Escape

par Linksys

Chapitre 34 : Escape


- La cité est en vue ! S'exclama Ernesto, penché sur le côté de la locomotive.

En effet, à quelques kilomètres devant le train, se découvrait au détour d'un vallon la grande cité de Kaer Ys, la capitale de Captio. À une telle distance, on ne pouvait pas encore voir grand chose, mais le train filait à toute vapeur en direction du terminus. Ernesto prévint Neit de l'imminence de l'arrivée, et toute l'équipe se mit à son poste. Le paysage tout autour n'avait presque pas changé depuis qu'ils avaient franchi l'estuaire de la Fraction, quelques kilomètres plus au nord : plages fouettées par le vent et prés à demi submergés par la marée, et collines sableuses couronnées d'herbe sèche. Le vent, chargé de sable, malmenait tout impudent qui se serait placé à l'extérieur sans lunettes sur les yeux ou foulard sur la bouche.

À mesure qu'ils approchaient de la cité, ils distinguaient de mieux en mieux les hauts remparts de pierre qui la ceignaient. Le palais était bâti en retrait, sur un à-pic rocheux qui surplombait l'océan, ainsi que toute la ville. Les murailles, qui devaient faire une trentaine de mètres de hauteur, étaient faites de blocs de pierre bleue foncée, et étaient émaillées de tours à intervalles réguliers. L’expansion humaine ne pouvait être stoppée même par le rempart le plus épais, et de nombreuses maisons étaient accolées au pied de la muraille.

- Où se trouve le terminus, précisément ? Demanda Gray.

- Au pied des murailles, répondit Ernesto. On doit encore traverser toute la ville. Et mieux vaut faire attention, certaines parcelles ont été bâties jusqu'au bord de la voie.

- La ville s'est étendue rapidement en très peu de temps, ajouta Neit. Au début, près des portes, c'est bien structuré, mais plus on approche de la limite, et plus c'est précaire.

« Quel pays étrange ... » Pensa Gray.

Ils approchèrent bien assez vite des premières habitations, assez clairsemées, qui n'étaient guère plus que des taules posées sur des bâtons. Cependant, assez vite, les habitations s'étoffaient, se rapprochaient les unes des autres et de la voie. Bientôt, les masures en briques n'étaient plus qu'à quelques mètres de la voie ferrée.

- Nous approchons de la gare, déclara Ernesto, en actionnant le sifflet à vapeur.

- J'arrive pas à ralentir l'allure, dit Tengaro, le front plissé.

- Comment ça ?

- La manette de frein est bloquée.

- T'as de la confiture dans les bras, ou bien ?

Ernesto quitta son observation aux portes de la locomotive. Il s'arc-bouta sur la manette, qui ne bougeait pas d'un poil. Gray s'y mit aussi, et bientôt, les trois cheminots du jour étaient suspendus à la manette, dans l'espoir de l'abaisser. Mais elle refusait de bouger.

- On est dans la merde, observa alors Ernesto. Tengaro ! Va les prévenir que ça va secouer !

Le chasseur de dragons ne se le fit pas dire deux fois. Il prit appui sur le rebord du bac à charbon et sauta par-dessus, atterrissant sur la plate-forme du wagon de service de l'équipage. Il s'engouffra dedans.

- On a un problème, dit-il d'une voix très calme, en regardant tour à tour tout les occupants de la voiture (c'est-à-dire, Neit, Blueberry et Hiro).

- Quel genre de problème ?

- On n'arrive pas à arrêter la locomotive.

Le visage du maître perdit toute couleur.

- Tu plaisantes ?

- Non ! On n'arrive pas à freiner !

Neit jura par plusieurs dieux, connus et inconnus, et accourut à la locomotive, précédé d'Ernesto. Gray et Tengaro, couverts de sueur et de suie, s'échinaient toujours à actionner la manette. La gare était en vue, et les badauds sur les bords, d'abord venus admirer l'Orion Express, comprirent que quelque chose n'allait pas.

- Je vais m'en occuper !

Ernesto commença à enjamber la portière pour grimper sur l'avant de la locomotive. Au même moment, un mouvement attira l'attention des quatre hommes. Ils virent une silhouette couverte d'un long manteau, sauter avec grâce sur le bac à charbon depuis le toit du wagon précédent, et sauter jusqu'au toit de la cabine de la locomotive.

- C'est quoi ce … Marmonna Neit.

Ernesto s'élança à son tour sur la locomotive. Le vent lui arracha sa casquette de cheminot, qui vola dans l'herbe.

- Qui c'était, celui qu'on a vu sauter ? S'interrogea Gray.

Tengaro ne savait pas, et Neit était occupé à regarder comment la situation allait être réglée. La silhouette qui avait sauté sur le toit était désormais au bout de la locomotive. Prenant appui sur un long bâton sculpté, elle fit la roue pour tomber dans le vide, juste devant le tampon de la locomotive. Alors, son visage fut visible. Neit crut que sa mâchoire allait se désolidariser du reste de son crâne.

- On aurait dit Kisima ! S'exclama Tengaro, qui avait vu aussi.

- Ce n'était pas elle, intervint le maître. Qu'est-ce qu'elle fout ici, bordel ?

- Vous la connaissez ? Demandèrent en cœur Gray et Tengaro.

- Personne ici ne sait son nom. Elle va et elle vient, de nord en sud et d'est en ouest, sans but apparent. Elle parle aux esprits. On l'appelle « la shamane ».

- Comment est-ce que vous pouvez connaître une simple voyageuse itinérante ? S'étonna Gray.

- On parlera de ça lorsqu'on sera arrêt …

Au même moment, le train commença à décélérer violemment, manquant de projeter les trois hommes contre le tableau de contrôle. Puis, la décélération continua doucement, jusqu'à ce que le train ne s'arrête totalement. Neit poussa un soupir de soulagement, et s'essuya le front d'un revers de la main. Yepa se réveilla alors de la longue sieste qu'elle avait commencé vers la moitié du trajet. Au même instant, la porte du wagon de service s'ouvrit violemment, et Elia s'écria, par-dessus le bac à charbon :

- On peut savoir ce qu'il se passe, ici ?!

- Soucis de freins, répondit vaguement Neit.

Il descendit de la locomotive, suivit des cheminots. Au même instant, les passagers, un peu secoués, commencèrent à regarder par les fenêtres. Tout le reste de l'équipage descendit pour les rassurer, et les prier de rentrer. Il y avait encore une centaine de mètres d'ici au quai de la gare, et Neit entendait bien les parcourir. Il accourut devant le train. Ernesto était accroché à l'extrémité de la locomotive, tel un chat qui aurait peur de sauter d'une branche. La shamane était arc-boutée contre son bâton, lui même bloqué entre le devant le la locomotive et les rails au sol. Comme le train s'était immobilisé, la vieille femme se recula, retirant son bien, qui ne semblait pas avoir le moins du monde souffert des centaines de tonne d'acier qu'il venait de stopper.

- Vous avez sauvé bien plus de vies que vous ne le pensez, dit Neit, en s'avançant main tendue vers la shamane.

Celle-ci ne releva pas, et dit :

- Les esprits ont dit à la shamane que si ce train n'arrivait pas à bon port, alors il arriverait des choses très graves. Les esprits ne mentent jamais. Homme inconnu des esprits … Y'a-t-il quelque chose que la shamane puisse faire ?

- Vous n'avez toujours pas reconsidéré ma proposition d'intégrer la guilde de Forsaken Souls ?

La shamane soupira.

- Les esprits ne tolèrent aucun lien, aucune entrave. Ils sont libres d'aller et venir. La shamane ne suit que les esprits, et seuls les esprits peuvent dire ce qu'elle doit faire à la shamane.

Neit soupira à son tour.

- Sont-ce les esprits qui vont ont guidée jusqu'ici, en ce jour précis ?

- La shamane ne saurait dire. La date, elle l'a choisie de son plein gré. La volonté, ce sont les esprits qui la lui ont soufflée.

- Pourquoi vous ont-il … soufflé de venir ici ?

- Parce que de grandes choses vont être accomplies, dans peu de temps. La reine bleue a rencontré la shamane, dans le train. Les esprits lui ont dit ce qu'ils savaient sur son avenir.

- Quoiqu'il en soit, si vous devez vous battre … Ne le faites pas dans le mauvais camp. Les conséquences pourraient être désastreuses. Même si les esprits vous le disent.

À ces mots, la shamane foudroya Neit du regard.

- La shamane écoute les conseils des esprits, mais ne suit pas leurs ordres. Si elle le faisait, il y a bien longtemps qu'elle vous aurait supprimé.

- Pourquoi ne pas le faire ici, et maintenant ?

- La shamane veut voir comment les idéaux du premier maître seront enfin appliqués concrètement. Cela pourrait changer la face du monde à tout jamais …

- La volonté du premier maître a toujours été respectée, depuis son décès, dit Neit en fixant la shamane dans le blanc des yeux. Une nation militaire indépendante, pour abolir les limites entre les pays. Des militaires sans frontières, en quelque sorte.

- Les militaires sans frontières ne sont qu'un début, si les esprits voient le bon avenir. La shamane a à faire. Elle doit s'en aller.

Sans en dire plus, la vieille femme rabattit sa capuche en fourrure, et s'éloigna à grandes enjambées. Personne ne semblait la remarquer.

- La volonté du premier maître, dit Ernesto, qui avait tout entendu. Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu ça.

- Nous avons grandi avec cet idéal en tête. Nous n'y pensons même plus, maintenant, tant il est inscrit en nous.

- Ma foi, c'est bien vrai …

Comme le calme était revenu dans le train, ils purent parcourir en toute sécurité les derniers mètres qui les séparaient encore du quai, où quelques badauds étaient là, cou tendu, pour tenter d'apercevoir quelque chose.

Une fois arrivés à quai, les passagers descendirent du train. Certains ne dissimulaient pas leur outrage, mais la plupart se montrèrent compréhensifs. Une fois le débarquement terminé, tout l'équipage se réunit dans le wagon de service.

- Qu'est-ce qui a permis d'éviter la catastrophe ? Demanda Elia à Neit.

- La … commença Ernesto.

Le maître lui coupa la parole :

- C'est Ernesto. Ne traînons pas, nous avons rendez-vous avec nos … hôtes, dans peu de temps. Allez chercher vos valises.

Une fois que tout l'équipage eut rassemblé ses bagages, ils se mirent en route, après avoir salué les officiers de la gare.

- Bienvenue à Kaer Ys, la plus grande cité de ce côté-ci du détroit, dit solennellement Neit, comme ils arrivaient au pied des remparts.

Les fortifications étaient impressionnantes. Faites d'épais blocs de pierre bleue foncée, elles avaient bien trente mètres de hauteur, et de nombreuses meurtrières couraient le long des parois. Des créneaux de la taille d'un homme couronnaient le sommet du rempart à intervalles réguliers, surplombant un mâchicoulis bien entretenu.

- Ils n'hésiteraient pas à bouter le feu aux parties externes de la ville, ces salauds, maugréa Hiro dans sa barbe.

- Ça a toujours été ainsi, expliqua Neit. Ceux qui veulent survivre en cas d'assaut doivent trouver refuge à l'intérieur des murs. Tout ce qui se trouve à l'extérieur est susceptible d'être brûlé, démoli, rasé. Ces dernières années, l'expansion a été tellement rapide qu'ils ont dû délimiter les zones où les habitants pouvaient construire, afin de conserver du terrain libre en cas de siège.

- Les remparts font tout le tour de la ville ? Demanda Blueberry.

- Non. Le port n'est pas protégé, du moins pas directement. Les balistes à chaque extrémité des remparts peuvent percer la coque de n'importe quel navire qui s'approcherait sans autorisation.

Au même moment, ils arrivaient sous la grande arche percée dans le rempart, qui faisait office de grande porte. Des colonnes sculptées montaient jusqu'à se rejoindre en ogive au sommet de l'arche. La clef-de-voûte surplombait le sol d'une dizaine de mètres. Les parois étaient richement sculptées, jusqu'au plafond, de bêtes mythiques, d'animaux réels et de héros.

- La Porte du Héros, dit Neit, tandis que le groupe passait sous l'arche. L'unique porte d'entrée dans les remparts de la ville. Les sculptures décrivent les principaux mythes du folklore local, et les légendes qui sont colportées depuis la nuit des temps, de la mer de glace au désert gris.

- Comment ça ? Demanda Kisima, interpellée par la mention de sa région natale.

- À l'origine, avant d'être la capitale de Captio, Kaer Ys - qui s'appelait alors Ker'is - était le principal port de commerce du royaume, avant de céder cette place à Fàfnir lors de la conquête. Beaucoup de marins venaient se soûler dans les tavernes du port, et leur occupation favorite était de colporter les légendes qu'ils avaient entendues en route, ou tout simplement les légendes de leur enfance, tant et si bien que les légendes de Sorna et de Nublar, du Draupnir, du Podestat, du Méridion, de Fiore, et de bien d'autres lieux lointains et inconnus, se sont mêlées aux légendes de la région. Pour exemple, tout les enfants de la ville et des environs ont déjà vu au moins une vague interprétation du Bleu est la couleur des rois, romancée et tirée des récits de marins alcoolisés.

Les bâtiments à l'intérieur des remparts n'avaient rien à voir avec ce qui se trouvait à l'extérieur. Les premières maisons étaient hautes et bien entretenues, et bâties d'une pierre blanche et lisse. Le style n'était pas sans rappeler ce qu'on pouvait observer dans les rues aisées de Crocus.

- Nous avons rendez-vous avec nos hôtes dans une petite taverne pittoresque de la vieille ville, dit Neit, comme ils suivaient une rue qui longeait le rempart.

Il reprit son explication :

- Ici, c'est la partie nouvelle de la ville, qui a été rebâtie après avoir été détruite durant la dernière grande guerre avec Fiore. Le style des bâtiments est différent des habitations traditionnelles du centre-ville, mais le plan des rues a été conservé. Grossièrement, les deux plus grandes avenues de la ville, l'avenue Décumane - qui va d'est en ouest - et l'avenue Cardo - du nord au sud, se croisent perpendiculairement au centre. De là, les rues attenantes et les ruelles rayonnent, et ce n'est pas aussi bien organisé. Il y a beaucoup d'impasses dans la vieille ville.

- Où se trouve le château, dans tout ça ? Demanda Gray.

- Très bonne question, dit Neit. On pourrait d'abord penser qu'il se trouve à l'extrémité est du Décumane, quand on a vu la ville de loin. En réalité, l'avenue Décumane débouche à l'est sur la place des changeurs et des usuriers. Le château, qui est lui-même ceint de remparts, est légèrement en retrait de la ville, sur l'à-pic. Le seul accès se fait par une large rue qui court jusqu'au rempart, et qui devient un petit chemin couvert courant à l'extérieur de la muraille, au-dessus du vide. Le chemin va jusqu'à une barbacane percée dans le rempart du château, et débouche dans le grand jardin. Les quartiers des courtisans sont sis aux remparts du château, ainsi que les cuisines et les écuries. Le donjon est une forteresse dans la forteresse : il s'agit d'une grande tour, entourée d'une douve sèche hérissée de piques en acier. Si le pont-levis est relevé, personne n'entre ni ne sort. Derrière le pont-levis, il y a une petite cour, qui sert généralement de lieu d'entraînement pour les gardes royaux. L'entrée du donjon se trouve au fond de la cour : deux grands battants d'acier damassé sculpté, qui ne peuvent être ouverts que de l'intérieur du château. Derrière ces battants, on trouve la salle du trône. Des escaliers sur le côté permettent de monter dans les étages du donjon, et les quartiers du roi se trouvent au sommet.

- N'est-ce pas dangereux de parler de tout ça en plein jour, en plein cœur de la ville ? Demanda Hiro, qui regardait suspicieusement autour d'eux.

- Ça fait partie de la manœuvre, répondit Neit à voix basse.

Ils continuèrent la visite de la ville, jusqu'à finalement s'approcher de la rue où ils se rendaient.

Alors qu'ils marchaient dans une petite rue commerçante, Neit s'arrêta au coin d'une vieille maison. Une ruelle étroite s'ouvrait juste là, et le maître regarda discrètement si aucun coupe-jarrets ne s'y trouvait. Il fit signe de la main aux autres pour qu'ils le suivent, et bientôt, tous s'engouffrèrent entre les bâtiments. Il y avait à peine assez de place pour deux hommes adultes côte à côte. Une petite porte était percée dans un mur, à peu près à mi-chemin du croisement avec la rue suivante, et surplombée d'une enseigne si recouverte de suie et de crasse qu'il était impossible de lire ce qui était écrit dessus. Neit s'approcha de la porte, et frappa des jointures dessus, suivant un code très précis. Il y eu un lourd silence, puis on entendit une clef cliqueter dans la serrure. La porte s'ouvrit en grinçant, et Neit entra. Les autres le suivirent, peu rassurés.

Il s'avéra que l'établissement était une taverne, bien que plus de la première fraîcheur. Chaque pas révélait dans la poussière du sol la couleur du carrelage, et les chaises repoussées contre les tables étaient submergées de toiles d'araignées. De toute évidence, l'endroit n'avait pas servi depuis longtemps. Un homme en tenue sombre se tenait derrière la porte. Lorsque Neit entra, il s'avança pour lui serrer la main.

- Le chef sera content de vous voir, dit-il.

- J'imagine, répondit Neit. Les préparatifs avancent ?

- Nous n'attendons plus que vous et le prince pour mener l'assaut.

- Des nouvelles du prince ?

- Aucune. On pense qu'il va arriver demain. De toutes manières, qu'il soit arrivé ou pas, on lancera l'assaut demain soir à vingt-trois heures. Allez, venez.

Leur guide traversa la pièce vers une autre porte au fond de la pièce, qui débouchait sur un vieil escalier de pierre, plongé dans le noir. Alors, le guide ralluma la lanterne qu'il tenait depuis le début, et prit la tête du convoi.

L'escalier menait jusqu'à un souterrain, qui était beaucoup plus large, et surtout, bien éclairé.

- C'est par ici, dit le guide.

Le groupe le suivit, durant de longues minutes. L'écho des murs faisait se répéter mille fois chaque pas.

- Où allons nous ? Demanda Tengaro, à voix basse.

- Au quartier général, répondit le guide. On y est bientôt.

De fait, ils arrivèrent bientôt devant une porte en métal dans le mur. Le guide sortit un trousseau de clef, ouvrit la porte et invita le groupe à entrer. Ils parcoururent un enchaînement de salles petites et grandes, de couloirs et d'escaliers, avant d'arriver dans une immense salle, qui débordait d'activité. De nombreuses personnes étaient affairées à organiser des comptes, à compiler des dossiers et à traiter diverses informations. D'autres étaient scotchés à des écrans, qui retransmettaient les données vidéo de lacrimas de surveillance, installées à chaque entrée du souterrain. Au fond, quelques personnes - six ou sept - étaient penchées sur une table, et étudiaient une carte détaillée du château royal. Le guide se dirigea vers eux, et ils redressèrent la tête. Ils regardèrent le groupe de mages d'un air solennel.

- Bienvenue parmi nous, dit celui qui semblait être le chef.

Il fixa Juvia et ajouta :

- Il y a bien longtemps que ces lieux n'avaient pas été honorés d'une présence royale.

- Juvia … euh … balbutia la jeune femme, qui ne savait pas où se mettre.

- Passons, dit Neit. Comment vont les affaires ?

- Ma foi, fort bien. On va vous montrer vos quartiers, pour que vous puissiez vous installer et vous reposer. Il faudra être au maximum de soi-même, demain soir. Espero ! Montre-leur leurs quartiers !

Le dénommé Espero se retourna. Pour être précis, il se laissa tomber de l'épaule de son partenaire, car c'était un Exceed. Sa fourrure était aussi noire que du charbon, et il portait des lunettes de pilote relevées sur le front. Sa partenaire - une jeune femme, affairée à superviser les écrans de contrôle - se retourna, et dit :

- Tu vas où comme …

Les mots lui manquèrent quand elle vit Blueberry, au milieu du groupe d'arrivants.

- Bakhiet ! S'exclama-t-elle.

Et de lui sauter dessus, bousculant au passage Tengaro, lequel oublia tout grief pour un sourire entendu adressé à son ami.