Chapitre 8 : Comment marche le coeur d'un Dragon

par Tatsushi-chan

 

 Natsu venait de me ramener à l’auberge qui nous avait été attribuée. Nulle trace des autres membres de la guilde, qui étaient sûrement en train de s’entraîner quelque part. Il s’avança vers nos chambres, et attrapa la bouteille de parfum qui trainait sur ma table de chevet pour m’en asperger copieusement, avant de s’attaquer à toute la pièce. Je me suis mise à lui hurler dessus tout en tentant de récupérer le flacon :

 - Imbécile, qu’est-ce que tu fais ?! Ce parfum m’a coûté une fortune, j’ai dû économiser pendant des mois pour me l’acheter !

Il m’esquiva habilement alors que je me jetais sur lui pour récupérer le parfum de chez Heart Kreuz Collections. Un cri de dépit m’échappa, et je me jetais presque à terre en le suppliant de poser cette bouteille et d’arrêter de la vider. Il m’obligea à m’asseoir sur mon lit et m’expliqua son geste :

 - Tu ferais mieux de me remercier, je te sauve la vie, là !

 - Quoi ? Dis plutôt que tu la réduis à néant, tu sais combien m’a coûté ce parfum ? Presque un mois de loyer !

 - Je fais ça pour qu’ils ne repèrent pas ton odeur ! Alors arrête de m’engueuler !

 - Oh, ais-je fait, comprenant enfin son intention. Il fallait me le dire plus tôt !

 - Si tu m’en avais laissé le temps, je l’aurais fait !

J’ai soupiré. La tête entre les mains, les évènements me revenaient tous en tête. Je ne comprenais pas ce qui était arrivé aux mages de Sabertooth. Que leur avait-il prit pour s’attaquer à moi de cette façon ?

 

OoOoOoO

 

 Après que Natsu ait emmené Lucy, Sting et Rogue s’était séparés pour retrouver la blonde. Après tout, ils voulaient tous les deux la même chose, et nous savons tous que les Dragons Slayers sont du genre possessifs. Mais il se trouve que l’état dans lequel ils se trouvaient actuellement ne leur permettait pas vraiment d’avoir les idées claires, aussi erraient-ils dans les rues sans réfléchir vraiment à l’endroit où aurait pu se cacher la blonde. C’est aussi pour cette raison que Natsu avait caché Lucy à l’auberge : il savait que les Dragons Jumeaux seraient incapables de la retrouver dans leur état. Sting se trouvait actuellement  près du Domus Frau, à la recherche de l’odeur de la blonde. Ses yeux arctiques scrutaient chaque visage à la recherche de la constellationniste, mais ses recherches s’avéraient vaines. Il aperçut une troupe de fan-girls qui semblaient vouloir s’approcher de lui, aussi fit-il rapidement demi-tour pour leur échapper.

 

OoOoOoO

 

 - Alors, qu’est-ce que c’est, cette «  Kankaku no Shoji » ?

La tête toujours au creux de mes mains, j’ai laissé échapper un soupir à fendre l’âme. J’ai senti Natsu s’asseoir à côté de moi et me dire :

 - Tu sais, Erza regrette vraiment ce qu’elle a dit, je crois qu’elle voudrait s’excuser…

J’ai redressé la tête pour le dévisager, un peu agacée.

 - Pour le moment, explique-moi, au lieu d’essayer de changer de sujet.

Le Dragon Slayer déglutit violemment. Moi, j’étais prête à entendre ce qu’il avait à me dire.

 - La « Kankaku no Shoji », est un sort qui ne touche que les Dragons Slayers…

 - Ça veut dire que tu as aussi subi ce sort ?

 - Non…

J’ai froncé les sourcils, ne comprenant pas ce qu’il sous-entendait par là. Il a passé une main dans ses cheveux, légèrement gêné.

 - Je ne sais pas vraiment comment t’expliquer…Disons que…c’est un sort très spécial qui n’atteint que les Dragons Slayers, et se déclenche à un moment précis.

 - Un moment précis ? ais-je répété.

 - Oui…Quand un Dragon Slayer éprouve plus que de l’amitié pour quelqu’un…il…il a dû mal à se contenir et s’est à ce moment-là que le sort se déclenche.

 - C’est…ça veut dire que…

J’ai rougit, et ai repris ma question :

 - Quels sont exactement les effets de ce sort ?

 - Le Dragon Slayer qui est touché par ce sort…

Natsu est devenu écarlate. Il avait l’air vraiment gêné. Je l’ai bousculé un peu :

 - Alors ?!

 - Quand il est touché par ce sort, reprit-il, il perd ses esprits et il n’a plus rien d’autre en tête que le « marquage » de celle qu’il a choisi.

Je l’ai regardé, les yeux écarquillés. J’avais déjà du mal à me faire à l’idée qu’ils m’avaient choisie tous les deux, mais cette histoire de marquage, ce n’était quand même pas…ce à quoi je pensais ? J’ai inspiré à fond et j’ai finalement demandé :

 - Qu’est-ce que tu entends par marquage ?

 - Te marquer, revient pour eux à montrer que tu leur appartiens, et pour ça, il n’y a pas trente-six solutions…

Il a détourné le regard, refusant de terminer sa phrase. Alors, ils auraient vraiment été jusqu’au bout, dans cette ruelle ? Je ne savais pas comment réagir.

 - Mais tu sais, tu ne dois pas leur en tenir rigueur…Bon, c’est vrai que je ne les aime pas, mais tu as l’air de les apprécier énormément, et ce serait dommage qu’un sort vous sépare, non ? Ils n’y sont pour rien, ils sont juste victimes de leurs sentiments.

Je savais bien que Natsu avait raison. Que ce soit par le passé, où dans les jours à venir, nous avions passé et nous passerons de très bons moments ensembles, au moins en tant qu’amis. Ce n’était pas de leur faute si ce sort leur retournait le cerveau !

 - Et…combien de temps dure ce sort ?

 - Je ne sais pas. Je crois qu’il ne dure que quelques heures, si je me souviens bien de ce que m’avait dit Ignir…donc je pense que tu pourras venir nous voir sans problèmes à l’arène demain.

 - C’est Ignir qui t’en avait parlé ? ais-je demandé, surprise.

 - Ouais. A l’époque, j’étais encore jeune, et j’avais pas tout compris, pour ne pas dire rien du tout, à ses explications. Mais maintenant que je vois un cas de mes propres yeux, enfin plutôt deux cas, je comprends.

 - Et pourquoi a-t-on donné ce nom à ce sort ?

 - La « Kankaku no Shoji »…La « possession des sens » parce que celui qui est touché perd tous ses moyens et n’est plus vraiment lui-même.

Je me suis levée, passant une main sur mon visage fatigué. Le mieux à faire pour moi était de rester ici jusqu’à demain, mais j’allais m’ennuyer… Alors que j’allais quitter la pièce pour aller prendre une bonne douche, espérant que ça me ferait du bien, Natsu m’a interpelé. Ma main, posée sur la poignée de la chambre, s’est figée à l’entente de ses mots :

 - Qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu ne peux pas les laisser dans cette situation trop longtemps, tu ne feras que les blesser davantage.

J’ai légèrement tourné la tête, et j’ai murmuré, si bas que seul un Dragon Slayer comme Natsu put l’entendre :

 - Qu’est-ce que tu sous-entends par-là ?

 - Il va falloir que tu fasses un choix, Lucy…tu le sais…

J’ai ouvert la porte et je suis sortie, trop troublée pour savoir quoi répondre à mon meilleur ami. Celui-ci s’est contenté de fixer la porte par laquelle j’étais partie, avant de soupirer en voyant dans quel bordel je m’étais fourrée.

 

OoOoOoO

 

 Rogue errait dans les rues animées de Crocus. Les gens le regardaient, un peu surpris de le voir traîner ainsi dans la gigantesque capitale, sans but. Certains espéraient pouvoir lui demander un autographe, où autre, mais en voyant son regard étinceler d’une lueur bien anormale, et son air encore plus passif que d’habitude, si c’est possible, ils passaient leur chemin. Il avançait lentement, indifférent aux regards qui glissaient sur lui sans l’atteindre. Il avait tenté de trouver Lucy, mais son odorat semblait lui faire défaut, car il n’arrivait pas à retrouver l’odeur de la blonde pourtant si reconnaissable. Un grognement irrité lui échappa, et il shoota avec agacement dans une poubelle qui traînait, l’envoyant voltiger plus loin. Lui qui était d’habitude si calme ne se reconnaissait même plus. L’espace d’un instant, il se demanda où pouvait bien se trouver Sting. Le simple fait de penser que le blond aurait pu se trouver en ce moment même auprès de Lucy le rendait fou, et le faisait grincer des dents de manière désagréable. Ses pas le menèrent par inadvertance devant l’auberge de sa guilde, Sabertooth. Il considéra un instant le grand bâtiment de pierre, entouré d’un luxueux jardin. Après tout, cela faisait des années qu’ils gagnaient le tournoi, sans que jamais personne ne puisse les vaincre, ou ne serait-ce que les égaler. C’est donc eux qui avaient hérité de la meilleure auberge. Mais à présent, il n’était plus sûr de cela non plus. Sting et lui avaient perdu contre Natsu et Gajil. Le Maître avait voulu les renvoyer, mais le Dragon Slayer de lumière lui avait réglé son compte. Ce dernier était devenu le maître, et les organisateurs des Jeux n’avaient pas été mis au courant, car sinon Sting ne pourrait plus participer au tournoi. Mais Rogue savait bien que diriger toutes une guilde et ses membres n’était pas un boulot pour Sting. Lui, ce qu’il aimait, c’était pouvoir faire ce qu’il voulait, et n’avoir aucune obligation à remplir. Etre Maître était un boulot compliqué, dans lequel il fallait s’investir pleinement, ce dont Sting ne serait capable que s’il le voulait vraiment, ce qui n’était pas le cas.

 Il se détourna de l’auberge de sa guilde, puis se figea soudain là où il était. Il releva légèrement la tête et inspira. Une odeur l’atteignit, non pas celle de Lucy, mais une autre, tout aussi légère mais complètement différente. Il entreprit de suivre l’odeur pour retrouver la personne à qui elle appartenait. Ses sens étaient complètement déboussolés, il venait d’oublier la blonde pour se concentrer sur son nez, et découvrir qui se trouvait au bout de ce parfum si délicieux. Il avançait de rue en rue et l’odeur se faisait plus forte, plus enivrante encore.  Il arriva bientôt devant un magasin de prêt à porter Heart Kreuz. Il fixa un moment la porte en bois rose verni, et ses yeux écarquillèrent quand il reconnut la personne qui venait de sortir, faisant tinter la délicate clochette en argent suspendue au-dessus du chambranle.

 - Yukino ?

 

OoOoOoO

 

 Je laissais l’eau de la pomme de douche glisser sur ma peau en silence. Les yeux fermés, j’écoutais les gouttelettes d’eau tomber dans le bac de douche blanc et tomber ensuite dans les canalisations sous forme de petit ruisseau d’eau. Je me suis demandé si Natsu était toujours là. J’entendis soudain quelqu’un frapper à ma porte et dire :

 - Lucy ? Je retourne m’entraîner avec les autres, sinon Erza va me découper en rondelles…Surtout, tu ne sors pas, d’accord ? On revient après l’entrainement.

J’ai entrouvert les yeux, et j’ai dit au mage de feu :

 - Pas de problème, ne t’inquiète pas. Tu peux y aller !

 - O.K !

 Je l’ai entendu s’éloigner, puis le bruit lointain d’une porte qui claque m’a affirmé qu’il était bel et bien sorti. J’ai posé la paume de ma main sur la porte coulissante, avant d’y coller mon front dans un soupir. Que se passerait-il demain ? J’avais oublié de demander à Natsu si Sting et Rogue se souviendraient de ce qui s’était passé. Et puis, vu le temps magnifique, j’avais tout sauf envie de rester enfermée ! Mais il m’avait bien fait comprendre que c’était pour mon bien. J’ai éteint le jet d’eau avant de sortir pour m’enrouler dans une serviette. J’ai changé de vêtements, et me suis ensuite dirigée vers le petit bureau qui se trouvait dans un coin de la pièce où nous dormions pour écrire une lettre à l’intention de ma mère. J’ai trempé la plume dans l’encre avant de la laisser courir sur le papier que j’avais apporté. J’avais besoin de me vider de ce trop plein d’émotions. Presque une heure et demie plus tard, j’avais enfin terminé et j’apposais le sceau des Heartfilia à l’aide d’une bougie. Après avoir soigneusement rangé la lettre dans ma valise, ainsi que le matériel et l’encrier, posé bien à plat pour ne pas le renverser, je suis retournée près de mon lit et me suis allongée dessus. Depuis combien de temps étais-je ici ? Depuis le moment où les Jumeaux m’avaient « agressée » il avait dû s’écouler un peu plus de deux heures. C’était un peu tôt pour sortir, Natsu avait dit pas avant plusieurs heures. Le sort devait toujours être actif. Le soleil qui caressait mon visage pendant que je réfléchissais était comme une invitation, et c’était plutôt dur de résister. Et puis après tout, la capitale était immense, et en plus, si je m’aspergeais bien de parfum comme l’avait fait Natsu, je n’aurais rien à craindre ! J’ai donc utilisée ma petite bouteille de chez Heart Kreuz Collections, non sans avoir bien grimacé en repensant au prix, puis j’ai attrapé un sac avec mon argent et une veste, et je suis sortie en refermant la porte. J’avais emmené suffisamment de Joyaux pour une longue après-midi de shopping en perspective !