Fairy Tale

par Tatsushi-chan

 

 Le bus venait juste de déposer Natsu devant l’arrêt qui se trouvait non loin de chez lui. Il regarda le véhicule dans lequel il était monté au lycée repartir avec lenteur, transportant encore des passagers. Il réajusta son sac sur son épaule et se dirigea en direction de chez lui. Il jeta un coup d’œil à sa montre et, voyant qu’il allait louper son émission préférée s’il ne se dépêchait pas, décida de couper à travers le parc de Magnolia. Il passa le petit muret de pierre qui faisait pratiquement le tour du parc et s’avança avec agilité entre les arbres aux branches hautes et tordues, connaissant le lieu par cœur. Pourtant, le jeune homme voyait des arbres et des fleurs qu’il n’avait jamais vus auparavant ici. Des arbres qui n’auraient dû tout simplement pas se trouver là. C’était le cas d’un gigantesque pommier, qui s’était en partie étalé sur le chemin de terre aplani qui formait la promenade. Ses racines épaisses sortaient du sol, attendant de renverser une personne imprudente. Le plus impressionnant était son large tronc, qui semblait diffuser une douce lumière, à la plus grande stupéfaction de Natsu, qui s’en approcha lentement pour poser sa paume sur l’écorce rugueuse. Aussitôt, la lumière s’accrue et un autre arbre un peu plus loin s’illumina de lumière.  Il s’avança vers celui-ci, un prunier dont les fleurs étaient déjà tombées, puis le toucha. Il s’illumina encore plus et un autre plus loin fut soudain baigné de lumière. Le jeune homme comprit qu’il s’agissait là d’une sorte de piste tracée par les arbres. Curieux, il se demanda où elle pouvait bien le mener et suivit les arbres les uns après les autres. Il s’enfonça peu à peu dans une partie moins connue du parc, où de grands pins cachaient en partie le ciel de leur cime. Seules quelques trouées laissaient passer un léger vent frais et un peu de lumière. Plus aucun arbre ne brillait maintenant. Etait-il arrivé là où ces arbres voulaient le conduire ? Il remarqua avec stupéfaction quelque chose qui scintillait au pied d’un grand pin qui semblait être profondément enraciné dans le sol. Il s’approcha et s’agenouilla devant la chose qui scintillait, et observa plus attentivement. C’était une fille ! Minuscule, à peine plus grande que sa main, elle avait des cheveux blonds mi-longs et de magnifiques ailes. C’était elles qui scintillaient d’une lumière dorée. En entrouvrit un œil de couleur chocolat qu’elle posa sur le géant qui la surplombait. Natsu tandis l’oreille alors qu’elle murmurait avec difficulté :

 - Aide…

 - Quoi ? fit le jeune aux cheveux roses en fronçant les sourcils, ne comprenant pas ce qu’elle disait.

 - Aide-moi…Je ne peux plus voler…Il veut me capturer…

 - Qui ? demanda Natsu dans un souffle, croyant à peine à ce qu’il avait sous les yeux.

 La jeune fille aussi grande que sa main ouvrit la bouche pour répondre, mais ses yeux papillonnèrent et elle sombra dans l’inconscience. Natsu la regarda, toujours stupéfait, puis ramassa avec délicatesse la minuscule blonde. Il jeta des coups d’œil aux alentours puis sortit du couvert des arbres en espérant que personne ne l’avait vu. Il couvrait avec sa main droite la gauche dans laquelle reposait ce qui semblait être une fée. Il dépassa le muret qui entourait le parc et quelques minutes plus tard, se trouvait devant chez lui. Il farfouilla dans une poche et en sortit un trousseau de clés. Ayant trouvé celle qu’il cherchait, il l’introduisit dans la serrure et poussa la porte avant de refermer derrière lui avec délicatesse. Il déposa ses affaires sur le seuil puis monta les escaliers pour se rendre dans la chambre. Heureusement pour lui, ses parents étaient partis en voyage d’affaires et ils ne rentreraient pas avant une semaine. Il déposa doucement la fée sur son bureau pour lui trouver quelque chose de plus confortable. Il opta finalement pour une de ses chaussettes propres et fit en sorte de la transformer en lit, qu’il installa dans une trousse assez large. Il glissa la fée à l’intérieur. On aurait vraiment dit un lit. Il se demanda un instant ce qu’elle pouvait bien manger. Il remarqua qu’elle tremblait légèrement. Il posa un doigt sur son front minuscule. Elle semblait avoir de la fièvre. Natsu hésita un instant puis dévala les marches et se rendit dans la cuisine. Il ouvrit le gigantesque réfrigérateur de style américain et en sortit un minuscule éclat de glace arrondi. Le posant sur un couvercle en plastique pour qu’il ne fonde pas dans la main, il le ramena dans sa chambre et l’enveloppa dans un petit carré de tissu provenant d’un mouchoir. Il le déposa en douceur sur la fée, qui soupira de soulagement dans son sommeil. Elle remua puis ne bougea plus. Le jeune homme en profita pour redescendre dans la cuisine et prendre une barre chocolatée dans un tiroir. Il grignotait sa barre, appuyé contre le plan de travail en bois verni, quand il lui sembla entendre des sortes de petits tapotements. Il termina sa bouchée et dressa l’oreille. C’était bien des tapotements répétés, et qui semblaient provenir de sa chambre. La fée était peut-être réveillée ? Il remonta les escaliers quatre à quatre, abandonnant la barre sur la table de la cuisine. C’était bien elle, qui frappait contre le carreau de la fenêtre d’un air désespéré. Ayant entendu Natsu remonter, elle se tourna dans sa direction et le regarda avec frayeur. Elle s’envola alors qu’il s’approchait d’elle, faisant scintiller ses ailes de papillon dorées.

 - Attends ! Je ne veux pas te faire de mal !

 La fée ne semblait pas le croire. Elle s’était envolée jusqu’au plafond, ses ailes l’effleurant légèrement.

 - Je m’appelle Natsu, reprit ce dernier. Tu as peut-être faim ?

 La minuscule blonde le regarda d’un air soupçonneux puis s’approcha du jeune homme. Les fées étaient de nature curieuse. Elle fit oui de la tête et le rose, ravi, l’entraina en direction de la cuisine.

 - Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?

 Il ne reçut aucune réponse mais, en revanche, sa « protégée » s’était envolée à tire d’aile vers la table au centre de la pièce, et se posa avec douceur juste à côté de la barre chocolatée que Natsu avait posée à peine quelques minutes plus tôt. La fée en détacha un bout et l’engloutit vivement, un sourire aux lèvres. Elle avait l’air de particulièrement apprécier le chocolat.

 - Tu ne m’as pas dit ton nom, fit remarquer le lycéen alors que la fée blonde engloutissait de nouveau un morceau de la barre.

 - Je m’appelle Lucy, fit-elle d’une voix gazouillante.

 - Qu’est-ce que tu faisais par terre dans le parc ?

 - J’essayais d’échapper à un homme qui veut me capturer pour me disséquer, expliqua-t-elle en reprenant du chocolat.

 - C’est horrible ! s’exclama le jeune homme en la regardant d’un air horrifié. Comment pourrait-on faire ça à une si jolie créature ?

 - C’est parce que les fées ne sont pas sensées exister, fit Lucy en rougissant au compliment prononcé par Natsu. Il veut m’étudier.

 - Tu n’as qu’à te cacher ici pendant un moment, proposa-t-il.

La fée le considéra un instant du regard puis déclara :

 - Seulement si tu me donnes des barres chocolatées.

Le rose rit de bon cœur et acquiesça. Il n’en revenait pas que les fées existent réellement !

 

♫♪♫♪♫♪♫♪

 

 Natsu venait juste de terminer son repas et débarrassait la table. La fée le regardait nettoyer son couvert, perchée sur le savon posé au bord de l’évier. Une fois sa tâche terminée, il retourna dans sa chambre, suivie de Lucy. Il était non loin de 10 heures du soir. Elle se glissa dans le lit improvisé par son hôte, quand celui-ci lui dit :

 - Demain, je vais au lycée, tu devras rester ici toute seule.

Lucy, qui s’était déjà glissée dans la trousse pour dormir, se redressa vivement et s’écria, apeurée :

 - Et si jamais cet homme me retrouve ? Non, je ne veux pas !

 - Mais…

 - Je vais venir avec toi au lycée !

 - Quoi ?! Mais c’est impossible ! Mes amis ne doivent surtout pas savoir que tu existes, qui sait ce qu’il pourrait arriver !

 - Mais je peux prendre forme et taille humaine ! s’exclama la fée en voletant devant ses yeux. Personne ne se doutera de ma véritable identité !

Natsu hésita un instant, puis haussa finalement les épaules d’un air las.

 - Si tu veux, mais il faudra être prudente, même si je ne sois pas comment tu feras étant donné que tu n’appartiens à aucune classe.

 - Pas de problème, je modifierais leurs souvenirs en leur faisant croire que je suis ici depuis le début de l’année.

 - Ouah ! fit le jeune homme, surpris. Tu peux faire ça ?

 - C’est l’un de mes pouvoirs ! fit la petite blonde en souriant.

 - Dans ce cas, c’est d’accord.

Elle lui adressa un beau sourire puis s’envola pour se coucher dans son lit. Le rose était sur le point de s’endormir quand la fée lui demanda :

 - Natsu, c’est quoi un lycée ?

 

♫♪♫♪♫♪♫♪

 

 Lucy était assise à côté de Natsu, et semblait très concentrée sur les paroles du professeur. Elle s’était transformée le matin, avant de partir, et le jeune homme avait bien du mal à détourner les yeux de la superbe fée. Sous forme humaine, elle avait toujours ses cheveux blonds comme l’or et son regard chocolat, ainsi que ses courbes avantageuses, mais il faut dire qu’il était nettement plus facile d’en profiter quand c’était à la « bonne taille ». Le rose lui avait demandé à Lisana, son amie d’enfance, d’apporter un uniforme. Quand elle avait demandé pourquoi et lui avait dit que c’était pour Lucy, elle n’avait fait aucune remarque et apporté l’uniforme. Le sort qu’avait jeté la fée pour faire croire qu’elle faisait partie de la classe semblait avoir fonctionné. Ils étaient partis tous les trois au lycée après que la blonde ait enfilé les affaires, cachée dans la chambre d’ami. Quand la sonnerie retentit, il se dirigea en direction du prochain cours en compagnie de ses amis, Lucy le suivant à la trace. Alors qu’ils entraient en salle de Maths, Grey s’assit à côté de Natsu (non sans se frapper mutuellement pour se saluer) et Lucy se plaça à côté d’une fille aux cheveux bleus, Levy MacGarden, à laquelle Natsu ne parlait pratiquement jamais. Plongé dans ses pensées, le rose n’entendit pas immédiatement son « ami » brun l’appeler. Il se tourna finalement vers Grey qui lui demanda :

 - Dis-moi, vous sortez ensemble avec Lucy ?

 - Quoi ? fit Natsu, en rougissant légèrement. Bien sûr que non ! C’est une fée !

Le jeune homme plaqua une main sur sa bouche, se rendant compte de ce qu’il venait de dire. Grey haussa les sourcils, interrogatif, puis dit finalement :

 - C’est mignon ce surnom…

On aurait presque pu voir la lueur démoniaque qui appartenait d’ordinaire à Mirajane briller dans ses yeux.

 - Mais…tenta Natsu, à court d’arguments.

Lorsque que la journée fut terminée, Lucy l’attrapa par le bras et s’écria, un poing levé vers le ciel et un sourire aux lèvres, alors qu’elle le tirait vers les grilles de l’entrée :

 - On rentre à la maison !

Malheureusement pour Natsu, ses amis se trouvaient tous dans les parages, se rendant eux aussi à l’arrêt de bus.

Grey et Lisana se rapprochèrent de lui et le regardèrent d’un air trèèèèès suspect :

 - Je ne savais pas que vous habitiez ensembles…fit remarquer Grey d’un ton lourd de sous-entendus.

 - Moi non plus, je n’étais pas au courant…fit Lisana avec l’air diabolique de sa sœur.

 - Ce n’est pas ce que vous croyez ! se défendit le pauvre jeune homme, alors que Lucy enfonçait bêtement le clou :

 - Oui, je vis chez lui depuis hier !

Apparemment, les fées ne savaient pas faire preuve de tact.

 - Mais…mais…

En voyant l’air malicieux des deux lycéens, Natsu abandonna finalement la partie et ramena Lucy chez lui.

 

♫♪♫♪♫♪♫♪

 

Un mois plus tard…

 Lucy et Natsu s’étaient beaucoup amusés pendant le dernier mois : ils sortaient souvent, pour faire découvrir à la fée diverses choses qu’elle ne pouvait apprécier avec sa petite taille : les fêtes foraines, le cinéma, le restaurant…Les parents de Natsu avaient prolongé leur voyage, l’importance affaire qu’ils négociaient tous les deux n’étant toujours pas conclue. Au début, tous les soirs en rentrant du lycée, la fée reprenait sa taille normale, à peine plus grande que la main de Natsu. Mais au fil du temps, ce dernier avait remarqué qu’elle gardait sa forme humaine, et il se demandait bien pourquoi. Alors qu’ils débarrassaient tous les deux la table pour se rendre dans le salon, Lucy s’empêtra dans le lourd tapis devant le canapé et tomba. Elle ferma les yeux en attendant le choc, qui ne vint pas. Sentant qu’on la tenait, la fée ouvrit les yeux et croisa le regard onyx de son hôte. Elle rougit et se dégagea, avant d’aller s’asseoir sur le canapé, mal à l’aise. Natsu tenta de cacher son embarras en cherchant énergiquement la télécommande de l’écran de la télévision, qui avait une fois de plus disparue. Il sentait le regard de Lucy peser sur lui, et cela le faisait rougir. Ayant enfin trouvé ce qu’il cherchait, il alluma l’écran et zappa paresseusement les chaînes. Il sentait que Lucy le regardait toujours, aussi finit-il par tourner la tête vers elle et lui demanda :

 - Quelque chose ne va pas ?

Elle hésita un instant, ses prunelles chocolat scrutant les siennes. Elle se pencha finalement vers lui et l’embrassa, sous son regard surpris. Elle se détacha de lui et il lui fit remarquer :

 - Tu…tu es une fée…On ne peut pas…

Elle leva une main pour réclamer son silence et lui expliqua :

 - Je ne suis plus une fée…Je vais rester comme ça…

 - Comment ça ? demanda Natsu, qui ne comprenait pas.

 - Quand une fée embrasse un mortel, elle déchoie et perd ses pouvoirs. Je ne suis plus une fée.

 - Mais…mais pourquoi tu as fait ça ? s’écria-t-il.

 - Parce que…

Elle se trémoussa sur le large canapé de cuir, mal à l’aise. Elle rassembla son courage pour lever les yeux vers lui et murmura d’une toute petite voix, qui aurait pu être celle qu’elle avait étant une fée minuscule :

 - Parce que…Je…je t’aime…

Natsu resta bouche bée à la contempler. Quoi ?! Avait-il bien entendu ? Ce n’était pas un rêve ?

Lucy s’était tue, redoutant sa réaction. Aussi fut-elle surprise quand les lèvres chaudes du jeune homme se posèrent sur les siennes. Elle passa ses bras autour de son cou et il murmura au creux de son oreille :

 - Moi aussi…

 La fée avait perdu ses pouvoirs et était devenue une mortelle, pourtant elle ne regrettait rien. Elle savait qu’elle avait fait le bon choix. Il ne lui restait plus qu’à trouver un appart…car elle ne pouvait pas rester squatter chez l’élu de son cœur, ses parents finiraient par revenir !