PROLOGUE : Was this day destiny ?

par Usagi-chan

The day you saved me

 

PROLOGUE : Was this day destiny ?

 

A quoi bon ?

 

Je ne suis rien que le produit de sa volonté

Je ne suis rien que son pantin

Je n’ai pas de vie propre, je n’ai pas de liberté

Mais cette vie, c’est moi qui l’ai choisie

 

Alors, à quoi bon me rebeller ?

 

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                La jeune fille avançait à travers l’épais rideau de pluie. Mais pour une fois, il ne la dérangeait pas. Elle ne le remarquait pas. Les gouttes glissaient sur son visage comme autant de larmes. Mais elle ne pleurait pas. Elle se contentait de marcher droit devant elle, le regard vide, le visage inexpressif. Personne ne croisa son chemin. Avec cette pluie battante, pas une âme ne se sentait le cœur à sortir. Il valait mieux attendre que ça passe.

                Attendre que ça passe. C’était le résumé de sa vie. A dix-sept ans, son existence ne lui appartenait déjà plus. Et des mains de son « père », elle allait bientôt passer à celle de son futur mari.

                Sept mois. Sept mois et elle atteindrait son dix-huitième printemps. Ce jour qui l’avait vue naître serait celui qui verrait s’achever sa vie d’enfant. Mais, quelle importance ? Elle n’avait jamais été libre. Que son geôlier diffère ne changerait pas grand-chose. Excepté qu’elle serait forcée de la quitter. Cette personne pour qui elle supportait cette vie sans broncher. Cette personne qu’elle voulait à tout prix préserver, tout en sachant que ses efforts seraient vains. Cette personne qu’elle aimait plus que tout, qui avait toujours été si généreuse avec elle. Cette personne à qui elle faisait croire qu’elle était heureuse. Il ne fallait surtout pas qu’elle sache à quel point cette décision la faisait souffrir.

 

                La jeune fille arpentait les rues sans destination précise. Elle arriva bientôt sur un pont, qui faisait le lien avec les quartiers moins favorisés. Elle se dirigea vers le bord et se pencha par-dessus la balustrade, laissant son regard sombre se perdre dans l’eau du fleuve troublée par l’averse.

 

                Après tout, c’était dans l’ordre naturel des choses. Les enfants naissent, grandissent, et finissent par quitter la maison familiale.

                Alors elle avait souri et, ignorant les battements accélérés par le désaccord de son cœur, donné son approbation. Qu’on ne lui avait de toute façon pas demandée. Cet homme, il faisait ce qu’il voulait. Et pour la soulager, elle encaissait. Car le stress la fatiguait tellement ! Il le savait. Et il n’hésitait pas à s’en servir.

 

                Elle serra les poings. Ferma les yeux, délaissant le spectacle de la pluie martelant l’onde, créant des rides éphémères à sa surface. Plus puissantes que jamais, la colère, la détresse, la tristesse menaçaient de prendre possession de son cœur. Elle devait les combattre, les refouler. Si elle craquait à présent, elle n’était pas sure d’avoir la force de rentrer.

                Des points de lumières dansèrent derrière ses paupières fermées. Un bourdonnement étourdissant résonna dans ses oreilles. Sa tête tourna. Elle essaya de se retenir, mais ses doigts n’agrippèrent que le vide. Elle bascula par-dessus la barrière de sécurité.

                Plongea dans l’obscurité.

 

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                Le jeune homme errait dans les rues désertes de son quartier, malgré la pluie battante. Il la trouvait extrêmement déprimante. Mais elle seyait particulièrement à son humeur. Maussade. Comme toujours.

                Les mains enfoncées dans les poches de son jean rapiécé, il déambulait sans but précis. Il voulait juste marcher. Echapper à ses colocataires. Ils étaient tellement bruyants, ils le fatiguaient vraiment parfois. Et elle l’avait encore enguirlandé vertement quand il était rentré avec son magnifique cocard. Et il ne s’était pas privé de se moquer de lui.

                Mais plus que ses piailleurs d’amis d’enfance, c’était sa vie qu’il voulait fuir. Sa vie sans objectif, sans raison, sans intérêt. A dix-huit ans, il n’était toujours qu’un bon à rien. Aucun talent, aucune passion, aucun rêve. Aucune envie. Comment est-on sensé vivre lorsque l’on nous a reproché la disparition de nos origines depuis notre plus tendre enfance ? Alors que l’on était trop petit pour comprendre, pour savoir, pour se protéger ? Comment se regarder encore dans un miroir lorsque l’on porte le poids d’une vie sur ses épaules ?

                Sa solution : la rancune. Le déni. La violence. C’étaient bien les seules choses pour lesquelles il était doué.

 

                Relevant le regard, il vit jusqu’où il était allé. Le pont qui menait aux quartiers favorisés s’enfonçait dans la brume devant lui. Il était déjà arrivé là ? Il ne s’était pas rendu compte qu’il avait tant marché. Mais il était hors de question qu’il aille plus loin. Voir l’abondance qui s’étendait de l’autre côté lui donnait des envies de meurtre. Tous ces gens qui le regardaient de haut, le méprisaient ou bien l’ignoraient comme si son existence était négligeable, tous ces gens, bien qu’il partageât totalement leur avis, il leur crachait sa haine au visage.

 

                Ce jour n’était somme toute, pas différent des autres. C’était du moins ce qu’il croyait.

 

                Il allait faire demi-tour, reprendre son chemin sans destination dans l’autre sens, quand un mouvement attira son regard. Estompée par l’ondée, il devina une silhouette penchée au dessus de la barrière du pont. Sans autre signe, elle chancela et disparut de sa vue.

                Sans réfléchir plus avant, il se précipita. Trop tard. Elle était tombée. L’avait-elle voulu ? Mu par une émotion qu’il n’identifiait pas, il se délesta de son manteau, et plongea.

 

                Il bouleversa ainsi son destin, leur destin, à tout jamais.