en plus !

-C’est pas faux…

Puis, il sourit et ouvrit ses bras afin que Winry s’y blottisse. Evidemment, sa femme s’exécuta volontiers.

-Tu sais, je crois que ça manque à Rina de ne plus avoir Edwin à ses côtés pour faire les 400 coups, dit Ed en calant sa tête contre celle de Winry. Tu ne trouves pas que c’est un peu ennuyant, maintenant ?

-Ennuyant ? Pas du tout, c’est même très agréable ! Mais dis-moi… C’est pour ça que tu participes de plus en plus aux blagues de Rina ? Pour essayer de combler ce manque ?

-Il y a un peu de ça…

Winry ne put s’empêcher de rire.

-Un vrai papa-poule, se moqua-t-elle gentiment.

-Tu sais, Edwin me fais de plus en plus penser à Al. Il commence à avoir la même sagesse et maturité que lui… C’est pour ça que je n’ai pas peur de le pousser vers l’avant. Je lui fais confiance et je sais que lorsqu’il se trouvera en situation difficile, il saura comment s’en sortir de manière juste et réfléchi.

-Donc si je suis ton raisonnement, tu retiens Rina en arrière parce qu’elle te ressemble, c’est ça ? murmura Winry en lui caressant le bras. Mais tu la protège peut-être un peu trop, tu ne trouves pas ?

-Plus elle grandit, plus elle me ressemble et plus elle a les mêmes réactions que moi… Surtout depuis qu’elle à découvert l’Alchimie et en a eu la preuve...

-Ne fais pas comme si tu n’étais pas fier qu’elle aime autant l’Alchimie.

-J’en suis très fier ! Mais si elle continue sur cette voie, elle finira par découvrir et voir des choses horribles et contrairement à son frère, elle n’est pas encore prête pour ça tout comme je n’étais pas prêt à l’époque.

-Tu avais douze ans, Ed… Elle en a seize, fit remarquer Winry avec douceur. Et vous n’avez pas vécu complètement les mêmes choses.

-Je sais, mais je tiens à la protéger de tout ça tant que je le peux encore !

-Je connais tes raisons et c’est pour ça que je ne t’ai jamais empêché d’agir ainsi… Mais il va bien falloir que tu commences à la préparer, un jour. Elle ne restera pas à jamais ta petite fille, tu sais.

-Oui, soupira Ed, mais c’est plus fort que moi… Je veux juste qu’elle ait une vie normale.

Il sentit une vague de chaleur l’envahir lorsque Winry l’embrassa tendrement.

-Je le sais… Et je sais que tu ne veux que son bien, Papa-poule.

Ed sourit et lui rendit son baiser.

-Sinon, pour le mois sans tarte aux pommes, murmura-t-il, contre ses lèvres, changeant ainsi de conversation. Il n’y a vraiment pas moyen de négocier ? Par exemple, tu pourrais mettre une semaine de moins…

-Ma décision n’est pas négociable, déclara Winry en détournant la tête.

-On ne peut même pas en discuter un petit peu ?

Mais sa femme lui tourna le dos et éteignit la lumière.

-Ce n’est pas discutable, non plus, ajouta-t-elle, espérant ainsi clore la conversation.

Mais elle leva les yeux au ciel (avec néanmoins une pointe d’amusement) lorsqu’Ed entreprit de lui embrasser le cou.

-Ed, plus tu insisteras, plus je vais être tenté de rallonger ta punition, prévint Winry en haussant la voix.

« C’est pas vrai, je disais pareil à Rina et Edwin lors de leur premiers caprices ! » songea-t-elle en se retenant de rire.

Ed avait beau avoir la quarantaine, il restait un éternel gamin !

-Allons… Je suis sûr qu’on peut trouver un arrangement…

-Je sais très bien où tu veux en venir, et ça ne marchera pas, assura la mécanicienne. Comme d’habitude.

-Qui ne tente rien n’a rien !

Winry le repoussa mais il revint aussitôt à la charge en l’enlaçant et la serrant contre lui, n’ayant nullement l’intention d’abandonner.

-Tu sais que tu es désespérant ? pouffa Winry.

Ed ne répondit pas et captura ses lèvres tout en se plaçant au-dessus d’elle. Winry lui enlaça le cou… Et préféra le prévenir une dernière fois :

-Un mois et pas un jour de moins.

-Bon… J’aurais essayé, relativisa Ed en haussant les épaules.

De toute façon, tous deux n’avaient clairement plus la négociation à l’esprit, dorénavant…


~*Le lendemain*~


-Bien, avant de commencer, rappelle-moi la règle fondamentale de l’Alchimie, dit Ed.

Il laissait Rina s’entraîner toute seule à condition qu’une fois par semaine, il s’entraînait avec elle afin de voir sa progression. Et évidemment, avant de commencer la pratique, il insistait toujours énormément sur la théorie… Au grand damne de sa fille.

-Papaaaaa, ronchonna Rina. Tu la connais aussi bien que moi, je ne comprends toujours pas pourquoi je suis obligée de toujours tout répéter à chaque fois.

-Je veux juste m’assurer que tu ne feras jamais de bêtises et pour ça, je dois être persuadé que tu connaisses par cœur les règles.

-Je les connais par cœur !

-Prouve-le-moi, répliqua Ed en croisant les bras d’un air sévère. Alors, cette règle fondamentale ?

-Grrr… L’alchimie doit obéir à la loi de l’échange équivalent : Pour chaque chose reçue, il faut en abandonner une autre possédant la même valeur, déclara-t-elle d’un ton blasé comme quelqu’un ayant répété trop souvent la même chose.

-Quels sont les trois séquences d’une transmutation ?

-Analyse, destruction, recomposition…

-Si je te dis « Un est Tout et Tout est Un ? »

-Un, c’est moi et tout, c’est le monde…

-Peut-on tout faire avec l’Alchimie ?

-Non, soupira Rina en secouant la tête. Il est interdit de créer de l’or et de pratiquer une transmutation humaine… Les transmutations animales sont autorisées, pour faire ce qu’on appelle des chimères.

Bon, ça c’était les règles des Alchimistes d’Etat, mais Rina n’était pas obligée de le savoir ! Quitte à réciter les règles, autant toutes les réciter !

Rina resta silencieuse pendant quelques secondes… Elle réfléchit intensément et finit par demander à son père :

-D’ailleurs… On ne peut pas ressusciter un humain, mais qu’en est-il des animaux ?

Elle fronça les sourcils lorsque son père se crispa, tout à coup.

-On ne peut pas ramener les morts à la vie. Qu’ils soient humains ou animaux, dit froidement Ed.

Elle vit une lueur de douleur passer furtivement dans son regard, avant qu’il secoue la tête pour chasser ses sombres penser et vite se ressaisir. Dès qu’ils parlaient de ressusciter les morts, c’était toujours la même chose…

-Bien, fais quelques transmutations pour t’échauffer, déclara ensuite son père d’un ton trop enjoué pour qu’il soit vrai. Ensuite, nous ferons un combat au corps-à-corps.

Rina hocha la tête en souriant.

-Par contre, je te préviens, je vais y aller à fond !

-Comment ça, à fond ? s’étonna Rina.

« Depuis tout ce temps, il n’avait jamais utilisé le maximum de ses capacités ? » songea-t-elle impressionnée de la puissance de son père, qu’elle n’avait jamais réussi à battre.

- Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as peur que je te mette par terre en à peine quelques secondes ? provoqua Ed.

-Non, c’est pour toi que j’ai peur ! taquina l’adolescente. Faut dire que tu te fais vieux, papy, faut faire attention à ta santé !

-Je ne suis pas si vieux que ça, sale gosse ! lança Ed en retroussant ses manches.

Le « papy » répliqué d’un « sale gosse » était devenu un jeu entre eux.

Ed se mit en garde juste à temps, avant que sa fille ne lui saute de dessus d’un air furibond.

-Alors ma petite ? C’est avec ça que tu comptes battre tin soi-disant vieux père ? s’amusa-t-il à provoquer.

-D’où, tu me traite de fourmis ?! rugit-elle.

Ed sourit, amusé de voir à quel point elle lui ressemblait. Pourtant, l’adolescente n’était pas si petite que ça, elle était déjà bien plus grande qu’Ed, au même âge ! En fait, elle avait une taille normale… Contrairement à Edwin, qui était très grand, pour son âge. En effet, il dépassait sa sœur d’une bonne tête et les gens faisaient souvent des remarques là-dessus. Comme ils n’avaient qu’un an de différence, Rina complexait énormément.

-Et puis, je te rappelle que tu étais encore plus petit que moi, à mon âge ! rajouta l’adolescente. D’ailleurs, ça n’a pas tellement changé…

Winry et Edwin observaient la scène depuis le balcon, ayant décidés de prendre une petite pause. La mécanicienne grimaça lorsqu’elle vit un éclair passé dans les yeux de son mari.

« Tu viens de poser le pied sur un terrain miné, Rina » songea-t-elle en souriant.

-Elle a fait le combo qu’il ne fallait pas… Elle va douiller, confirma Edwin, alors que Rina essayait vainement d’éviter les attaques de son père.


-Il n’y est pas allé de main morte, je vais être hyper courbaturée ! se plaignit Rina en faisant des étirements. Il n’exagérait pas quand il disait qu’il allait y aller à fond… Tu te rends compte ? Je n’ai presque jamais réussi à le toucher !

-Tu y réfléchiras à deux fois avant de le traiter de papy ET de petit, la prochaine fois, s’esclaffa Edwin.

-Je sais qu’il est fort… Et pourtant, sa force me surprend à chaque fois... Pour que ce soit un combat plus équitable, il faudrait que je puisse utiliser l’Alchimie… Raaah mais ça en reviendra au même ! Il va enchaîner les attaques et je ne vais jamais avoir le temps de faire mes cercles de transmutations… Ou alors, il faudra que je les prépare avant… Mais papa est malin, il le devinera surement et m’emmènera ailleurs… Il va donc falloir que je fasse des cercles à tous les endroits où nous sommes susceptibles d’aller nous entraîner…

Edwin décida de la laisser dans l’organisation de son plan d’attaque et se dirigea vers l’atelier. Quand il ouvrit la porte, il vit que sa mère y travaillait et qu’Ed était assis sur une table, juste à côté d’elle. L’adolescent sourit devant la scène. Même si ses parents étaient toujours très pris dans leurs occupations respectives, l’un trouvait toujours le moyen de venir voir l’autre afin de passer un peu de temps ensemble, de discuter… Après tout, ils ne pouvaient se passer l’un de l’autre bien longtemps.

Pris dans leur conversation, ils mirent quelques secondes à réaliser qu’Edwin était entré dans la pièce.

-Elle est toujours en train de ruminer sa défaite ? lui demanda Winry en souriant.

-Toujours et elle prépare même sa revanche… Fais gaffe papa, je crois qu’elle prévoit de dessiner des cercles de transmutations dans tout le pays !

Ed éclata de rire.

-Je vois ! Si la semaine prochaine je vois que son entrainement porte toujours autant ses fruits, elle n’aura pas besoin d’en venir à là.

-Tu les as finis ? demanda Edwin en s’approchant.

-Tu rigoles ? Ça fait des semaines qu’il les trimballe, sans jamais oser les lui donner ! s’exclama Winry.

Ed sourit et sortit de sa poche une paire de gant blanc. Un symbole était dessiné sur chacun, à l’endroit où se situait la paume.

-Tu crois que ça va marcher ? demanda Edwin en regardant les gants de plus près.

-Y a pas de raisons que ça échoue, en tout cas.

-Elle va être super contente.

-C’est bien ça le problème, soupira Ed, j’espère que son enthousiasme ne va pas trop faire de dégâts… En fait, j’ai le pressentiment que je vais vite le regretter !

-Parce que tu crois que ton enthousiasme débordant n’a jamais fait trop de dégât, toi ? lâcha Winry avec un regard en coin.

-Moi ? J’ai toujours été sage comme une image.

-Si toi tu es sage, alors moi, je déteste les auto-mails…

-Oh ! En parlant d’auto-mail ! s’exclama Edwin.

Il attrapa son carnet, rangé dans un tiroir, et le feuilleta fébrilement jusqu’à trouver la page qu’il cherchait.

-Regardez-ça ! Je l’ai dessiné tout à l’heure !

Il montra un croquis d’auto-mail à ses parents… qui eurent chacun une réaction différente. Si le visage de Winry se décomposa jusqu’à laisser paraître du dégoût, Ed, lui, approuva carrément le dessin avec un grand sourire et des étoiles dans les yeux.

-Oh ! Winry, tu me fais le même ? demanda ce dernier en tirant la manche de sa femme, tel un enfant.

-Non, répondit sèchement la mécanicienne en détournant le regard.

-Steuplait, steuplait, steuplait, steuplait, steu…

-Hors de question.

-Voyons ! Je ne vois pas ce que tu lui trouve de mal, à cet auto-mail !

-Ce qu’il y a de mal, c’est que ton fils ait autant mauvais goût que toi.

Et pour que la mécanicienne chevronnée qu’elle était trouvé un auto-mail si repoussant, ça devait être plus que du mauvais goût, à ce stade-là.

Winry soupira en réalisant que, hormis la passion d’Edwin pour les auto-mails, ses deux enfants avaient toutes les caractéristiques de leur père… Elle se fichait qu’ils ne tenaient pas beaucoup d’elle, car ce qui la dérangeait, c’était le fait qu’il était assez difficile de gérer un Ed… Alors en gérer trois !

-Edwin, tu me le feras, toi, dis ? supplia Ed.

Mais son fils n’eut même pas le temps d’ouvrir la bouche pour lui répondre.

-Je suis ta mécanicienne et je refuse de te faire porter un truc pareil ! gronda Winry en dégainant sa clé.

Ed se mit en position de défense.

-Je croyais qu’on disait que le client est roi… Et en plus, j’ai été un de tes meilleurs clients, tu me dois bien ça…

-Certes, mais tu es aussi mon mari et je n’ai pas envie que mon mari se balade avec… ça ! déclara-t-elle en désignant le dessin.

Edwin regarda la scène avec amusement. A chaque fois qu’il montrait ses croquis, c’était toujours la même chose. D’ailleurs, il avait beau les montrer à plusieurs personnes, à chaque fois, seul son père les aimait bien… Au fond, peut-être avaient-ils vraiment un mauvais goût, tous les deux !

Tout à coup, ils entendirent un grand « Clong ! » et un bruit sourd… Comme si de l’eau était renversée… Peu après, un juron résonna dans la maison. Edwin retint à grand mal un éclat de rire.

-Qu’est-ce qu’elle a encore fait ? soupira Winry.

-Quelque chose me dit qu’on ne va pas tarder à le savoir, dit Ed.

En effet, Rina s’approchait à grand pas et en enfonçant bien les pieds sur le sol, signe qu’elle était énervée. Quand elle ouvrit la porte, Ed et Winry ouvrirent grand les yeux de stupeur. Rina était trempée de la tête aux pieds : Sa frange blonde était plaquée contre ses yeux, sa tresse dégoulinait et ses vêtements étaient collés contre son corps.

-J’en reviens pas que tu m’aies fait le vieux coup du seau d’eau sur la porte ! gronda l’adolescente en désignant furieusement son père du doigt. Ma chambre est une vraie pataugeoire, maintenant !! Tu vas me payer ça !!

-Mais… Je n’ai rien fait, s’étonna Ed, toujours bouche-bée.

Edwin n’y tint plus et explosa de rire. Rina lui lança un regard assassin et accourut vers lui, le seau en main, pour le frapper avec.

-C’était toi ?!

Edwin l’évita facilement (avec la colère, le coup était prévisible) et sortit de la pièce.

-Alors ? C’est qui, qui n’est plus drôle ? provoqua-t-il.

-Je vais te tuer ! rugit-elle en partant à sa poursuite.

Ed et Winry, eux, en restèrent baba. Après un moment de silence interloqué, la mécanicienne se tourna vers son mari et lui lança un regard blasé.

-Tu veux me faire croire que ça, ça te manquait ? Qu’on s’ennuyait, sans ça ?

-Eh bien… Maintenant qu’on retombe dedans je réalise que c’était une bonne chose qu’Edwin se soit calmer, oui… Promis, je ne confondrais plus jamais « ennuyant » et « reposant » …