Stray

par Linksys

Chapitre 29 : Stray


Les dernières lueurs du jour s'éteignaient quand le groupe de mages quitta l'onsen. Les lampadaires magiques disséminés dans la ville répandaient leur clarté particulière entre les maisons, et les derniers habitants encore dehors rentraient chez eux avant la nuit. Gray se sentait particulièrement relaxé après cette longue séance, et Juvia n'avait qu'une envie : y retourner le plus tôt possible. Entrer dans la salle mixte avait été une épreuve quasiment insurmontable, mais elle l'avait finalement fait. Il faudrait sans doute la pousser pour qu'elle le refasse, mais au fond, l'expérience ne lui avait pas déplu. Les gens de Captio étaient vraiment différents de ceux de Fiore. À la guilde, de nombreux mages partis en mission étaient de retour, et Elia ainsi que d'autres mages s'occupaient de soigner ceux qui avaient été blessés au combat. Ernesto, Hiro, Neit et un inconnu étaient attablés, et jouaient aux cartes. Cela semblait être un match au sommet, car une assemblée se tenait d'un côté de la table, et quelques bookmakers prenaient des paris à la va-vite.

- On n'a pas l'impression qu'eux aussi vont participer à la mission, déclara Kisima pour elle-même.

- Je t'ai entendue, ma p'tite Kisi ! Rétorqua Hiro, en se tournant vers la jeune femme, de là où il était.

- Personne n'a le droit de l'appeler comme ça ! S'exclama fougueusement Tengaro, en faisant un grand pas en avant. Pas même moi !

- Surtout toi, tu veux dire, glissa Blueberry.


La soirée fut assez animée, à la guilde. Suite à un différend à l'issue d'une partie de cartes, Hiro et Ernesto s'étaient défiés à un concours de pompes, ce qui avait une nouvelle fois déchaîné la passion des parieurs. Ils avaient ensuite corsé le défi en n'utilisant qu'une main, puis deux doigts, et enfin en faisant s'asseoir les mages les plus proches sur leur dos. La fougue qu'ils mettaient à surpasser l'autre n'avait d'égale que l'amusement de la foule qui les regardait faire. Avec un sourire discret, Gray glissa à Juvia :

- On se croirait à la maison.

- C'est vrai, remarqua Juvia.

Ce disant, elle se retourna, et enlaça Gray. Ce dernier, pris au dépourvu, sentit le sang lui monter aux joues. Il rendit maladroitement l'étreinte à Juvia, et intercepta le regard de Tengaro, mêlé de jalousie et de curiosité. Il se doutait que le chasseur de dragons se morfondait de pouvoir en faire autant avec Kisima. Lui-même avait connu ces interrogations pendant les derniers mois, alors que ses amis autour de lui se rapprochaient peu à peu. Il s'était beaucoup interrogé sur ce que ça lui ferait, de vivre une relation avec Juvia. Il avait beaucoup hésité, d'ailleurs.

Comme l'escarmouche avait pris fin par un match nul, l'ambiance dans le hall de la guilde s'était assagie. Les lampes magiques accrochées au mur de bois diffusaient une lumière tamisée et ambrée dans l'immense pièce, et les mages présents étaient attablés par petits groupes. Certains terminaient de manger, d'autres jouaient aux cartes. Étonnamment, Elia n'était pas au bar. Quand Juvia en parla à Kisima, celle-ci lui répondit :

- Regarde, là-bas.

Elle désigna une table isolée où la barmaid était assise, entourée des jeunes enfants de la guilde.

- De temps en temps, elle lit des contes aux jeunes enfants de la guilde. Ses séances de lecture ont beaucoup de succès.

Gray et Juvia échangèrent un regard, et s'approchèrent à portée d'oreille. Ils commencèrent à écouter attentivement :

- Et voilà, c'est terminé pour cette histoire !

Elia referma le vieux livre qu'elle avait sur les genoux.

- Encore une histoire ? Proposa-t-elle.

- Oui ! Répondirent les enfants qui ne s'étaient pas encore endormis.

À ce moment, le regard malicieux de la barmaid se posa sur Juvia puis sur Gray, assis à quelques tables de là, l'air innocent.

- Que diriez-vous, si je vous emmenais loin, très loin dans le nord, là où les ruisseaux ne dégèlent qu'au printemps ?

- Dans le Draupnir ? S'enquit un des enfants, assis au milieu.

- Exact ! Cette histoire est celle d'une princesse et d'un rôdeur, voyageant à travers les traditions et les terres sauvages de leur pays …

Juvia commençait à comprendre pourquoi Elia les regardait avec insistance, elle et Gray. Cela la mettait mal à l'aise. Elle pressa la main que Gray lui donnait :

- Quittons vite cet endroit, Gray …

Mais Gray, absorbé dans ses pensées, n'entendit que de très loin sa bien-aimée.

- Cette histoire sera un peu spéciale, continua Elia, après avoir captivé l'attention de son auditoire. À l'origine, c'est une pièce de théâtre, et vous allez la voir interprétée ce soir !

Elia se leva, et marcha jusqu'à Gray et Juvia.

- J'ai entendu dire que vous avez joué la pièce, il y a quelques jours, non ? Demanda-t-elle.

- Euh … Oui … Bredouilla Gray, qui regrettait déjà de ne pas avoir réagi quand Juvia l'avait alerté.

- Parfait ! Que diriez-vous de rejouer la pièce pour les enfants ? Vous êtes habillés comme les personnages, en plus.

- Juvia ne sait pas si elle va se souvenir du texte … Essaya la jeune femme.

- Moi non plus, à vrai dire, ajouta Gray.

- Mais si, vous vous en souvenez très bien ! Il nous faut juste un roi et quelques soldats pour finir la mise en scène.

L'instant d'après, Neit, Ernesto et Hiro avaient été engagés, le premier en tant que roi, les deux autres en tant que soldats.

- Mais personne ne connaît le texte, ici ! S'exclama Ernesto.

- Vous avez un quart d'heure pour apprendre vois trois répliques, dit Elia aux acteurs qui jouaient les soldats.

Elle chercha dans la pile de livres qu'elle avait posé sur la table, et en tira un petit livret à la couverture abîmé, pour le tendre à la troupe de théâtre improvisée.

- Je savais que j'aurais dû réglementer ces soirées où elle raconte des histoires, maugréa Neit.

- Apprends ton texte, au lieu de parler, rétorqua Hiro.

- Et toi donc ? Répliqua le maître.

- Aguacero se tirerait une balle, s'il nous voyait faire, observa Ernesto en soupirant.

- Tais-toi et lis, dit Hiro.


Au final, l'interprétation improvisée rencontra un grand succès, et toute la guilde vint y assister. Dans l'ensemble, Gray et Juvia furent surpris de la précision avec laquelle ils se souvenaient de leurs lignes. Certes, il y avait eu des trous qu'ils avaient comblés à l'improvisation, mais le cœur du texte était resté gravé en lettres de feu dans leur mémoire, comme s'il s'était agi de quelque chose qu'ils connaissaient depuis des années. L'ovation qui accueillit la fin de la représentation eut un effet euphorisant sur les deux jeunes gens, qui ne surent plus où se mettre. Comme il se faisait tard, les derniers mages présents gagnèrent le dortoir ou rentrèrent chez eux.


- Tu pourrais faire carrière dans le théâtre, dit Tengaro à Gray, comme ils entraient dans la chambre.

- Je préfère continuer dans la magie, répondit le jeune homme, en s'asseyant sur son matelas. J'ai jamais été doué pour la comédie.

- Ce qui est sûr, c'est que les petits ont beaucoup apprécié, déclara Blueberry.

Gray se souvenait qu'il voulait parler de quelque chose à Tengaro, mais il avait oublié quoi. Et puis, il était mort de fatigue.


- Tu n'as jamais songé à devenir comédienne ? Dit Kisima, quand elle et Juvia entrèrent dans la chambre.

Juvia se sentit presque outrée par la question.

- La magie est tout ce dont Juvia a besoin pour travailler, répondit-elle directement.

Kisima s'assit sur le lit. Yepa, allongée sur ses épaules, descendit souplement le long du bras de sa maîtresse, et alla se rouler en boule au pied du lit, après avoir longuement fixé Juvia de ses grands yeux.

- Pourquoi est-ce que tu as accepté de prendre part à la mission ? Demanda la chasseuse de dragons, subitement.

- Parce que Juvia veut trouver celui qui a ordonné le meurtre de ses parents, et lui faire payer.

- Tu est consciente que nous n'avons aucun moyen de savoir de qui il s'agit ?

- Juvia en est consciente. C'est aussi parce que, même si Juvia est née dans le Draupnir et a grandi à Fiore, Captio reste le royaume d'où elle vient. Et toi ?

Kisima soupira.

- En réalité, nous avons des motivations similaires. Moi aussi, j'ai perdu ma famille très jeune. Je t'ai déjà dit que je venais de la mer de glace ?

- Oui, Juvia s'en souvient.

- C'est au nord du Draupnir, au-delà de l'océan glacé. Les militaires de Captio ont un jour décidé que cette vaste étendue désolée leur appartenait, et au nom de l'exploitation des ressources minières cachées sous la glace qui recouvre les îles, ils ont décidé d'exterminer la tribu centrale, celle qui garde les richesses de mon peuple. Pour cela, ils ont fait appel à une guilde clandestine, pour ne pas se salir les mains.

- La tribu centrale ?

- Le peuple de la mer de glace n'a jamais été unifié. Il se compose d'une multitude de petites tribus comportant de dix à cent personnes, errant d'îles en îles via la banquise. Il n'y a que deux choses qui unissent ces tribus : la langue et le culte des ancêtres. C'est la tribu centrale qui était chargée de la continuité du culte, et c'était la seule tribu à ne jamais changer d'endroit. Nous vivions toujours près de la grotte blanche.

- Tu faisais partie de cette tribu ? S'étonna Juvia. Tu n'est pas orpheline, comme tout les chasseurs de dragons ?

Kisima s'étonna de cette remarque.

- Je connais deux autres chasseurs de dragons en dehors de Blueberry et de Tengaro, et aucun d'eux n'est orphelin. Je suis la seule à ne plus avoir de famille. Les chasseurs de dragons n'ont pas de parents, là d'où tu viens ?

- Non, pas vraiment, expliqua Juvia, qui se sentait tout d'un coup très mal à l'aise.

- Bref, reprenons. Je faisais partie de la tribu centrale, en tant que fille du shamane. J'étais appelée à devenir la prochaine shamane après ma mère. C'est le rôle le plus important de la société des gens de la mer de glace. Le shaman de la tribu centrale est celui qui donne le rythme de la vie du peuple tout entier, c'est lui qui tranche les litiges et qui s'occupe au plus haut niveau du culte des ancêtres. J'allais avoir six ans quand mon village a été attaqué. Il n'y a eu que trois survivants : moi, un des pêcheurs et le plus jeune des chasseurs. Nous avons réussi à nous enfuir jusqu'au campement de la tribu la plus proche, et nous y avons vécu plusieurs années. À dix ans, j'ai quitté la mer de glace pour devenir mage dans une guilde du sud. L'une des seules guildes de cette région du royaume est Forsaken Souls, et c'est là que j'ai été accueillie. C'est d'ailleurs ton oncle, Aguacero, qui m'a introduite au neuvième maître. Je l'avais croisé aux abords de la ville, et quand il a sut que j'étais une chasseuse de dragons, il a fortement insisté pour m'accompagner jusqu'à la guilde, et me recommander personnellement au maître. Toute mon enfance durant, j'ai haï le roi, pensant que c'était lui le coupable. Mais en grandissant, j'ai appris les rouages de la politique, et j'ai fini par apprendre, de la bouche de Neit, que le roi avait cessé de prendre des décisions bien avant le massacre. Le coupable était sans doute un de ses généraux. Depuis ce jour-là, j'ai pour objectif de découvrir qui a fait ça, et d'avoir sa tête.

- Et si c'est la même personne que Juvia vise ?

- On s'en occupera ensemble.

Quelque chose dans le récit interpella alors Juvia, qui s'empressa de demander :

- Où et quand as-tu appris la magie de chasseur de dragons ? Et comment as-tu perdu ton oreille ?

- Amarok, le grand dragon arctique, vivait non loin du campement où j'avais trouvé refuge après l'attaque. À vrai dire, j'ai passé plus de temps à m'entraîner avec lui qu'à vivre au camp. Je voulais devenir mage, mais personne n'était en mesure de m'apprendre la magie, là-bas. J'ai eu du mal à le convaincre de me former. Et puis, il a disparu en X777, comme tout les autres dragons … Quant à mon oreille …

Kisima hésita.

- Je l'ai perdue pendant l'assaut sur mon village.

Juvia accordait peu de crédit à cette affirmation, mais elle préféra se taire. Si Kisima n'en parlait pas, c'est qu'il devait y avoir une bonne raison. Comme le sujet semblait clos, elles continuèrent à discuter d'autres sujets autrement plus réjouissants.


Alors qu'un silence pesant s'installait entre les deux jeunes femmes, une question vint à Juvia, comme un bouchon de liège remontant à la surface d'une mare. À vrai dire, cette question lui venait souvent en tête, mais elle était trop timide pour oser la poser.

- Juvia peut te poser une question assez personnelle ?

- Fais donc.

Juvia inspira.

- Est-ce que tu est amoureuse de Tengaro ?

Kisima ne répondit pas. Cependant, la violence avec laquelle ses joues virèrent au rouge ne laissèrent aucun doute à Juvia. Elle ne connaissait que trop bien ces symptômes.


Chaque jour qui les séparait du départ en mission durait une éternité. Le groupe fréquenta assidûment les thermes publics et les différents bars de la ville. L'avant-veille du départ, Neit convoqua une dernière fois dans son bureau le groupe opérationnel.


- J'espère que ce sera la dernière réunion secrète à laquelle nous participeront sur ce sujet, déclara d'entrée de jeu le maître.

Toute l'équipe était assise, cette fois, et écoutait attentivement le maître.

- Quel est le sujet, cette fois-ci ? Demanda Ernesto.

Neit se leva, et indiqua le tableau accroché dans les airs devant son bureau. Dessus, était dessiné une carte compliquée.

- Vous vous étonniez que je ne vous aie pas dit comment nous nous rendrions sur place, c'est maintenant fait. Le transport. Kaer Ys se trouve à près d'une semaine de cheval d'ici, et nous devons y être dans quatre jours au plus tard. À moins de tuer nos montures à la tâche, nous ne pourrons pas nous y rendre en cheval. C'est pourquoi j'ai pensé à une alternative. Nous allons prendre le train.

- Le train ? S'étouffa Tengaro.

Blueberry, qui d'ordinaire aimait se moquer de son ami, n'en menait pas large non plus. Même Kisima était subitement mal à l'aise.

- La seule ligne de train qui va de la région à Kaer Ys est une voie express réservée aux officiels du gouvernement ! S'exclama Hiro. Tu crois que si on se pointe à la gare et qu'on dit « bonjour, nous sommes une troupe de mages en route pour aller botter le cul de la junte militaire ! » ils vont nous laisser entrer ?

- Laisse-moi finir, dit Neit avec agacement. Nous allons remplacer le personnel de bord du train qui partira à huit heures du matin, samedi, à la gare de Tirne. Kisima, Elia, Juvia, vous serez les hôtesses de bord. Blueberry, tu seras le contrôleur. Hiro, tu seras le vigile. Ernesto, Tengaro et Gray, vous serez les cheminots.

- Je le sens mal, observa Blueberry.

- Il n'y aucune raison que ça se passe mal ! S'exclama Neit, avec un ton rassurant.

Il prit une baguette de bois posée sur son bureau, et désigna la carte.

- Ceci est une carte du réseau ferroviaire du royaume de Captio. Nous nous trouvons actuellement ici (il désigna un point tracé en dehors des lignes) et nous allons monter à bord du train là (il désigna cette fois un point sur une ligne noire, qui menait directement à la capitale). Il y a des contrôles à bord lors des arrêts ici, ici, et ici. Nous devrons faire preuve de la plus grande prudence. Une fois que nous serons arrivés à quais, dans la capitale, nous ferons la liaison avec …

Un puissant bruit de pas dans l'escalier interrompit Neit, et tout le monde se retourna de concert vers la porte, juste avant qu'elle ne s'ouvre.

- J'ai raté quelque chose ? Demanda le nouvel arrivant, avant de se pencher en avant les mains sur les genoux, pour reprendre son souffle.

- Quarrel ? S'étonna Neit. Tu as enfin fini de chasser ton mystère ?

- J'y suis bientôt, haleta-t-il. Il est dans cette pièce, je le sens …


~


Au même moment, à des centaines de kilomètres de là, Aguacero se préparait à partir au combat. Il s'y préparait depuis déjà plusieurs jours, à vrai dire, mais aujourd'hui était le jour du départ. Mais avant de partir, ce qu'il s'apprêtait à faire, il lui restait encore deux choses à faire : fourbir sa lame et prendre la clef. Il grimpa dans les étages de sa maison, et entra dans le grenier. Avec difficulté, il surmonta les empilements de cartons jusqu'au bout de la pièce. Une longue boîte en bois était posée contre le mur. Il s'en saisit, et bascula les loquets qui fermaient le couvercle. Dedans se trouvait une imposante épée, au fourreau décoré de tissu à carreaux. Il sortit respectueusement l'arme de sa boîte, et revint vers la porte du grenier, en quête de lumière. Une fois dans un endroit clair, il sortit l'épée de son fourreau. La lame émit un faible chuintement, et l'acier scintilla. Les runes qui gravaient le centre de la lame n'avaient rien perdu de leur précision au cours du temps. Le baudrier de cuir qui accompagnait le fourreau était toujours en bon état.

- Impressionnant, pour une épée qui a plus de quatre siècles, marmonna Aguacero dans sa barbe. Ma bonne vielle Nægling …

Il serra le baudrier autour de sa taille, et redescendit jusqu'au rez-de-chaussée. Il marcha jusqu'au buffet où était posé la photo de la famille de sa sœur. Il sortit ladite photo du cadre, en déplia la partie cachée, et y récupéra une minuscule clef, qui était collée à l'intérieur du pli. La base de la clef était stylisée pour représenter les racines d'un chêne. Aguacero fouilla dans un des tiroirs, en quête de la petite chaîne d'argent qu'il gardait au cas où. Une fois son bonheur trouvé, il équipa le pendentif sous sa veste, et sortit de la maison, fin prêt. Le peu de bagages qu'il emportait (des provisions pour la route, et quelques surprises de sa propre conception) était posé sur le perron de sa demeure. Il saisit le tout, regarda le ciel, et concentra sa force magique. Chaque fois qu'il faisait ça, il comprenait un peu plus le plaisir que ressentait les mages métamorphes. Lui-même ne l'était pas, la magie qu'il utilisait pour devenir griffon n'était qu'un vestige de temps lointains. Mais la sensation de voler était au-delà des mots. En deux coups d'ailes, il avait quitté Gungnir, et en vingt coups d'ailes, il perdit le village de vue. Il lui faudrait être à Kaer Ys le plus tôt possible. Son rôle de garde n'était pas encore terminé. Il revit le visage qui occupait la partie cachée de la photo de famille, et soupira mentalement.

« Je n'ai pas fait que le bien, dans ma longue vie … Je me demande de quel côté penchera la balance, quand les ancêtres me jugeront finalement ... »